[00:00:03] Speaker 1: Vous êtes sur France 24 et vous avez raison, bienvenue dans votre journal de l'Afrique. A la une ce soir, le retrait de l'Afrique du Sud du G20. L'annonce a été faite au Forum mondial de Davos. Une décision motivée pour éviter une crise diplomatique avec les Américains de la part de Pretoria. Décryptage à suivre dans cette édition. A l'occasion de la journée mondiale contre la lèpre, une maladie qui touche encore 4 millions de personnes dans le monde. Un reportage en Côte d'Ivoire, dans un institut qui lutte contre cette maladie infectieuse et ses séquelles. Et notre focus de ce dimanche soir s'intéresse à la Zlékaf, la zone de libre-échange continentale avec un marché de 1,3 milliard d'habitants en fait de fait la plus grande zone de libre-échange au monde. Cinq ans après son entrée en vigueur, la Zlékaf revient au centre du jeu, notamment à Davos, avec la promesse d'un marché commun, les espoirs d'une industrialisation panafricaine, mais aussi des lenteurs, des blocages, des rapports de forces mondiaux. Nous en parlons avec l'économiste et spécialiste des politiques panafricaines, Marcial Zé Belinga. On ouvre ce journal par l'Afrique du Sud qui se retire temporairement du G20. L'annonce a été faite la semaine dernière lors du forum mondial de Davos. Le gouvernement dit vouloir éviter une crise diplomatique avec les Américains. Vous le savez, les relations entre Pretoria et Washington sont au plus bas. Rappel des filles, Clémence Valère.
[00:01:34] Speaker 2: Un retrait temporaire dans l'espoir d'apaiser les tensions avec les États-Unis. C'est le ministre des Finances sud-africain qui a fait l'annonce à Davos jeudi dernier. En cause, un climat politique devenu toxique sous la présidence américaine.
[00:01:48] Speaker 3: Les Américains ne peuvent pas nous chasser du G20, mais ils détiennent un instrument important, l'accréditation. Si vous n'avez pas l'accréditation, vous n'aurez pas l'accréditation. Si vous n'avez pas l'accréditation, vous n'aurez pas l'accréditation.
[00:02:00] Speaker 4: Si vous n'avez pas l'accréditation, vous ne pouvez pas entrer dans les lieux de réunion.
[00:02:04] Speaker 2: Washington, qui assure la présidence tournante du G20 cette année, n'a pas invité l'Afrique du Sud au sommet prévu à Miami en septembre prochain. En novembre dernier, le président américain avait boycotté la réunion du G20, présidée alors par Pretoria. Une réunion qui se tenait pour la première fois en Afrique, à Johannesbourg. Pour justifier son absence, le président Donald Trump avait évoqué le mieux possible de faire. Pour justifier son absence, le président Donald Trump avait évoqué le mieux possible de faire. Pour justifier son absence, le président Donald Trump avait évoqué le mieux possible de faire.
[00:02:32] Speaker 5: Il évoquait le mythe d'un génocide blanc en Afrique du Sud. L'Afrique du Sud ne devrait même plus faire partie du G20, parce que ce qui s'y est passé est grave. Je leur ai dit que je ne viendrai pas, je ne vais pas représenter notre pays là-bas.
[00:02:42] Speaker 2: De son côté, le président Cyril Ramaphosa avait dénoncé une campagne de désinformation contre son pays. L'année prochaine, le G20 passera sous présidence britannique. Pretoria espère retrouver un climat diplomatique plus apaisé, et ainsi revenir à la table des 20 plus grandes économies mondiales.
[00:03:02] Speaker 1: Direction le Soudan, où la capitale Khartoum est en plein travaux après trois ans de guerre. Reconstruction, opération de déminage, les autorités locales souhaitent un retour rapide à la vie normale.
[00:03:18] Speaker 2: Fouillons les décombres qui jonchent le sol de la capitale soudanaise. Ces hommes tentent de faire place nette. Après trois ans de guerre civile, les autorités de Khartoum ont lancé plusieurs projets de débléage et de reconstruction pour faire renaître la ville de ses cendres. Bâtiments criblés de balles, infrastructures dévastées, le chantier est titanesque et l'économie locale en ruine.
[00:03:42] Speaker 3: Lorsque la guerre a éclaté, nos entrepôts étaient pleins de marchandises et les magasins étaient également bien approvisionnés. Ces marchandises ont été pillées et nous avons tout perdu.
[00:03:50] Speaker 2: Parmi les chantiers prioritaires, la remise en état des hôpitaux. Une quarantaine des 120 hôpitaux privés et publics de Khartoum, fermés pendant la guerre, ont déjà repris leurs activités, selon le réseau des docteurs du Soudan.
[00:04:05] Speaker 5: L'hôpital Bari, comme d'autres bâtiments et infrastructures gouvernementaux, a subi des dégâts à hauteur de 70%.
[00:04:14] Speaker 3: Les dégâts les plus importants à l'hôpital concernent son système électrique. Tous les transformateurs et câbles à l'intérieur de l'établissement ont été détruits. Heureusement, nous avons reçu deux nouveaux transformateurs avant-hier.
[00:04:29] Speaker 2: Le 11 janvier, le gouvernement a annoncé son retour dans la capitale après trois ans d'exil à Port-Soudan. L'ONU estime à environ 350 millions de dollars la réhabilitation des infrastructures.
[00:04:44] Speaker 1: Nous partons à présent en Côte d'Ivoire à l'occasion de la Journée mondiale contre la lèpre, une maladie qui touche encore 4 millions de personnes dans le monde. Là-bas, à l'Institut Raoul Follereau, du nom du journaliste français qui dédie sa vie à la lutte contre la lèpre, il a mis en place, main dans la main avec l'État ivoirien, des centres spécialisés dans la prise en charge de cette maladie infectieuse et ses séquelles. Le reportage de Julia Guggenheim.
[00:05:09] Speaker 6: Avant d'arriver dans ce centre spécialisé dans la prise en charge de la lèpre, Conan a traversé dix années d'errance médicale et de stigmatisation.
[00:05:18] Speaker 4: « Mes doigts, quand les gens voyaient, ils disaient... » « Ils ont commencé au moins à me critiquer dans mon dos. » « Bon, quand je passe, je sais que les gens parlaient de moi.
[00:05:29] Speaker 6: » Ici, Conan a reçu un traitement qui l'a guéri. Il n'est plus contagieux. Certaines de ses séquelles sont en revanche irréversibles. Mais aujourd'hui, cet agriculteur s'apprête à recouvrer l'usage de ses mains grâce à une opération.
[00:05:43] Speaker 4: « Je suis heureux parce que quand la maladie a commencé, au niveau du pied et puis au niveau de mes doigts, je n'arrivais plus à faire mes travaux.
[00:05:51] Speaker 6: » Le docteur Kaba fait partie des dix chirurgiens plastiques présents au Côte d'Ivoire, capables de réaliser cette opération.
[00:05:59] Speaker 7: « C'est la réanimation de l'opposition du pouce qui va permettre à la personne d'opposer le pouce aux autres doigts pour pouvoir écrire ou faire des gestes fins. » « La prochaine bataille à amener, c'est la stigmatisation qui continue de frapper les anciens patients lépreux. » « C'est une maladie qui se soigne, c'est une maladie dont on grille. » « L'enjeu, c'est de poser un diagnostic. » « Très tôt, avant l'installation des complications nerveuses.
[00:06:27] Speaker 6: » Dépister tout le monde est tôt. C'est l'objectif d'un programme national de dépistage actif, alors que l'OMS n'avait recensé que 584 nouveaux cas en 2024. Les infirmiers examinent les habitants de ce village à la recherche de petites taches blanches insensibles, premier symptôme de la lèpre.
[00:06:45] Speaker 8: « Effectivement, il y a un son de dépistage parce qu'avant le démarrage de ce projet, je prends l'exemple du district. » « Les districts sanitaires de Guényoua 1 et Guényoua 2 ont dépisté en moyenne 50 cas dans ces deux districts chaque année. Mais lorsque nous avons démarré ce projet, nous avons dépisté 176 nouveaux cas de lèpre dans les deux districts de Guényoua.
[00:07:06] Speaker 6: » La Côte d'Ivoire, qui espère éliminer la maladie d'ici 2030, mène ce dépistage dans la totalité des villages des dix districts sanitaires les plus touchés par la maladie.
[00:07:18] Speaker 1: On passe à notre focus de ce dimanche soir. On s'intéresse à la ZLECAF, la zone de libre-échange continentale africaine, au menu des discussions à Davos cette semaine. Souvent présentée comme le plus grand accord commercial au monde, est censée incarner une nouvelle ambition. Quelles restent-ils des promesses initiales ? Quelles conditions concrètes pour en faire un levier de souveraineté économique ? Notre invité de ce soir va répondre à ces questions. Il est économiste, chercheur, indépendant et spécialiste des politiques panafricaines, Martial Zé Bélinga. Merci et bienvenue dans le GTA. Merci. Content de vous avoir, en particulier ce soir. Plaisir pour vous. Alors, Davos, 2026, a remis la ZLECAF au centre. Pourquoi cet accord revient-il en force cette année ? Expliquez-nous.
[00:08:00] Speaker 9: Alors, il y a plusieurs raisons. La première raison, c'est que le secrétariat de la ZLECAF s'est démené pour se faire entendre. Donc, il a quand même actionné un certain nombre de réseaux pour se faire entendre et c'est tant mieux pour lui. La deuxième raison, probablement, c'est qu'il y a plusieurs changements. On est vraiment à un moment où, d'un point de vue commercial, il y a des grandes mutations, il y a des insécurités, il y a des attentes changeantes, avec notamment la nouvelle logique des tarifs plus ou moins réciproques, plus ou moins guérillés, plus ou moins belliqueux, voire bellicistes. Donc, cette logique-là fait en sorte que de plus en plus d'acteurs se posent les questions de relocaliser leur activité, etc. Ça peut redonner de l'attractivité à l'Afrique. Troisième élément assez important, c'est qu'on est au cœur de changements technologiques. On sait qu'aujourd'hui... Oui, les matières premières dites critiques, par exemple, celles qui permettent la transition numérique, celles qui permettent de développer l'électronique, celles qui permettent aussi de produire beaucoup dans l'industrie de l'armement, elles sont localisées, entre autres, en Afrique. Notamment au Congo, etc., dont on parle souvent ici. Exactement. Donc, la conséquence, c'est qu'il y a un nouvel intérêt par rapport à l'Afrique. Et on peut comprendre, on peut comprendre, on pourrait comprendre que le secrétaire de la ZECAF se... disons, se démène pour se faire entendre à Davos, même si à titre personnel, je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur endroit pour discuter de ces questions-là, des questions africaines, d'un point de vue africain.
[00:09:31] Speaker 1: D'un point de vue africain, vous avez raison. À l'échelle du continent, certains vont plus loin et présentent cet accord. Finalement, cette zone de libre-échange comme un panafricanisme économique, comme on a pu entendre des discours panafricanistes ailleurs, plus politiques. Est-ce que vous êtes d'accord ?
[00:09:47] Speaker 9: Alors, oui et non. Alors, il faut savoir que la première version du panafricanisme, c'est une version, on va dire, très Nkrumah, Cheikh Anta Diop, etc. Alors, c'est une version d'abord politique, c'est-à-dire c'est l'État fédéral africain, panafricain, qui imagine des stratégies économiques, une planification économique, l'industrialisation du continent. Cheikh Anta Diop a beaucoup travaillé sur cette question. Et puis, on arrive à l'intégration économique, monétaire et même l'intégration militaire, l'intégration culturelle également. Donc, ça, c'est la version, j'ai envie de dire, le logiciel dur du panafricanisme, l'intégration Nkrumah, qui n'a pas prospéré pour les raisons qu'on sait. Donc, aujourd'hui, il y a eu une relecture de ces questions-là, une inspiration panafricaniste qui est demeurée. Mais là, on reste d'abord sur un aspect commercial, même pas économie globale, c'est un aspect commercial. Et je pense que pour qu'on retrouve l'aiguillon panafricaniste pur, il faudrait plus de volontarisme. Il faudrait des thématiques comme la souveraineté, qui est une thématique centrale au panafricanisme. Il faut une idée aussi un peu de planification. C'est-à-dire dire qu'on va faire l'intégration juste commerciale, ça ne suffira pas. L'intégration commerciale, c'est pour faire circuler les biens. Mais il faut qu'il y ait des biens produits. Il faut que les biens aient de la valeur ajoutée. Donc, il faut penser des politiques industrielles, tout simplement, des nouvelles chaînes de valeur. Il faut penser l'interconnexion du continent, l'interconnexion numérique. Ils y pensent, ils y travaillent. Mais l'interconnexion physique, infrastructurelle, etc. Ferroviaire et tout ça. Donc, voilà. Il faut plus de volontarisme et plus d'un aiguillon plus, disons, plus en phase avec les loisirs. C'est la logique actuelle pour que ça devienne un pan-africanisme économique. Ça pourrait l'être.
[00:11:25] Speaker 1: Alors, j'aimerais qu'on vous entende et qu'on essaie de comprendre un peu mieux ce marché d'un milliard, 300 millions d'habitants. Qu'est-ce que ça signifie concrètement en l'ASLECAF pour, on va dire, les PME, pour un agriculteur ou même un jeune entrepreneur africain ?
[00:11:38] Speaker 9: Qu'est-ce que ça pourrait signifier ?
[00:11:40] Speaker 1: Oui, qu'est-ce que ça pourrait signifier ? Parce qu'effectivement, ratifié il y a cinq ans, mais toujours pas vraiment en œuvre là.
[00:11:45] Speaker 9: Alors, ratifié il y a cinq ans. Ratifié, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les États... ont signé, ça c'est la signature, ensuite ils ont déposé ce qu'on appelle les instruments de ratification. En gros, les parlements ont accepté l'idée. Mais l'ASLECAF prévoit, en gros, un délai de, il ne faut pas compter, moins de 10 à 15 ans pour que les barrières douanières reviennent à zéro pour 90 à 97 % des produits. Donc, vous voyez qu'on ne peut pas avoir des résultats immédiats, de toute façon, par construction. L'autre aspect qui est important, c'est qu'en Afrique en particulier, les barrières non tarifaires sont au moins aussi importantes que les barrières tarifaires. C'est-à-dire qu'avoir un taux de douane de, mettons, 10-12 %, c'est important, mais quelquefois, quand votre marchandise ne peut tout simplement pas passer la douane, parce qu'il y a des obstacles, parce que les douanes, il y a des problèmes de corruption, parce qu'il peut y avoir également des incapacités institutionnelles, pour X raisons, X goulots d'étranglement, même administratifs, ça, on appelle ça les barrières non tarifaires. Donc, du coup, il y a des raisons objectives pour que, que l'effectivité de l'accord soit plus lente. Mais cela dit, l'accord a commencé, il y a un certain nombre de pays, une quarantaine de pays qui ont déjà échangé sous le label ZLECAF, mais concrètement, ça veut dire quoi pour une personne ? Ça veut dire que, mettons, une PME qui cherchait à avoir de nouveaux marchés, de plus en plus, dans son environnement immédiat, ou même simplement, comme j'ai vu, des entreprises du Ghana qui étaient en relation avec des entreprises du Kenya, par exemple, sous l'égide de la ZLECAF, c'est de plus en plus possible. On a un marché plus vaste, on peut avoir une carte d'optimisation différente et se dire, si je n'ai pas de clients dans ma proximité ou dans mon pays, je peux en trouver dans des pays voisins et ça ne sert pas à des taux de douane rédhibitoires. Par exemple, en agriculture, on peut à la fois importer les intrants, qui coûtent moins cher, parce qu'effectivement, il y a cette franchise de douane qui peut aider. Donc, concrètement, on peut avoir, si c'est bien fait, on peut avoir plus d'opportunités, aussi bien pour produire que pour consommer des intrants, pour produire et pour exporter, aussi bien au niveau africain d'abord, et que pour produire au niveau local. Mais ça reste une promesse qui est très théorique, qui est très conditionnelle. Elle est conditionnelle d'abord au fait qu'il devrait y avoir de la production, et ensuite, il devrait y avoir optimiser la circulation. Ça implique aussi une appropriation plus forte de ce projet, qui est, à mon sens, un peu trop technocratique.
[00:14:15] Speaker 1: En tout cas, on espère que ça va tenir ces promesses, en tout cas, à moyen terme, si ce n'est pas à court terme.
[00:14:23] Speaker 9: À court terme, certainement pas. Mais à moyen, il faudra à long terme. Il faut espérer aussi, parce qu'on est aux cinq ans, cinq ans de l'accord, et c'est un accord qui est amendable tous les cinq ans. Et je crois que cet aiguillon qui manque, à la fois productif, à la fois panafricaniste, plus volontariste, plus en phase avec les attentes aujourd'hui populaires africaines, il doit être un peu plus présent, un peu plus intégré au sein même de l'accord. Et ça, vu qu'on est dans les cinq ans et que l'accord est amendable tous les cinq ans, je crois que l'alternative africaine doit se faire entendre sur cette question.
[00:14:53] Speaker 1: Merci beaucoup, Martial Zehé-Bélinga. Merci beaucoup d'être venu. Merci d'être venu dans ce Journal de l'Afrique. C'est la fin de cette édition. Merci à tous ceux qui nous ont suivis partout dans le monde, et ce soir en particulier, de Davos à Benbis, voilà, à Benbis, au Cameroun, en passant par Paris. Restez avec nous, car l'actualité continue sur France 24. Merci.
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