[00:00:00] Speaker 1: L'actualité en France d'abord. Alors qu'il avait engagé la responsabilité de son gouvernement, le Premier ministre français échappe à la censure. Les députés ont rejeté ce vendredi les deux motions déposées par la gauche hors parti socialiste et celles de l'extrême droite. Le Rassemblement national, la partie recette de ce budget, est donc adoptée. On retrouve tout de suite Yohann Bonin en direct de l'Assemblée nationale. Bonjour Yohann, merci d'être avec nous. Les deux motions, je le disais, celles de la gauche hors parti socialiste, celles du Rassemblement national et également, ont été rejetées ce matin. Et au moment où l'on se parle, un nouveau 49.3 est engagé sur la partie dépenses. On essaie d'être clair pour le public parce que ça devient technique.
[00:00:41] Speaker 2: Oui exactement. Tout d'abord, les deux premières motions de censure ont été rejetées. 269 voix pour la première motion déposée par la France insoumise, les communistes et les écologistes. C'est plus que qu'attendu. Cela s'est joué à 19 voix près. Car il en faut 288 voix pour faire chuter le gouvernement. Il y a donc eu des dissidents parmi le parti socialiste et les républicains. La deuxième motion de censure, elle, a été déposée par le Rassemblement national. Elle a aussi été rejetée. Elle n'a obtenu que 142 voix. Les premiers obstacles ont donc été franchis pour Sébastien Lecornu. Et c'est un peu le début de la fin pour le chef du gouvernement de l'adoption de ce projet de loi de finances 2026. Sébastien Lecornu, à la tribune, a défendu un texte de compromis. Ce n'est le texte de personne, c'est le texte de tout le monde. Les socialistes ont appliqué alors leur pacte de non-censure. Ils ont obtenu des concessions comme les repas universitaires à 1 euro, 2000 postes dans l'éducation nationale ou le doublement du rendement de la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises. C'est un budget passable. Nous le laisserons passer, a-t-on entendu dire, de la part d'un cadre du parti socialiste. Le socle commun, lui, fait grise-mine. Le patron des LR, Bruno Retailleau, a qualifié cette mouture de budget socialiste. Le patron des LR à l'Assemblée, Laurent Wauquiez, parle d'un texte imparfait. Quelques demandes du socle commun ont tout de même été conservées, comme le refus d'une taxe sur les holdings ou le maintien de l'abattement de 10% pour les retraités. Mais nous avons besoin d'un budget pour nos armées, pour nos agriculteurs, a défendu Nicolas Bay à la tribune pour Les Républicains. La partie recette du projet de loi de finances a donc été adoptée. Et le Premier ministre a dégainé un deuxième 49.3, cette fois-ci sur la partie dépenses. Et là, les LR devraient retrouver. Un peu plus de couleur, notamment avec des engagements qui visent à réduire le train de vie de l'Etat, sans surprise. LFI et le RN devraient également déposer deux autres motions de censure qui seront examinées en début de semaine prochaine.
[00:02:37] Speaker 1: Merci beaucoup, Yohann. Merci pour ce compte-rendu depuis l'Assemblée nationale. Merci également à Olivier Abizot qui vous accompagne. On accueille notre invité maintenant, c'est vous, Emmanuel Echivar. Bonjour à vous, vous êtes politologue, professeur à Sciences Po Reims. Merci de prendre quelques instants pour répondre à nos questions. On sait que ces négociations ont duré trois mois, qu'il a fallu plus de 350 heures de travaux. Est-ce que c'est la fin du marathon ou est-ce qu'il faut considérer que rien n'est encore fait, qu'on peut s'attendre à une surprise ?
[00:03:08] Speaker 3: Non, je pense que nous arrivons peu à peu à la fin du marathon. Comme vous dites, il semblerait que le Parti socialiste et le gouvernement aient eu enfin une politique de compromis, de discussion. On ne voit pas trop ce que le Parti socialiste d'ailleurs pourrait demander de plus. Et donc dans cet accord de non-censure qui fait que même si LFI et le RN votent cette mention de censure, elle ne passera pas. Donc je pense qu'on peut dire qu'en effet, on va enfin avoir un budget.
[00:03:43] Speaker 1: Le Premier ministre Sébastien Lecornu s'était défendu lorsqu'il a annoncé finalement le recours à ce 49.3 alors qu'il s'était engagé précisément à ne pas le faire, expliquant qu'il fallait sortir de l'Etat. Sortir de l'impasse et que même la France s'était suffisamment donnée en spectacle. Je vous propose de l'écouter. Je vous fais réagir, Emmanuel Echivar.
[00:04:05] Speaker 4: Il existe pour ces moments où il n'y a pas de majorité stable, où les délais constitutionnels sont plus qu'atteints, où la situation budgétaire et internationale, dont nous avons trop peu parlé ce matin, interdit l'attentisme et où surtout le Parlement, collectivement, n'est pas parvenu à aller jusqu'au bout, hélas, de sa propre responsabilité. Je veux le dire avec gravité et sans détour. Si le gouvernement a engagé aujourd'hui sa responsabilité, ce n'est pas parce qu'il voulait décider seul, c'est parce qu'à un moment donné, sur ses bancs, trop nombreux se sont retrouvés, ceux qui ne voulaient pas décider du tout.
[00:04:45] Speaker 1: Le Premier ministre, là, il renvoie aussi en quelque sorte dos à dos les oppositions qu'il tient pour responsable de cette crise ? Quelle analyse vous faites de ça ?
[00:04:57] Speaker 3: Bon, de toute façon, n'oublions jamais quand même que la première responsabilité, c'est la dissolution de l'Assemblée nationale, alors qu'il était évident qu'une nouvelle élection législative n'allait que fracturer une Assemblée déjà morcelée. Donc ça, c'est le premier responsable, c'est le président de la République. Le deuxième responsable, c'est les partis qui n'ont pas du tout l'habitude, de coopérer ensemble, mais parce que la Ve République n'était pas conçue pour cela. La Ve République était conçue pour qu'il y ait une vraie majorité. Donc, les responsables, c'est tout le monde politique, mais en même temps, encore une fois, cette Ve République n'est pas faite pour cela. Ça veut dire que les institutions...
[00:05:47] Speaker 1: Ça veut dire, Emmanuel Echevert, que ce sont les institutions qui ne peuvent plus fonctionner en État ?
[00:05:54] Speaker 3: Les institutions sont faites pour qu'il y ait une majorité et une opposition. Or, la France est divisée en trois. LFI, RN et un bloc central. Donc, en fait, mathématiquement, il y a un problème. Ce qu'il faudrait, c'est au moins un changement de mode de scrutin, des proportionnels, et ce qui fait une obligation, a priori, des partis de s'entendre avant même les législatives.
[00:06:27] Speaker 1: Vous nommiez à l'instant les différents responsables, à commencer donc par le président de la République. Si on remonte au péché originel, celui de la dissolution, on est maintenant, on s'approche de la présidentielle de 2027. Quelles conséquences ça aura ? Alors pas forcément sur Emmanuel Macron, il ne sera pas candidat, mais pour les autres personnalités politiques, qui commencent déjà à se placer ?
[00:06:47] Speaker 3: On est vraiment face à un inconnu. De deux niveaux. Le premier, c'est quels sont les responsables politiques qui vont finir par se dégager du lot ? Je pense que bien malin celui qui est capable d'imaginer le deuxième tour de l'élection présidentielle. Et la deuxième inconnue dont on parle rarement, c'est une fois qu'il y aura un président de la République nommé, est-ce que l'élection législative va pouvoir donner une assemblée conforme au président de la République ? Donc je pense qu'on n'en a pas fini des surprises politiques, des problèmes de régime et des invitations de politologues à expliquer la situation.
[00:07:31] Speaker 1: Et le politologue que vous êtes, quel regard vous portez aussi peut-être sur la façon dont les Français ont suivi cette crise budgétaire ? Je le disais, ça fait trois mois que ça dure. Est-ce qu'il peut y avoir une sorte de crise de confiance ? Est-ce que ça peut échauder aussi l'opinion qui se dise « Bon, finalement, on va faire ce qu'on veut, on va faire ce qu'on veut, on va faire ce qu'on veut, on va faire ce qu'on veut, on va faire ce qu'on veut, voter à quoi ça sert ?
[00:07:51] Speaker 3: » Et puis quand on voit encore une fois, et là je vais reciter le Premier ministre qui parle d'un pays qui se donne en spectacle, est-ce que ça peut créer une rupture quelque part ? Bon, ça fait déjà un certain temps qu'il y a évidemment un problème de confiance démocratique des Français. Il est vrai que tout cet épisode ne va pas arranger les choses. On peut aussi voir une forme à la fois de lassitude, et de Français qui se disent « On va faire sans. On va faire sans les chefs d'entreprise qui font sans malgré le budget, etc. » Tout cela est évidemment inquiétant. Tout cela renforce la surprise qu'il y aura à la présidentielle. Et bientôt, sans doute un rendez-vous quand même de régime, un rendez-vous de régime. Un rendez-vous de réflexion sur les institutions va devoir se produire. Donc il faut espérer que les élections présidentielles, c'est vraiment la seule chose qu'il faut espérer, soit un vrai moment de dialogue démocratique, et pas comme on a eu la dernière fois où il n'y a pas eu de dialogue démocratique, et même peut-être même en 2017. Donc un vrai dialogue projet contre projet. C'est la seule chose qui peut un peu améliorer la situation.
[00:09:08] Speaker 1: Et qui peut le permettre ? C'est un appel à la responsabilité des partis politiques et des candidats en l'occurrence, non ?
[00:09:13] Speaker 3: C'est un appel à la responsabilité. Oui, c'est ça. C'est le fait que des grandes tendances de positionnement politique, de projet politique soient vraiment débattues. Et que ça ne soit pas par, je ne sais pas, tel problème judiciaire, tel hasard de la campagne, tel événement ponctuel de la campagne qui fasse l'élection. Mais je crois que les Français vont finir par vraiment avoir envie qu'on débatte de politique. Qu'on débatte de grandes visions, et de grandes situations, et de grands projets, et de grandes convictions.
[00:09:54] Speaker 1: Pas mal de choses à enseigner à vos élèves, donc on vous voit depuis votre salle de classe. Merci beaucoup Emmanuel Echivar. Merci d'avoir pris le temps de répondre à nos questions sur France 24. Professeur à Sciences pour Reims. Merci.
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