AfCFTA’s Davos moment: what must change to deliver (Full Transcript)

Why AfCFTA is back on the agenda, why results are slow, and what it needs—sovereignty, industry, and infrastructure—to unlock intra-African trade.
Download Transcript (DOCX)
Speakers
add Add new speaker

[00:00:00] Speaker 1: On passe à notre focus de ce dimanche soir, on s'intéresse à l'ASLECAF, la zone de libre-échange continental africaine, au menu des discussions à Davos cette semaine, souvent présentée comme le plus grand accord commercial au monde et censée incarner une nouvelle ambition. Quelles restent-ils des promesses initiales ? Quelles conditions concrètes pour en faire un levier de souveraineté économique ? Notre invité de ce soir va répondre à ces questions. Il est économiste, chercheur, indépendant et spécialiste des politiques panafricaines, Marcial Zé Bélinga. Merci et bienvenue dans le JTA. Merci. On est content de vous avoir en particulier ce soir. Plaisir pour vous. Alors, Davos 2026 a remis l'ASLECAF au centre. Pourquoi cet accord revient-il en force cette année ? Expliquez-nous.

[00:00:42] Speaker 2: Alors, il y a plusieurs raisons. La première raison, c'est que le secrétariat de l'ASLECAF s'est démené pour se faire entendre. Donc, il a quand même actionné un certain nombre de réseaux pour se faire entendre et c'est tant mieux pour lui. La deuxième raison, probablement, c'est que... Il y a plusieurs changements. On est vraiment à un moment où, d'un point de vue commercial, il y a des grandes mutations, il y a des insécurités, il y a des attentes changeantes avec notamment la nouvelle logique des tarifs plus ou moins réciproques, plus ou moins guerriers, plus ou moins belliqueux, voire bellicistes. Donc, cette logique-là fait en sorte que de plus en plus d'acteurs se posent des questions de relocaliser leur activité, etc. Ça peut redonner de l'attractivité à l'Afrique. Le troisième élément assez important, c'est qu'on est au cœur de changements technologiques. On sait qu'aujourd'hui, les matières premières dites critiques, par exemple, celles qui permettent la transition numérique, celles qui permettent de développer l'électronique, celles qui permettent aussi de produire beaucoup dans l'industrie de l'armement, elles sont localisées, entre autres, en Afrique. Notamment au Congo, etc., dont on parle souvent ici. Exactement. Donc, la conséquence, c'est qu'il y a un nouvel intérêt. Et on peut comprendre, on peut comprendre, on pourrait comprendre que le secrétaire de la ZECAF se démène pour se faire entendre à Davos, même si à titre personnel, je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur endroit pour discuter de ces questions-là, des questions africaines, d'un point de vue africain.

[00:02:13] Speaker 1: D'un point de vue africain, vous avez raison. À l'échelle du continent, certains vont plus loin et présentent cet accord. Finalement, cette zone de libre-échange comme un panafricanisme économique, comme on a pu entendre des discours panafricanistes. Ailleurs, plus politique, est-ce que vous êtes d'accord ?

[00:02:29] Speaker 2: Alors, oui et non. Il faut savoir que la première version du panafricanisme, c'est une version, on va dire, très Nkrumah, Cheikh Anta Diop, etc. C'est une version d'abord politique. C'est-à-dire, c'est l'État fédéral africain, panafricain, qui imagine des stratégies économiques, une planification économique, l'industrialisation du continent. Cheikh Anta Diop a beaucoup travaillé sur cette question. Et puis, on arrive à l'intégration économique, monétaire et même l'intégration militaire. L'intégration culturelle également. Donc, ça, c'est la version, j'ai envie de dire, le logiciel dur du panafricanisme, version Nkrumah, qui n'a pas prospéré pour les raisons qu'on sait. Donc, aujourd'hui, il y a eu une relecture de ces questions-là, une inspiration panafricaniste qui est demeurée. Mais là, on reste d'abord sur un aspect commercial, même pas économie globale, c'est un aspect commercial. Et je pense que pour qu'on retrouve l'aiguillon panafricaniste pur, il faudrait plus de volontarisme. Il faudrait des thématiques comme la souveraineté. Il faudrait des thématiques comme la souveraineté. Il faudrait des thématiques comme la souveraineté. Il faudrait des thématiques comme la souveraineté, qui est une thématique centrale au panafricanisme. Il faut une idée aussi un peu de planification, c'est-à-dire dire qu'on va faire l'intégration juste commerciale, ça ne suffira pas. L'intégration commerciale, c'est pour faire circuler les biens. Mais il faut qu'il y ait des biens produits. Il faut que les biens aient de la valeur ajoutée. Donc, il faut penser des politiques industrielles, tout simplement, des nouvelles chaînes de valeur. Il faut penser l'interconnexion du continent, l'interconnexion numérique. Ils y pensent, ils y travaillent. Mais l'interconnexion physique, infrastructurelle. Il faut plus de volontarisme et plus d'un aiguillon plus, disons, plus en phase avec les logiques actuelles pour que ça devienne un panafricanisme économique. Ça pourrait l'être.

[00:04:07] Speaker 1: Alors, j'aimerais qu'on vous entende et qu'on essaie de comprendre un peu mieux ce marché d'un milliard 300 millions d'habitants. Qu'est-ce que ça signifie concrètement en Lazlécaf pour, on va dire, les PME, pour un agriculteur ou même un jeune entrepreneur africain ?

[00:04:21] Speaker 2: Qu'est-ce que ça pourrait signifier ?

[00:04:22] Speaker 1: Oui, qu'est-ce que ça pourrait signifier ? Tout à fait. Mais toujours pas vraiment en œuvre, là.

[00:04:27] Speaker 2: Alors, ratifié il y a cinq ans.

[00:04:30] Speaker 1: Oui.

[00:04:30] Speaker 2: Ratifié, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les États ont signé, ça c'est la signature, ensuite ils ont déposé ce qu'on appelle les instruments de ratification. En gros, les parlements ont accepté l'idée. Mais Lazlécaf prévoit, en gros, un délai de, il ne faut pas compter, moins de 10 à 15 ans pour que les barrières douanières reviennent à zéro pour 90 à 97 % des produits. Donc, vous voyez que... On ne peut pas avoir des résultats immédiats, de toute façon, par construction. L'autre aspect qui est important, c'est qu'en Afrique en particulier, les barrières non tarifaires sont au moins aussi importantes que les barrières tarifaires. C'est-à-dire qu'avoir un taux de douane de, mettons, 10-12 %, c'est important. Mais quelquefois, quand votre marchandise ne peut tout simplement pas passer la douane parce qu'il y a des obstacles, parce que les douanes, il y a des problèmes de corruption, parce qu'il peut y avoir également des incapacités institutionnelles. Pour X raisons, X goulottes. Ou des taux d'étranglement, même administratifs. Ça, on appelle ça les barrières non tarifaires. Donc, du coup, il y a des raisons objectives pour que l'effectivité de l'accord soit plus lente. Mais cela dit, l'accord a commencé. Il y a un certain nombre de pays, une quarantaine de pays qui ont déjà échangé sous le label ZLECAF. Mais concrètement, ça veut dire quoi pour une personne ? Ça veut dire que, mettons, une PME qui cherchait à avoir de nouveaux marchés, de plus en plus, dans son environnement immédiat, ou même simplement, comme j'ai vu, des entreprises du Ghana qui étaient en relation avec des entreprises du Kenya, par exemple, sous l'égide de la ZLECAF, c'est de plus en plus possible. Donc, on a un marché plus vaste. On peut avoir une carte d'optimisation différente et se dire, si je n'ai pas de clients dans ma proximité ou dans mon pays, je peux en trouver dans des pays voisins et ça ne sert pas à des taux de douane rédhibitoires. Par exemple, en agriculture, on peut à la fois importer des intrants qui coûtent moins cher, parce qu'effectivement, il y a cette franchise de douane qui peut aider. Donc, concrètement, on peut avoir, si c'est bien fait, on peut avoir plus d'opportunités, aussi bien pour produire que pour consommer des intrants, pour produire et pour exporter, aussi bien au niveau africain d'abord et que pour produire au niveau local. Mais ça reste une promesse qui est très théorique, qui est très conditionnelle. Elle est conditionnelle d'abord au fait qu'il devrait y avoir de la production, et ensuite, il devrait y avoir optimiser la circulation. Ça implique aussi une appropriation plus forte de ce projet qui est, à mon sens, un peu trop technocratique.

[00:06:58] Speaker 1: En tout cas, on espère que ça va tenir ses promesses, en tout cas, à moyen terme, si ce n'est pas à court terme.

[00:07:05] Speaker 2: À court terme, certainement pas. Mais à moyen, il faudra à long terme. Il faut espérer aussi parce qu'on est aux cinq ans, cinq ans de l'accord. Et c'est un accord qui est amendable tous les cinq ans. Et je crois que cet aiguillon qui manque, à la fois productif, à la fois panafricaniste, plus volontariste, plus en phase avec les attentes. On dit populaire, africaine. Eh bien, il doit être un peu plus présent, un peu plus intégré au sein même de l'accord. Et ça, vu qu'on est dans les cinq ans et que l'accord est amendable tous les cinq ans, je crois que l'alternative africaine doit se faire entendre sur cette question.

[00:07:35] Speaker 1: Merci beaucoup, Martial Zehé Bélinga. Merci beaucoup d'être venu. Merci d'être venu dans ce Journal de l'Afrique. C'est la fin de cette édition. Merci à tous ceux qui nous ont suivis partout dans le monde, et ce soir en particulier, de Davos à Benvis, au Cameroun, en passant par Paris. Et restez avec nous, car l'actualité continue sur France 24. Merci.

ai AI Insights
Arow Summary
Interview on France 24 about the African Continental Free Trade Area (AfCFTA/ZLECAF) returning to prominence at Davos 2026. The guest explains renewed interest due to the secretariat’s outreach, global trade uncertainty and tariff wars prompting reshoring, and Africa’s role in critical minerals for digital and defense industries. He argues AfCFTA is only partially aligned with classical pan-Africanism (Nkrumah/Diop) because it is mainly a trade framework; to become true economic pan-Africanism it needs stronger sovereignty-oriented political will, industrial policy, value chains, and physical/digital infrastructure integration. Implementation is inherently slow: tariffs phase down over 10–15 years for 90–97% of products, and non-tariff barriers (corruption, administrative bottlenecks, weak institutions) are as constraining as tariffs. Some trade has begun under AfCFTA among ~40 countries, potentially opening larger markets for SMEs, farmers, and entrepreneurs via lower duties and cheaper inputs, but outcomes depend on production capacity, logistics, and broader appropriation beyond technocratic circles. He notes the agreement is amendable every five years and calls for a stronger, more popular and sovereignist “African alternative” to shape revisions.
Arow Title
AfCFTA at Davos: promises, constraints, and conditions for impact
Arow Keywords
AfCFTA Remove
ZLECAF Remove
Davos 2026 Remove
pan-Africanism Remove
sovereignty Remove
industrial policy Remove
critical minerals Remove
tariff reduction Remove
non-tariff barriers Remove
intra-African trade Remove
SMEs Remove
infrastructure integration Remove
Arow Key Takeaways
  • AfCFTA’s renewed visibility at Davos reflects outreach by its secretariat, global trade tensions, and strategic demand for Africa’s critical minerals.
  • AfCFTA is primarily a trade agreement; to match classic pan-African ambitions it must incorporate sovereignty, planning, and industrial strategy.
  • Tariff elimination is phased over 10–15 years for most products, so immediate results are unlikely by design.
  • Non-tariff barriers—administrative delays, corruption, and institutional capacity—can block trade even when tariffs fall.
  • Early AfCFTA-labeled trade is occurring among roughly 40 countries, offering potential new markets and cheaper inputs for businesses.
  • Impact depends on producing value-added goods and improving physical and digital connectivity across the continent.
  • Because the treaty is amendable every five years, the current review window is an opportunity to strengthen its developmental and popular legitimacy.
Arow Sentiments
Neutral: The tone is analytical and balanced: it highlights new opportunities and strategic interest in Africa, while stressing slow timelines, structural constraints, and the need for stronger political will and industrial policy to fulfill promises.
Arow Enter your query
{{ secondsToHumanTime(time) }}
Back
Forward
{{ Math.round(speed * 100) / 100 }}x
{{ secondsToHumanTime(duration) }}
close
New speaker
Add speaker
close
Edit speaker
Save changes
close
Share Transcript