[00:00:00] Speaker 1: — Retour à l'essentiel. On va plus loin à présent avec Ziad Limam, directeur du M. l'Afrique magazine. Bonjour, Ziad. — Bonsoir. — Et Gauthier Rybinski, chroniqueur international ici à France 24. Bonjour, Gauthier. — Bonsoir. — Au sommaire, pas de coup de force au Groenland. Donald Trump exclut toute action militaire pour s'emparer du territoire sous souveraineté danoise. Dans son discours à Davos, point d'orgue de cette édition 2026 dans les Alpes suisses, le président américain exige néanmoins des négociations immédiates avec Copenhague pour permettre cette acquisition. — Les Sénégalais ont célébré hier le retour de leurs champions, les Lyons de la Teranga, auréolés de leur deuxième sacre à la Coupe d'Afrique des Nations. Une victoire qui n'efface pas les contestations après leur départ précipité de la pelouse sur un pénalty sifflé contre Dimanche. On en parle dans un instant. Claude Leroy sera notre invité en direct. — Retour donc sur la victoire du Sénégal. C'était dimanche en finale de la Coupe d'Afrique des Nations. Les Lyons de la Teranga, fêtés par des milliers de supporters sénégalais hier à Dakar pour leur deuxième étoile après celle de 2021-2022. Des scènes de liesse qui ne suffisent pas à faire oublier le climat dans lequel s'est déroulée cette finale, avec un but refusé pour le Sénégal, un pénalty manqué pour le Maroc dans les dernières minutes du temps réglementaire. La sortie puis le retour des joueurs. — Les joueurs sénégalais sous la pression conjointe de leur capitaine Sadio Mane et également de leur ancien sélectionneur, le Français Claude Leroy, qui est avec nous en direct, actuellement consultant pour Canal+. Je le disais, vous avez été sélectionneur, entre autres, du Sénégal parmi plusieurs équipes africaines. Merci d'être avec nous. Ce qui s'est passé dimanche, Claude Leroy, quelle a été votre réaction lorsque le but sénégalais a été annulé, que quelques minutes plus tard, l'arbitre a donc décidé de siffler ce pénalty pour le Maroc ? — D'abord, que vous êtes...
[00:01:58] Speaker 2: — C'est-à-dire que pour être tout à fait précis, c'est pas un but qui a été annulé. C'est-à-dire que c'est l'arbitre qui a sifflé une faute sur Achraf Hakimi avant que l'action continue et que les Sénégalais marquent un but. Donc il pouvait pas revenir. Il avait déjà sifflé, si bien qu'il a trop anticipé. Il est allé trop vite. Il aurait dû laisser l'action se terminer, puis après consulter le cachet en levard. Ensuite, sur un autre compte, quelques minutes après, il a accordé un pénalty au... — Au Marocain. Et c'est là que tout a généré. C'est là que ça a basculé. Les Sénégalais, dans l'émotion... Il y a beaucoup de jeunes joueurs. Le sélectionneur, c'est sa première Coupe d'Afrique Nation. On quittait le terrain. Et moi, petit à petit, je me suis rapproché d'endroits pour... Au départ, juste pour calmer, pour essayer un petit peu de calmer, parce que je voyais bien que ça allait dégénérer, que c'était un coup sûr la fin de l'aventure sénégalaise et puis des sanctions énormes. — Oui. — Et à ce moment-là, Sadio Mané, le capitaine, m'a vu et est venu vers moi. Lui, douté, lui aussi sentait quelque part qu'il fallait pas abandonner le terrain. Il est venu et m'a dit « Qu'est-ce que tu ferais ? ». Je lui ai dit « Moi, à ta place, j'irai chercher mes potes au WCR et je les ramènerai sur le terrain ». Voilà.
[00:03:15] Speaker 1: — Donc c'est grâce à vous, finalement, que le match a pu reprendre.
[00:03:17] Speaker 2: — Bon, n'exagérons rien. Je pense que Sadio avait besoin peut-être d'être conforté dans ce que, quelque part, il sentait confusément, quoi. Je lui ai dit donc qu'à partir de là, il est parti au WCR. Il a récupéré son équipe parce qu'on pouvait pas imaginer une seconde qu'une Coupe d'Afrique des Nations se termine comme ça. Et puis il faut savoir aussi que Sadio Mané, qui est un joueur exceptionnel, qui a été ballon d'or africain, qui a joué dans les plus grands clubs, c'était sa dernière canne. Donc lui aussi, j'ai l'impression qu'il voulait pas abîmer cette dernière canne par de telles images.
[00:03:55] Speaker 1: — Vous comprenez néanmoins la réaction du sélectionneur sénégalais. Sadio, qui a donc appelé ses joueurs à rentrer au vestiaire.
[00:04:01] Speaker 2: — Je comprends. Enfin bon, moi aussi, j'ai subi des erreurs d'arbitrage énormes et tout. Et je pense que dans ces cas-là, il faut pas perdre des pédales. Je pense qu'il a été complètement submergé par l'émotion, qu'il a eu un sentiment après ce but non accordé, parce que s'il fait précipitamment que quelque chose se passait, que... Ben oui, il a... C'est cette submersion d'émotion. Le fait qu'il a demandé ses joueurs, je pense que c'est une erreur. Il en est convenu après. Il a tout de suite dit que c'était une grave erreur. Mais dans ces cas-là, c'est vrai que quand on dirige une équipe dans ce genre de compétition, ben il faut savoir garder raison. Il faut garder son calme, parce qu'autrement, très vite, tout peut se précipiter, parce qu'il y a aussi des supporters. Il y a des gens qui peuvent s'énerver. Il y a des Marocains aussi qui commençaient à s'énerver avec le gardien de but sénégalais qui réclamait une serviette pour s'énerver. Pour s'éponger du déluge qu'il y avait. Donc il faut essayer de mettre un petit peu de sérénité dans des moments où la sérénité n'est pas le fort pour tout le monde, pour les entraîneurs comme pour les joueurs.
[00:05:09] Speaker 1: Il risque, lui d'ailleurs et certains de ses joueurs, la suspension pour la Coupe du Monde qui doit débuter cette année, donc 2026, aux Etats-Unis, Mexique. Vous comprendriez qu'une sanction soit prise puisqu'elle est à l'étude aujourd'hui au niveau de la FIFA ?
[00:05:25] Speaker 2: Il y a des règlements. Vous savez, le règlement dit même que... Si des joueurs quittent le terrain, quand ils reviennent sur le terrain, ils doivent prendre un carton. Il y avait déjà deux Sénégalais qui avaient un carton, donc ils auraient dû avoir un deuxième carton rouge. Mais je pense que la FIFA doit savoir aussi dans quel contexte ça s'est passé. Ce qui est dingue dans cette affaire, c'est que le Maroc a véritablement parfaitement bien organisé. C'était une superbe Coupe d'Afrique des Nations et que quelques minutes de chaos comme ça ont tout abîmé. Donc j'espère qu'il y aura quelque part de la clémence. Mais il faut aussi être lucide. Moi, j'adore ce pays, le Sénégal. Moi, bien évidemment, je voulais que cette finale se termine bien. Au moment où moi, j'interviens, il faut se rappeler quand même qu'il reste une minute à jouer et qu'il y a un pénalty à tirer pour le Maroc. Donc moi, je dis aux joueurs sénégalais, je dis à Sadio de revenir sur le terrain en sachant qu'une minute après, le Maroc, normalement, a de fortes chances d'être sacré champion d'Afrique. Mais il fallait que le match se termine, normalement. Et pas qu'il y ait un non-match sur les dernières minutes.
[00:06:32] Speaker 1: Vous avez été manifestement bien inspiré, en tout cas pour les Sénégalais, sur ce pénalty, puisqu'il a été raté dans les conditions que l'on sait par Brahim Diaz, le choix de cette panenka. Qu'en avez-vous pensé ?
[00:06:43] Speaker 2: Vous savez, c'est ce qu'on dit après quand c'est raté, que le geste paraît insensé. Je pense qu'il a fait un péché d'orgueil. Il était meilleur buteur de la compétition. Il est en délicatesse au Real où il ne joue pas souvent. Il a voulu marquer une panenka pour l'éternité en se disant... Je crois qu'il a voulu un petit peu humilier Edouard Mendy, qui, lui, me disait juste après le match qu'à un moment, cette possibilité de panenka lui a traversé l'esprit. Et c'est pour ça que c'est absolument incroyable, parce qu'il ne bouge pas. 99 fois sur 100, un gardien va partir, va choisir un côté, gauche ou droit. Lui reste complètement figé au milieu du terrain et la balle lui arrive comme ça dans les bras. Ça fait une situation ubuesque et presque drôle, parce qu'on se demande à ce moment-là ce qui s'est passé véritablement.
[00:07:36] Speaker 1: Merci beaucoup, Claude Leroy, d'avoir répondu à nos questions en direct sur France 24. Je vous en prie. Au revoir. Peut-être un mot sur cette panenka et puis on passera au reste. Les commentaires de Claude Leroy rejoignent précisément ce que vous m'avez dit hier pour livrer un petit peu le contenu de discussion. Gauthier Rybinski, vous avez vu effectivement dans ce geste un excès de confiance, presque une forme de mépris pour l'adversaire.
[00:08:02] Speaker 3: Alors, il y a un excès de confiance qui peut être individuel, comme le soulignait Claude Leroy. Il y a aussi un excès de confiance qui peut être collectif. Vous avez vu que le Maroc était extrêmement fier et à juste titre de l'organisation de cette Coupe d'Afrique et qu'en quelque sorte, il y avait l'idée que le résultat ne pouvait pas lui échapper. Et quand vous tentez un geste technique de ce type-là, souvent c'est extrêmement cuisant et quand vous le réussissez pour le gardien, je pense qu'il y a à la fois peut-être la question du joueur, Diaz lui-même, et puis aussi cette idée que la nation pousse, qu'il faut y arriver, qu'on va y arriver, y compris même avec un panache extraordinaire, et que l'incompréhension du Maroc, c'est de se dire comment est-il possible que nous l'ayons loupé alors qu'elle était taillée sur mesure pour nous. Il y a quelque chose pour moi de cet ordre-là, et alors là on pourrait revenir sur la raison, la fonction du foot, la fonction des épreuves, des coupes, mais ça n'est pas complètement, je ne crois pas qu'on puisse le réduire... Péché d'orgueil. Péché d'orgueil, qu'on ne puisse pas le réduire uniquement à la problématique du joueur.
[00:09:09] Speaker 1: Diaz Limam, sur ce geste, et puis peut-être plus généralement aussi sur ce à quoi on a cité, parce que c'était une fin de match complètement folle.
[00:09:16] Speaker 4: Alors, celle-là était vraiment folle, mais ce n'est pas une aberration dans le monde du football, les équipes qui quittent le terrain, dans la Cannes il y en a eu un certain nombre, mais il y en a eu en Europe, ça existe, après il y a des sanctions, pas des sanctions, etc. Ce qui s'est passé en fait là, d'abord il y avait un contexte. C'était probablement les deux meilleures équipes du tournoi, avec des enjeux maximums, on sait très bien à quel point le football, en particulier dans les compétitions d'équipes nationales, peut focaliser de l'énergie, parfois excessive, en termes de nationalisme, d'identité, etc. On a vu aussi, peut-être pour la première fois, mais déjà en Côte d'Ivoire c'était un peu le cas, on a vu aussi l'influence très négative des réseaux sociaux, des campagnes, d'abord beaucoup d'agressivité sur le Maroc, il faut le dire, sur ces vendus, ils ont acheté, les arbitres sont tous achetés, le Maroc a acheté sa coupe, etc. Ce qui est un non-sens dans la réalité. Et donc les gens s'interpellent par téléphone, par réseaux sociaux, par tweets fixes, donc ça fait monter la tension, et donc tout se passe bien pendant 88, 9 minutes, un grand match de foot, un grand stade, une grande canne, deux grandes équipes, et là ça disjoncte. Ce qui est fou dans cette histoire, c'est que ça disjoncte sur une série d'événements, il n'y en a pas un, il y en a deux, il y en a trois, etc. Et donc bon, là on ne peut plus rien, sauf que ça devient le rôle des officiels et de l'arbitre de tenir la baraque, il n'y arrive pas. Enfin, je ne veux vraiment pas rentrer dans ce débat, parce que quand je vois la violence de ce qu'on se dit sur internet, il y a clairement, pour moi qui suis un footballeur amateur, il y a une erreur sur l'arbitrage sur le premier but du Sénégal, ça c'est, à mon avis, il siffle trop vite, il aurait dû laisser normalement la règle, je crois que la règle c'est de laisser se dérouler l'action, puis éventuellement VAR, etc. Sur le pénalty, un arbitre sifflera pénalty, ce qui serait normal, un arbitre qui n'irait pas pénalty, ce qui serait peut-être normal aussi, donc on ne peut pas dire, et ça fait partie des faits de jeu, et là ça dérape.
[00:11:33] Speaker 1: Et la réaction du sélectionneur, vous la comprenez ?
[00:11:35] Speaker 4: Non, je pense que Claude Leroy, qui est un habitué des terrains, l'a dit parfaitement, il y a une submersion de l'émotion, parce que aussi, comme je vous ai dit, les enjeux sont au maximum, parce que les identités sont chauffées à blanc, et donc il y a l'impression d'une injustice, mais parce qu'on a mis aussi la petite musique sur l'injustice, ce qui ne change rien au résultat, puisque de toute façon, la suite a montré que le foot ça se joue de toute façon, et qu'il faut accepter l'effet de jeu, et qu'un pénalty ce n'est pas forcément un but, et qu'un joueur talentueux peut, excusez-moi le terme, faire une connerie d'orgueil ou se planter complètement, et que le Sénégal peut marquer un but somptueux dans les arrêts de jeu. Moi, ce qui me gêne, une fois que ça c'est fait, que les sanctions seront prises, que voilà, tout ça, et que le Sénégal a gagné sa coupe...
[00:12:26] Speaker 1: Vous trouvez logique la réaction de Jeannine Fantineau par exemple ?
[00:12:28] Speaker 4: Alors là aussi, je ne veux pas rentrer là-dedans, parce que les histoires de la CAF et de la FIFA, et les rapports de force entre eux, et ce qu'on sait ou ce qu'on ne sait pas, je ne veux pas savoir. Enfin, j'aimerais savoir, mais ça supposerait une enquête extrêmement longue et extrêmement détaillée. Ce qui me gêne, moi, en tant que passionné, c'est que le Sénégal a gagné, le Maroc a fait une très belle Coupe d'Afrique avec une équipe qui est quand même encore une équipe en formation, en construction vis-à-vis de la Coupe du Monde. Ils ont un enjeu Coupe du Monde, donc tout ça est important. Mais il faut absolument arrêter cette espèce de poussée, encore une fois je dis identitaire, des deux côtés. Ce qui se publie en ce moment sur les réseaux, au Maroc, au Sénégal, en Afrique subsaharienne, c'est trop, c'est too much, c'est d'une violence incendiaire. Il faut redescendre. Comme tous les matchs de foot et comme toutes les finales, ça peut être extrêmement douloureux. Et nous, en France, on a un souvenir de la douleur. Je ne veux pas vous rappeler Séville, qui a à peu près marqué toute une génération de gens. Jusqu'à aujourd'hui, les gens se rappellent de Séville. Où est-ce qu'ils étaient ? La Tunisie ? Non, le Battiston qui se fait assassiner par le gardien allemand. Bref, ça fait partie du foot, mais restons en Afrique. Il s'est passé des choses positives. Gardons le positif et avançons.
[00:13:44] Speaker 1: Un mot de réaction peut-être, Gauthier ? Oui.
[00:13:47] Speaker 3: Je suis d'accord avec ce que disait Yann. Il y a quelque chose, moi aussi, qui me choque profondément. C'est que, n'étant pas un amateur comme vous, je pense qu'il y a quelque chose de consubstantiel à la nature même du jeu qui concerne et qui contient ce déluge identitaire. D'ailleurs, vous l'avez dit à juste titre, ça arrive aussi en Europe et on pourrait rappeler des tas de choses. Et donc là, je vois que quand vous avez aussi, par exemple, entre le Maroc et l'Algérie, dans d'autres domaines, des tweets, des échanges extrêmement rugueux, même pour savoir qui a la paternité de tel ou tel plat, tel ou tel mets, telle ou telle expression, ça va très très loin, ça va très fort. Et là, finalement, ce qui m'étonne, c'est de ne pas être étonné par rapport à cet enjeu démentiel qui, finalement, piège les uns et les autres. Et je dirais que, d'une certaine manière, l'issue de ce match est à la hauteur de ce qu'on avait perçu, peut-être moins pour le Sénégal, on ne l'avait pas perçu, mais en tout cas pour le Maroc, il y a quelque chose d'extrêmement avif. Et au fond, est-ce que ce n'est pas ça, à tort ou à raison, mais est-ce que ce n'est pas ça aussi le foot international, qu'on soit en Afrique, qu'on soit en Europe, qu'on soit aux Etats-Unis ? Je signale d'un mot que Claude Leroy se demandait s'il ne fallait pas boycotter la Coupe du monde aux Etats-Unis. C'est une réflexion aussi intéressante.
[00:15:10] Speaker 1: En tout cas, les tensions sont en train de s'apaiser au moment même où nous sommes. Nous parlons, puisqu'on l'apprend à l'instant, Donald Trump annonce qu'un accord-cadre a été passé avec l'OTAN sur le Groenland. Les Européens ne seront donc pas soumis aux surtaxes douanières. Est-ce que cela exonère aussi les vins et spiritueux français et ces fameux 200% liés cette fois à la volonté d'Emmanuel Macron de ne pas intégrer le Conseil de la paix voulu par Donald Trump ? C'est un autre débat manifestement. En tout cas, ce soir effectivement, cet accord-cadre annoncé par les Etats-Unis. On n'en sait pas plus. C'est-à-dire, que contiendra exactement cet accord ? Quels droits confèrent-ils aux Etats-Unis sur le Groenland ? Plus tôt dans la journée, Donald Trump avait en tout cas annoncé qu'il ne comptait pas recourir à la force, même s'il voulait voir des négociations s'ouvrir immédiatement sur la question. Écoutez-le.
[00:16:07] Speaker 5: Je n'ai pas à utiliser la force. Je ne veux pas le faire. Je ne vais pas le faire. Mais tout ce que les Etats-Unis demandent, c'est un endroit appelé Groenland. On l'a déjà eu en tant que curateur, mais respectueusement, on l'a rendu au Danemark, il n'y a pas si longtemps, après avoir gagné contre l'Allemagne, le Japon, l'Italie et d'autres pendant la Seconde Guerre mondiale.
[00:16:28] Speaker 2: On l'aura rendu.
[00:16:30] Speaker 5: Nous étions puissants à l'époque, nous le sommes encore plus aujourd'hui. Ils ont le choix. Vous pouvez dire oui, mais ils nous montreront très reconnaissants, ou vous pouvez dire non, et nous nous en souviendrons.
[00:16:44] Speaker 6: Ils nous en souviendront.
[00:16:46] Speaker 1: Voilà, ce n'est donc plus le fusil sur la tempe que les Danois se retrouvent pressés de négocier par Donald Trump. Mais ça y ressemble tout de même, Sarah Anderson, vous qui êtes correspondante de France 24 aux Etats-Unis, de nationalité franco-danoise avec de multiples reportages à votre actif en Groenland. La menace agitée par Donald Trump pour parvenir à ses fins, ce n'est donc plus tant l'annexion du Groenland que la dislocation de l'OTAN, d'où l'annonce à l'instant peut-être d'un accord cadre avec l'Alliance atlantique ?
[00:17:14] Speaker 6: Effectivement, selon Donald Trump, les Etats-Unis seraient la seule puissance qui est capable de défendre le Groenland. Et en parallèle, il affirme lui ne rien retirer de l'OTAN si ce n'est donc la responsabilité de protéger l'Europe. Et dans son discours, on l'a vu, Trump conteste la solidarité automatique des Alliés et il remet donc en question la réciprocité de l'Alliance. Parce que le message de Donald Trump est clair. En fait, si les Alliés ne suivent pas les priorités, qu'il s'agisse de la sécurité dans l'Arctique ou de la rivalité avec la Chine, alors l'engagement des Etats-Unis pourrait être remis en cause. Donc en fait, même sans chercher à faire éclater l'Alliance, sa stratégie crée l'incertitude et des divisions et de la méfiance parmi les Alliés. Pour autant, le Groenland n'est pas seulement un outil de pression puisque Trump a quand même montré que depuis son premier mandat, il voulait vraiment contrôler le Groenland. Pour des raisons à la fois stratégiques et géopolitiques.
[00:18:17] Speaker 1: On attend de savoir ce que contient ce cadre, puisque c'est l'annonce jusqu'à présent à laquelle se borne Donald Trump, suffisante en tout cas semble-t-il pour renoncer à ses surtaxes douanières sur les Européens. Est-ce aussi parce qu'il est lui-même sous pression aux Etats-Unis, Donald Trump ? Cette obsession du Groenland ne semble pas partagée par beaucoup d'Américains.
[00:18:41] Speaker 6: Alors globalement, les Américains ne soutiennent pas les ambitions de Donald Trump au Groenland. CNN publiait un sondage récemment qui estimait que 75% des personnes sondées, y compris une grande partie de républicains, s'opposent donc au projet de Donald Trump. Et puis chez les élus, les avis sont un petit peu plus nuancés. Mais globalement, les démocrates s'opposent largement au projet de Donald Trump et certains républicains aussi, notamment à toute action militaire. Et certains privilégient des accords avec le Danemark. D'autres vont plus loin, comme le sénateur républicain Kennedy, qui dit qu'il s'agit d'une stupidité extrême. Et à l'inverse, on a quand même un certain nombre de figures du parti républicain, comme Ted Cruz, qui soutiennent Donald Trump et qui saluent la priorité donnée à la sécurité nationale et à son approche « America first », l'Amérique d'abord.
[00:19:40] Speaker 1: – Merci, Sarah Andersen, en direct de New York pour France 24. Ziad Libam, c'est aussi peut-être une porte de sortie pour Donald Trump que cherche le président américain à Davos aujourd'hui, tenter de trouver ce qui pourrait ressembler, aux yeux de son opinion publique, à un accord ?
[00:19:55] Speaker 4: – Moi, je crois qu'on se fait un peu un film sur l'opinion publique américaine, son poids sur Donald Trump. La base MAGA, bon, elle est là. Oui, il y a des élections au mois de novembre. Est-ce que le Groenland sera une vraie discussion ? Peut-être, pour les Américains, encore une fois, qui ont d'autres préoccupations que ce territoire arctique. Donc ça, je crois que c'est vraiment secondaire par rapport à la vision, et même incohérente, de Donald Trump, qui est, en deux mots, le Western hémisphère, c'est chez moi. Le Groenland, c'est chez moi. D'ailleurs, le Canada, ça devrait l'être aussi. Le Mexique, ça ne doit pas être à gauche. La Colombie, ça ne doit pas être à gauche. Les Antilles, d'ailleurs. J'ai entendu un géopoliticien, tout à l'heure, à la radio, qui disait, mais les Antilles, un jour ou l'autre, il va s'y intéresser. Pourquoi ce n'est pas dans son hémisphère et sa propriété ? Donc je pense que ça, ça ne changera pas. Et je pense que les Européens... J'essaie de voir d'où vient cet accord... Une annonce de Donald Trump lui-même. Qui est en fait une annonce de Donald Trump. Il a discuté, semble-t-il, avec Mark Rutte, qui n'est pas mandaté, à moins que je me sois trompé. Il n'est pas Danois et ce n'est pas lui qui décide pour le Danemark. Donc je ne sais pas très bien ce qui se passe. C'est les inconvénients et les avantages du direct. Et de Donald Trump qui... Mais encore une fois, sur le fond, je pense qu'il ne faut pas se faire d'illusions. Il y a peut-être un répit sur le Groenland, mais ça ne change pas le fait qu'ils veulent le Groenland. Ça ne change pas le fait qu'ils ont une position là-dessus. Ça ne change pas leur position vis-à-vis de l'Europe. Il l'a dit 40 fois pendant Davos, avant Davos. Vous êtes décadents. Vous êtes bouffés par les émigrés. Vous n'êtes pas sur le bon côté de la planète. Ça va mal finir. Et puis, de toute façon, je pense que ce n'est pas le cas. Excusez-moi le terme. Je peux vous ennuyer sur plein de domaines, que ce soit les institutions financières, les banques, les machins, l'ONU. J'ai créé autre chose que l'ONU, où vous avez deux sièges au Conseil de sécurité, ce qui m'énerve profondément. Donc ça aussi, je crois qu'il ne faut pas se faire d'illusions. Les Européens sont partis, nous sommes partis, pour beaucoup de turbulences dans la relation transatlantique qui n'est plus, qui n'a plus rien à voir avec ce qu'elle a été il y a déjà un certain temps.
[00:22:03] Speaker 1: On aurait tort, Gauthier Ribinski, de voir un éventuel répit dans cette annonce d'un accord-cadre sur, d'ailleurs, il parle de l'Islande au lieu du Groenland. Il a manifestement aussi des difficultés.
[00:22:17] Speaker 3: Vous pouvez lui donner des idées, peut-être.
[00:22:19] Speaker 1: Oui, d'ailleurs, ce serait plus… Vous ne lui donnez pas d'idées. Ça nous donne plusieurs émissions.
[00:22:25] Speaker 3: Mais vous avez remarqué qu'il a parlé de la Norvège, justement pour se venger du prix Nobel qu'il n'avait pas eu. Il dit à la Norvège, vous savez, moi, je ne vais pas m'occuper de la paix puisque vous ne lui avez pas donné le prix Nobel. Oui. Mais enfin, la Norvège, ce n'est pas n'importe quoi. C'est des réserves aussi et une exploitation de pétrole florissante.
[00:22:41] Speaker 1: Vous pensez, comme Ziad, que ce soir, quelle que soit l'annonce qui sera faite, ça n'est que reculer pour mieux sauter pour les Européens ? Je suis assez d'accord
[00:22:48] Speaker 3: avec ce qu'a dit Ziad pour une raison très simple. C'est que si le vrai motif pour Trump, c'était la défense de ses territoires dans son importance géostratégique, il n'a pas besoin de l'annexer. Il a tout ce qu'il faut. En termes militaires, il peut encore établir des bases. Il peut prospecter sur les sous-sols. Et puis surtout, si vraiment il y a ce danger-là, ça ne fait aucun problème avec le Danemark pour que le Danemark dise oui, bien sûr, au contraire, nous vous recevons à bras ouverts pour assurer la défense de l'Europe. Donc, le maintien de cette exigence d'un achat ou d'une annexion, c'est quelque chose qui est d'un domaine qui n'est pas en relation directe avec la prétention, en tout cas les motifs que Trump donne à cette situation. À son action. Donc, il y a là quelque chose de politique au sens à la fois positif, mais surtout peut-être un peu diabolique dans la démarche de Trump. Juste un mot sur le fait que ce soit Mark Rutte le secrétaire de l'OTAN. Oui, Mark Rutte s'en mêle. Souvenez-vous de ce que Rutte avait fait au moment de la question iranienne où les États-Unis et Israël avaient bombardé l'Iran. En juin de l'année dernière. Voilà. Et on s'était dit ah mais oui, mais je vois, oui, c'est papa, c'est Dedy qui va bombarder quand il faut le faire. Et on s'était dit mais pourquoi il serre là, il brosse la manche à Trump de la sorte ? Non, il était entré dans le langage de Trump pour dire bon, on voit ce que vous voulez faire, mais attention, sans donner de leçons, c'était une manière de l'aborder. Est-ce que Rutte tente à nouveau la chose ? C'est peut-être pas impossible, c'est comme ça qu'il voit aussi à la différence de Stoltenberg son rôle de dirigeant de l'OTAN.
[00:24:33] Speaker 1: Un mot sur ce discours, à nouveau, très critique envers l'Europe, ça commence à devenir une habitude puisqu'il l'avait déjà fait en septembre dernier à la Tribune des Nations Unies. On a vu sur le Groenland, il y a de l'imam des partis comme le Rassemblement national ici en France, mais même Giorgia Meloni en Italie se distancier de Donald Trump. Est-ce que tout cela ne va pas finalement se retourner contre les États-Unis à force de vouloir absolument empiéter sur l'espace européen ? Oui. Alors même que la vague de la crise nationaliste
[00:25:04] Speaker 4: est en pleine poussée. La vague nationaliste est très embêtée par Trump parce que le nationalisme, c'est le nationalisme. Donc je suis français, je suis italien, c'est très important. S'il y a un type qui passe son temps à dire vous êtes de la daube, vous comptez pour rien, c'est gênant dans la cohérence du discours. Sur le fond, ça se discute. Bardella, ce matin, a bien, semble-t-il, ramé sur une question Groenland en essayant, si j'ai bien compris, qu'il y a peut-être une logique de puissance. Bref, ils se sont mal barrés sur ce sujet et ils préfèrent ne pas en parler. Ça avait coûté des points à Éric Zemmour en 2022. Oui. La réalité, c'est qu'on n'est pas préparé à ce choc historique. Mais on va se préparer, on va s'y mettre. Le discours de Macron, qui est toujours assez bon d'ailleurs sur l'Europe, il dit la vérité. Il dit, il dit, on est peut-être un peu lent, mais on est un État de droit et on n'aime pas les bullies, les agresseurs. Donc il parle directement et clairement, la relation Macron-Trump a atteint le fond puisqu'il a passé aussi son temps de Trump à se moquer de Macron, qui était soi-disant un homme fini, ce qui est un peu vrai, mais lui n'est pas loin non plus, quel que soit X. Donc, tout ça. Mais encore une fois, je pense, ce qui est fou d'ailleurs, parce que la relation Europe-États-Unis, c'est aussi, sur le plan de l'investissement, c'est les premiers partenaires au monde. Sur le plan du commerce, c'est les premiers partenaires au monde. Donc, il y a des intérêts massifs entre les deux blocs, mais c'est fini. Et d'ailleurs, le discours, je m'arrête après, le discours, qui est venu mettre la vérité, c'est le Canadien qui a dit
[00:26:37] Speaker 1: on a changé de monde. On aurait voulu le jouer mais on n'a pas le temps. Je vous vois noter,
[00:26:41] Speaker 3: Gauthier, vous aviez un mot à dire ? Oui, le nationalisme effectivement est mal en point par rapport à Trump, mais pas forcément par rapport à Poutine. Et la droite, l'extrême droite européenne, a une autre référence effectivement. S'il faut se soumettre à un nationalisme,
[00:26:55] Speaker 1: il vaut mieux celui de Poutine. C'est du vrai. Ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup, Ziad Limam, Gauthier Rybinski, on va plus loin, à la suite de l'Essentiel, restez avec nous.
We’re Ready to Help
Call or Book a Meeting Now