Brody warns of deliberate Trump escalation in Minnesota (Full Transcript)

France 24 interview: Reed Brody says ICE deployments and talk of the Insurrection Act risk normalizing militarized federal force in Democratic cities.
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[00:00:00] Speaker 1: Et nous sommes rejoints par Reed Brody. Bonjour à vous et merci d'être sur France 24. Vous êtes avocat américain, ancien substitut du procureur de l'État de New York et ancien conseiller juridique également à Human Rights Watch. Quelle est votre lecture des faits ? Est-ce que Donald Trump met volontairement l'Amérique sous tension ?

[00:00:18] Speaker 2: Oui, je crois que ce que nous voyons aujourd'hui dans le Minnesota est le résultat presque prévisible de sa volonté de longue date d'asseoir son autorité sur les villes gouvernées par les démocrates et de mater toute forme de résistance. Dès son premier mandat, il voulait déployer l'armée dans les villes démocrates pour réprimer des manifestations, notamment Black Lives Matter. Mais à l'époque, il avait quand même une secrétaire de la Défense et un chef d'État-major des armées qui s'étaient opposés. Aujourd'hui, ces gardes-fous sont totalement disparus. Il s'est entouré. Il s'est entouré d'une équipe qui ne dit plus non. Et donc, dès les premiers mois de son deuxième mandat, il lance des opérations fédérales spectaculaires, la garde nationale à Los Angeles et à Washington et dans d'autres villes démocrates, officiellement pour lutter contre la criminalité, mais c'était surtout pour normaliser l'idée d'une présence militarisée dans les villes. Même lorsque plusieurs juges ont rappelé que c'était une présence militarisée dans les villes. Certaines des actions étaient illégales. Jusqu'ici, ces déploiements restaient ponctuels et encadrés. Mais avec ICE, il a trouvé l'outil idéal. Depuis son arrivée, ICE est devenue une force fédérale massive. Plus de 20 000 personnes à l'échelle nationale avec un budget de plusieurs milliards de dollars. Et il envoie à Minneapolis 3 000 agents fédéraux. Donc, six fois plus. Plus que l'ensemble de la police. Et le prétexte pour lui est tout trouvé. C'est la lutte contre l'immigration irrégulière qui est une de ses obsessions, mais aussi un thème qui a joué un rôle réel dans sa réélection. Alors, le choix de Minneapolis n'est pas un an d'un. C'est un État démocrate. Minneapolis est une ville démocrate. Minneapolis n'a gagné que 20 % des voix. Et il a la plus importante communauté somalienne. C'est une communauté que Donald Trump a souvent stigmatisée. Il n'est pas anodin non plus que Minneapolis soit représentée au Congrès par Ilhan Omar, une élue d'origine somalienne et qui est régulièrement prise pour cible par Trump, que le gouverneur Tim Walz a été le colistier de Kamala Harris. Donc, ICE transforme la ville en laboratoire d'intimidation. Et avec une ampleur inédite, je ne vais pas... Vous avez tous vu les photos des portes défoncées, des voitures brisées, des perquisitions sans mandat, des personnes arrêtées. Et face à cela, il est évident que les habitants de Minnesota s'organisent parce qu'ils s'opposent en grande majorité à cette politique cruelle. C'est cruel. Donc, nous sommes face à un escalade délibéré. On utilise la force fédérale brutale. Il y a une réaction des citoyens. Et on se sert de ces protestations pour justifier une militarisation. C'est comme le gouverneur de Minnesota, Tim Walz, a dit. Il veut le chaos. Il veut la confusion. Il veut la violence. Mais pour faire quoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?

[00:03:53] Speaker 1: Il a fait une petite surenchère, au fond, Henri de Brody. Pour faire quoi ? Que veut Donald Trump, in fine ?

[00:04:00] Speaker 2: Il veut diviser les Américains. Il veut régner. Et il veut justifier l'utilisation de la force. Il veut, depuis... C'est ce qu'il fait avec le Groenland. Il veut être le patron des États-Unis, des villes démocrates. Il veut être le patron de l'hémisphère occidental. C'est quelque chose qui a en lui de contrôler, d'envoyer. Il pense que c'est le président. Il peut tout faire. Il a ce grand outil qui est l'armée, qui est ICE, qui est la garde nationale. Il veut les utiliser.

[00:04:39] Speaker 1: Sauf que cette armée, elle a été créée en 2003. Alors là, il y a eu un changement radical puisqu'on assiste à une série d'assassinats. Et ça se passe en toute impunité. Et le président américain ment aussi sur le déroulé des faits. C'est ça qui est très... Tout le monde est effarant.

[00:04:56] Speaker 2: Écoutez, c'est... Le gouvernement se comporte en partie pris. Normalement, quand il y a un homicide par quelqu'un chargé des forces de l'ordre, il y a une enquête impartiale. On attend les résultats. Mais lorsque le premier assassinat de René Goud, il y a d'abord le vice-président Vance qui affirme que les agents d'ICE ont une immunité absolue, ce qui est totalement faux. Et puis, la ministre de la Sécurité, Christine Ong, dit tout de suite... Enfin, on donne tout de suite la version du gouvernement. Et en fait, l'investigation sur la meurtre de René Goud a déjà provoqué la démission de six procureurs qui ont été outrés. Parce qu'en fait, l'enquête n'était pas orientée sur l'agent qui a ouvert le feu. C'était sur René Goud et sa femme. Et donc, il y a une absence totale d'impartialité. Parce qu'aussi, un des autres outils de Donald Trump, c'est le département de la justice. C'est comme son cabinet d'avocat personnel. Donc, il n'y a aucune possibilité que cette administration, cette administration, mène une enquête indépendante.

[00:06:26] Speaker 1: D'ailleurs, René Goud et Alex Préty ont été qualifiés de terroristes de l'intérieur. Ça veut dire qu'on est un peu comme en Iran ou Bachar el-Assad en Syrie en son temps. Ce ne sont pas des victimes. Ce sont des terroristes qui veulent du mal aux États-Unis. La menace vient de l'intérieur.

[00:06:45] Speaker 2: Eh bien, c'est ça. Écoutez, eux, ils font ce que des dizaines de milliers d'Américains font. On a... Voilà, c'est un sifflet à ice pour identifier la présence. Parce que les Américains, même beaucoup d'Américains qui ont voté Trump, même beaucoup de Républicains, sont outrés par la brutalité gratuite. Et donc, les citoyens, c'est normal, les citoyens protestent. Ils ne s'interposent pas. Évidemment, on n'a pas le droit de s'interposer. Mais on a le droit. D'ailleurs, le gouverneur de Michigan, Minnesota, a demandé que les gens prennent leur caméra, qu'ils cliquent et qu'ils filment pour avoir des preuves de ce qui se passe.

[00:07:30] Speaker 1: Alors, peut-être que Donald Trump est conscient de la situation qui est en train de s'enliser. Il vient de dire, j'envoie Tom Homan to Minnesota ce soir. Est-ce que vous le connaissez, Tom Homan, Reed Brody ?

[00:07:44] Speaker 2: Oui, c'est le tsar de la frontière. C'est quelqu'un... Toutes les personnes, malheureusement, qui sont au-delà de la frontière, autour de Trump, sont des personnes qui ont leur poste pas pour le curriculum, pour les compétences, mais pour leur loyauté. Donc, ce sont des personnes qui disent oui à Donald Trump.

[00:08:07] Speaker 1: Donc, ce n'est pas du tout un recul de Donald Trump, alors ? Ce n'est pas une manière de...

[00:08:11] Speaker 2: C'est un recul, oui. Enfin, il voit, je pense que, comme avec le Groenland, il voit que ça ne va pas.

[00:08:21] Speaker 1: Ça va trop loin.

[00:08:22] Speaker 2: Donc, on va voir dans les prochains jours parce qu'il agite aussi la menace de l'Insurrection Act d'envoyer vraiment des soldats, des vrais soldats des forces régulières. Oui, il faut voir.

[00:08:36] Speaker 1: Oui, ça, il en a le droit juridiquement de déployer l'armée dans le Minnesota ou pas ?

[00:08:43] Speaker 2: Écoute, normalement, l'armée ne peut pas être déployée sur le territoire des États-Unis. Elle ne peut pas rétablir l'ordre. Ce n'est pas une force de police. Il y a une loi sur l'insurrection, une loi fédérale, qui l'autorise à titre exceptionnel pour faire appliquer la loi fédérale lorsque les autorités civiles sont dépassées ou défaillantes, qui a été utilisée une trentaine de fois seulement depuis deux siècles parce qu'il s'agit d'une mesure extrême. Ça n'a pas été utilisé depuis, je crois, 30 ans. Mais chaque fois qu'il a été utilisé, par exemple, pour protéger les élèves noirs lors des années de déségrégation des écoles ou en 1992 à Los Angeles après l'acquittement des policiers impliqués dans le passage à tabac de Rodney King, et c'est le gouverneur de Californie qui, lui-même, a demandé l'intervention fédérale. Mais même dans tous ces cas, cette loi, elle a été invoquée par l'exécutif de bonne foi, sur la base d'un constat factuel clair. Ici, ce serait vraiment... Rien ne s'est passé à Minnesota avant l'arrivée d'ICE. Donc, c'est ICE, justement, c'est ce que je disais. ICE agit de manière brutale, il y a des protestations, et Trump joue la surenchère pour étendre son propre pouvoir. On verra dans les prochains jours, comment ça va se dérouler.

[00:10:23] Speaker 1: Peut-être un dernier mot, Red Brody, peut-être plus politique, avec les appels qui sont extrêmement rares de Barack Obama et de Bill Clinton. Ils appellent au sursaut. Est-ce que ça peut faire changer les choses ?

[00:10:36] Speaker 2: Je pense que les Américains, dans leur grande majorité, sont déjà mobilisés. On a des élus républicains qui demandent une enquête, qui demandent de calmer. J'espère que Barack Obama, il va se calmer. Et Clinton ajouterait à cela. Mais les Américains, ils voient ce qui se passe. Ils ont vu les vidéos. 80 % des Américains avaient vu les vidéos de René Goode. Donc, les républicains ne peuvent pas dire que rien ne se passe, que circuler rien à voir, parce qu'on voit ce qui se passe. Et la majorité des Américains, selon les sondages, sont outrés.

[00:11:19] Speaker 1: Merci infiniment, Red Brody, de nous avoir éclairé sur ce qui est en train de se passer chez vous. Avocat américain, ancien substitut du procureur de l'État de New York et également conseiller juridique à Human Rights Watch.

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Arow Summary
Interview on France 24 with American lawyer Reed Brody about escalating federal actions in Minnesota. Brody argues Donald Trump deliberately heightens tensions by deploying militarized federal forces—especially ICE—into Democratic-led cities under the pretext of fighting crime and irregular immigration. He claims traditional “guardrails” in the Pentagon are gone in a second term, enabling broader crackdowns, intimidation, and normalization of armed presence. Minneapolis is portrayed as a targeted “laboratory” due to its Democratic politics, Somali community, and representatives like Ilhan Omar. Brody alleges illegal tactics (forced entries, warrantless searches), biased investigations into killings involving law enforcement, and political use of the Justice Department. Discussion covers labeling victims as “domestic terrorists,” citizen filming/protest rights, and the potential invocation of the Insurrection Act to deploy regular troops—an extreme measure historically used sparingly and typically at governors’ request. Brody expects public and bipartisan concern to pressure de-escalation, citing rare interventions by Obama and Clinton and widespread outrage fueled by videos.
Arow Title
Reed Brody on Minnesota: Trump, ICE and escalation
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Arow Key Takeaways
  • Brody argues Trump intentionally escalates tensions by using federal forces in Democratic cities.
  • ICE is depicted as a key tool enabling large-scale, militarized operations.
  • Minneapolis is framed as strategically chosen due to Democratic leadership and a stigmatized Somali community.
  • Claims include forced entries, property damage, warrantless searches, and arrests, with judges questioning legality.
  • Brody alleges investigations into killings involving agents lack impartiality and are politically influenced.
  • Labeling victims as ‘domestic terrorists’ is presented as a tactic to delegitimize protest and justify force.
  • The Insurrection Act could allow troop deployment but is historically rare and meant for exceptional breakdowns of civil authority.
  • Public mobilization and some Republican calls for inquiry suggest potential political constraints on escalation.
Arow Sentiments
Negative: Tone is alarmed and critical, emphasizing intimidation, brutality, alleged illegality, biased investigations, and deliberate escalation by the federal government.
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