[00:00:00] Speaker 1: La deuxième session pour parler entre Ukrainiens, Russes et Américains s'est achevée ce samedi à Abu Dhabi. Pas d'annonce majeure à ce stade, si ce n'est la possibilité de se retrouver la semaine prochaine, toujours aux Émirats Arabes Unis. Les discussions ont été constructives, dit le Président Zelensky. On y revient avec vous, Bruno Darro. Merci d'être là, Bruno. Il faut aussi noter d'abord que ces négociations entre Américains, Russes et Ukrainiens n'ont jamais existé depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022. C'est tout de même un cap de franchise ?
[00:00:28] Speaker 2: Oui, alors disons que c'est un cap, c'est évidemment un symbole, puisque c'est la première fois que les trois délégations américaines, mais surtout russes et ukrainiennes, se retrouvaient dans la même salle, face à face. On le voit là sur la photo, avec côté américain, les deux émissaires quand même de Donald Trump, Jared Kushner et Steve Witkoff. Donc de ce point de vue, oui, c'est une première depuis l'invasion de février 2022. Il y avait eu d'autres séquences, on s'en souvient, en Turquie, puis en Arabie Saoudite, où les deux délégations étaient présentes. Mais c'était les américains qui faisaient un peu le go-between, comme on dit en anglais, qui jouaient les messieurs bons offices. Il n'y avait pas de rencontre directe. Donc de ce point de vue-là, c'est un symbole. C'est plutôt un pas positif. Après, il faut rester prudent. Il y a eu deux réunions à Abu Dhabi. Vous l'avez dit, le seul commentaire qu'on connaît, c'est celui du président Zelensky et aussi celui de l'autre, les émirats arabes unis, qui parlent de dialogue constructif. Mais vous savez, quand on parle de discussion constructive, ça veut dire qu'on a un peu mis tout sur la table, qu'on s'en est parlé, mais pas forcément qu'on s'est mis d'accord sur un règlement. Donc il faut quand même rester prudent. La bonne nouvelle, c'est qu'on annonce potentiellement, là aussi, il faut rester prudent, des discussions la semaine prochaine, de nouvelles discussions. Donc ça veut dire que les deux parties se parlent autour du plan américain, modifié, bien sûr. Donc dans ce plan américain, on sait qu'il y a des choses acceptables et inacceptables pour les Russes, et pour les Américains. Et pour les Ukrainiens. Donc est-ce qu'il va y avoir des pas de fait sur un compromis ? C'est-à-dire que l'un des deux acteurs, russes ou ukrainiens, va lâcher sur telle ou telle partie pour que l'autre, à son tour, fasse une concession et qu'on se rapproche d'une négociation qui permette d'aboutir à un véritable règlement de paix ? Ce serait évidemment le scénario idéal, mais il faut quand même dire qu'on en est très loin pour l'instant.
[00:02:23] Speaker 1: Et dans le même temps, pendant que ces négociations se tenaient aux Émirats arabes unis, Bruno, une campagne de bombardement massif a été menée une nouvelle fois par la Russie, qu'est-ce que ça dit, ça, de la stratégie de Moscou ?
[00:02:33] Speaker 2: Alors, ça dit que pendant les discussions, pendant les ébauches de négociations, eh bien, les Russes continuent à frapper. Pourquoi ? Parce qu'ils veulent être en très bonne position quand peut-être va arriver le moment des négociations réelles. Il faut quand même rappeler que même s'il y a eu des avancées de l'armée russe au cours de l'année écoulée, les Russes ont conquis... 1% de territoire ukrainien en plus. Alors, c'est quelque chose... Enfin, c'est pas considérable. Globalement, si on prend un peu de recul, qu'est-ce qu'on a ? On a deux armées qui se font face, une ligne de front qui évolue donc un petit peu, mais qui, quand même, globalement, est quasiment gelée avec aucune de ces deux armées qui est capable véritablement d'enfoncer le front de l'adversaire. Et c'est ça, paradoxalement, qui complique la négociation, parce que si l'un des deux adversaires était vraiment en position de force, il pourrait arriver à la table des négociations en disant, voilà, c'est moi qui ai les cartes en main, pour reprendre l'expression de Trump, donc on va discuter et vous, bah, vous devez accepter de faire des concessions. C'est pourquoi Vladimir Poutine, pendant ces discussions, continue à frapper... Bon, on est toujours en hiver, ça, c'est toujours la même tactique depuis 3 ans, les infrastructures énergétiques des Ukrainiens pour essayer de les démoraliser et qu'ils fassent pression sur leur gouvernement pour faire des concessions, et que, sur le terrain, ils continuent. L'armée russe a revendiqué hier la prise d'un village près de Kharkiv. Bon, les frappes ont touché notamment Kharkiv, aussi, la nuit dernière, et Kiev, hein, il y a eu un mort et une trentaine de blessés, surtout près de 100 000 foyers qui ont été privés d'électricité. Les Russes ont quand même balancé, si vous me passez l'expression, 375 drones, dont 250 Shahed iraniens, d'ailleurs, et 21 missiles. Donc c'était des frappes massives, les sirènes ont retenti dans tout le pays. Donc, voilà, du côté de Moscou, bon, les Ukrainiens appellent ça du cynisme, mais c'est un peu toujours comme ça, quand même, hein, si, là aussi, on prend un peu de recul, on regarde l'histoire, par exemple, pendant la Première Guerre mondiale, on sait que les discussions entre Français, Anglais et Allemands avaient commencé dès 1916, la guerre s'est terminée en 1918, et pendant ce temps, eh ben, les combats continuaient aussi. On est, malheureusement, dans cette logique, qui est terrible, évidemment, pour les civils ukrainiens, mais, connaissant Vladimir Poutine, eh bien, les Russes ont bien l'intention de continuer dans cet objectif-là, pour être en position de force, quand on se retrouve autour de la table avec les Ukrainiens.
[00:05:04] Speaker 1: Merci beaucoup, Bruno. Merci pour cette analyse.
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