China’s Export-Led Growth Tests EU Trade Defenses (Full Transcript)

Experts discuss China’s 2026 growth target, record surplus, weak consumption, property slump, and how EU should respond via trade defenses and derisking.
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[00:00:00] Speaker 1: Générique ... Bonjour et bienvenue dans Aux Avant-Postes, l'émission qui cherche un sens au chaos du monde. Pour la Chine, la croissance à deux chiffres s'est terminée depuis quelques années. Mais pour 2026, Pékin table sur un PIB qui devrait croître de 5 %, ce qui est déjà pas mal. Mais comment les autorités comptent-elles s'y prendre pour assurer cette croissance dans un monde marqué par des affrontements économiques inédits ? Eh bien, des réponses avec mes deux invités. Camille Brugier est chercheuse indépendante sur la Chine contemporaine et Mathieu Duchâtel est directeur des études internationales à l'Institut Montaigne. Bonjour à tous les deux. Je voudrais qu'on commence par un chiffre qui est parlant. C'est l'excédent commercial chinois en 2025. Près de 1 189 milliards de dollars, c'est ça qui est intéressant, plus 20 % par rapport à 2024. Claire Brugier, on s'y attendait à ce chiffre alors qu'on est en pleine guerre tarifaire avec la vision d'un Donald Trump très protectionniste ?

[00:01:20] Speaker 2: On s'y attendait parce que c'est les effets du 14e plan quinquennal, qui est la planification économique chinoise qui a fait 2021 jusqu'à 2025, avec un investissement massif dans le secteur manufacturier, aussi à l'export. On a une production chinoise qui a été énormément boostée. Cette production chinoise, quand elle ne trouve pas preneur sur le marché intérieur, elle est obligée de s'exporter. La Chine a décidé de donner énormément de moyens à ce secteur-là. Du coup, on voit énormément d'exports. C'est logique.

[00:01:58] Speaker 1: Ce n'est pas aussi un phénomène de stockage parce que les partenaires de la Chine ont craint ces tarifs de Trump et ont donc stocké avant que les tarifs ne soient appliqués ? Mathieu Duchâtel ?

[00:02:13] Speaker 3: Je suis d'accord avec Amie. Il y a un modèle de politique industrielle qui soutient des exportations. Il y a une capacité du modèle chinois à rediriger les exportations vers des pays qui sont ouverts. S'il y a tant d'exportations, c'est aussi parce que de nombreuses économies sont ouvertes à des exportations chinoises, quoi qu'on en dise avec nos politiques de sécurité économique. C'est le cas pour l'Union européenne, dont le déficit commercial est de 300 milliards d'euros en 2024. Mais il y a aussi des facteurs qui sont liés à un modèle socio-économique chinois qui, pour moi, se résume en trois choses particulièrement importantes. D'abord, il y a quand même, au sein de l'économie chinoise, l'organisation d'une compétition à couteau tiré entre les acteurs économiques... Domestiques. ...entre eux, qui tirent certains vers le haut sur une compétitivité prise. Ensuite, et je crois qu'on va beaucoup parler du secteur de la tech, il y a une culture de travail qu'on appelle la culture 9-9-6.

[00:03:20] Speaker 1: C'est quoi, le 9-9-6 ?

[00:03:22] Speaker 3: De 9h à 9h, de 9h du matin à 9h du soir, six jours par semaine, ce qui fait une semaine de 72 heures. C'est un phénomène de société dans le monde chinois, ce 9-9-6. Et puis, enfin, il y a une faiblesse de la consommation intérieure, qui est un point extrêmement important. Je pense que la réexportation de ces produits hors de Chine s'explique par un taux d'épargne qui est extrêmement élevé.

[00:03:53] Speaker 1: Je voudrais qu'on écoute un peu le moral des Chinois eux-mêmes. On les a interviewés dans la rue et dans leur travail. C'était en janvier 2026.

[00:04:06] Speaker 4: J'espère que l'économie ira mieux en 2026, que les secteurs retrouveront leur niveau d'avant la crise et que les rues redeviendront animées. Je pense que, dans ce contexte économique difficile, chacun est plus raisonnable dans ses dépenses.

[00:04:23] Speaker 5: La situation restait acceptable. Par rapport à 2024, nous avons tout de même enregistré une certaine croissance en 2025. Donc, pour mon secteur et personnellement, je reste optimiste quant à la tendance économique de la Chine pour l'année à venir. Il n'y aura peut-être pas de fortes hausses, mais il devrait tout de même y avoir une certaine croissance.

[00:04:47] Speaker 1: Camille Brugier, ils ont raison d'être optimistes ?

[00:04:50] Speaker 2: Je pense que la Chine a fini son effet de rattrapage. C'est-à-dire qu'on n'est plus à des taux de croissance à 10%, 12%, comme on en a vu jusqu'à la fin des années 2000. Mais on peut espérer une croissance supérieure à ce qu'on voit, par exemple, en Europe ou aux Etats-Unis.

[00:05:07] Speaker 1: On paye 1 %, nous, les Etats-Unis, à 2, eux, ils sont à 5.

[00:05:11] Speaker 2: On estime que la Chine va nous rejoindre autour de 2035. Donc, vraiment, ça continue de baisser. Le problème, c'est que la Chine a besoin vraiment de croissance pour pouvoir, en fait, qu'il y ait un effet de descente de la richesse vers sa population. De ruissellement ? Exactement. Il y a un effet de contrat social sur la croissance. C'est-à-dire que les Chinois soutiennent aussi le parti quand il y a de la croissance. C'est-à-dire, moins il y a de croissance, plus le parti va être en difficulté et va avoir besoin de trouver d'autres moyens de se légitimer. La croissance en Chine, c'est quand même un vrai sujet, surtout qu'elle rencontre de vraies difficultés. On le sait, le secteur de la construction est complètement à l'arrêt, qui a mis en difficulté les provinces et leur façon de se financer. Et on voit aussi que, globalement, comme l'a dit Mathieu, la consommation n'est pas au rendez-vous. Ce qui m'inquiète, personnellement, c'est que le gouvernement chinois ne fait pas tout à fait ce qu'il faut pour que cette consommation reprenne. Dans le sens où je pense qu'un État avec un filet de sécurité sérieux, ce que la Chine pourrait faire, c'est-à-dire un État socialiste, avec une politique de retraite très forte, avec des politiques de soutien, aujourd'hui, il y a un minimum, mais ça pourrait être beaucoup plus fort. D'ailleurs, les gens l'ont senti, pendant le Covid, ils ont été en difficulté. Donc, la consommation n'est pas au rendez-vous parce qu'il n'y a pas d'évolution.

[00:06:45] Speaker 1: -"Moins de 5 % de danger pour la Chine", Mathieu Duchesnel.

[00:06:49] Speaker 3: Il y a un ressort de croissance qui a complètement disparu et qui était extrêmement important pour les individus, les familles, c'est l'immobilier. Il faut voir que, sur ces 40 dernières années, la mobilité sociale en Chine, la transformation de la vie économique, la transformation de l'expérience économique d'énormément de gens est passée par l'investissement immobilier et par des croissances à deux chiffres du coût de l'immobilier, qui a enrichi énormément les Chinois. -"Le scandale d'April", notamment. Et aujourd'hui, on est dans une phase complètement différente. Ce ressort a disparu, on a une dépréciation des actifs dans énormément de villes chinoises, on a parfois des baisses du prix de l'immobilier qui sont autour de 20-30 %. Et puis, il y a un chiffre qu'on n'a pas, que je cherche depuis longtemps, qui est celui du nombre d'individus ou de foyers qui a vraiment tout perdu. Parce que les grands promoteurs immobiliers qui ont fait faillite ont parfois vendu des appartements qui n'étaient pas encore construits. Vous avez de nombreux Chinois qui se sont endettés pour les acheter. Donc, dans une économie où l'immobilier ne sert plus de complément au revenu, on est dans une situation complètement différente.

[00:08:05] Speaker 1: Justement, nous, côté occidental, on pousse la Chine à faire en sorte que la consommation intérieure des Chinois soit un levier. On va écouter Kang Yi, qui est commissaire du Bureau national des statistiques, et il va, c'était en janvier aussi, il va essayer de nous rassurer sur cette consommation intérieure des Chinois, on l'écoute.

[00:08:28] Speaker 6: Il y a 14...

[00:08:30] Speaker 7: La Chine compte plus de 1,4 milliard d'habitants et une vaste classe moyenne, ce qui en fait un marché ultra large à l'influence mondiale.

[00:08:37] Speaker 6: ... de très grands marchés.

[00:08:40] Speaker 7: Actuellement, la consommation des ménages évolue vers la qualité, la personnalisation et la diversification. Et les préférences axées sur la qualité deviennent de plus en plus marquées, ce qui recèle un potentiel immense.

[00:08:53] Speaker 1: Mathieu Duchesnel, vous doutiez, là, en l'écoutant.

[00:08:57] Speaker 3: Sur la consommation de qualité. Je suis entièrement d'accord avec Kang Yi quand il parle de potentiel immense. Mais il y a deux choses. D'abord, il y a la réalité des chiffres. Un taux d'épargne à 45 %, par comparaison. Aux Etats-Unis, on est à moins de 10. En France, on est autour de 17. Donc la marge de manœuvre est, en théorie, immense. Mais en réalité, ce qu'on voit, et je pense qu'il faut parler des plans quinquennaux, c'est que les grandes orientations politiques du gouvernement chinois portent davantage sur le soutien à la production industrielle et, finalement, aux exportations.

[00:09:31] Speaker 1: Donc vous ne le croyez pas tellement, Kang Yi. Le dernier plan qui a été annoncé en octobre dernier, c'est, en gros, innovation, souveraineté.

[00:09:43] Speaker 3: Oui, c'est ça. On peut dire que la Chine persiste et signe sur un modèle de soutien à des secteurs stratégiques, entièrement subventionnés par l'Etat, qui s'appuie sur la taille du marché intérieur chinois pour atteindre une taille critique et ensuite déverser ses exportations sur les marchés internationaux. On l'a vu sur beaucoup de secteurs. Le meilleur symbole, le plus récent, c'est celui des véhicules électriques. Mais je pense que sur les semi-conducteurs, on aura, dans les deux, trois prochaines années, une vague de conquêtes chinoises des marchés mondiaux sur des technologies qui sont aujourd'hui assez mûres.

[00:10:21] Speaker 1: Camille Brugier, on ne comprend pas. Quand Mathieu Duchiatel dit qu'il y a un taux d'épargne de 45 %, pourquoi le Parti communiste chinois, qui dirige l'économie et la politique, pourquoi il ne s'appuie pas sur ça pour inviter les consommateurs à consommer, sachant qu'ils vont, de toute manière, essentiellement consommer des produits made in China ?

[00:10:42] Speaker 2: Oui, tout à fait. Globalement, pour l'instant, le choix que le Parti communiste fait, c'est de faire des soutiens ponctuels à la consommation. De temps en temps, il y a des petits chèques qui sont donnés.

[00:10:53] Speaker 1: Donnés, comme ça ?

[00:10:54] Speaker 2: Pas tout à fait, mais globalement, il y a un soutien ponctuel. Par contre, c'est ce que je vous disais tout à l'heure, il n'y a pas de réforme structurelle qui pourrait détendre les consommateurs, à savoir qu'ils pourraient se dire qu'ils se sentent suffisamment sécurisés, par exemple par rapport à la retraite, à la santé, pour pouvoir consommer cet argent. Aujourd'hui, ce n'est pas comme ça que fait le consommateur chinois. Le consommateur chinois se dit que si il est dans une situation compliquée, il va devoir dépendre de ses propres deniers pour s'en sortir. Pour l'instant, c'est ce qui l'empêche. Le gouvernement chinois ne fait pas les réformes structurelles qui sont nécessaires. Il ne les fait pas à cause de l'ampleur que ces réformes impliqueraient, la taille de ces réformes.

[00:11:36] Speaker 1: Une sécurité sociale, une retraite, etc., ce serait assez monstrueux à mettre en place.

[00:11:41] Speaker 2: Pour l'instant, après, on voit des embryons. Dans le 15e plan quinquennal, on voit que c'est quelque chose auquel il réfléchit, mais pour l'instant, il n'y a pas d'action directe là-dessus. Par contre, lui, il décide de faire fonctionner un ressort du PIB, un ressort de croissance qui est connu, à savoir le ressort manufacturier. Et quelque part, il mise tout sur le manufacturier, comme l'a dit monsieur tout à l'heure. En fait, son choix, par rapport à la surcapacité, c'est-à-dire la surproduction chinoise et le fait... Enfin, la personne qui parlait tout à l'heure a dit qu'on peut attendre qu'il y ait plus de consommation chinoise. Il y a peu de probabilité que ce soit le cas, tout simplement parce que la Chine n'enlève pas sa surcapacité.

[00:12:26] Speaker 1: Oui, déjà.

[00:12:27] Speaker 2: Voilà, donc du coup, là, dans le plan quinquennal, on n'arrête pas la surcapacité. On continue à investir dans ce ressort manufacturier qui, comme on le voit, crée, on dit de l'involution, qui crée énormément de compétition sur le marché chinois et qui, à l'export, en fait, inonde des marchés qui ne sont pas matures. Par exemple, dans le cas de l'automobile, en 2024, la Chine avait 7 millions de véhicules électriques en trop. Pour vous donner une idée, tout secteur confondu, donc thermique et électrique, en France, on consomme 1,5 million de véhicules neufs. Donc, 7 millions de véhicules chinois qui arrivent dans la nature sur le marché européen, en fait, ça a une capacité à complètement détruire nos industries. Et donc, du coup, le fait que le gouvernement chinois, pour l'instant, ne semble pas limiter, en fait, ces investissements massifs dans le secteur manufacturier nous fait penser qu'en fait, on va continuer vers ce qu'on connaît déjà.

[00:13:24] Speaker 1: Une approche très politique et moins économique. On va écouter à présent le vice-premier ministre chinois, Yili Fang. C'était à Davos le 20 janvier dernier. Et il va, au contraire, là, parler d'une prospérité partagée. Toujours ce discours qu'on a entendu dans les années 2000, gagnant, gagnant. Et il explique aussi qu'il n'y a pas de volonté, vraiment, d'excédent commercial. On l'écoute.

[00:13:51] Speaker 8: La Chine s'engage à promouvoir une prospérité partagée avec ses partenaires commerciaux grâce à son propre développement et à accroître la croissance de l'économie et du commerce du monde. Nous ne recherchons jamais d'excédent commercial. En plus d'être l'usine du monde, nous aspirons également à en être le marché. Cependant, bien souvent, lorsque la Chine souhaite acheter, les autres pays ne souhaitent pas vendre. Les questions commerciales se transforment alors fréquemment en menaces pour la sécurité.

[00:14:21] Speaker 1: Mathieu Duchesne, encore, il faut croire ou pas ce discours ?

[00:14:25] Speaker 3: J'ai envie de dire qu'il y a une posture qui est invariable, d'abord. Dans l'ère des réformes, faire miroiter l'accès au marché chinois est vraiment un invariable de la politique étrangère chinoise. Mais on a quand même un contexte spécifique ici, qui est la compétition chino-américaine et la guerre commerciale ou la coercition commerciale de l'administration Trump envers énormément de pays qui redonnent du souffle, finalement, à cette posture. En réalité, les politiques chinoises, comme on vient de se le dire, ne vont pas véritablement dans ce sens-là. Et quand on regarde les mesures de riposte de la Chine, par exemple, à l'enquête de la Commission européenne sur les véhicules électriques, un marché extrêmement subventionné, les ripostes chinoises sur le cognac français, sur les importations de porc, sur les importations de produits laitiers, n'indiquent pas du tout une Chine ouverte aux importations, mais indiquent plutôt qu'elle est dans un jeu politique constant.

[00:15:28] Speaker 1: Camille Brugier, là-dessus, est-ce que la Chine est encore dans cette vision de conquérir les marchés extérieurs, de prendre des positions sur les marchés extérieurs, et en particulier l'Union européenne ?

[00:15:40] Speaker 2: Oui, tout à fait. Je pense que c'est quelque part presque inscrit dans le nouveau plan quinquennal, où elle dit clairement qu'elle va se positionner sur un certain nombre de secteurs technologiques. On a, par exemple, les nouvelles énergies, on a l'hydrogène, par exemple. Elle pense aussi à la fusion. Il y a tout un tas de secteurs très clairs sur lesquels elle veut devenir dominante chez elle pour ensuite être dominante à l'extérieur. C'est très clair. Elle l'a déjà fait sur les véhicules électriques. Elle l'a fait il y a une dizaine d'années sur le photovoltaïque. Du coup, je pense que la posture chinoise de vouloir être présente sur les marchés tiers ne va pas s'arrêter. Loin de là, son objectif, c'est vraiment d'être dominante, c'est-à-dire d'être le premier acteur sur ces marchés-là. Par contre, elle va donner, à mon avis, un accès différencié à son marché intérieur en fonction de ses amis ou ennemis dans le contexte du commerce international. D'ailleurs, ce sont des terminologies qui sont présentes dans la politique diplomatique chinoise, de dire que tel pays est un pays ami, tel pays est un pays ennemi. Très clairement, il va y avoir plusieurs types d'États avec qui la Chine va commercer différemment.

[00:16:54] Speaker 1: Alors là, on a un exemple avec les États-Unis, où les échanges entre les États-Unis et la Chine ont diminué. Regardez ces chiffres. Les exportations en 2025, moins 20 %, les importations, moins près de 15 %. Ce sont des chiffres qui viennent des douanes chinoises et qui datent de janvier 2025. Mathieu Duchâtel, les États-Unis voulaient dérisquer vis-à-vis de la Chine. Or, aujourd'hui, c'est la Chine aussi qui veut dérisquer vis-à-vis des États-Unis ?

[00:17:27] Speaker 3: Je pense que c'est surtout que la Chine riposte à tout. C'est vraiment inscrit dans sa politique étrangère. Il y a toujours une réponse aux actions de l'administration Trump et des autres. La Chine a répondu aux tarifs douaniers de l'administration Trump. Mais ce qu'on a vu par ailleurs, c'est que ce commerce se déplaçait. On voit, par exemple, dans le même temps, sur l'année 2025, l'ASEAN, qui est maintenant le premier partenaire commercial de la Chine. Asie du Sud-Est. Exactement, le pays d'Asie du Sud-Est, dont le commerce avec la Chine augmente de 15 % pendant la même période. On a des augmentations du commerce extérieur chinois avec de nombreux pays. Donc, les tarifs de l'administration Trump ont des effets sur l'ensemble du commerce international. Des effets collatéraux. Des effets collatéraux, effectivement.

[00:18:13] Speaker 1: Je voudrais qu'on écoute le porte-parole du bureau des douanes à Pékin. C'était le 14 janvier 2026. En gros, il nous explique qu'il y a un protectionnisme américain, la fin du multilatéralisme américain, et qu'en face, le partenaire idéal, ce serait l'Union européenne pour lutter contre le protectionnisme. On l'écoute.

[00:18:33] Speaker 9: Aujourd'hui, unilatéralisme et protectionnisme prédominent et constituent un défi majeur pour le système commercial multilatéral fondé sur des règles. Chine et Union européenne sont toutes deux des forces constructives qui défendent le multilatéralisme et promeuvent activement l'ouverture et la coopération. Les deux parties devraient œuvrer dans la même direction, gérer leurs différends de manière constructive, préserver ensemble le libre-échange, pratiquer le multilatéralisme et promouvoir le développement sain et stable des relations économiques et commerciales entre la Chine et l'Union européenne.

[00:19:04] Speaker 1: Le chiffre 2025, c'est plus 6% d'échanges entre la Chine et l'Union européenne. Est-ce qu'on peut considérer maintenant que la Chine est un pôle de stabilité économique et politique pour l'Union européenne, alors que les Etats-Unis, au contraire, ça déstabilise ? Camille.

[00:19:23] Speaker 2: Non, je ne pense pas. Je pense que la Chine est un pôle d'instabilité autant que les Etats-Unis le sont. C'est juste que la posture chinoise est différente. Dans la posture américaine, on a une posture confrontationnelle avec Trump, très agressive. Je dirais que la posture chinoise ne fait pas le show, mais est très agressive également. Je pense qu'il faut se méfier de ces deux acteurs. Pour autant, sur la question du commerce international, je pense que nous sommes dans l'obligation de continuer de coopérer avec la Chine. Dans le même sens, nous sommes obligés de continuer de coopérer avec les Etats-Unis. Par contre, par exemple, pour la promotion du libre-échange, je pense qu'il faut garder en tête que la Chine est un pays qui est profondément illibéral dans son fonctionnement interne, mais aussi dans ce qui est promu à l'extérieur. Du coup, je pense qu'il faut coopérer avec elle, mais il faut limiter sa capacité à devenir leader, par exemple, du système multilatéral, mondial, en ce qui concerne le commerce.

[00:20:21] Speaker 1: Mathieu Duchesne, vous disiez que la Chine répondait systématiquement aux coups de Donald Trump et l'Union européenne.

[00:20:30] Speaker 3: D'abord, sur la relation Chine-Europe, quand on entend le porte-parole des douanes chinoises, je pense qu'il y a une chose qu'il faut vraiment avoir en tête, c'est que ce que cherche avant tout la Chine vis-à-vis de l'Union européenne, ce n'est pas de transformer notre relation commerciale, c'est de préserver le statu quo. Parce que le statu quo, qui est vu de Chine comme un accès, disons, facile, sans entrave, au marché de consommation européen, est absolument vital pour la Chine. Et ce que recherche avant tout la Chine dans sa relation avec l'Union européenne aujourd'hui sur les sujets commerciaux, c'est un peu de désarmer cet agenda européen de plus en plus défensif pour éviter d'avoir une série de mesures anti-dumping, anti-subvention qui se succèdent et qui érodent ces excédents commerciaux chinois et cet accès chinois.

[00:21:20] Speaker 1: Suffisamment offensif ou pas à l'Europe ?

[00:21:22] Speaker 3: Pour l'instant, non. Mais on a quand même parcouru un chemin important. Je pense que l'enquête anti-subvention sur les véhicules électriques a marqué un tournant dans l'approche européenne vis-à-vis de son déficit commercial à l'égard de la Chine. Et on peut imaginer, voire espérer, que dans les prochains mois, prochaines années, on ait de plus en plus de mesures commerciales, de mesures de défense commerciale européenne vis-à-vis de la Chine. Parce qu'en l'absence de mesures de défense commerciale européenne vis-à-vis de la Chine, rien ne va jamais changer.

[00:21:57] Speaker 1: Pékin et Bruxelles peuvent s'entendre ou pas ?

[00:21:59] Speaker 2: Je pense que c'est difficile dans le contexte actuel. Dans le sens où on a vu dernièrement des mesures de contrôle à l'export chinoise qui font, à mon sens, presque un veto, en fait, dans le commerce international, dans le sens où elle a dit qu'elle allait limiter les exportations aux terres rares. Sauf que les terres rares, c'est ce qu'on en a besoin dans tous les systèmes industriels qui nécessitent un peu d'électrification. Donc, en fait, cette mesure, elle a la potentialité de mettre à l'arrêt des pans entiers...

[00:22:30] Speaker 1: Elle a fait. Certaines usines ont été à l'arrêt.

[00:22:33] Speaker 2: Du coup, globalement, aujourd'hui, je pense qu'avec ces mesures-là, qui, bien sûr, la Chine a dit qu'elle ne les mettait pas en place, mais si ces mesures venaient à mettre en place, elles vont agir comme un véritable veto pour la Chine. C'est-à-dire qu'à chaque fois qu'on va avoir une difficulté avec la Chine, qu'on va vouloir mettre en place des mesures, elle va à nouveau dire, en fait, je ne donne plus de licence. Et donc, du coup, je pense que c'est très difficile, dans ce contexte-là, à mon sens, d'avoir vraiment une relation équilibrée et convenable, correcte.

[00:23:02] Speaker 1: Votre point de vue, Mathieu Duchesnel, là-dessus ?

[00:23:05] Speaker 3: Je suis entièrement d'accord et je vois la Chine comme assez triomphaliste sur cette carte du contrôle export qui touche nos chaînes d'approvisionnement industrielles. Je pense que la réponse européenne est forcément dans la diversification commerciale. On voit qu'il y a un potentiel très important avec l'Inde. Avec laquelle...

[00:23:24] Speaker 1: Il y a un accord de libre-échange qui devrait être signé.

[00:23:28] Speaker 3: Tout à fait, avec d'autres partenaires commerciaux. Donc, on a besoin d'une politique de dérisking sur le plan commercial, mais on a aussi besoin d'une politique qui réduit nos vulnérabilités à ces contrôles exports chinois.

[00:23:42] Speaker 1: Mais la réaction de la Chine, c'est essentiellement aussi dû aux attaques des Américains. Est-ce que les Européens ne sont pas des victimes collatérales ?

[00:23:49] Speaker 3: Non, je ne pense pas que les Européens soient des victimes collatérales. Bien sûr, ces mesures de contrôle à l'exportation ont été prises en riposte à des mesures américaines, mais la Chine les a immédiatement utilisées dans ses autres relations commerciales et les a utilisées spécifiquement vis-à-vis des Européens pour nous désarmer sur le sujet des véhicules électriques, par exemple.

[00:24:09] Speaker 1: Dernière question, Camille Brugier. Xi Jinping veut rester pour un quatrième mandat. Est-ce que ça veut dire que ça ne changera pas avant des années et des années ?

[00:24:19] Speaker 2: Je pense qu'il faut vraiment être stratégique dans notre approche de la Chine, c'est-à-dire qu'il faut réfléchir aux éléments sur lesquels on peut coopérer. Et je pense qu'il y a quand même des choses à faire sur le plan multilatéral. La Chine bénéficie énormément du système tel qu'il est, du droit commercial international. Donc je pense que nous devons coopérer avec elle pour soutenir ensemble cet élément-là du système que les Américains sont petit à petit en train d'abandonner. Pour autant, je pense, comme l'a dit Mathieu, qu'il faut vraiment qu'on s'arme et qu'on soit en capacité aussi de mettre en place des mesures de représailles assez importantes pour dissuader la Chine de venir systématiquement nous entraver.

[00:25:02] Speaker 1: Très rapide, une conclusion également, Mathieu.

[00:25:04] Speaker 3: Je pense que cet agenda va être difficile à mettre en oeuvre et que la difficulté majeure qu'on va rencontrer, c'est le fait que la Chine est tout à fait satisfaite de ce statu quo et donc elle représente une force d'inertie majeure.

[00:25:17] Speaker 1: Merci beaucoup pour vos réponses à tous les deux. Aux avant-postes, c'est terminé. Vous pouvez évidemment retrouver cette émission sur france24.com, sur nos réseaux sociaux et sur nos podcasts. Au revoir. SOUS-TITRAGE ST' 501

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Arow Summary
The discussion examines how China aims to sustain ~5% GDP growth in 2026 amid heightened global economic confrontation, focusing on China’s record 2025 trade surplus (~$1.189T, +20% YoY). Guests argue the surplus stems from the 14th Five-Year Plan’s massive industrial investment, persistent manufacturing overcapacity, and weak domestic demand driving exports. They highlight structural factors: intense domestic competition, the “996” work culture, and very high household savings (~45%) due to limited social safety nets. The collapse of the property sector—formerly a key wealth and mobility engine—has depressed confidence and consumption, with falling home prices and unfinished pre-sold housing leaving some households financially ruined. China’s policy preference remains industrial upgrading and strategic tech sectors (EVs, solar, semiconductors, hydrogen, fusion), leveraging subsidies and scale to dominate globally, while using trade retaliation (e.g., cognac, pork, dairy) and export controls (notably rare earths) as geopolitical tools. On EU-China ties, speakers say Beijing seeks to preserve the status quo—easy access to Europe’s consumer market—and to blunt EU’s growing defensive trade agenda (anti-subsidy/anti-dumping). They reject the notion of China as a stabilizing pole versus a destabilizing US, arguing both can be destabilizing though in different styles. Recommended EU responses include stronger trade defense instruments, diversification (e.g., India, other partners), and reducing vulnerabilities to Chinese export controls, while selectively cooperating with China to uphold multilateral trade rules even as the US retreats. Overall, China is portrayed as satisfied with inertia and reluctant to rebalance toward consumption, making change difficult, especially under continued Xi leadership.
Arow Title
China’s 2026 Growth Plan: Exports, Overcapacity, and EU Risks
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Arow Key Takeaways
  • China’s record 2025 trade surplus is linked to Five-Year Plan-driven industrial investment and overcapacity pushing production toward exports.
  • Weak domestic consumption is structurally tied to high household savings and limited welfare/retirement/health protections; stimulus is mostly ad hoc.
  • The property sector’s downturn removes a major household wealth engine, undermining confidence and spending.
  • Beijing is doubling down on subsidized strategic industries (EVs, solar, semiconductors, new energy) to gain global market share.
  • China uses trade retaliation and export controls (e.g., rare earths) as leverage beyond the US dispute, including toward Europe.
  • For the EU, China’s priority is preserving the current access to Europe’s market and resisting EU trade-defense measures.
  • China is not a ‘stability pole’ for Europe; both China and the US can be destabilizing, though China is less performative.
  • EU options include stronger anti-subsidy/anti-dumping actions, commercial diversification (e.g., India), and reducing dependencies vulnerable to Chinese export controls.
  • Selective cooperation with China to defend multilateral trade rules may be necessary, but leadership of the system should be constrained.
  • China’s satisfaction with the status quo creates inertia, making rebalancing toward consumption and policy change difficult.
Arow Sentiments
Neutral: The tone is analytical and cautionary, emphasizing risks and structural constraints (weak consumption, property slump, geopolitical trade tools) while acknowledging China’s competitiveness and growth potential. It balances critique of China’s model with pragmatic calls for EU cooperation and defensive measures.
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