[00:00:00] Speaker 1: Que va-t-elle décider ? Un remake de la finale ? Des sanctions ? Ou pire encore, retirer la coupe au Sénégalais ? Ça semble très improbable, mais le débat est passionné. Benoît Perrochet, on n'en a pas fini de parler de cette finale.
[00:00:11] Speaker 2: Non, et cette réunion de la commission de discipline qui était initialement prévue dimanche, elle a été reportée aujourd'hui. Le temps pour la fédération sénégalaise de préparer sa défense. Cette commission qui doit statuer sur les incidents qui avaient émaillé cette finale et des incidents, il y en avait eu en tribune avec ces affrontements entre supporters et forces de l'ordre, envahissement d'une partie du terrain, affrontement après deux décisions arbitrales que les Sénégalais jugeaient défavorables au Lyon de la Teranga, un but refusé au Sénégal, suivi d'un pénalty accordé aux Marocains. La suite, on s'en souvient, le sélectionneur du Sénégal, Paptio, qui demande à ses joueurs de quitter la pelouse, de rentrer au vestiaire avant même que ce pénalty ne soit tiré. Des Sénégalais qui finalement étaient revenus sur la pelouse à l'initiative. De la star, Sadio Mane, un pénalty raté, une prolongation, un but en prolongation inscrit par Pape Gueye et le titre, le deuxième sacre du Sénégal dans la Coupe d'Afrique des Nations. Autre incident, l'affaire de la serviette. Ces joueurs et ramasseurs de balles marocains qui ont passé une partie de la finale, en tout cas de longues minutes, à tenter de subtiliser la serviette d'Edouard Mendy. Le deuxième gardien sénégalais était venu s'interposer de sa propre initiative pour protéger cette fameuse serviette mise à terre, coursée par les ramasseurs de balles alors que nous étions en pleine finale. Vraiment pas sûr en tout cas que la décision soit rendue aujourd'hui. C'est une commission qui va prendre le temps d'écouter chacune des deux parties, d'analyser également les rapports des arbitres, d'analyser également les vidéos qui ont été tournées dans l'enceinte du stade ainsi que sur les réseaux sociaux. Le climat qui est toujours tendu puisque dimanche, le président de la Fédération sénégalaise, Abdelhaï Foucault, a publiquement accusé le Maroc et la CAF d'exercer une influence déterminante sur l'instance continentale et rappeler que les conditions d'accueil avant la finale n'avaient pas été optimales. Le camp d'entraînement, la sécurité à Rabat, l'hébergement, la logistique, la billetterie, les textes réglementaires, eux, sont clairs. En cas de refus de jouer ou d'abandon non autorisé, les règlements prévoient des sanctions lourdes pouvant aller jusqu'à la perte du match.
[00:02:22] Speaker 1: A quel type de sanctions alors est-ce qu'on peut s'attendre ?
[00:02:25] Speaker 2: Alors il y a un large éventail de sanctions. J'ai commencé rapidement à l'évoquer. Il y a la suspension de joueurs, des entraîneurs, du staff en tout cas technique pour plusieurs rencontres valables sur l'ensemble des compétitions organisées par la Confédération africaine de football. L'exclusion d'une équipe des futures compétitions continentales, des amendes, des huis clos, des retraits de points. Mais aussi des recommandations de sanctions auprès de la FIFA susceptibles d'influer sur les qualifications à la Coupe du Monde. Ou à d'autres tournois internationaux. Dans le cas du Sénégal, certains joueurs avaient donc quitté la pelouse et pourraient recevoir des suspensions individuelles applicables au-delà de la canne. Elles pourraient atteindre 2 à 4 matchs pour les joueurs et membres du staff impliqués dans le retrait du terrain. Dans le code disciplinaire de la CAF, les sanctions ne concernent que les compétitions organisées par la Confédération. Est-ce que le Maroc et le Sénégal aujourd'hui ont à craindre pour leur participation à la prochaine Coupe du Monde pour laquelle ils sont ? Pour qu'une sanction soit applicable au niveau international, il faudrait que la CAF sollicite auprès de la FIFA l'extension des sanctions. Ou qu'elle précise directement dans son compte rendu l'extension de cette sanction au match de la FIFA. C'est très difficile à imaginer. Les sanctions qui sont immédiatement exécutoires. Il y a une possibilité de faire appel. La FIFA peut également s'auto-saisir si elle le juge nécessaire.
[00:03:52] Speaker 1: Voilà pour ces différents scénarios. Merci beaucoup Benoît. Cette affaire sportive prend une tournure très politique. Vous parliez Benoît de la déclaration de Bastien-Rodio-MyFi. Elle a été évoquée, la situation hier à Rabat par le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko. Il y effectue une visite officielle. Pour lui, l'amitié sénégalo-marocaine est plus forte que les émotions. On écoute le Premier ministre sénégalais.
[00:04:14] Speaker 3: Les dérapages observés ici ou là ne doivent être ni niés ni dramatisés. Ils doivent être requalifiés comme des excès émotionnels produits par la ferveur. Et non comme des fractures politiques ou culturelles. Cette visite donc intervient dans un contexte chargé d'émotions sportives, de débordements regrettés et d'images parfois douloureuses pour deux peuples profondément liés. Mais précisément, sa portée historique réside dans la forte capacité des deux états. Deux états frères de ne pas laisser l'émotion surplomber et décider du sens.
[00:04:55] Speaker 1: Voilà Ousmane Sonko qui réfute par ailleurs l'idée d'effectuer un voyage d'apaisement. Stéphane Ballon, que ça y ressemble pourtant beaucoup.
[00:05:02] Speaker 4: Oui, on cherche d'autant plus à apaiser que Benoît le rappelait tout à l'heure. L'attention en réalité n'est jamais redescendue. Ce week-end encore, la sortie du président de la Fédération sénégalaise de football. Sortie à laquelle les Marocains ont répondu très rapidement d'ailleurs. Par la voix de ce qu'ils appellent le club des avocats du Maroc. Et qui accuse les Sénégalais d'être sortis du cadre de la critique sportive pour verser dans un intérêt qui est plus, j'allais dire, tordu, plus vicieux. Ce qui est celui de la calomnie institutionnelle. Mais si vous voulez, en réalité, ce que dit Ousmane Sonko est vrai. Parce que c'est deux pays qui n'ont aucun intérêt à ce que ces tensions débordent sur le terrain diplomatique. Pour les Marocains, dont le roi Mohamed VI a lancé une offensive. Une offensive diplomatique depuis le début de son règne. Une offensive diplomatique en Afrique subsaharienne. Le Sénégal qui est la deuxième économie d'Afrique de l'Ouest francophone. C'est un partenaire clé. Toutes les banques, en tout cas celles qui comptent au Maroc, sont présentes au Sénégal. Que ce soit dans les transports, dans la téléphonie mobile. Mais aussi dans les oeuvres sociales comme dans les oeuvres religieuses. Le Maroc est très présent. Au Sénégal. Et de la même manière, pour le Sénégal, le Maroc est un partenaire clé. Une communauté sénégalaise très importante parmi les plus importantes. Même des étrangers subsahariens qui vivent au Maroc. Qui ont des avantages administratifs. Les étudiants sénégalais au Maroc sont parmi ceux qui sont privilégiés. Que ce soit pour les conditions d'études. Et même pour les conditions de ce qu'on appelle le job d'étudiant. Au Maroc, les Sénégalais sont les mieux lotis. Donc c'est une relation qui est ancienne, qui est très forte. A juste titre, ils le disent à juste titre, les deux premiers ministres. C'est une relation qui a intérêt à préserver. Notamment dans le contexte actuel des deux pays. Le contexte économique notamment pour le Sénégal.
[00:07:14] Speaker 1: Est-ce que néanmoins, une petite nuance. Est-ce que cette crise entre guillemets sportive n'est pas une aubaine de part et d'autre des autorités sénégalaises, des autorités marocaines. Pour ressouder un petit peu le peuple autour d'eux ?
[00:07:27] Speaker 4: Vous savez ce qu'on disait à l'époque de l'Empire romain. Du pain et des jeux pour le peuple, pour satisfaire le peuple. Là, on y est carrément. Je veux dire, dès lors qu'il y a cette ferveur autour de cette compétition sportive, cette euphorie. Et même ces contestations. C'est des moments concrets. C'est l'occasion de créer une unité nationale, une cohésion nationale. Sur le plan national. Pour les politiques. Évidemment, c'est un moment de répit au Maroc. Quand tout le peuple parle de l'ingratitude des subsahariens à qui on a réservé un accueil chaleureux parmi les plus confortables de l'histoire de la Cannes. Notamment aux Sénégalais. Et qui ne sont pas reconnaissants au Maroc. Quand on parle des erreurs d'arbitrage qui ont pénalisé l'équipe nationale. C'est le temps qu'on ne consacre pas. Pas à parler de la politique interne. Souvenez-vous, il y a quelques mois, la Genzy marocaine était encore dans les rues pour réclamer des meilleures conditions de vie, de l'emploi, etc. Aujourd'hui, on n'en parle plus. Aujourd'hui, tout le Maroc a un adversaire. C'est le Sénégal. C'est l'équipe de football, pour être précis, du Sénégal. Et de la même manière, au Sénégal, quand on parle de dignité pour célébrer les champions. Quand on parle de leur résilience. Quand on parle de leur rigueur. C'est des mots qui ne sont pas choisis au hasard quand on connaît le contexte économique du Sénégal. Et donc, quand on est dans cette ferveur-là, c'est du temps, c'est le moment où on ne parle pas des querelles politiques, des rivalités entre Ousmane Sonko et Bassir Diomayfaye. C'est la période où on ne parle pas de la dette nationale. La dette qui est un sujet, qui est le principal sujet économique. Parce qu'il y a une échéance qui arrive en mars. Donc, c'est autant une période... Il y a une période de répit. Il y a un équilibre à trouver. Et c'est ce que essaient de faire Ousmane Sonko et Aziz Arnouch, le Premier ministre marocain. C'est jouer à la fois sur, sans l'entretenir évidemment, sur cette ferveur nationale pour gagner du temps sur le plan politique intérieur. Mais préserver les relations diplomatiques et les relations économiques entre les deux pays.
[00:09:47] Speaker 1: Voilà pour cette analyse. Merci beaucoup Stéphane. Merci Benoît. Tout de suite, c'est...
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