[00:00:02] Speaker 1: 14h30 à Paris, bienvenue dans votre rendez-vous derrière l'image. On prend le temps comme chaque jour de décrypter l'info à partir de photos qui font sens. Et cette fois on va se rendre en direction de Los Angeles pour la 68e cérémonie des Grammy Awards qu'on va commenter avec vous James Sandré. Bonjour James, séquence très politique hier soir qui mérite que l'on s'arrête dessus quelques instants.
[00:00:24] Speaker 2: Oui absolument, c'est vrai que c'est toujours un grand moment culturel et donc hier soir c'était très intéressant parce qu'évidemment on sait que les Etats-Unis sont en ébullition et ce qui a commencé comme une cérémonie finalement très polie avec notamment un humoriste à sa tête qui a fait le choix de rester très consensuel, a pris un virage assez radical après cette image que vous voyez et donc qui est celle que j'ai choisie pour cette chronique qui est donc une image de Bad Bunny qui est donc une star du reggaeton très clairement pour ceux qui ne connaissent pas. Le plus streamé de 2020 à 2022 qui a sorti un album l'année dernière qui est donc un énorme succès et à 31 ans il est le premier artiste latino chantant en espagnol à obtenir ce précieux trophée, le Grammy Award. Et donc il va prendre la décision au moment de recevoir ce prix alors que bon on a vu évidemment sur le red carpet déjà sur les tapis rouges des gens qui avaient des pins avec marqué Ice Out donc vous savez Ice c'est la fameuse police anti-immigration américaine qui a beaucoup parlé ces derniers temps et bien lui il a décidé de dire tout haut ce que beaucoup d'artistes présents pensaient tout bas. Je vous propose de l'écouter. Avant de remercier Dieu, je vais dire Ice dehors. Nous ne sommes pas des sauvages, nous ne sommes pas des animaux, nous ne sommes pas des étrangers, nous sommes humains et nous sommes américains.
[00:01:52] Speaker 1: Il prend des risques ? Voilà, une prise de position finalement assez ferme. Cette question à se poser quand on l'entend, Bad Bunny quand il s'exprime ainsi, il prend des risques ?
[00:02:02] Speaker 2: Dans une certaine mesure oui, tout simplement parce qu'évidemment on est dans un contexte de polarisation extrême et dans une semaine Bad Bunny va notamment chanter à la mi-temps du Super Bowl, cette fameuse compétition de la National Football League. C'est toujours quelque chose d'extrêmement attendu, donc c'est toujours les plus grands artistes du moment qui jouent et là aussi ça va être une autre première, ça va être la première fois là aussi qu'un artiste latino, va chanter à la mi-temps du Super Bowl et cela évidemment n'a pas manqué de faire réagir. Alors évidemment il y a cette prise de parole d'hier, mais d'une manière générale déjà l'administration Trump en général et les MAGA, là aussi le mouvement, ont tout à fait condamné cette décision de la National Football League de choisir Bad Bunny, c'est-à-dire qu'évidemment il n'est pas du tout neutre ce faisant quelque part, et bien ce choix montre en fait l'opposition de cette légitimité. La Ligue de football aux politiques sur l'immigration de Donald Trump. Aussi l'objectif, alors c'est ce que dit la direction de la NFL et son service marketing, l'objectif est d'ouvrir la base des fans du football américain, d'élargir le public, de le rendre plus international. Et donc ce choix de Bad Bunny, finalement c'est un geste assez fort. Alors dans l'administration, on le sait, Bad Bunny en fait a toujours eu des positions très claires sur la politique anti-immigration de Donald Trump. Par exemple, il a annulé toute la partie Amérique continentale de sa démocratie, dernière tournée, pour ne pas être un lieu de rendez-vous où des officiers de l'Aïs pourraient venir arrêter des gens. Lui-même ne risque rien, techniquement il est un citoyen des Etats-Unis d'Amérique.
[00:03:37] Speaker 1: Non mais très suivi par les latino-américains.
[00:03:39] Speaker 2: Il est extrêmement suivi par les latino-américains. Et donc c'est un geste fort, donc condamné en des termes forts aussi. Donc Donald Trump trouve que c'est un très mauvais choix, il l'a dit, il pense que c'est une manière de pousser la haine. Christine Noem, qui est donc la responsable de la sécurité nationale, a dit que, entre guillemets, serait all over the Superbowl, c'est-à-dire serait présent en masse pour potentiellement arrêter du monde. Donc la pression est très très forte, alors très clairement il y a extrêmement peu de chances, on ne voit pas comment Bad Bunny pourrait être supprimé de cette liste, de cette mi-temps des Grammy Awards. Ça a été annoncé en septembre 2025, ça a déjà provoqué une grande polémique. En tout cas ce qu'on peut dire, c'est que ça va être un moment tout à fait tendu sur le plan politique aux Etats-Unis, ce Superbowl qui habituellement est quand même assez consensuel.
[00:04:25] Speaker 1: Bon. On parle de la politique migratoire de l'administration Trump, mais il n'est pas le seul, vous le disiez tout à l'heure, il y a un certain nombre d'artistes qui ont pris la parole hier.
[00:04:33] Speaker 2: Oui alors absolument, donc hier il y a eu plusieurs artistes, il y a notamment Billie Eilish qui elle aussi a utilisé son discours pour envoyer un message que je ne répéterai pas ici car je serai bipé aux Etats-Unis sur ICE. Nous avons également Bruce Springsteen, la superstar, qui lui a fait autre chose, il n'était pas pour le coup aux Grammys, il s'est rendu lui à Minneapolis pour faire un concert, notamment à l'appel avec plusieurs autres artistes, là aussi un concert anti-ICE très clairement avec pour objectif évidemment de mobiliser la population, de pousser des manifestations dans la ville et cela a d'ailleurs plutôt bien fonctionné, plusieurs milliers de personnes se sont ralliées dans les rues de Minneapolis, cette ville qui est vraiment l'épicentre de cette situation avec ICE et d'une manière générale on le sait, c'est vrai que le monde de la culture est généralement plutôt démocrate et plutôt opposé aux politiques de Donald Trump, comme on a pu le voir. Depuis en fait son premier mandat, on le sait à chaque fois notamment par exemple pour les inaugurations, et bien il n'est pas toujours simple de trouver des têtes d'affiche si on l'avait vu notamment lors de sa première inauguration en 2017. Bref, on va dire qu'il y a de la tension.
[00:05:42] Speaker 1: La tension qui effectivement persiste, les artistes se mobilisent, d'anciens présidents, démocrates aussi, on l'a déjà largement commenté ici, ils sont sortis de leurs réserves pour appeler les Américains à dénoncer les actions d'ICE. Est-ce qu'ils sont entendus ? Est-ce que ces différentes étapes, ces derniers développements pourraient provoquer un tournant au sein de la société américaine ?
[00:06:03] Speaker 2: Écoutez, c'est difficile à dire. C'est-à-dire que pour l'instant, ce qu'on voit, c'est qu'on a des manifestations. Il y a eu des manifestations, je le disais hier, à Minneapolis. Il y a eu des manifestations à Los Angeles. Il y a eu des manifestations à New York. Mais il s'agit malgré tout de manifestations qui n'ont pas une très grande ampleur. Il faut quand même préciser que la météo est cataclysmique, on peut le dire aux États-Unis. Il y a un froid extrême et donc évidemment cela n'aide pas.
[00:06:24] Speaker 1: Et la mammoth file est sortie. Donc ça va encore durer plusieurs semaines.
[00:06:27] Speaker 2: Ça va encore durer. Les fans de Bill Murray, Groundhog Day. Bref, donc oui, il y a une météo qui clairement est en faveur pour le coup de l'administration. Donc oui, ces images, on le voit, c'est Minneapolis. Plusieurs milliers de personnes dans les rues. Un mouvement peut-être moins suivi au niveau de l'ensemble des États-Unis. Alors j'ai consulté les derniers sondages. Si on prend un sondage, là pour le coup, qui date du 29 janvier. Donc on est bien après à la fois la mort de René Goud et d'Alex Preti. Donc on est vraiment... Le 29 janvier. C'était il y a trois jours. Donc on est tout à fait dans le point de tension maximale. Eh bien, on a encore 39% des Américains qui approuvent la politique sur l'immigration de Donald Trump. Il a perdu deux points depuis le sondage précédent du 26 où c'était 39%. À titre de comparaison quand même, Joe Biden, en moyenne sur l'ensemble de son mandat, était à entre 30 et 35%. Donc la grande question, c'est est-ce qu'il y a réellement un mouvement ? C'est vrai que si on prend les médias américains, tout cela est extrêmement commenté. Tout le monde en parle. Il y a beaucoup d'intellectuels qui sortent du bois pour condamner ce qui se passe avec ICE. Il y a quand même 58% des Américains, donc toujours dans cette étude du 29 janvier, qui considèrent que ICE va trop loin et que c'est trop violent. Pour autant, est-ce que ça veut dire qu'on condamne complètement l'administration Trump ? On n'y est pas. On n'a pas des centaines de milliers de personnes dans les rues. Donc la grande... À mon avis, on va vraiment voir ce qui se passe au moment des midterms. Parce qu'il y a quand même une particularité par rapport à ce qui s'est passé. D'ailleurs, à Minneapolis également. C'était, vous vous en souvenez, la tuerie de George Floyd qui avait déclenché tout le mouvement Black Lives Matter. Là, on a affaire à deux citoyens américains blancs. C'est donc finalement la majorité. On n'a pas une minorité qui se mobilise pour manifester. On a une majorité finalement, entre guillemets, silencieuse. Et on va probablement voir comment toute cette séquence a été perçue. Elle est sans doute mauvaise. Mais la question est, est-ce que les gens soutiennent plus la politique sur l'immigration ? La question de Donald Trump qu'il avait annoncée lors de sa campagne. Il avait promis d'expulser 10 millions de personnes. Ou est-ce qu'au contraire, ce qui est en train de se passer est en train de faire changer d'avis l'Amérique ? Et ça, eh bien, on va le voir notamment aux midterms. Et c'est vrai que je reviens une minute sur l'histoire du Super Bowl. Le Super Bowl, c'est vraiment quelque chose de très marquant. C'est-à-dire que certains observateurs voient le football américain comme le terrain, si vous voulez, de Middle America. C'est-à-dire que... C'est peut-être plutôt républicain, mais c'est un événement extrêmement populaire. C'est un événement qui rassemble en fait toutes les classes sociales, toute l'Amérique en réalité. Y compris l'Amérique profonde, y compris les magasins, y compris tout le monde. C'est quelque chose qui est normalement tout à fait, je dirais peut-être consensuel, en tout cas très américain. Et c'est vrai que ce choix de Bad Bunny est très symbolique. Est-ce que cela représente un changement dans les opinions publiques et un changement du Middle America, comme on l'appelle ? Ou est-ce que c'est simplement... Ou est-ce que c'est simplement un symptôme, mais qu'en réalité, eh bien, il n'y a pas de changement de fond ? C'est-à-dire que pour avoir couvert les États-Unis pendant maintenant près de 15 ans, 20 ans presque pour France 24, j'ai vu des manifestations de centaines de milliers de personnes dans les rues à Washington. On ne les a toujours pas.
[00:09:42] Speaker 1: On n'arrive toujours pas à ces chiffres. Le Super Bowl, c'est aussi une manifestation sportive. On a assisté... On a assisté à quelques mobilisations de sportifs, des basketteurs seulement pour le moment. Il faut voir aussi si, là aussi, la mayonnaise prend ou pas. Parce que pour en revenir à nos Grammy Awards, finalement, les milieux culturels, ils ont pris pour habitude de cibler Donald Trump depuis qu'il s'est lancé en politique. Ça, ce n'est pas nouveau.
[00:10:08] Speaker 2: Alors non, ça, ce n'est pas nouveau. J'évoquais tout à l'heure les difficultés parfois à booker des stars pour les inaugurations de Donald Trump. Mais il y a quelque chose qui a été perçu par le monde de la culture comme une attaque directe dessus. Et c'est évidemment le Kennedy Center, cette fameuse salle de spectacle extrêmement connue à Washington, D.C., dont Donald Trump a pris le contrôle en prenant le pouvoir sur ce deuxième mandat, dont il s'est auto-nommé président de l'exécutif, qu'il a cherché à modifier, dont il a mis son nom dessus. Et tout ça a été perçu, évidemment, comme une provocation. Donc ça, il a été annoncé il y a maintenant à peine quelques jours. C'était au moment des débuts. Enfin, pas de l'inauguration, du lancement du documentaire Melania, donc par Melania Trump et Donald Trump le 29 janvier. Eh bien, il a annoncé qu'il allait fermer le Kennedy Center pour deux ans et qu'il allait y avoir des travaux de rénovation complète sur le bâtiment. Alors, ce qu'il faut savoir, c'est que ce bâtiment a été restauré déjà. Les restaurations sont terminées il y a deux ans pour un coût de 250 millions de dollars. Eh bien, Donald Trump, qui veut toujours en faire plus, veut faire 257 millions de dollars. Alors, ces critiques, eux, avancent que cela ait fait tout simplement pour masquer la catastrophe qui est en train de se passer au Kennedy Center. C'est-à-dire qu'il y a plusieurs artistes de renom qui ont décidé de renoncer à des dates au Kennedy Center. Le public aussi s'est effondré. Notamment, on peut parler du National Philharmonic Orchestra, qui est donc l'orchestre rattaché au Kennedy Center, qui faisait qu'à salle comble, eh bien, il y a une chute de la fréquentation de 50% de ses spectacles. Et donc, une sorte de mouvement de boycott à la fois du public et des artistes qui fait que le Kennedy Center est aujourd'hui en perte de vitesse. Donc, certains dénoncent une stratégie, finalement, pour enlever le centre de la table au moment où il est en situation complexe à cause de Donald Trump. Mais en tout cas, il fermera le 4 juin pour deux ans.
[00:12:10] Speaker 1: Voilà, ce serait une étape aussi importante. Il y a aussi des artistes qui sont ouvertement pro-Trump. Et le casting peut parfois être assez surprenant, James.
[00:12:17] Speaker 2: Oui, alors tout à fait. Donc, je pense notamment à Nicki Minaj, qui récemment a fait savoir qu'elle était, je cite, la fan numéro un de Donald Trump. Elle a fait ça notamment, d'ailleurs, à la Maison Blanche. Et elle a obtenu une Trump Gold Card. Il s'agit d'une carte permettant, eh bien, de faciliter l'immigration des personnes riches. Elle s'affiche volontiers aux côtés de Donald Trump, comme on peut le voir. Et elle, juste de sa popularité. Alors, notamment, elle fait partie aussi d'un programme qui s'appelle les Trump Accounts. Il s'agit d'un programme qui fait que 1000 dollars sont placés sur un compte d'investissement pour les jeunes. Donc, elle participe à ça elle-même. Donc, c'est un pivot complet pour cette artiste qui était plutôt anti-Trump par le passé. Qui, finalement, dit qu'elle se voit alignée sur les valeurs. Qu'elle aussi est victime de harcèlement. Et donc, qui se considère finalement comme une sorte de... Qui se considère comme proche de Donald Trump. Qui se considère comme proche de Donald Trump dans sa situation de tous les jours. Il faut noter aussi, et ça, beaucoup d'observateurs le disent, pas elle. Mais que Kenneth Petty, son mari, est évidemment visé par une procédure, notamment en harcèlement sexuel. Et qu'elle, potentiellement, travaille à ce que lui puisse être blanchi dans cette affaire. Puisqu'il est notamment sous un contrôle judiciaire qui l'empêche de voyager. Ce qui ne l'arrange pas. Mais ça, elle n'en a jamais parlé, elle, directement. Quoi qu'il en soit, elle s'affiche volontiers aux côtés de Trump.
[00:13:42] Speaker 1: Merci beaucoup. James Sandré, merci pour ce décryptage. Donc, après cette séquence des Grammy Awards hier soir à Los Angeles. Evidemment, on vous reste à nos côtés. Paris Direct n'est pas encore terminé. On poursuit tout de suite avec le grand format du jour. C'est l'heure du Focus. Regardez.
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