[00:00:00] Speaker 1: en Asie où furent massacrés plus d'un million de juifs. Aujourd'hui, le monde rend hommage aux victimes. Un rappel des ténèbres dont l'homme est capable. Une grande cérémonie internationale aura lieu dans une demi-heure à Auschwitz. Nous allons la suivre ensemble avec Yanis Roder. Bonjour et merci d'être avec nous. Vous êtes professeur d'histoire-géographie en Seine-Saint-Denis, dans le nord de Paris. Vous êtes également historien. Vous avez écrit plusieurs livres sur l'enseignement de la Shoah, dont Sortir de l'ère victimaire pour une nouvelle approche de la Shoah et des crimes de masse. J'ajoute que vous dirigez également l'Observatoire de l'éducation à la Fondation Jean Jaurès, et vous êtes responsable des formations au Mémorial de la Shoah. Merci d'être là. À nos côtés, Stéphanie Trouillard, qu'on connaît bien ici. Bonjour Stéphanie, journaliste maison, spécialiste de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Vous avez réalisé plusieurs documentaires, vous avez également sorti Mon oncle de l'ombre, c'est ça ? Et ici, on voit, si je reviens un jour, c'est votre web documentaire, il me semble.
[00:00:59] Speaker 2: C'est une bande dessinée adaptée d'un web documentaire.
[00:01:01] Speaker 1: Voilà, exactement. Et vous allez nous expliquer tout de suite en images ce qu'était Auschwitz-Birkenau.
[00:01:13] Speaker 2: Des miradors, des barbelés, des barraquements, nous avons tous en tête des images d'Auschwitz. Mais comment ce camp d'extermination a-t-il été créé ? Avril 1940, Himmler, le chef de la SS, ordonne d'aménager un camp à Oswiecim, à l'ouest de Cracovie, au sud de la Pologne. En allemand, cette ville s'appelle Auschwitz. En juin 1940, un premier transport de prisonniers polonais arrive. Un an plus tard, le camp regroupe 11 000 prisonniers. À la même période, Himmler demande son agrandissement et ordonne la construction d'un second camp sur le site du village voisin de Birkenau. À l'origine, il est prévu pour accueillir des prisonniers de guerre, Mais quelques mois plus tard, Birkenau est désigné pour devenir le camp de rassemblement et d'extermination des Juifs d'Europe de l'Ouest. L'extermination démarre au début de l'année 1942.
[00:02:07] Speaker 3: « Auschwitz est là parce que c'est à la fois proche et loin des centres-villes, mais surtout extrêmement bien desservi sur le plan ferroviaire. »
[00:02:19] Speaker 2: Au moins 1,3 million de personnes sont déportées à Auschwitz. des Juifs, des Polonais, des prisonniers de guerre soviétiques, des Roms, des Sinti, des témoins de Jéhovah ou encore des homosexuels, des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards. 1,1 million de personnes y sont assassinées, dont 90% de Juifs. La plupart trouvent la mort dans les chambres à gaz utilisant du Zyklon B. Des médecins nazis procèdent aussi à des expérimentations médicales sur des déportés. D'autres sont sélectionnés pour le travail forcé. un troisième camp est créé, celui de Monowitz, autour de l'usine IG Farben. Les prisonniers tentent de survivre au gré du bon vouloir des soldats SS ou des capots chargés de les encadrer. Face à l'avancée de l'armée rouge, Himmler décide à la fin de l'année 1944 d'arrêter les opérations de gazage. Les installations de mise à mort sont démantelées. Le camp est évacué dans l'urgence le 17 janvier 1945, débutent les marches de la mort. Près de 60 000 prisonniers sont entraînés sur les routes en plein hiver. Le camp est finalement libéré le 27 janvier par des soldats de l'armée rouge. A l'intérieur, ils ne découvrent que 7 000 survivants.
[00:03:37] Speaker 1: Voilà, Yanis Roder, répétons-le, on est au-delà du concevable. C'est une machine à tuer.
[00:03:43] Speaker 4: Oui, et en même temps, puisque ça a été conçu, il faut le penser. et il faut notamment penser le pourquoi. Pourquoi, parce qu'il y a la question du comment, bien sûr, mais la plus importante, c'est le pourquoi. Qu'est-ce qui fait qu'une chose pareille ait pu être pensée par des esprits humains ? Si les idées, et finalement, les passages à l'acte, peuvent être considérés comme complètement fous, les hommes qui ont mené à cela ne l'étaient pas. Et c'est cela qui doit être, à mon sens, aujourd'hui, vraiment interrogé.
[00:04:13] Speaker 1: avec une pensée très structurée, avec des objectifs...
[00:04:18] Speaker 4: Les nazis, si vous voulez, avaient une vision du monde, ce qu'on appelle en allemand la Weltanschauung, c'est une vraie vision du monde, une construction théorique de la marche du monde. Cette marche du monde, finalement, elle était relativement simple. Ils concevaient l'histoire de l'humanité comme une lutte entre des races, je mets ça entre guillemets bien sûr c'est du langage nazi et au coeur de cette lutte entre des races il y avait la lutte à mort que livrerait la race juive en fait l'anti race parce que pour les nazis ce n'est pas ce ne sont pas des humains c'est un virus c'est une bactérie que les juifs cette anti race livrerait à la germanité et donc c'est ce qui va guider si vous voulez et qui va permettre aux nazis qui va guider les nazis et leur permettre de franchir les étapes les unes après les autres puisque tous les événements chronologiques notamment militaires, de la guerre, vont être relues au prisme de cette idéologie et au prisme de cette vision du monde. C'est-à-dire que s'il y a échec dans l'offensive soviétique en URSS, échec relatif, puisque l'armée allemande avance très vite, mais elle n'avance pas aussi vite que prévu. Et si elle n'avance pas aussi vite que prévu, comment les nazis lisent-ils cela ? C'est la responsabilité des Juifs qui tirent les ficelles derrière Staline. Les Juifs doivent payer.
[00:05:39] Speaker 1: Comment est-ce que les nazis ont réussi à la faire diffuser dans la société allemande ?
[00:05:44] Speaker 4: Alors en fait, elle est diffusée parce que, d'une certaine manière, il ne faut pas non plus édulcorer les choses. L'Europe a un passé antisémite. L'Europe a une histoire antisémite depuis des centaines et des centaines d'années. Donc il y a un terreau, si vous voulez, qui est favorable, un terreau de l'exclusion. Mais de là, de passer de l'exclusion à l'assassinat systématique... -...à l'extermination. -...à l'extermination, il y a quand même un gap gigantesque. Ca veut dire qu'en réalité, la population allemande n'avait pas toujours l'information ou alors n'a pas cherché à avoir l'information, parce qu'il y avait 550 000 Juifs en Allemagne, tout le monde avait à peu près des voisins dans le quartier, etc., qui étaient juifs et qui ont disparu. Beaucoup de gens ne se sont pas... ne sont pas allés plus loin que ce constat et n'ont peut-être pas voulu voir, des informations revenaient. Voilà, on n'a pas non plus cherché à savoir. Mais ça ne veut pas dire que les gens auraient adhéré ou auraient adhéré à ce qui s'est passé. Et d'ailleurs, les nazis le savaient, puisque ce qu'ils ont fait, ils ont essayé de le faire le plus loin possible des grands centres urbains de l'Allemagne, au fin fond de la Pologne ou au fin fond de l'URSS, en interdisant, par exemple, aux assassins de prendre des photos et de les diffuser comme font les soldats, qui prennent des photos sur le champ de bataille et qui envoient leur famille. Interdiction d'envoyer des photos aux familles. Il y avait cette méfiance vis-à-vis des réactions que pourrait avoir ou aurait pu avoir la population. J'ai en tête un discours d'Heinrich Himmler, le 6 octobre 1943, à Poznan, aujourd'hui, où il dit, en gros... Tout le monde peut dire qu'il a un ami juif, mais il y a des choses que nous devons faire.
[00:07:29] Speaker 5: Voilà.
[00:07:30] Speaker 1: Stéphanie, le résultat, c'est la création de ce centre de mise à mort. Auschwitz, rappelons-le, c'est un centre de travail,
[00:07:38] Speaker 2: de concentration et d'extermination. C'est un camp particulier, parce qu'il a ses multiples fonctions. D'abord, il est créé comme un centre pour accueillir des prisonniers politiques, notamment polonais. Après, avec l'avancée de la guerre, il accueille des prisonniers de guerre soviétique. Au départ, c'était un centre pour les prisonniers. en 1941, quand les nazis prennent peu à peu la décision de s'orienter vers la solution finale, de régler, comme ils disent, le problème juif, ça devient le centre d'extermination principal pour les juifs originaires d'Europe de l'ouest et là on peut parler de centre d'extermination. Mais il y avait aussi ces camps, on l'a vu dans la vidéo, ces camps de travail. Souvent on pense qu'Auschwitz est un seul lieu, mais en fait c'est trois lieux, donc le camp de Auschwitz I, le camp de Auschwitz-Birkenau II et le camp de Monovitz qui est un lieu de travail avec cette usine donc il y avait ces multiples fonctions de ce camp durant la seconde guerre mondiale.
[00:08:33] Speaker 1: Mais est-ce que l'extermination finalement est la principale raison de l'existence de ce camp ? Je crois qu'il y a 900 000 juifs qui ont péri directement en arrivant à Auschwitz dans les chambres à gaz.
[00:08:48] Speaker 4: Dans les chambres à gaz, c'est-à-dire que, alors comme vous venez très justement de le Auschwitz n'est pas pensé comme un centre de mise à mort et c'est d'abord un camp de concentration en réalité comme l'ont fait partout les nazis où ils sont arrivés. Vous savez, quand ils ont annexé l'Alsace-Moselle, ils ont ouvert le Stroutof. Même chose en fait. C'est-à-dire, c'est un camp de répression. Comme vous l'avez expliqué, c'est un camp de répression. Là, on va enfermer les élites et les intellectuels de l'université de Jagiellon de Cracovie, par exemple, en juin 1940, qui sont les premiers détenus du camp de concentration d'Auschwitz. Et puis après, mais vous l'avez dit, après quand va être décidé ce que les nazis ont appelé la solution finale de la de la question juive, c'est-à-dire autour de décembre 1941, Auschwitz va devenir, effectivement, va être repensé et on va créer des installations homicides, on va utiliser en fait des installations existantes, une maison désaffectée puis une grange, qui toutes les deux vont être utilisées comme les premières chambres à gaz du centre de mise à mort de Birkenau. C'est-à-dire que, comme vous l'avez également dit, Auschwitz, c'est un immense complexe. Il y a les trois camps principaux, puis il y a 40 petits camps ou commandos différents sur 40 kilomètres carrés, d'où la population polonaise a été expulsée. Et à Birkenau, dont la construction commence à l'été 1941, on conçoit très éloigné des premiers barraquements ces deux chambres à gaz, qui vont commencer à fonctionner au printemps 1942, à partir du moment où en fait, où ce que les nazis encore une fois appellent la solution finale commence à fonctionner, puisque si on regarde ce qui se passe en même temps ailleurs, le 17 mars 1942, vous avez les premiers convois de déportation qui arrivent, qui partent de Loubline et qui vont à Belzec, par exemple, on est, c'est concomitant tout cela. À partir du moment où les nazis décident, vous savez, entre 1942 et fin 1943, c'est des victimes de la Shoah. Donc ça va extrêmement vite, à partir du moment où ils l'ont décidé. Et c'est à ce moment-là qu'Auschwitz va prendre cette ampleur et va devenir ce lieu de mise à mort des juifs occidentaux, mais également des juifs des Balkans, la Grèce, et puis l'Europe centrale, notamment la Hongrie. À quelle période les nazis sentent-ils le vent tourner ?
[00:11:04] Speaker 2: C'est les périodes où ils commencent à connaître leurs défaites militaires, notamment sur le front de l'Est, avec cette fameuse bataille de Stalingrad, et puis tout bascule aussi, bien entendu, on en a beaucoup parlé l'année dernière, on a commenté ensemble les cérémonies avec le débarquement en Normandie, concomitant aussi avec ses avancées au niveau de l'Italie, débarquement de Provence et donc ils voient bien que cette arrivée notamment de l'armée rouge à l'est font que, à la fin de l'année 1944, ils commencent à démanteler ces infrastructures qui avaient été pensées pour ce centre d'extermination pour effacer les traces donc il y avait notamment, il y avait quand même eu cette cette révolte du Sonderkommando en octobre 1944, où...
[00:11:43] Speaker 1: Les Sonderkommando, ce sont des Juifs qui sont prisonniers ?
[00:11:47] Speaker 2: Des déportés juifs qui avaient été enrôlés de force pour faire ce travail, qui consistait à retirer les corps des chambres à gaz et pour les incinérer ensuite. Il y avait une révolte de ce Sonderkommando qui avait réussi à détruire l'une de ces chambres à gaz. Il commence à effacer l'épreuve, petit à petit. Il faut rappeler aussi que le 27 janvier 1945, quand les soviétiques arrivent dans le camp, ce n'est pas le camp qu'il y avait quelques semaines auparavant, parce qu'il y avait déjà ce démantèlement, l'effacement de certaines de ces traces. Je crois savoir qu'aussi les lieux où avaient été amassés les affaires des déportés étaient en train de brûler, donc ils ont quand même trouvé des tonnes, notamment, c'est les images marquantes quand on va aux Suisses, de cheveux, de lunettes, des affaires des déportés. Mais les cendres en tant que telles, voilà, ils ont fait effacer les traces, donc c'est difficile pour les soviétiques quand ils arrivent dans le camp, de mesurer l'ampleur de ces 1,1 million de morts, de ces 1,1 million de personnes qui ont été assassinées au cours des mois précédents. Et surtout, ils ne trouvent plus grand monde. Quand ils arrivent le 27 janvier 1945, il y a 7 000, 8 000 personnes des Mouribons. Ce sont des personnes qui n'ont pas pu être déplacées au cours des marches de la mort, qui ont député vers le 17-18 janvier 1945, avec 60 000 personnes qui auraient dû être évacuées du camp de Auschwitz parce qu'Hitler avait donné l'ordre que personne ne tombe entre les mains de l'armée soviétique.
[00:13:11] Speaker 1: Elle tombe de manière inopinée sur le camp de Auschwitz ?
[00:13:14] Speaker 4: C'est le 1er front ukrainien qui avance et qui passe par là, parce que c'est la route pour Berlin. Ils passent par là, ils passent en Silesie, ils arrivent à Auschwitz, en allemand, et ils tombent totalement par hasard. C'est pas une libération ? Non, ça devient une libération dans les faits, mais c'est une découverte. En juillet 1944, ils avaient déjà découvert Majdanek à côté de Loublin, un peu le modèle d'Auschwitz mais avec des tueries par balles. Majdanek c'est un camp de concentration et à la fois un centre de mise à mort. Ils le découvrent en juillet 1944. Donc ils savent que ces choses-là existent. Maintenant ils arrivent à Auschwitz, ils n'ont pas idée, c'est l'avant-garde du premier front ukrainien qui arrive là, n'a absolument pas idée de ce qu'il y a derrière ces barbelés. barbelés. Donc ils arrivent là, ils voient ces milliers, effectivement à peu près 7000, vous avez raison, 7000 prisonniers qui n'ont pas pu partir ou qui, comme Primo Levi par exemple, ont fait le choix de rester, c'est-à-dire ils ont pesé le pour et le contre et puis se sont dissimulés, se sont cachés pour ne pas avoir à faire ces marches de la mort durant lesquelles vont mourir des milliers de personnes. Et donc quand ils arrivent, les soviétiques, ils trouvent des moribonds, vous l'avez dit, des cadavres ambulants et c'est la surprise totale. De fait, En fait, le complexe d'Auschwitz est libéré, mais libéré après une réelle découverte.
[00:14:30] Speaker 1: Les premières images de la cérémonie nous parviennent sous cette énorme tente comme il y a cinq ans, pour les 75 ans de la cérémonie. Le public se met petit à petit en place. On va s'intéresser juste avant cette cérémonie à présent aux rescapés d'Auschwitz. Ils sont certes libérés, mais c'est loin d'être la fin du cauchemar. La plupart ne sont pas pris en charge et doivent se débrouiller seuls tout en affrontant l'incrédulité du monde extérieur. David Gilbert a rencontré des historiennes et une rescapée de 98 ans qui lui a raconté son retour en France et les difficultés auxquelles elle a fait face. ...
[00:15:23] Speaker 6: Moi, j'avais qu'un objectif quand je suis arrivé au camp. J'ai 15 ans, je peux pas mourir à 15 ans. ...
[00:15:30] Speaker 7: La prise de conscience de ce qu'avait été la déportation raciale ne s'est pas faite tout de suite. Donc il a quand même fallu du temps pour que les gens réalisent véritablement ce qu'avait été la Shoah.
[00:15:44] Speaker 8: Ce qui comptait à l'époque, c'était la Résistance. Et c'était les déportés de la Résistance. Et pour les déportés juifs, il y a une suspicion, pourquoi ils sont rentrés, qu'est-ce qu'ils ont fait pour rentrer.
[00:15:53] Speaker 6: Il m'a dit, tu me promets si tu as une chance de revenir, de raconter ce qui nous est arrivé, de dire ce que les hommes sont capables de faire à d'autres.
[00:16:05] Speaker 9: Lorsque les soviétiques libèrent le camp d'Auschwitz le 27 janvier 1945, La réalité de la Shoah est encore loin de se matérialiser dans l'esprit de la population française. Il faut attendre l'avancée des Alliés sur le front occidental pour que le grand public comprenne l'ampleur de la tragédie.
[00:16:39] Speaker 8: C'est les Américains qui, les premiers, rentrent dans un commando qui se trouve à proximité de Brunwald, qui se trouve à proximité de Brunvalde, qui s'appelle Ordruf, et qui décide de laisser intact un cercle de cadavres, enfin, de ne pas toucher aux installations, et où est organisée très rapidement une véritable opération de médiatisation avec la visite des généraux Bradley et Eisenhower et avec des équipes, des actualités, qui vont filmer des photographes. Et alors là, il y a eu un moment, vraiment, un moment médiatique considérable.
[00:17:19] Speaker 10: Les fours crématoires, brûlant jour et nuit, ne pouvaient pas suffire au rythme de la mort.
[00:17:25] Speaker 9: Aux images s'ajoute la stupeur provoquée par les arrivées des rescapés. Esther Dzik est l'une d'entre eux. Elle a grandi à Paris, où ses parents, juifs polonais, ont été raflés avec son petit frère en juillet 1942. Et ça, c'est mes parents. Déportée elle-même en septembre 1943 à Auschwitz, à l'âge de 15 ans, elle y retrouve sa grande sœur, dont elle était sans nouvelles.
[00:17:54] Speaker 6: Tous les matins, j'allais la voir dans son baraque, parce que je la voyais tous les jours qui diminuait. Et puis là, quand je suis arrivée, elle n'était plus là. Alors je lui ai demandé où était cette femme. Je lui ai dit où est ma sœur. Il m'a dit qu'elle n'a pas pu se lever. Ils l'ont envoyée au rivier. Alors ça, on savait ce que c'était. Je me suis précipité là-bas, j'ai trouvé ma sœur allongée sur une paillasse qui crachait du sang de partout. Elle avait été mordue par des chiens. Elle était complètement infectée, enfin, dans un état pétoyable. Alors, je lui ai dit, coup de phanie, je vais t'aider à te lever parce que tu sais ce qui va arriver si tu restes là. Elle me dit, non, non, laisse-moi tranquille, pour moi, c'est la fin. Elle dit, j'ai essayé de tenir jusqu'au bout. Elle me dit, toi, t'es jeune, la guerre va bientôt finir. Je te promets si tu as une chance de revenir, de raconter ce qui nous est arrivé, de dire ce que les hommes sont capables de faire à d'autres, de raconter pour qu'on ne soit pas les oubliés de l'histoire.
[00:18:50] Speaker 9: Esther survit en compagnie de son amie Marie. En janvier 1945, face à l'avancée des Russes, les nazis transfèrent des dizaines de milliers de déportés de Pologne vers l'Allemagne. Cette marche de la mort les emmène jusqu'à Bergen-Belsen, puis au camp de Mauthausen.
[00:19:36] Speaker 6: Je me suis tiré dessus quand même de toute manière. Je me suis dit qu'est-ce qu'on risque ? Alors avec Marie, on est parti.
[00:19:42] Speaker 9: Les deux jeunes femmes parviennent jusqu'à un hôpital militaire déserté par les Allemands. Trois jours plus tard, jour de la capitulation, un régiment américain arrive sur place.
[00:19:53] Speaker 6: Ils nous ont désinfecté bien sûr, ils nous ont fait prendre une douche. Ensuite, ils nous ont pesé. Je pesais plus que 32 kilos. tout ça se termine et puis après ils nous ont passé des examens un peu plus approfondis et on avait attrapé le typhus parce que les deux baraques où on était c'était l'ancienne infirmerie.
[00:20:13] Speaker 9: Alors que la guerre se termine en Europe, les alliés font face à un gigantesque défi logistique pour organiser le retour des déportés et des prisonniers.
[00:20:24] Speaker 7: Il y a des voies de rapatriement qui sont très variées, certains vont passer par le le nord de l'Europe pour revenir vers la France, d'autres vont arriver directement en train à Paris, d'autres vont être obligés d'être rapatriés en avion parce qu'ils ne sont pas dans des conditions sanitaires qui leur permettent de marcher,
[00:20:44] Speaker 6: par exemple. On tenait à peine debout, mais enfin, on était guéris. On nous a emmenés sur un petit aérodrome. On est rentrés en France dans une forteresse volante américaine. On était que Marie et moi, toutes les deux. Premier voyage en avion. On est arrivés à Villacoublé, puis de là, il y a un car qui nous attendait pour nous emmener à l'hôtel Lutetia.
[00:21:06] Speaker 9: À partir du 29 avril 1945, l'hôtel de luxe parisien, siège du renseignement militaire allemand pendant l'occupation, est réquisitionné par les autorités françaises pour accueillir les déportés.
[00:21:20] Speaker 6: Alors on est rentrés dans l'hôtel Lutetia, là on nous a fait des cartes d'identité provisoire. À côté, il y avait un petit bureau, la sécurité militaire parce que vous aviez beaucoup de gens qui avaient collaboré quand il y a eu la libération de Paris, évidemment, ils sont partis avec les Allemands et puis ils essayaient de se faire apatrier en tant que déportés. Enfin, pour nous, ça a été vite fait parce que comme à Auschwitz, c'était le seul camp où ils tatouaient, bon, nous, on est passé au travers du contrôle policier. On va aussi avoir ces fameux panneaux qu'on voit dans la rue
[00:21:54] Speaker 7: où on met les photos des gens qui sont rentrés ou leurs noms et les familles viennent pour voir si les leurs vont rentrer. Les gens vont attendre très longtemps avant de pouvoir être certains que les membres de leur famille sont morts. Dès l'instant où il y a quelqu'un qui venait vous
[00:22:09] Speaker 6: chercher, il leur demandait pas si c'était de la famille ou des amis ou des relations. Ça pouvait être n'importe qui. Et Marie est arrivée avec son fiancé quand même. Et Marie est arrivée avec son fiancé, comme elle m'avait dit. Donc j'étais encadré avec des adultes. J'étais dans le bureau pour récupérer l'argent qu'ils devaient nous donner, puis je suis parti.
[00:22:28] Speaker 11: Les prisonniers reviennent chaque jour par milliers. Pour eux, le cauchemar est fini.
[00:22:34] Speaker 9: La France, en pleine reconstruction, célèbre les résistants et les prisonniers de guerre comme des héros. Les déportés juifs sont, eux, quasiment invisibles.
[00:22:45] Speaker 8: Ils ne sont qu'une minorité, par rapport à une grande catégorie, que le ministère des prisonniers, déportés, réfugiés va qualifier d'absents. Qui sont les absents ? C'est plus d'un million de prisonniers de guerre, et c'est à peu près 750 000 STO. Et si on prend la totalité des déportés qui restent encore en vie, c'est peut-être 40, 50 000, donc c'est une très forte minorité. Et quand on regarde les actualités filmées, l'accent est souvent mis sur les prisonniers de guerre, et notamment tout ce qui va être fait pour fêter le rapatriement du millionnième prisonnier de guerre.
[00:23:34] Speaker 1: Le merci du peuple de France aux alliés que crie avec sa joie la foule qui acclame Jules Caron.
[00:23:42] Speaker 9: A Belleville, le quartier de son enfance où elle est retournée sur la trace d'éventuels autres survivants, Esther reçoit un accueil moins enthousiaste.
[00:23:53] Speaker 6: On a eu un petit attroupement qui est venu vers nous en nous disant qu'est-ce que vous êtes arrivés, racontez-nous. On a commencé à vouloir parler avec Marie et puis on voyait ce petit groupe qui commençait à s'agiter en nous disant, il a commencé à dire vous êtes devenus folles, vous racontez n'importe quoi, ça ne peut plus exister. Quelle idée de propager des idées pareilles, enfin vous voyez. Puis il y a un bonhomme qui m'en regarde et puis il me dit vous êtes revenus si pénombreuses, qu'est-ce que vous avez fait vous pour revenir et pas les autres.
[00:24:21] Speaker 8: Pour les déportés juifs, et ça n'existe pas pour les déportés de la Résistance, il y a une suspicion. Pourquoi ils sont rentrés? Qu'est-ce qu'ils ont fait pour rentrer? Il a fallu attendre un certain temps, et notamment le procès d'Adolf Eichmann en 1961, pour que la vision change, y compris chez les Juifs, et qu'on souhaite entendre le récit de ceux qui ont été dans les ghettos ou dans les camps et qui ont survécu. qui ont été dans les ghettos ou dans les camps et qui ont survécu.
[00:24:50] Speaker 7: Il y a beaucoup d'éditeurs qui s'intéressent à faire publier ces premiers récits. Et ça va s'arrêter un petit peu parce que finalement, ça ne se vend pas au fond, au bout d'un moment, parce que les gens ne veulent pas lire des choses aussi directes.
[00:25:04] Speaker 9: Les premières associations de déportés commencent à poser les bases de cette mémoire, épaulée par les nouvelles autorités françaises.
[00:25:12] Speaker 7: La France va conserver tous les archives du gouvernement de Vichy. Le fichier juif qui a permis d'arrêter les gens, il va être réutilisé, en fait, au retour, comme un fichier qui va devenir une espèce de fichier d'Etat civil.
[00:25:25] Speaker 9: Au-delà de ce travail d'archives, la France redevient terre d'accueil pour les Juifs.
[00:25:31] Speaker 8: La France Libre s'était engagée à supprimer toute la législation raciale. C'est-à-dire que quand ils reviennent, il n'y a plus de discrimination. La décision a été prise que tout juif déporté de France aurait le droit de revenir en France, même sans papier, parce que plus personne n'avait de papier.
[00:25:53] Speaker 9: Esther, dont les parents s'étaient vus refuser la naturalisation en 1934, devient pleinement française. Mais une partie d'elle est restée là où la majorité de sa famille a été exterminée.
[00:26:06] Speaker 6: Quand on était à Auschwitz, on n'en est jamais sorti, hein. D'abord, j'ai tout fait pour pas mourir. Quand je suis revenu, bah, j'ai avalé toute ma boîte de cachette, tout ce que j'avais, puis je me suis retrouvé dans un hôpital. Je suis resté six mois dans cet hôpital. Puis après, quand je suis sorti, évidemment, mes cheveux avaient repoussé. Enfin, j'avais une allure normale, si vous voulez. Alors là, j'ai commencé à refaire surface. En 48, je venais d'avoir 20 ans, mes premières vacances, et puis là, on était sur la plage, alors il y avait plein de jeunes, vous voyez, comme j'avais quand même un numéro tatoué sur le bras, ben écoutez, je mettais une écharpe ou quelque chose pour camoufler tout ça. Et puis, parmi un groupe de jeunes, ben j'ai connu un jeune homme, on a commencé à se fréquenter, puis on a fini par se marier. Voilà, j'ai eu trois enfants, six petits-enfants, six arrière-petits-enfants.
[00:27:09] Speaker 9: Comme une bonne partie des rescapés, elle continue à 97 ans de témoigner inlassablement pour tenir la promesse faite à sa sœur.
[00:27:18] Speaker 1: Voilà, il est 15h58, un tour du monde spécial Auschwitz-Birkenau ce lundi à l'occasion des 80 ans de libération ou la découverte du camp par l'armée rouge le 27 janvier 1945. Les soviétiques découvrent l'innommable, un camp d'extermination à grande échelle. Ils sont près de 7000 rescapés à avoir survécu et resté sur place, des hommes, des femmes, des enfants émaciés, agarres, abandonnés à leur propre sort. Et donc, le monde rend hommage à ces victimes à Auschwitz-Birkenau, où vous vous trouvez, Marie Schuster. Vous êtes sur place pour France 24 en Pologne. La cérémonie va commencer dans moins d'une minute, en présence des derniers survivants. On voit à l'antenne Emmanuel Macron, on l'a perçu également, Volodymyr Zelensky. ...
[00:28:09] Speaker 12: Oui, tout à fait. Plus d'une soixantaine de chefs d'Etat et membres de délégations internationales sont maintenant présentes pour assister à cette cérémonie du 80e anniversaire de la découverte du camp d'Auschwitz. Parmi ces chefs d'Etat, vous l'avez dit, Emmanuel Macron pour la France, Olaf Scholz pour l'Allemagne, Donald Tusk pour la Pologne, des chefs d'Etat qui ont très tôt confirmé leur présence. La présence, en revanche, de Volodymyr Zelensky pour l'Ukraine n'avait été confirmée finalement que très tard, en fin de matinée aujourd'hui, et la présence ukrainienne se justifie aujourd'hui car 39% des soldats présents dans l'armée rouge qui sont entrés les premiers dans Auschwitz-Birkenau étaient ukrainiens. Quant à Vladimir Poutine, il a lui aussi fait des déclarations ce matin, rendant hommage à l'armée soviétique pour engager contre, je cite, un mal terrible et total, mais sa présence à Vladimir Poutine n'était pas désirée par le président du musée d'Auschwitz qui organisait ces commémorations, considérant cette présence comme cynique et décalée. Quant à Israël, Israël sera bien représenté, mais pas par Benyamin Netanyahou, qui est sous le coup d'un mandat d'arrêt émis par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et contre l'humanité. En revanche, Israël sera représenté par le ministre de l'Education, car ce 27 janvier, nous fêtons également, nous commémorons également la mémoire de toutes les victimes de la Shoah. Le président du musée d'Auschwitz, qui, il faut le dire, n'a pas insisté sur cette présence de délégation de chefs d'Etat, mais voulait rendre hommage aux derniers rescapés, aux derniers survivants d'Auschwitz-Birkenau, pour qui ces cérémonies risquent d'être les dernières, puisqu'ils sont aujourd'hui centenaires.
[00:29:58] Speaker 1: Merci, Marie. Et à tout à l'heure, on a aperçu le roi Charles III, Stéphanie Trouillard. on attend plusieurs intermèdes musicaux, des prières lors de cette cérémonie et des discours de ces rescapés. Tous les intervenants ont un lien avec Auschwitz, ils sont la plupart rescapés.
[00:30:21] Speaker 2: Oui, ça va être le temps fort de cette cérémonie qui est vraiment axé sur la parole des rescapés parce que c'est la dernière fois, là on est au 80e anniversaire, qu'il y a la présence aussi importante de rescapés, donc il y a une cinquantaine de survivants qui ont été invités donc il va y avoir quatre temps de parole avec des survivants du camp d'Auschwitz et puis des temps musicaux de compositeurs qui ont un lien avec le camp.
[00:30:43] Speaker 1: Et ça commence maintenant donc début de la cérémonie 80 ans après la libération d'Auschwitz avec le morceau Laments de Simon James. ... … … … … ... ...
[00:32:40] Speaker 13: Nous nous retrouvons ici aujourd'hui à l'entrée de Birkenau.
[00:32:54] Speaker 14: Ici, un wagon de chemin de fer qui symbolise la souffrance de toutes les victimes du camp de concentration et du centre d'extermination de Auschwitz. C'est notamment un rappel du transport tragique des Juifs de Hongrie en 1944, le point culminant de ces opérations atroces. Ce wagon a été posé ici, sur cette rampe d'accès, il y a 15 ans de cela. C'est un symbole qui a pu être mis en place grâce à l'aide de Franck Loris. que le silence de ce wagon soit rempli par notre souvenir de tous ceux qui ont péri ici à Auschwitz. J'ai l'honneur de vous saluer chaleureusement, vous qui avez survécu à ces atrocités.
[00:33:58] Speaker 13: Je me permets d'accueillir leur Majesté,
[00:34:04] Speaker 14: les présidents et chefs de délégation qui nous rejoignent ici aujourd'hui. J'accueille chaleureusement les représentants du Parlement polonais et les parlementaires qui nous rejoignent du monde entier. J'accueille également les membres du corps diplomatique, ainsi que les mécènes qui ont contribué au fonds intitulé « Les piliers du souvenir » font pour le souvenir d'Auschwitz. J'accueille les représentants religieux des organisations juives,
[00:34:42] Speaker 13: notamment et également de la communauté romaine.
[00:34:46] Speaker 14: J'accueille les représentants des collectivités locales et régionales et bienvenue à tous les représentants des institutions, organisations qui sont présentes ici et à vous tous qui nous avez rejoints pour ces commémorations. Au nom des survivants, je vais donner la parole à Marian Turski, membre du Conseil international d'Auschwitz, de vous accueillir ici aujourd'hui.
[00:35:26] Speaker 1: Merci. Voilà le début de la commémoration de ces 80 ans, de la découverte du camp d'Auschwitz-Birkenau avec la prise de parole imminente de Marianne Turski, Stéphanie.
[00:36:12] Speaker 2: Oui, alors c'est un historien et journaliste polonais survivant de la Shoah. Il est né dans l'actuelle Lituanie et il se trouvait dans le ghetto de Lodz en 1942 à partir duquel il a été déporté en août 1944 vers Auschwitz-Birkenau et donc il a survécu à ces fameuses marches de la mort. Il a été transporté vers le camp de Buranwald et à la fin de la Seconde Guerre mondiale il s'est installé à Varsovie et puis il est devenu un historien qui a beaucoup travaillé sur la Shoah. Il est actuellement le vice-président de l'association de l'Institut historique juif de Pologne. Il a notamment prononcé un discours en 2019 devant l'Assemblée général des Nations Unies, donc c'est une figure des rescapés de la Shoah et notamment des survivants
[00:36:58] Speaker 1: du camp d'Auschwitz-Birkenau. Auschwitz n'est pas tombé du ciel, avait-il dit, je crois, il y a cinq ans.
[00:37:03] Speaker 4: Yannis Roder. C'est intéressant parce que Marian Truski est déporté de Lodz, comme ça vient d'être dit, Łódź en polonais, qui est le dernier grand ghetto, en fait, à être vidé en Pologne en août 1944, très tard, parce qu'en fait les nazis en avaient fait un grand, finalement, camp de c'est-à-dire un grand centre de travail forcé.
[00:37:23] Speaker 1: On va donc écouter Marian Turski.
[00:37:27] Speaker 15: Dostoynych gosh,
[00:37:30] Speaker 14: Je vous accueille, chers invités. Bienvenue à vous tous qui êtes ici. bienvenue à ceux qui nous écoutent à la radio, qui ne regardent à la télé ou par
[00:37:56] Speaker 15: un autre moyen. Mais avant toute chose, je souhaite m'adresser à vous, mais à vous
[00:38:13] Speaker 14: tous hommes et femmes qui, comme moi, avaient partagé ces malheurs, vous tous qui avez été emprisonnés ici. Aujourd'hui, nous commémorons la journée internationale des victimes de l'Holocauste, il est tout à fait logique, normal, que la presse et les
[00:38:58] Speaker 15: les médias s'adressent à nous, à ceux qui ont survécu, afin que nous partagions
[00:39:10] Speaker 14: avec eux nos souvenirs.
[00:39:13] Speaker 15: Mais nous n'avons toujours été qu'une toute petite minorité. Si peu d'entre nous avons passé les sélections qui nous ont permis de survivre, très peu
[00:39:47] Speaker 14: nombreux sont ceux qui ont réussi à survivre. Nous, il n'y en a presque pas. Et aujourd'hui,
[00:40:06] Speaker 15: le passage du temps, il n'en reste plus qu'une poignée. Nous sommes si peu nombreux qu'il me semble que nous devons désormais et à cette heure
[00:40:32] Speaker 14: penser à la majorité d'entre nous, à ces millions de victimes qui ne sauront jamais nous dire ce qu'elles ont vécu, ce qu'elles ont ressenti, tout simplement parce qu'elles ont été absorbées par cette destruction de masse, la Shoah. Cependant, un document a survécu, un poème qui, dans une certaine mesure, nous dit quelque
[00:41:35] Speaker 15: quelque chose de ces gens-là. Souvenez-vous de ce nom, Enrica Wazowert, Enrica Wazowert. était poète polonaise, elle était une autrice à succès, elle
[00:42:25] Speaker 14: a pu, aurait pu prendre refuge hors du ghetto, mais elle ne souhaitait pas abandonner sa mère.
[00:42:39] Speaker 15: Et quand j'entends aujourd'hui sa poésie, j'entends quelque chose qui va bien au-delà de ce que l'on peut imaginer. C'est un document. Nous avons d'ailleurs une photo d'Enrica, elle était très belle, elle avait 33 ans.
[00:43:14] Speaker 14: A cet âge-là, elle était déjà une poétesse reconnue de langue polonaise et étant juive, Elle a été condamnée à être annihilée. Elle aurait pu se réfugier du côté arien, comme on l'appelait, mais elle ne souhaitait pas abandonner sa mère. Et elle a rédigé à l'attention de ses amis une lettre, un poème que je souhaite citer aujourd'hui. Je vais, je m'en vais vers le lointain. Une gare inconnue
[00:44:31] Speaker 15: de tous qui n'apparaît sur aucune carte.
[00:44:34] Speaker 14: le ciel bat sur la gare à noir de plomb, le train siffle,
[00:44:50] Speaker 15: les conducteurs de train ont des visages de papier et je n'ai pour tout bien qu'une valise.
[00:45:03] Speaker 14: qu'une valise est ma peine, la peine, ma peine que personne n'a jamais cherchée a été nuée. Je suis capable de voir tout cela, de voir toute cette tristesse. Mais chers, restez-en en bonne santé, et je ne suis plus. Si vous me le permettez, je vais demander à ceux qui sont ici de se lever pour une minute de silence.
[00:45:58] Speaker 1: Je vous remercie. Merci. Merci. Merci. Merci. Les êtres humains Merci.
[00:46:12] Speaker 15: Merci.
[00:46:16] Speaker 1: Merci.
[00:46:27] Speaker 15: Mes chers amis,
[00:46:33] Speaker 14: Depuis 2000 ans au moins, 2000 ans qu'existe notre civilisation, nous avons été accompagnés cette vision de l'apocalypse. Les quatre cavaliers de l'apocalypse, la guerre, la pestilence, la faim et la mort sont là. Chacun est perplexe, a peur, est paralysé par la peur. Et ce sont pris au dépourvu, incapables d'action, incapables d'agir. Permettez-moi à ce stade de citer une chanson que vous reconnaîtrez facilement si je la fredonne mais je ne vais pas chanter, ne craignez rien. Tout ce que je souhaite ici, aujourd'hui, c'est attirer votre attention sur le texte, sur les paroles de cette chanson qui sont une vraie source d'inspiration.
[00:48:11] Speaker 15: L'auteur du texte est le rabbin Nachman de Bratislav, aussi connu sous le nom du rabbin
[00:48:31] Speaker 14: Nachman de Oumal, d'après la ville où il a été enterré. Au milieu des victimes et des tombes des victimes d'un pogrom.
[00:48:46] Speaker 15: Notre monde, le monde entier, qui est le nôtre, n'est rien. N'est qu'un petit pont étroit, mais un pont qu'il ne faut pas avoir peur de traverser.
[00:49:36] Speaker 14: Et donc, n'ayons pas peur. Nous voyons pourtant autour de nous une montée considérable de l'antisémitisme, l'antisémitisme
[00:50:20] Speaker 15: qui lui-même nous a conduit à la Shoah.
[00:50:26] Speaker 14: Debra Lipskite parlait d'une armée de l'antisémitisme alors qu'elle, par son courage et sa détermination
[00:50:43] Speaker 15: à lutter contre les négationnistes qui a pu mettre un terme à ce phénomène.
[00:50:58] Speaker 14: Elle a remporté ce procès contre David Irving à Londres en mettant un point final à ce négationnisme. N'ayons pas peur aujourd'hui de faire preuve du même courage lorsque le Hamas cherche
[00:51:22] Speaker 15: à nier l'existence même d'un massacre le 7 octobre. Luttons contre les complotistes de tout poil qui nous disent que les maux de notre quotidien
[00:51:46] Speaker 14: résultent de l'action malveillante d'un groupe social ou d'un autre.
[00:51:52] Speaker 15: Souvent, les Juifs sont identifiés à ce titre.
[00:52:04] Speaker 14: N'oublions pas que nous sommes en présence de cette dernière génération. Les jeunes perturbent peut-être l'ordre social ou le fonctionnement de la vérité. Mais lorsque le juge avait prononcé ces mots, en disant peut-être qu'aujourd'hui je condamne les héros de demain. N'ayons pas peur de nous convaincre de ce que nous saurons régler les différents entre-voisins. Depuis des siècles, sur divers continents, divers groupes ethniques, divers peuples ont vécu côte à côte
[00:53:10] Speaker 15: Et trouver leur foyer côte à côte, la haine, le discours de haine a conduit au conflit
[00:53:29] Speaker 14: entre ces gens, ces peuples, ces groupes ethniques.
[00:53:33] Speaker 15: Cela conduit toujours à la guerre, mais il y a aussi de beaux exemples, des exemples où les deux parties trouvent un accord et reconnaissent qu'il leur faut établir un
[00:54:06] Speaker 14: environnement sûr et à garantir la sécurité de leurs enfants, de leurs petits-enfants par le compromis. J'évoque ici deux exemples en Europe. Les Allemands et les Français, les Polonais et les Lituaniens ont su le faire.
[00:54:31] Speaker 15: N'ayons pas peur, laissons-nous convaincre de ce qu'il nous faut effectivement voir
[00:54:44] Speaker 14: la situation actuelle, mais également comprendre ce que sera la situation demain ou dans quelques décennies. Merci de votre attention.
[00:55:26] Speaker 1: Voilà le discours de Marianne Turski, l'un des rescapés de la Shoah, président du comité international également d'Auschwitz. N'ayons pas peur, même si nous voyons partout la montée de l'antisémitisme, a-t-il prévenu ? L'antisémitisme qui nous a conduit à la Shoah, luttons contre les complotistes. Il a également fait une allusion à ce qui est en train de se passer au Moyen-Orient, entre ces affrontements entre le Hamas et Israël. Peut-être un commentaire Stéphanie Trouillard ou Yanis Roder ?
[00:56:17] Speaker 4: Il est évident que les survivants d'Auschwitz ne peuvent avoir que ce message de paix et de dénonciation de la haine de l'autre, mais malheureusement, on voit bien que nous avons répété, ils ont répété ces messages. Vous savez, ça me rappelle Marceline Loridan-Evans, qui était donc une ancienne déportée, décédée il y a quelques années maintenant et qui le 27 janvier 2015 sur l'antenne de France Inter disait justement que le monde n'avait pas changé et que tout cela finalement peut-être avait été fait à la mémoire, avait été entretenu en vain. Elle parlait évidemment de la tuerie de Libertascher et de ce qu'elle pensait être de l'indifférence face à la montée de l'antisémitisme.
[00:57:03] Speaker 1: Longing de Joseph Kropinski, maintenant Auschwitz. … Voilà « Longing » de Joseph Kropinski. joué dans ce lieu symbolique, le camp de concentration d'Auschwitz. Joseph Kropinski, Stéphanie, qui était un violoniste, compositeur, résistant et survivant d'Auschwitz.
[00:58:43] Speaker 2: Oui, un musicien polonais, né à Berlin en 1913 et qui a été arrêté en 1940 par la Gestapo parce qu'il avait publié un journal clandestin et donc il a été envoyé à Auschwitz. Et la particularité de sa captivité à Auschwitz, c'est qu'il a composé plus d'une centaine de chansons et de poèmes dans le camp et il a été ensuite transféré à début de l'année 1945 à Bourenval où c'est là où il a été libéré et il est décédé en 1970 et là on voit apparaître sur l'écran le témoignage suivant.
[00:59:13] Speaker 1: Oui c'est une nouvelle séquence qui s'ouvre maintenant on va donc entendre trois survivants de la Shoah prendre la parole à commencer par Janina Ivanka qui a je crois participé aux marges de la mort.
[00:59:24] Speaker 2: Oui, c'est une femme qui est née à Varsovie et qui est une prisonnière politique. Il ne faut pas oublier aussi qu'il y a aussi des prisonniers politiques.
[00:59:31] Speaker 1: On va donc l'écouter.
[00:59:33] Speaker 16: Mesdames et messieurs, en juin, l'année dernière, j'étais ici pour commémorer le premier transport vers Auschwitz. C'était des prisonniers polonais qui avaient été envoyés ici. C'était le 84e anniversaire du premier transport.
[00:59:59] Speaker 17: Nous sommes aujourd'hui au 80e anniversaire de la libération du camp, lorsque le camp a arrêté ses opérations.
[01:00:14] Speaker 16: Pendant plusieurs années, c'est ainsi que le camp a fonctionné.
[01:00:17] Speaker 17: Ce camp a énormément changé. A l'origine, c'était un camp pour les prisonniers politiques, des personnes qui étaient mécontentes de l'occupation allemande,
[01:00:32] Speaker 16: des Polonais principalement, des adultes. Par la suite, les Polonais n'ont plus eu le droit
[01:00:44] Speaker 17: de s'organiser sous forme d'associations, même les scouts. C'est à ce moment-là que les plus jeunes garçons ont été transférés dans ce camp. Ils ont été transférés dans ce camp car ils appartenaient au mouvement des scouts polonais. Pendant une période, donc, la plupart des prisonniers
[01:01:07] Speaker 16: de ce camp étaient polonais.
[01:01:10] Speaker 17: Ensuite, ce camp s'est transformé pour devenir un camp pour les prisonniers de guerre soviétiques. Des dizaines de milliers de prisonniers de guerre ont été emprisonnés dans ce camp.
[01:01:22] Speaker 16: Ce camp était un camp de travail. Au mois d'août, des Russes et des Polonais ont été utilisés pour tester certains gaz
[01:01:42] Speaker 17: mortels afin de voir quel gaz serait le plus efficace.
[01:01:46] Speaker 16: Puis en septembre 1941, ces prisonniers de guerre soviétique qui ont survécu ont été envoyée au camp de Drezhin, au camp de Brezinka, où nous sommes.
[01:02:05] Speaker 17: Et c'est à ce moment qu'ils ont commencé à construire le camp de Birkenau. Ces personnes ont traversé un hiver très rigoureux. Vous savez que cet hiver a été tragique. Il y avait beaucoup de pauvreté, de misère. Il y avait très peu à manger et beaucoup de travail à faire.
[01:02:24] Speaker 16: Si quelque chose ne vous plaisait pas, vous n'étiez pas tués, vous étiez tués.
[01:02:34] Speaker 17: En 1942, 12 000 survivants ont été emmenés ici, mais seulement 500 ont survécu. Une fois que Birkenau était prêt, les femmes ont été amenées, parce que jusqu'à ce moment, il n'y avait aucune femme dans ce camp. Les femmes de Pologne et de toute l'Europe, la Belgique, la France, la Tchéquie, la Roumanie,
[01:03:02] Speaker 16: des femmes ont été emmenées ici, mais la plupart étaient polonaises.
[01:03:14] Speaker 17: Les responsables du camp savaient quel gaz fonctionnait le mieux. Ils ont ainsi commencé à ouvrir des chambres à gaz à l'automne. En avril l'année suivante, les fours crématoires étaient prêts,
[01:03:30] Speaker 16: tout comme les chambres à gaz. C'est à ce moment-là que ce camp n'était plus réservé aux prisonniers de guerre.
[01:03:43] Speaker 17: C'est à ce moment-là que le camp est devenu une machine à tuer, un camp d'extermination. C'est à ce moment-là que cette usine a tué, a lancé ses opérations. Sa fonction était de tuer des personnes. Certaines personnes étaient déplacées vers d'autres camps, mais la plupart étaient exterminées sur place. Il est difficile de calculer le nombre de personnes qui ont trouvé la mort entre ces murs. La plupart étaient enregistrées, marquées.
[01:04:11] Speaker 16: Mais souvent, les prisonniers, les personnes étaient emmenées venant d'autres pays, et ces personnes étaient emmenées
[01:04:23] Speaker 17: directement vers les chambres à gaz et les fours crématoires. Près d'un million de juifs ont été assassinés de cette manière. Ces personnes étaient emmenées directement vers les chambres à gaz. Personne, personne ne sait exactement combien de personnes ont trouvé la mort ici.
[01:04:47] Speaker 16: 1943, à part les Juifs et les Aréens du reste de l'Europe, mais également d'Asie et d'Amérique du Nord,
[01:05:08] Speaker 17: Ils ont créé des camps pour les Romains. C'était des camps que l'on a qualifiés de camps de familles. Des familles entières étaient emprisonnées. Des Romains, des parents, des enfants.
[01:05:25] Speaker 16: Le docteur Mengele s'occupait d'eux.
[01:05:32] Speaker 17: Même avant la guerre, le docteur Mengele avait cherché à faire des expériences pour prouver que la race allemande était supérieure à toutes les autres races, toutes les autres races étaient inférieures, les juifs et les romains n'étaient même pas des êtres humains. Ainsi, à ce titre, il devait être exterminé. Les Romains ont été emmenés dans ce camp, des familles entières, en effet, le docteur était spécialisé dans les expérimentations sur les enfants, les expériences sur les enfants, dans les familles il y avait des enfants justement, et il faisait des expériences sur les nouveau-nés également, les nourrissons et les bébés. De nombreux romains ont trouvé la mort ici.
[01:06:21] Speaker 16: Morts de maladie, de la misère. En août 1943, il n'y avait pas moins de 4000 Sinti ici, de roms Sinti.
[01:06:43] Speaker 17: Ils ont été immédiatement envoyés dans les chambres à gaz. Dès le lendemain, le lendemain, il ne restait plus un seul Rom ou un seul Sinti, parce que le docteur Mengele avait terminé ses expériences et il n'avait plus besoin de ce matériau sur lequel il pouvait travailler. Il n'avait plus besoin de ces sujets.
[01:07:08] Speaker 16: En août 1944, alors que la fin de la guerre approchait, il y a eu un soulèvement, le 1er août, un soulèvement contre les Allemands, les Allemands allaient devoir quitter la ville parce que les soldats russes étaient de l'autre côté de la rivière.
[01:07:45] Speaker 17: Les Polonais souhaitaient s'emparer de la capitale,
[01:07:47] Speaker 16: mais les Allemands ont cherché à détruire la capitale.
[01:07:53] Speaker 17: Ils ont reçu l'ordre de fuir la ville. Dans les six premiers jours, dans le district de Rola, 50 000 civils ont été tués. Ces personnes ont été sorties de chez elles et abattues dans la ville, dans les rues. Leurs maisons ont été incendiées. Je vivais dans le même quartier, je vivais dans ce quartier.
[01:08:19] Speaker 16: Un petit peu plus tard, ils allaient rejoindre mon quartier.
[01:08:24] Speaker 17: Un camp spécial a été érigé, proche de Varsovie. Les habitations ont été brûlées, les gens ont été emmenés dans ce camp, un camp temporaire, et il y avait de la ségrégation.
[01:08:41] Speaker 16: Les personnes qui n'étaient pas en mesure de travailler
[01:08:49] Speaker 17: étaient d'abord déportés en Allemagne pour le travail forcé
[01:08:56] Speaker 16: et ensuite déplacés vers des camps de concentration.
[01:08:59] Speaker 17: Le 12 août, c'est la date à laquelle j'ai été transporté ici, à Auschwitz-Birkenau.
[01:09:06] Speaker 16: Des dizaines de milliers d'habitants de Varsovie ont été déportés. Certains ont été emmenés à Buchenwald, d'autres ici, à Ravensburg.
[01:09:27] Speaker 17: Que commémorons-nous aujourd'hui? Que célébrons-nous? Nous célébrons la libération du camp. C'est à cette date que le camp a arrêté de fonctionner. Il ne restait que peu de prisonniers à cette date. Les Allemands étaient perfides, on entendait les coups tirés par les soldats qui approchaient et les Allemands ont continué ou ont décidé de sortir les prisonniers du camp et les déplacer autre part.
[01:09:56] Speaker 16: Ainsi, ne restaient dans les camps que les malades, les jeunes, les femmes enceintes.
[01:10:04] Speaker 17: Lorsque le camp a été libéré, il ne restait que 5 à 10% des prisonniers qui ont été libérés. Les milliers d'autres prisonniers ont été emmenés autre part.
[01:10:17] Speaker 16: On les a poussés dans une marche de la mort vers d'autres camps. Ravensbrück et un autre camp, ça a été mes étapes, et donc j'ai été réellement libérée que plus tard.
[01:10:39] Speaker 17: On parle de prison ou de camp de concentration, mais le terme n'est pas approprié. Ces camps, en définitive, ont traversé différentes transformations jusqu'à devenir des camps d'extermination.
[01:11:02] Speaker 16: J'aimerais vous lire une citation. La guerre s'est terminée en 1945 et les gens aux quatre coins du monde étaient épris d'allégresse.
[01:11:17] Speaker 17: Plus jamais, plus jamais ça. Voilà quel était le slogan. Personne ne pensait qu'une telle guerre ne pourrait se reproduire.
[01:11:25] Speaker 16: Picasso a d'ailleurs peint la colombe de la paix et certaines personnes ont fait des prévisions. Il a été dit qu'une telle atrocité ne pourrait plus se reproduire. Les gens sont devenus si inhumains que cela pourrait se reproduire. En 1950, un auteur polonais a écrit un essai sur la guerre. Il a beaucoup écrit sur la guerre et les guerres en général. Il a publié ses articles, ses chroniques, et j'aimerais à présent vous en lire un extrait. Je le cite « Si l'Europe, ravagée par ses folies, souhaite éviter la destruction,
[01:12:35] Speaker 17: son peuple doit apprendre à anticiper, mieux anticiper les conséquences de ses actions. Le peuple ne doit pas fermer les yeux devant les personnes qui ont un tel pouvoir. Je pense aux jeunes, je pense aux jeunes que la vie attend. La guerre et le chaos peuvent éclater partout et ne laisser aucune place, aucun lieu, aucun refuge pour s'enfuir. Merci.
[01:13:03] Speaker 1: La guerre et le cahoon peuvent survenir à tout moment. L'une des survivantes de la Shoah, du camp d'Auschwitz, Jalina Ivanska, qui a donc pris la parole et qui a rappelé Stéphanie Trouillard et Yannick Roder un système actuel. Elle rappelle qu'elle a été arrêtée lors de l'insurrection de Varsovie.
[01:13:39] Speaker 2: Oui, alors en fait, elle n'est pas rescapée de la Shoah parce qu'elle était prisonnière politique et donc elle a été arrêtée en août 44 pendant l'insurrection de Varsovie et elle a réchappé aux marches de la mort. Elle a ensuite été transportée jusqu'à Ravensbruck. Et puis ce qui est intéressant, c'est qu'elle a aussi rappelé le génocide des des roms et des tiganes. Il faut bien rappeler aussi qu'il y a 23 000 membres de cette communauté qui ont été déportés à Auschwitz et on estime que 19 000 d'entre eux ont péri dans ce camp, ce centre d'extermination.
[01:14:08] Speaker 4: Oui, ça permet de rappeler qu'Auschwitz est un camp de concentration, un complexe concentrationnaire où sont envoyées toutes les victimes des différentes politiques nazies et parmi eux principalement des juifs mais pas que des juifs. La différence absolument fondamentale c'est que les juifs, eux, étaient destinés à l'assassinat systématique.
[01:14:25] Speaker 1: Thova Friedman prend la parole, on va l'écouter.
[01:14:28] Speaker 18: Depuis que je suis petite fille, je pense à ce jour comme à mon anniversaire.
[01:14:40] Speaker 14: C'est mon anniversaire, le 27 janvier. Je le fête tous les ans et j'ai reçu toutes sortes de messages aujourd'hui même.
[01:14:52] Speaker 18: Certains de mes amis ne savent même pas que j'ai un vrai anniversaire parce que c'est
[01:15:01] Speaker 14: précisément la date d'aujourd'hui qui compte. Je n'ai jamais pensé que je fêterais ce jour-ci avec une si grande compagnie, une si belle compagnie. C'est vraiment un honneur que d'être ici parmi vous, un honneur que
[01:15:28] Speaker 18: de pouvoir m'adresser à vous. Merci, merci de m'accorder votre attention. Nous sommes
[01:15:43] Speaker 14: bien peu nombreux à avoir survécu. De ma ville d'origine, nous sommes quatre enfants à avoir survécu. Je suis donc ici aujourd'hui
[01:15:54] Speaker 18: venue pour
[01:15:57] Speaker 14: vous parler de ceux qui n'ont pas survécu. Je suis ravi
[01:16:04] Speaker 18: de vous voir venus du monde entier
[01:16:10] Speaker 14: pleurer avec nous, nos morts, et honorer la mémoire de ceux qui ont été, disons-le, assassinés par les nazis.
[01:16:19] Speaker 18: Cependant, nous sommes ici réunis pour proclamer, pour promettre et nous engager à ne jamais,
[01:16:34] Speaker 14: jamais permettre que l'histoire ne se répète. Permettez-moi de partager avec vous quelques-uns de mes souvenirs. Je sais qu'il y a ici aujourd'hui de nombreux survivants qui ont du mal à gérer leurs propres souvenirs. J'avais 6 ans et demi lorsque j'ai été libérée d'Auschwitz, et pourtant mes souvenirs sont très clairs. Grâce à ma mère qui validait, commentait les événements alors qu'ils survenaient, et qu'elle était encore avec moi. Elle n'a jamais cherché à dissimuler quoi que ce soit. À cinq ans et demi, je me souviens m'être cachée dans le camp de travail de Starovets et avoir vu comment mes camarades ont été rassemblés et menés à la mort, les cris
[01:17:54] Speaker 18: de leurs parents restaient sans effet.
[01:17:59] Speaker 14: Mais lorsque tous les enfants avaient été rassemblés, que la cour était vide, je me Je me suis demandé si j'étais la seule enfant juive restante au monde. Peu de temps après cela, nous avons été chargés dans des wagons à bestiaux. Les hommes et les femmes avaient été séparés les uns des autres. C'était là, la première fois, la toute première fois que j'ai vu mon père pleurer. Jusqu'à ce stade, quels que soient les événements qui nous avaient touchés, quoiqu'il nous arrive, nous étions restés une famille. Mais là, il a été envoyé à Dachau et ma mère et moi avons été envoyés ici, à ce camp, à Auschwitz-Birkenau. Nous avions chaud, nous avions faim, nous avions soif et j'avais tellement peur et je m'accrochais à la main de ma mère
[01:19:19] Speaker 18: dans ce wagon imbestiaux, dans le noir, pendant des heures
[01:19:26] Speaker 14: et des heures, au son des cris et des pleurs de tant et tant des temps de femmes, des bruits dont s'est imprégné mon âme et qui me hantent encore aujourd'hui. Et puis, nous sommes arrivés enfin ici, à Auschwitz, un dimanche gris, avec un ciel
[01:19:52] Speaker 18: très bas, une odeur nauséabonde, et des rangs et des rangs et des rangs d'hommes et
[01:20:00] Speaker 14: de femmes nus autour de moi. « Mais que cherchent-ils ? » demandai-je à ma mère, alors que, moi aussi, je me tenais là, nue, et alors que je cherchais à détourner mon regard, des yeux qui brillent et des les dents qui brillent des bergers allemands qui étaient à la même hauteur que moi, je les voyais si clairement, je vois encore leurs yeux qui luisent aujourd'hui.
[01:20:31] Speaker 18: Et ma mère m'a répondu, des maladies, mais si nous sommes malades, et elle a laissé
[01:20:43] Speaker 14: là en suspens, sans rien dire de plus, en pointant du doigt la fumée qu'on voyait à l'entrée. Je savais, je savais à l'âge de 5 ans et demi ce que cela voulait dire, nous savions tous. Et alors qu'on me battait, qu'un garde me battait sans répit, tout simplement parce que je n'arrivais pas à rester là, debout, calme, lors de l'appel, je regardais ma mère qui était là, debout à mes côtés, et je voyais qu'elle me disait dans son regard de ne pas pleurer, de ne pas pleurer, qu'il fallait que je m'accroche, je n'ai pas pleuré, Et je me suis dit, et je m'en souviens, jamais, jamais, je ne leur laisserai savoir combien ils m'ont fait de tort.
[01:21:45] Speaker 18: À cinq ans et demi, la rebelle que j'étais, était bien décidée à ne rien leur montrer.
[01:21:55] Speaker 14: Je sais que vous êtes nombreux ici à être rescapés de la Shoah, que vous avez tous vos propres souvenirs, que vous vous êtes reconstruits, mais qu'à l'époque, vous
[01:22:18] Speaker 18: sentiez abandonnés, impuissants, démunis, lorsque j'ai vu, moi aussi, un jour glacé,
[01:22:36] Speaker 14: voir des petites filles conduites à la chambre à gaz alors qu'elles pleuraient. Elles étaient recouvertes de chiffon, certaines d'entre elles n'avaient pas de chaussures et marchaient pieds nus dans la neige.
[01:22:54] Speaker 18: Elles étaient si jeunes, aussi jeunes que moi, 6 ans, 7 ans peut-être, mais la faim
[01:23:07] Speaker 14: les avait rétrécies et elles semblaient plus jeunes encore. Elles aussi sont devenues
[01:23:17] Speaker 18: poussières.
[01:23:22] Speaker 14: Et je m'interrogeais en silence sur ce que je venais de voir. Je me disais que nous devions tous mourir, que c'était normal pour un enfant juif de mourir. D'ailleurs, je ne savais même pas ce que c'était qu'être juif. Je n'avais jamais participé à quelconque festivité, mais le lien entre la mort, l'enfant, la judéité me semblait un lien logique. Je ne savais rien des ghettos, des camps, je ne savais rien du soulèvement du ghetto de Varsovie de 1944, ni du débarquement ou de l'invasion de la Normandie. À cette époque, nous étions des victimes, prises dans un vide moral. Mais aujourd'hui, nous avons le devoir, le devoir de nous souvenir, un devoir essentiel, extrêmement important, mais également le devoir de mettre en garde, et de redire, et d'apprendre à chacun que la haine ne mène qu'à la haine et à la mort. Notre revanche a été de construire un État juif fort, d'élever nos familles dans la la paix. Je vois que vous êtes nombreux et nombreuses à être accompagnés ici aujourd'hui de vos familles, tout comme moi. Et 80 ans après la libération, le monde est confronté à une crise. Nos valeurs judéo-chrétiennes ont été remplacées, submergées de par le monde par des préjugés et de la peur, l'extrémisme et l'antisémitisme galopant que l'on retrouve
[01:25:42] Speaker 18: partout est vraiment choquant.
[01:25:45] Speaker 14: Il nous choque tous, choque nos enfants, nos petits-enfants. Israël, la seule démocratie au Moyen-Orient, se bat pour sa survie, pour son mode de vie.
[01:26:03] Speaker 18: Nous pleurons aujourd'hui les soldats morts, les otages, mais nous sommes inquiets également
[01:26:22] Speaker 14: de la détention, du manque de confiance dans notre société. Nous prions pour pouvoir résister, pour rétablir la confiance et surtout pour espérer, puisque l'espoir doit faire partie de notre vie au quotidien. Tous, chacun d'entre nous, nous devons relancer notre conscience collective et surmonter cette violence, cette colère, cette haine qui a pris le contrôle de certaines de nos sociétés et a fait de notre monde un monde inhumain et injuste. Nous devons éviter que ces forces négatives ne nous détruisent.
[01:27:09] Speaker 18: C'est là une tâche d'extrême encleur.
[01:27:15] Speaker 14: Mais les sages juifs nous disent que le temps est compté, la tâche est grande, nous ne saurons peut-être pas l'accomplir, mais nous devons commencer à agir. Merci.
[01:27:35] Speaker 1: Voilà, nous sommes revenus pour proclamer « Never again, plus jamais ». Nous avons le devoir de nous souvenir et de mettre en garde la haine, elle ne mène qu'à la haine, le témoignage d'un accent américain, Tova Friedman, accent américain parce qu'elle Elle a vécu, Stéphanie Trouillard, aux Etats-Unis après avoir été déportée à Auschwitz à l'âge de 6 ans.
[01:28:06] Speaker 2: Oui, elle a immigré aux Etats-Unis en 1950 et avant elle a été donc arrêtée dans un ghetto en 1944 en Pologne. Et elle a été déportée à Auschwitz en juin 1944 et elle a mentionné un aspect intéressant aussi, c'est que lors de la libération du camp, les soldats soviétiques, quand ils y sont arrivés, ils ont découvert aussi quelques centaines d'enfants, notamment dans ce kinderlager, ce camp d'enfants où se trouvait cette femme. notamment à l'appareil sur une des photos iconiques, si on peut dire, qui a été prise à la libération du coin, où elle montre avec son petit bras d'enfant, son tatouage sur son bras.
[01:28:35] Speaker 1: Et le dernier discours d'un des survivants, Léon Weintraub, qui est un médecin suédois
[01:28:44] Speaker 2: d'origine polonaise.
[01:28:45] Speaker 1: Exactement, on va écouter le dernier discours.
[01:28:56] Speaker 19: Chers rescapés du camp de concentration nazi,
[01:29:04] Speaker 17: chers représentants des organisations gouvernementales, des autorités religieuses, chers invités venant de près et de loin. Je suis né à Łódź le 1er janvier 1926, j'ai donc aujourd'hui 99 ans. Après le décès de mon père, j'avais 18 mois en 1927, Ma mère a utilisé toutes nos ressources, a transformé toutes nos ressources en capital pour ouvrir une petite entreprise.
[01:29:41] Speaker 19: C'est aujourd'hui une grande entreprise de blanchisserie et avec ma famille nous occupions
[01:29:55] Speaker 17: deux petites pièces, voilà ces deux pièces où elle travaillait.
[01:30:00] Speaker 19: J'ai commencé l'école primaire, j'étais un bon élève, j'étais un bon élève, et après la 6e, j'ai, ou après le CM2, j'ai pu rejoindre un collège à Łódź.
[01:30:23] Speaker 17: Et j'allais poursuivre mon éducation le 1er septembre, à la rentrée, en 1939.
[01:30:32] Speaker 19: Notre pays a été envahi par l'armée allemande et cela a perturbé mes projets.
[01:30:45] Speaker 17: L'hiver 1940, nous avons été déplacés de force pour rejoindre un ghetto, un ghetto qui avait été ouvert par les nazis. Dans le ghetto, je travaillais dans le secteur des métaux pendant cinq ans, cinq ans à travailler dans le secteur de la métallurgie et j'avais toujours faim. Au août 1944, les ghettos ont été supprimés et nous avons été déportés vers Auschwitz-Birkenau. Ma mère et ma tante Eve, sa sœur, ont été assassinées ce jour-là dans les chambres gaz. Elles ont ensuite été brûlées dans les fours crématoires.
[01:31:44] Speaker 19: On nous a ensuite volé toute humanité. Tout d'abord, nous avons été déshabillés. On nous a volé tous nos effets personnels.
[01:32:07] Speaker 17: Ensuite, ils ont rasé nos cheveux avec brutalité. Cela faisait très, très mal d'utiliser un produit pour désinfecter notre tête.
[01:32:22] Speaker 19: nous avons été habillés de haillons, un pantalon, une veste. Puis, on nous a donné
[01:32:33] Speaker 17: des sabots de bois.
[01:32:34] Speaker 19: J'ai beaucoup souffert. Je me sentais très seul. J'étais
[01:32:52] Speaker 17: s'est séparé brutalement du reste de ma famille. J'ai énormément souffert également à cause de cette fumée noire permanente. On sentait la chair brûler, cette fumée qui sortait des cheminées. C'était quelque chose qui nous rendait fous. Et après quelques semaines, j'ai réussi à m'échapper d'Auschwitz-Birkenau. J'ai pu fuir le camp illégalement. Personne
[01:33:21] Speaker 19: ne m'a remarqué, les sentinelles ne m'ont pas vu, et j'ai pu rejoindre un groupe de
[01:33:27] Speaker 17: prisonniers qui avaient été sélectionnés pour travailler en dehors des camps.
[01:33:31] Speaker 19: À Dörnau, qui était un sous-camp, j'ai pu travailler comme électricien.
[01:33:40] Speaker 17: Fin février 1945, après une marche de la mort de trois jours, nous avons été sélectionnés ont été transférés vers un autre camp, le camp de Flossenberg, puis vers le camp Nachweiler-Offenburg.
[01:34:01] Speaker 19: Ce sont les soldats français qui m'ont libéré,
[01:34:06] Speaker 17: près de Donau-Washingen, le 20 avril 1945.
[01:34:14] Speaker 19: J'avais un handicap général. Je ne pesais que quelques kilos à cause du typhus.
[01:34:23] Speaker 17: J'ai dû être hospitalisé après ce diagnostic pendant quelques semaines,
[01:34:28] Speaker 19: tout d'abord à Donna, Washington,
[01:34:34] Speaker 17: puis dans un centre de Reichenau, un sanitarium de Reichenau. Octobre 1946, j'ai commencé mes études de médecine à Göttingen. Je suis rentré en Pologne en novembre 1950 et après mon diplôme, en 1954, j'ai travaillé à la clinique d'obstétricien dans l'académie à Varsovie. Mais à cause de la montée de l'antisémitisme en Pologne, j'ai perdu mon emploi en février 1969. J'étais directeur du service obstétricien et de gynécologie à l'hôpital. Et donc, en septembre 1969, je suis parti en Suède, pays neutre, avec le reste de ma famille. Aujourd'hui, nous célébrons le 80e anniversaire de la libération
[01:35:48] Speaker 19: du camp de Schwyz. Ce camp de concentration nazi est un symbole.
[01:35:59] Speaker 17: Ils symbolisent la cruauté inédite dont on fait preuve des humains contre d'autres humains.
[01:36:07] Speaker 19: C'est un lieu où une éradication de masse a vu le jour.
[01:36:18] Speaker 17: Cela me peine énormément. Cela me peine énormément de voir dans beaucoup de pays européens, en Pologne, des uniformes nazis, des slogans nazis, être utilisés de manière éhontée ouverte lors de manifestations. Je pleure le fait de ne pas voir de conséquences à ce genre d'action. Ces personnes se disent être des patriotes, des champions de leur nation, mais en parallèle, elles propagent des idéologies haineuses, les idéologies de l'Allemagne nazie. Une idéologie qui a causé la mort à des millions de personnes, des personnes considérées comme sous-humains, sous le signe de la croix gammée. Cette idéologie, une idéologie qui a entraîné la haine et l'hostilité, définit l'antisémitisme, l'homophobie comme des vertus. C'est quelque chose que l'on voit dans notre pays, un autre pays qui a tant souffert, notre pays qui a vu tellement de ravages sous le joug des nazis. J'encourage vivement toutes les personnes de bonne volonté, en particulier je demande
[01:37:38] Speaker 19: aux jeunes, de faire preuve de sensibilité et d'être vigilant quant à toutes les intolérances,
[01:37:49] Speaker 17: d'être bienveillant envers les personnes différentes, peu importe la couleur de leur peau, leur croyance, leur orientation sexuelle. Dans le monde numérique dans lequel nous vivons aujourd'hui, il est très difficile de faire la distinction entre une bonne intention et la poursuite de la popularité, la quête de la popularité, le besoin d'exister. Ainsi, soyez vigilants, restez attentifs.
[01:38:19] Speaker 19: Nous, les rescapés, savons quelles sont les conséquences de l'intolérance.
[01:38:29] Speaker 17: l'intolérance, c'est la persécution, c'est quelque chose dont nous avons fait l'expérience
[01:38:33] Speaker 19: personnellement. Nous avons vécu cela.
[01:38:38] Speaker 17: Alors, observons sérieusement ce que prêchent les ennemis de la démocratie, ces personnes cherchent à tout simplement mettre en œuvre ou concrétiser les slogans qu'ils scandent. Si ces personnes réussissent à prendre le pouvoir, il faudra éviter les erreurs commises
[01:39:02] Speaker 19: dans les années 40, dans les années 30, lorsque le monde n'a pas pu s'occuper du régime nazi.
[01:39:11] Speaker 17: Ils n'ont pas pu contrecarrer ce plan consistant à créer un Etat libéré des juifs, des Les plans ont été sous-estimés, les projets ont été sous-estimés. Ainsi, je vous implore à intensifier vos efforts, à redoubler d'efforts pour contrer les opinions et les positions qui ont entraîné le génocide dont nous nous souvenons aujourd'hui. Nous savons aujourd'hui qu'il n'existe qu'une seule race d'êtres humains, l'homo sapiens. Nous le savons grâce à l'ADN et donc la théorie, les théories racistes, la théorie même du racisme qui est un principe fondateur de l'idéologie nazie, est erronée, est incompatible avec la réalité. En tant que médecin, en tant que gynécologue, lorsque je fais une opération, peu importe la couleur du patient, de la patiente, je peux vous dire que les tissus à l'intérieur d'un corps sont de la même couleur. Les astronomes nous apprennent qu'il existe des milliers de milliards de systèmes solaires et de galaxies qui ressemblent à la nôtre. Notre planète n'est qu'une poussière dans l'immensité du cosmos. N'est-il pas absurde, donc, de diviser les habitants de cette petite planète en des milliers de groupes différents, qui, souvent, ne font aucun sens, et des groupes qui ont ont ensuite tendance à être hostiles les uns envers les autres. Chaque année, il y a de longs débats au sein des parlements quant aux coupes budgétaires. Beaucoup d'argent est alloué à la défense et à l'armement. A l'inverse, la coexistence pacifique des nations pourrait se faire sans coupe budgétaire. Pensez à l'impact positif d'une telle dépense. J'aimerais exprimer toute ma gratitude envers les équipes du musée de Auschwitz-Birkenau. Merci beaucoup pour tous les efforts que vous faites, tous ces efforts pour préserver la mémoire, préserver le souvenir des victimes de l'idéologie nazie. Merci de lutter contre les préjugés et l'hostilité contre les autres.
[01:42:14] Speaker 19: Vous faites vivre le souvenir de millions de personnes et oublier ce souvenir, détruire
[01:42:25] Speaker 17: Pour ce souvenir, ce serait oublier ces victimes. La commémoration de l'anniversaire de la libération d'Auschwitz-Birkenau est un rappel. Cela nous rappelle le traitement inhumain. C'est également un avertissement face aux mouvements toujours plus forts qui luttent contre les droits démocratiques. Je vous demande à toutes et à tous de vous lever et d'observer un instant de silence en commémoration des victimes du nazisme.
[01:43:20] Speaker 1: ... La Marseillaise … … ...
[01:45:25] Speaker 13: Il permet d'appeler à la tribune les représentants des piliers du souvenir, les plus grands
[01:45:48] Speaker 14: mécène du fonds visant à rétablir l'authenticité du camp d'Auschwitz-Birkenau, M. Ronald Lauder.
[01:46:18] Speaker 1: Je vous remercie et vous remercie de votre présence ici aujourd'hui. Merci.
[01:46:23] Speaker 20: Avant de commencer, je souhaite rendre hommage aux survivants d'Auschwitz-Germany,
[01:46:42] Speaker 14: Avant de commencer, je souhaite rendre hommage aux survivants d'Auschwitz qui sont à nos côtés aujourd'hui. Je salue également les dirigeants de plus de 20 pays, représentant de 50 pays de famille royale, de présidents, qui sont venus rendre hommage à ceux qui sont ici, mais aussi à ceux qui sont morts ici. Merci à vous. Il y a dix ans de cela, en 2015, un survivant, Roman Kent, prenait la parole ici même à l'occasion du 70e anniversaire de la libération du camp. Et il disait, nous ne voulons pas que notre passé soit l'avenir de nos enfants. Je le redis, nous ne souhaitons pas que notre passé soit l'avenir de nos enfants. Roman Kent est mort six ans plus tard, mais ses mots nous hauntent encore aujourd'hui. Si Roman Kent était encore à nos côtés aujourd'hui et s'il voyait ce qu'il arrive ici, aujourd'hui, aux Juifs du monde entier, ils seraient en larmes.
[01:48:26] Speaker 20: Il est difficile de croire en ce que nous voyons aujourd'hui,
[01:48:31] Speaker 14: cette violence, cette haine à l'encontre des Juifs. Les attaques contre l'État, le seul État juif accompagné de manifestations et de cris. et de slogans. C'est inacceptable pour nous, mais je n'ose même imaginer ce que cela peut être, peut représenter pour la cinquantaine de survivants qui sont ici aujourd'hui. Ayant entendu ce que Romane Kent nous avait dit, et repensant à ce que vous avez vécu, nous nous voyons ce qui se passe. Nous avons entendu tout à l'heure Tova Friedman redire comment elle se souvenait de ces enfants séparés de leurs parents et menés au chambre à gaz. Nous savons que plus de 5 millions d'enfants sont morts dans la Shoah. Mais il y a 15 mois de cela. Pas il y a 80 ans, il n'y a que 15 mois de cela. Nous avons vu des enfants juifs être assassinés pour une seule et unique raison, parce qu'ils étaient nés juifs. Et ce qui s'est passé en Israël le 7 octobre et ce qui s'est passé ici
[01:50:02] Speaker 20: à Auschwitz sont liés par la haine ancestrale contre les Juifs.
[01:50:13] Speaker 14: Le 27 janvier 1945, lorsque l'armée rouge a passé ses portes, le monde a enfin vu ce que l'antisémitisme pouvait provoquer pas à pas, petit à petit. On a vu les empilements des corps, les horreurs derrière ces grilles. Mais qu'est-ce qui avait conduit à la Shoah ? Eh bien, cela avait commencé à petite échelle quand les Juifs avaient été identifiés à l'université, exclus de tel ou tel emploi, boycottés ou autres. C'était petit et puis tout s'est passé, tout s'est déclenché d'un coup. Dans les années 30, la haine du juif a certes été allumée par Hitler en Allemagne, mais en France, en Italie, en Angleterre, aux États-Unis, il y avait des forces, des groupes sociaux qui soutenaient cela. On a eu en France Jacques Dorio, par exemple, en Angleterre Oswald Mosley, Mussolini en
[01:51:30] Speaker 20: Italie, le German Bund aux Etats-Unis, Ford et Lindbergh étaient de grands antisémites
[01:51:44] Speaker 14: même si on l'ignore trop souvent. On voit aujourd'hui des parallèles se décrire dans le monde entier, en Europe, en Amérique,
[01:51:55] Speaker 20: en Australie même.
[01:51:56] Speaker 14: Des enseignants juifs ont été licenciés, des enfants juifs ont reçu l'instruction de se cacher, de dissimuler tous signes extérieurs de judéité. On voit aujourd'hui des commentaires nauséabonds sur les réseaux sociaux. Alors, on n'est pas en 1933, pas en 1939, on est en 2025. La haine du juif était soutenue par certains à l'époque et par certains aujourd'hui. On ne peut pas, juifs ou non-juifs, se désintéresser de ce qui se passe autour de nous. Mais ici même, devant ces grilles, nous devons analyser une question en particulier lorsque l'on regarde l'histoire d'Auschwitz. Tout le monde sait ce qui s'est passé ici, mais personne ne semble savoir pourquoi ça ça se les passait. Alors oui, c'était un processus progressif, de petits pas, soutenu par ceux qui haïssaient les Juifs, mais cela a été soutenu, permis par l'indifférence de tous ceux qui pensaient ne pas être touchés par l'antisémitisme parce qu'ils n'étaient pas Juifs. C'est le silence qui a causé Auschwitz. Et quand Hitler a entendu ce silence après la Nuit de Cristal en 1938, il a compris qu'il pouvait faire tout ce qu'il voulait aux juifs. La Nuit de Cristal a fait la une de certains journaux, peut-être, mais ça n'y est pas resté bien longtemps.
[01:53:57] Speaker 20: Les dirigeants du monde entier n'ont rien dit à ce sujet.
[01:54:04] Speaker 14: Lorsque je suis venu ici pour la première fois, j'accompagnais un survivant, Elie Wiesel, et nous nous éloignions des chambres à gaz, le soleil se couchait, Elie s'est arrêté quelques instants et il a dit quelque chose que je n'oublierai jamais. Et il m'a dit, « Pour la plupart, les gens pensent que l'inverse de l'amour, c'est la haine. Mais non, c'est l'indifférence ». Eh bien, c'est la même chose ici, aujourd'hui
[01:54:42] Speaker 20: encore.
[01:54:43] Speaker 14: Le silence, l'indifférence, l'acceptation de cette haine font que nous devons tous nous engager aujourd'hui à ne pas rester silencieux face à l'antisémitisme ou à toutes autres formes de haine, d'ailleurs. Cette indifférence ne s'applique pas qu'aux Juifs, mais à tous de par le monde.
[01:55:06] Speaker 20: Les Juifs sont les signes avant-coureurs. Dans une mine, lorsque le canarie meurt le
[01:55:26] Speaker 14: premier. Les mineurs savent qu'il faut s'enfuir, que le grisou menace. Eh bien, le canari a été mis à mort il y a 15 mois de cela, le 7 octobre. C'est un signal fort, très fort pour le monde entier. Alors, oui, Hitler s'est attaqué d'abord aux Juifs, mais en fait, 60 millions de personnes sont mortes pendant la guerre, plus d'un million ici à Auschwitz, mais il y avait également 70 000 chrétiens polonais qui pensaient être en sécurité ont été assassinés ici. Lorsque j'ai pris la parole ici, même il y a cinq ou dix ans de cela, je repensais aux horreurs qu'avaient vécues les survivants. Mais j'en parlais au passé, je n'aurais
[01:56:40] Speaker 20: jamais cru que cela se répète. Évidemment, on n'a pas de chambre à gaz, mais je parle
[01:56:47] Speaker 14: des attaques, des agressions contre les Juifs. Est-ce possible ? Est-ce vrai ? Mais oui, ça arrive. Mais ces attaques ne se concentrent pas que sur les Juifs, ils s'attaquent également aux valeurs judéo-chrétiennes, au fondement même de la civilisation occidentale, quand on entend dire qu'il faut mondialiser l'intifida, eh bien, en fait, le message, c'est mort à la civilisation occidentale. Mais comment est-ce qu'on arrête cela ? La génération d'aujourd'hui est menée, par les réseaux sociaux, indoctrinés par des activistes, des militants, et ils ne voient pas, ne comprennent pas que cela est leur problème. Mais si, croyez-moi, c'est notre problème à tous. Aujourd'hui, aux États-Unis, 87% des Américains de plus de 30 ans soutiennent pleinement, entièrement le droit à l'existence d'Israël, tout comme on le voit dans d'autres pays, mais pour les Américains de moins de 30 ans, ce chiffre s'effondre et n'est que de 40%. Comment ça, pas le droit d'exister ? Plus de la moitié des jeunes Américains ne croient pas au fait qu'Israël a le droit d'exister, et ce sont eux nos dirigeants de demain. Et c'est quelque chose que l'on voit aux Etats-Unis, mais pas seulement, cela arrive aux jeunes dans tous les pays, tous ceux qui sont représentés ici aujourd'hui. Dans mon pays, mais pas seulement, les jeunes s'informent principalement sur les réseaux sociaux et ça, c'est dangereux. L'éducation, l'éducation sérieuse, crédible, c'est la seule façon de corriger cela. Cela ne sera pas facile, il faudra repenser des institutions dans leur ensemble, y compris
[01:59:10] Speaker 20: la presse.
[01:59:11] Speaker 14: Faire que les informations ne soient que des informations et pas un avis, une opinion, serait un début. Aujourd'hui, alors que je vois ces survivants, ces rescapés, je ne peux pas leur dire, comme je l'ai fait dans le passé, que tout va bien. Les mots de
[01:59:42] Speaker 20: Roman Kent nous hantent. Nous devons tous, dirigeants, citoyens ordinaires, juifs ou ou non, faire et prendre cet engagement solennel. Nous devons, vous devez, tous dans nos pays, lutter contre la haine, la haine contre les
[02:00:06] Speaker 14: juifs, mais contre n'importe qui.
[02:00:08] Speaker 20: Encore une fois, ce ne sont pas que des juifs qui sont morts ici.
[02:00:21] Speaker 14: Chacun d'entre vous, Président, Premier ministre, Roi, avez vu tant et tant de vos concitoyens mourir ici. Il y a 80 ans de cela, des millions de jeunes gens ont perdu la vie pour que ces chambres à gaz et ces fours crématoires s'arrêtent à jamais. Ce sont des jeunes, hommes et femmes, qui n'ont pas eu l'occasion d'avoir une vie entière, de pouvoir tomber amoureux, d'avoir une famille, d'avoir leurs propres enfants. Ils ont tout donné afin que nous puissions vivre dans un monde libre et sûr. Plus de 6 millions de Juifs sont morts dans la guerre.
[02:01:11] Speaker 20: Nous ne saurons jamais ce que nous avons perdu.
[02:01:15] Speaker 14: La création, la musique, la littérature, tout cela a été perdu avec chaque vie qui s'est éteinte. Notre avenir dépend de par le monde des choix que feront nos jeunes. Ils peuvent à nouveau faire le choix de la haine ou faire le choix de se ressaisir, d'être courageux et de lutter contre la haine. Et chacun d'entre nous peut également faire un choix. Nous pouvons, en rentrant chez nous, dans nos 50 pays, faire comme si cela n'était pas notre problème, ou alors nous pouvons faire preuve de notre détermination unie pour lutter contre ce phénomène, pour diriger nos jeunes dans la bonne direction et être unis dans l'action. Ça fait plus de 50 ans que je travaille avec Auschwitz, depuis 1970, au 25e anniversaire.
[02:02:20] Speaker 20: À l'occasion de ma première visite, j'ai vu combien le passage du temps endommageait
[02:02:29] Speaker 14: le site. Je voyais que si l'on ne faisait rien, Auschwitz disparaîtrait. Et c'est pourquoi j'ai décidé de lancer un processus pour que Auschwitz reste et
[02:02:43] Speaker 20: soit le mémorial de cette leçon pour l'humanité.
[02:02:50] Speaker 14: Ce que nous voyons ici aujourd'hui reflète l'état d'Auschwitz en 1945 pour que les jeunes de demain le voient aussi. Je rends hommage à tous ceux qui ont participé à cet exercice et ont fait preuve de leur engagement pour ce faire. J'espère que chacun saura faire ce qui doit être fait pour éviter que le cauchemar de Roman ne se réalise. Ne crains rien, Roman, nous allons agir. Enfin, permettez-moi de vous dire ce que ce lieu, ce Auschwitz, représente pour moi. Je ne suis pas un rescapé, ni un libérateur, mais juste un Juif ordinaire. Il y a tant et tant d'années, lorsque je suis venu pour la première fois, j'ai été frappé et saisi par cette pensée que chaque juif doit sans doute avoir lorsqu'il vient ici. Et si j'avais été né à Budapest en 1944, puisque c'est de là que mes grands-parents venaient, qu'est-ce qui se serait passé si j'étais né là plutôt qu'en Amérique où ils s'étaient installés ? Je crois que nous savons tous quelle est la réponse. Je ressens un lien très fort, direct, personnel avec cet endroit, cet endroit où plus d'un million de personnes ont été déchargées sur la plateforme. J'essaie de venir aussi régulièrement que possible et à chaque fois, je m'arrête
[02:04:45] Speaker 20: à la gare, j'achète des fleurs et je trouve une pierre, un rocher sur lequel poser ces
[02:04:56] Speaker 14: fleurs. Comme chacun d'entre nous, je pose les fleurs sur la pierre tombale et un caillou sur le dessus. Et puis je dis une prière. Et aujourd'hui, comme alors, je reconnais le lien avec chacun d'entre ceux qui sont morts ici, ils font partie de moi, mais aujourd'hui je me dois d'être réaliste. Je participe peut-être à la dernière cérémonie à laquelle je prends la parole, mais j'espère
[02:05:51] Speaker 20: pouvoir dire lorsque le temps sera venu que j'ai fait de mon mieux, j'ai fait tout ce
[02:05:56] Speaker 14: que j'ai pu pour maintenir la flamme, maintenir le souvenir et j'espère avoir été digne de votre confiance.
[02:06:04] Speaker 20: Dieu bénisse la mémoire et Dieu bénisse toutes et tous. Merci.
[02:06:14] Speaker 1: Voilà le discours de Ronald S. Loder, le président du Congrès juif mondial, applaudi par le public réuni à Auschwitz à l'occasion des 80 ans de la libération du camp nazi ici en Pologne. On attend maintenant le discours de Piotr Sieminski qui est historien et directeur du musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau. Stéphanie, discours central à attendre maintenant.
[02:06:48] Speaker 2: Oui, puis on peut peut-être revenir en quelques mots sur le discours qu'on vient d'entendre qui était assez offensif, mais c'était déjà le cas il y a 10 ans de la part de de M. Lauder, qui avait mis en garde contre la résurgence des crimes antisémites et qui a insisté sur la situation dans le monde. Un discours très politique.
[02:07:04] Speaker 1: Il a fait un lien entre le 7 octobre et la Shoah. Yannis Roder, est-ce que ce parallèle vous paraît justifié ?
[02:07:11] Speaker 4: C'est vrai que le monde... Enfin, les Israéliens et le monde juif en général ont été choqués par le 7 octobre, puisque c'est le plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah. Et donc, effectivement, il y a un traumatisme dans le monde juif. Vous savez, le monde juif, c'est le monde d'un peuple qui a subi un génocide. C'est un peuple qui réagit à ces questions-là, et qui a une sensibilité exacerbée face à la violence, et notamment aux violences de masse, donc on peut comprendre le lien
[02:07:38] Speaker 1: que fait Ronaldo. On y reviendra juste après le discours de Piotr Sibinski.
[02:07:43] Speaker 17: Quand j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je ressentais tout comme un enfant. Une fois adulte, j'ai quitté ce mode de vie enfantin, sauf une chose que j'ai gardée,
[02:07:58] Speaker 21: le souvenir.
[02:07:59] Speaker 17: Les souvenirs restent, même les souvenirs des plus précoces de notre vie. Aujourd'hui, nous devons revenir sur des souvenirs, sur des expériences. Je m'en suis rendu compte en grandissant, en particulier en ce lieu, je me suis rendu
[02:08:20] Speaker 21: compte de cela.
[02:08:22] Speaker 17: Après tout, c'est grâce à vous, grâce à vous, tous les rescapés, que je suis ici aujourd'hui. Chaque génération a besoin d'une lentille à travers laquelle on évalue sa période. Aujourd'hui, nous sommes réunis tous ensemble et nous observons le monde à travers la lentille de notre caractère adulte. Il faut se demander ce que nous faisons du souvenir, de nos souvenirs. Les souvenirs peuvent nous diviser, diviser ou unir des générations. Les souvenirs m'ont divisé et m'ont unis. Pendant 18 ans, j'ai été ici et j'ai vécu à la fois la division et l'unité. Nous enseignons l'histoire. Mais enseigner l'histoire, ce n'est pas la même chose qu'offrir un souvenir. L'histoire, c'est la connaissance des faits. Le souvenir, c'est la conscience de ces faits. C'est précisément ce dont nous avons besoin aujourd'hui. L'histoire ne crée pas de traumatisme, à l'inverse des souvenirs. Les souvenirs sont la clé pour comprendre le monde d'aujourd'hui
[02:09:40] Speaker 21: et façonner le monde de demain.
[02:09:44] Speaker 17: Et pourtant, nous continuons à nous concentrer sur l'Histoire, nous enseignons simplement
[02:09:51] Speaker 21: l'Histoire plutôt que les souvenirs.
[02:09:54] Speaker 17: Nos programmes d'enseignement doivent être adaptés, doivent évoluer, car le souvenir ce n'est pas simplement une question de culture, le souvenir est une question de clarté, d'identité. Nous sommes réunis ici avec les personnes qui ont la responsabilité du monde dans lequel nous vivons aujourd'hui. Comme vous, je suis né après la guerre. Comme vous, je ne me souviens pas de cette période. Comme vous, j'ai écouté les témoignages des rescapés. Mais que fais-je aujourd'hui ? Et qu'est-ce que j'oublie ? Qu'est-ce que je ne néglige
[02:10:38] Speaker 21: ?
[02:10:39] Speaker 17: Et quelles décisions prenez-vous aujourd'hui et comment ces décisions sont guidées par le souvenir ? Le souvenir fait mal. Le souvenir aide. Le souvenir nous guide. Le souvenir nous prévient, nous avertit. Le souvenir nous oblige.
[02:11:04] Speaker 21: Qu'est-ce que tu es sans mémoire?
[02:11:06] Speaker 17: Qui sommes-nous sans souvenirs? Sans souvenirs, il n'y a pas d'histoire, il n'y a pas d'expérience et il n'y a pas de point de référence. Sans souvenirs, vous ne savez peut-être pas où aller, quel chemin choisir.
[02:11:22] Speaker 21: Mais si tu n'en as pas, tu le sauras. Tes ennemis t'ont inventé la mémoire.
[02:11:29] Speaker 17: Et sachez que si vous n'avez pas de souvenirs, vos ennemis en créeront pour vous.
[02:11:32] Speaker 21: A vous, chers rescapés que nous aimons, vous êtes venus ici, aujourd'hui.
[02:11:45] Speaker 17: Nos souvenirs sont principalement façonnés par nos expériences,
[02:11:52] Speaker 21: le fruit de vos vies.
[02:11:56] Speaker 17: Chers amis, il est impossible d'exprimer par les mots toute la gratitude que nous ressentons. Et que faisons-nous de ce souvenir aujourd'hui ? Si vous savez ce que vous devez faire, si vous vous sentez démuni, si vous ne savez pas quoi faire, si vous ne savez pas comment poursuivre, comment continuer, comment avancer, eh bien vous avez peut-être atteint vos limites. Si tel est le cas, sachez que les limites ne sont qu'une de l'imagination. Il est toujours possible de faire plus. Faites quelque chose de bon, de bien. Faites-le pour les autres et vous vous rendrez compte que vous l'avez également fait pour vous. Faites-le bien dans la limite de vos capacités, de vos possibilités, mais agissez. Faites quelque chose, agissez et vous pourrez oublier ce sentiment d'impuissance. Agissez, commencez à agir, mais toujours rappelez-vous que vos souvenirs prennent vie aujourd'hui, vos souvenirs sont un pilier, votre pilier, votre soutien, votre instinct, votre identité.
[02:13:12] Speaker 1: Voilà pour ce dernier discours qui commémore les 80 ans de la découverte du camp d'Auschwitz, discours de Piotr Siminski, qui est directeur du musée d'état d'Auschwitz-Birkenau, qui nous a donné en quelque sorte un cours sur l'enseignement de la Shoah, en nous concentrant Yannis Roder sur les souvenirs, plus finalement que sur l'histoire, qu'est-ce que vous
[02:13:41] Speaker 4: d'en penser ? Moi je pense qu'il faut faire de l'histoire en fait. Vous qui êtes historien
[02:13:46] Speaker 1: par ailleurs et professeur d'histoire géographique. Et Piotr Ossiwiski aussi était historien,
[02:13:49] Speaker 4: est un très bon historien et il sait très bien qu'il faut aujourd'hui faire de l'histoire, qu'il faut que la disparition des derniers témoins nous envoie dans un monde sans plus une seule voix qui portera le souvenir direct de ce qu'a été la déportation, de ce qu'a le vécu à Auschwitz, donc nous devons passer à l'enseignement de l'Histoire, à l'enseignement de l'Histoire. Le problème c'est que l'Histoire est parfois détournée. Justement c'est pour ça qu'il faut absolument enseigner l'Histoire, travailler sur les sources, travailler sur les discours, travailler sur ce que nous savons aujourd'hui avec tout le matériel qui existe de manière à expliquer, expliquer encore le processus, d'abord l'idéologie, le processus et puis la mise en œuvre pour distinguer les événements, pour distinguer la nature des crimes, des crimes, pour comprendre ce qu'est un crime de guerre, un crime contre la mérité, un crime de génocide, et pour éviter aussi à la fois la banalisation de l'utilisation de ces termes, mais aussi leur instrumentalisation. – Comprendre aussi le processus génocidaire, c'est ça ? – Oui, bien sûr, le processus génocidaire, c'est-à-dire qu'est-ce qui fait que peu à peu on bascule dans un génocide l'importance, l'importance justement de l'idéologie, comment l'idéologie va guider et guide.
[02:14:58] Speaker 1: – C'est ce que disait Ronald Loder, la Shoah a été un processus progressif.
[02:15:04] Speaker 4: Bien sûr, bien sûr, c'est un processus, les historiens parlent de radicalisation cumulative, comment se sont accumulés les franchissements de seuil, les franchissements d'étape, et puis pour aboutir à une décision finale qui est l'assassinat de tous les juifs partout où nous pourrons, disaient les nazis, les attraper.
[02:15:24] Speaker 1: L'antisémitisme comme on l'a connu pendant la seconde guerre mondiale, la montée du nazisme dans les années 30 et l'antisémitisme qui explose aujourd'hui en 2025 et notamment après les attentats du 7 octobre perpétrés par le Hamas en territoire israélien. Est-ce que c'est le même antisémitisme ?
[02:15:41] Speaker 4: Non, ce n'est pas le même parce qu'on voit bien qu'aujourd'hui l'antisémitisme nazi, c'est-à-dire l'antisémitisme racial, est disqualifié, il est démonétisé à part quelques, on va dire, nervis d'extrême droite qui continuent à délirer sur le sang, etc. Aujourd'hui, c'est quelque chose qui, ou les suprémacistes américains d'ailleurs, C'est quelque chose qui ne structure pas, en tout cas, l'antisémitisme partout dans le monde. Et donc aujourd'hui, on a un antisémitisme justement qui s'est construit sur la victimisation, sur le discours victimaire. Et les victimes aujourd'hui, ce ne sont plus les juifs, si vous voulez. Les victimes, ce sont les victimes de la colonisation, les victimes de l'esclavage. Donc il y a cette concurrence victimaire qui s'est installée et qui a construit l'image d'autres victimes. et qui serait parfois même victime des juifs, à cette inversion à laquelle finalement a mené l'histoire que nous vivons.
[02:16:38] Speaker 1: Alors, je vous coupe un instant Yanis Roder parce qu'il y a une séquence maintenant plus basée sur la spiritualité et la religion, la prière en hommage aux morts, le Kaddish accompagné du psaume 42. On va donc continuer à suivre ces commémorations à Auschwitz.
[02:16:59] Speaker 5: ...
[02:17:14] Speaker 14: ...
[02:17:23] Speaker 22: Le mal est rachamim, Shochem amrumim, Hamtzeh mnuchon mnuchona Tachat kanfeh ashchina B'malot kdoshim tohorim K'zoreki hamas yireim L'nishmot acheynu b'nei Yisrael Hakdoshim va'torim Sh'naflu bidey harotzchim et les familles d'Amman, d'Auschwitz, de Treblinka, de Majdanek, de Sobibor, de Belzec, de Chelmno et de tous les bâtiments de détruction et de travail dans les ghettos d'Europe, qui ont été tués, qui ont été brûlés, qui ont été détruits, qui ont perdu leur vie, et tous les hommes et les femmes et les femmes et les frères et les sœurs, qui se réunissent pour l'amour de Dieu. Et pour nous, les enfants et les enfants, les frères et les frères, qui se réunissent pour l'amour de Dieu, qui se réunissent pour l'amour de Dieu, qui se réunissent pour l'amour de Dieu, Je me sers des genafables et des allemands Et je serai heureux et heureux de les entendre Adonai au-nachalatam Je nocha be'shlam b'shkevam Et nous dirons Amen
[02:18:59] Speaker 23: Chir ha ma'alot Mim ma'amakim kraticha Adonai Adonai, shim'a ve'koli «Ti hiena oznecha kashuvot lekol tachanunai» «Im avonot tishmorya, Adonai mi ya'amod» «Ki imcha haslicha leman tivareh» «Kiviti Adonai kiveta nafshi, velidvaro hochalti» «Nafshi l'Adonai mi shomrim laboker, shomrim laboker» Jachel Yisrael el Adonai, ki im Adonai ha chesed, ve harbei imofedut. Yitgadal ve yitkadash shmei rabba, ve alma divra chirutei, ve yamlich malchutei, ve yatsmach purkanei ve yikarev veshichei, ve chayechon ve yomechon, ve vechaye dechol beit Yisrael, ve agala ve vizman kariv ve yimru amen. Yehei sh'mei rabba mevorach le'olam u'l'olmei olmayah Yitbarach v'yishtabach v'yitpahar v'yitromah v'yitnaseh v'yithadar v'yit'alev v'yit'alal sh'mei de'kulisha b'ritmuh Le'elam imkol virchata v'shirata Tushbechata v'nechemata da'miram be'alma v'imru amen Yehei shlama rabba min sh'maaya ...
[02:20:52] Speaker 14: Comme un cerf altéré cherche l'eau vivre. Ainsi, mon dame te cherche toi, mon Dieu. Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant. Quand pourrais-je m'avancer par être face à Dieu ? Je n'ai d'autres dieux, d'autres pains que mes larmes, le jour, la nuit, moi qui, chaque jour, entends dire « Où est-il, mon Dieu ? »
[02:21:29] Speaker 24: Zaufaj Bogu, bo jesce bende go slaviu. On jest moim zbavieniem i Bogiem.
[02:21:39] Speaker 25: Ko mne samomu dusa moja smieciesia. Sigoradi pomianukcia od zimni Jordanski i Yermonimski od gory malija. Que Dieu soit avec moi, et profane mon esprit. Pour que mon coeur soit fort et me révèle la grandeur de ta dos et la puissance de tes doigts.
[02:22:04] Speaker 26: Vrai PSPS, la veuille de grammar n'est l'achat qu'en passant. Vrai PSPS. Je personnes ne peux plus m'accepter, je ne crois que par ma chance illusoire ou par mes moindres désirs à l'ampleur et à l'endossite de toute la monde. Pourquoi m'as-tu oublié? Pourquoi suis-je triste? Pourquoi m'ennuie l'ennemi?
[02:22:34] Speaker 27: Comme avec une pierre dans mes jambes, mes ennemis me reprochent. En me disant quotidiennement, Où es-tu, Dieu ? Pourquoi as-tu abandonné ma saule ? Et pourquoi as-tu éclaté en moi ? J'espère, alors, en Dieu, car je lui apprendrai qui est la santé de mon comté et de mon Dieu.
[02:23:11] Speaker 1: Voilà les prières qui retentissent sur le site d'Auschwitz, on a entendu le psaume en 1942, le kaddiche, et puis des représentants catholiques et peut-être protestants aussi, un occupinisme donc voulu pour ses 80 ans. Yanis Roder, je finis juste ce que vous disiez tout à l'heure sur cette aversion, en quelque sorte, la mémoire de la Shoah se retourne contre les juifs. On disait en plateau qu'on a une explosion aussi des productions autour de l'antisémitisme et autour de la Seconde Guerre mondiale, mais on a une explosion en parallèle de ces actes anti-juifs. Qu'est-ce qui ne fonctionne pas, finalement ?
[02:24:10] Speaker 4: Ce qui est très intéressant, c'est de constater qu'on se focalise, et à juste raison, sur l'antisémitisme du passé, sur l'antisémitisme nazi, l'antisémitisme racial. Mais on se rend compte aujourd'hui que finalement, ça nous rend aussi aveugles à l'antisémitisme du présent, qui est un antisémitisme, quand il s'exprime, qui souvent, le plus souvent malheureusement aujourd'hui, est un antisémitisme basé sur l'antiracisme, avec cette inversion qui fait des juifs d'une manière générale, évidemment d'Israël en particulier, mais par capillarité des Juifs qui, la plupart du temps, sont des soutiens du moins à l'existence d'Israël, si ce n'est à sa politique, mais à l'existence d'Israël, et qui sont accusés finalement aujourd'hui de faire ce de faire aux Palestiniens ou à d'autres populations, ce que les nazis leur ont fait. Et donc on a cette inversion, si vous voulez, qui fait qu'on est antisémite, pour certains, au nom du bien. Je pense à cette petite fille de Accourbevoie qui a été agressée et violée. Oui, qui a été agressée et violée parce que ces deux agresseurs considéraient qu'elle faisait partie du peuple des génocidaires. Voilà, jeune fille juive, enfant juive d'ailleurs, elle avait 12 ans, elle a 12 ans. Donc, vous voyez cette inversion qui fait qu'aujourd'hui on est antisémite parfois au nom du bien. Et ça, ça demande à réfléchir parce que est-ce que brandir la mémoire de la Shoah contre cet antisémitisme-là peut être efficace ? Moi je pense que non. Donc il faut réfléchir à la manière dont on parle de ces questions-là.
[02:25:31] Speaker 1: Merci beaucoup Yannis Roder, de nous avoir accompagné tout au long de cette cérémonie. Je crois que vous êtes très attendu sur Radio France Internationale dans quelques minutes. Je fais de la publicité, mais bon, c'est la même maison. Merci infiniment. Je rappelle sortir de l'ère victimaire pour une nouvelle approche de la Shoah et les crimes de masse, parue il y a quelque temps maintenant. 2020. 2020. Dernier mot, Stéphanie Trouillard, sur cette cérémonie qui s'achève. On a assisté à la prière, prière aux morts, donc le Kaddish, et là, on assiste à un dernier hommage rendu aux victimes par les survivants et par les chefs de délégation, par les chefs d'Etat.
[02:26:12] Speaker 2: Oui, on voit cette cinquantaine de rescapés. Certains se lèvent pour rendre hommage à ces nombreuses victimes. C'est à la fois une cérémonie entre passé et présent, très marquée par le témoignage de ces rescapés, ces quatre rescapés qui ont parlé, raconté chacun leur histoire avec des aspects très différents, et puis une cérémonie très politique aussi avec cette montée de l'antisémitisme qu'on a pu voir à travers le monde et marquée aussi par ce qui s'est déroulé le 7 octobre.
[02:26:37] Speaker 1: Nous sommes ici pour promettre que nous ne permettrons jamais, jamais à l'histoire de se répéter effectivement beaucoup de mises en garde de ces rescapés qui ont vécu l'enfer il y a maintenant 80 ans, merci de nous avoir suivis, merci d'avoir assisté avec nous à cette cérémonie pour les 80 ans de la libération d'Auschwitz. Tout de suite, c'est Stéphanie Antoine qui reprend la main pour Au coeur de l'info. On se retrouve demain à 15 heures, bien sûr.
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