[00:00:00] Speaker 1: Dans l'actualité également de ce mercredi, ce cessez-le-feu sous forme d'ultimatum en Syrie, celui que les autorités de Damas ont fixé aux forces démocratiques syriennes kurdes pour accepter leur intégration dans la nouvelle administration syrienne. Les accords précédents se sont soldés par des échecs, mais les Kurdes syriens semblent à présent acculés, repliés au cœur de leur zone autour d'Assaqé. Bonjour Ouassim Nasr, analyse importante qui est la vôtre aujourd'hui, qui est spécialiste de la Syrie et des réseaux djihadistes ici à la rédaction de France 24. D'abord la situation sur le terrain, elle évolue rapidement ?
[00:00:34] Speaker 2: On va regarder une carte, on va voir très bien les dernières évolutions des dernières heures. On va voir quelle zone était contrôlée déjà par les forces démocratiques syriennes et le YPG, la commandement kurde, c'est ce qu'il y a en jaune. Puis en vert clair, c'est les évolutions des dernières 48 heures maintenant. Et on voit par exemple que le camp d'Al-Hol est tombé sous leur contrôle. Le YPG est tombé sous leur contrôle. Le YPG est tombé sous leur contrôle. Le passage frontalier d'Yarouïe, on voit aussi que la zone de Kobané à Al-Arab s'est rétrécie depuis la prise de Sarine. On va regarder quelques images parce que malgré le cessez-le-feu, il y a eu quand même, les fronts sont gelés, mais il y a eu des combats à Assaké. On va les voir hier dans la nuit parce que certains groupes au sein des forces démocratiques syriennes ont fait défection, donc probablement des groupes arabes, pour se battre contre les autres, donc les Kurdes. Ça c'est les combats dans les rues de Assaké hier dans la nuit, ce qui a mené à une campagne d'arrestation aussi. On va voir, on a les images, donc d'arrestation dans les quartiers. Les arabes, en particulier le quartier de Rouyran. Donc ça c'est la situation à Assaké. En même temps, on n'a pas d'image, mais on sait que les Turcs ont bombardé avec des drones à Kamishli, donc ciblant des commandants du PKK, donc YPG. Mais pour le moment, c'est les informations qui viennent du front. On a aussi les images de Yaroubiye, donc le passage avec l'Irak, le plus important passage entre le Kurdistan irakien et les zones tenues par les Kurdes. Le voilà, et qu'est-ce que ça dit ? Ça dit que le clan arabe de Yaroubiye, donc les Choumars, se sont retournés aussi contre les Kurdes. C'était la dernière composante, disons, arabe importante des forces démocratiques syriennes qui sont aujourd'hui réduites au noyau qui est celui du YPG.
[00:02:08] Speaker 1: Voilà, donc pour la situation sur le terrain. On entend beaucoup de choses, Wassim, depuis quelques jours, sur les camps du nord-est syrien qui étaient donc jusqu'ici aux mains des Kurdes, dont l'accord de cesser le feu prévoit la passation sous l'administration de Damas. C'est-à-dire les camps dans lesquels se trouvent, dans certains camps, des combattants, des ex-combattants du groupe État islamique et dans d'autres camps, leurs familles et les enfants. Qu'est-ce que les hommes d'Al-Shara ont comme projet pour ces camps qui ont chacun des situations différentes ?
[00:02:37] Speaker 2: En fait, sur les prisons, il y a des prisons qui ont été rendues, disons, de manière plutôt pacifique ou après quelques combats, dans la zone de Raqqa. Là, il y avait des détenus de l'État islamique, mais syriens. Pour les camps, le camp le plus important, c'est le camp d'Al-Hol. On a les images, c'est un camp qui regroupe des familles de djihadistes. Leurs enfants, surtout des Irakiens et des Syriens. Donc le projet de Damas, c'est la gestion de ces camps. Et par ailleurs, ils se sont déployés dès hier soir là-bas. Eux, ils disent que les forces démocratiques syriennes ont quitté le camp, ont détruit les documents, ont cassé les caméras de surveillance et ont laissé un vide sécuritaire. Et que derrière, ils sont venus, disons, rattraper le coup. Ils disent qu'ils ont arrêté plusieurs familles qui ont réussi à quitter le camp et qu'ils les ont ramenées dans le camp. Mais en fait, il faut aussi imaginer qu'on ne sait pas, en ce qui concerne les Syriens, les Syriens et les Irakiens, qui sont les gens dans ces camps. Parce qu'accuser les gens d'appartenir à l'État islamique, c'était monnaie courante pour moult raisons. Pas forcément pour des raisons politiques, parfois pour des raisons mercantiles. Parce que chaque détenu dans ces camps pesait son poids en termes de financement de la communauté internationale pour les forces démocratiques syriennes. Du financement de l'ONU, du financement des pays européens, du financement des États-Unis. Il faut juste rappeler que pendant 10 ans et 3 mois, il y a eu un financement. Un financement énorme. D'ailleurs, le président Trump l'a dit. Et que quand on voit l'état dans lequel sont les zones dans le nord-est syrien, il n'y a pas un mur qui a été construit, disons. Et donc, ce qui explique aussi le ressenti des populations locales contre les forces démocratiques syriennes qui n'ont pas su gagner les cœurs et les esprits depuis tout ce temps.
[00:04:13] Speaker 1: À propos du président Trump, lors de cette conférence de presse erratique qu'il a menée hier pendant près de deux heures, on a retenu ses propos. On va l'écouter.
[00:04:23] Speaker 3: Il travaille très dur, le président de la Syrie. Il travaille très, très dur. Un mec fort, un dur, avec un CV assez brutal. Mais vous ne pouvez pas mettre un enfant de cœur là pour accomplir le boulot. Je lui ai parlé hier, parce que nous discutions des prisons, de ce qui s'y passe. Ces prisons abritent certains des pires terroristes au monde. Et il les observe.
[00:04:43] Speaker 1: Voilà, le président Al-Shara, selon Donald Trump, est un mec dur, je cite, mais qui... est aux manettes et qui a raison d'une certaine façon d'agir comme ça. Est-ce que ça veut dire que les Américains ont lâché les Kurdes ?
[00:04:56] Speaker 2: Les Américains ont déjà donné plusieurs ultimatums aux Kurdes depuis le 10 mars 2025. Donc l'accord du 10 mars 2025 et tous les accords qui ont suivi n'étaient que mécanismes pour ce même accord étaient déjà sponsorisés par les Américains, les Français, les Turcs et tout le monde, en fait. Sauf que le commandement des forces américaines n'a pas voulu monter dans le train. Et plus le temps passait, plus ils perdaient des cartes. Il faut imaginer, ils contrôlaient trois provinces. Avec du pétrole, des ressources, des passages frontaliers et un soutien international indéfectible. Ils n'ont pas su capitaliser là-dessus. Et on arrive au bout, là où les Américains sont obligés de dire, que ce soit l'envoyé spécial Tom Barak ou le président Trump, que c'est fini. Parce qu'il faut imaginer aussi que depuis que la Syrie est rentrée dans la coalition internationale contre l'État islamique, évidemment que l'administration américaine, telle qu'elle soit, préfère traiter avec un État que de traiter avec une organisation. Parce que même, on parlait des camps, même le statut juridique de ces camps, c'est une zone grise. Même quand la France, par exemple, veut ramener des familles depuis là-bas, elle peut les ramener, mais c'est un process très particulier. Parce que sinon, quand ils arrivent ici, pour être judiciarisés, il y a des vices de procédure. Parce que l'organisation qui les détient n'est pas reconnue. Son système judiciaire n'est pas reconnu. Donc évidemment que dans le jeu des États, un État préférait travailler directement avec un autre. Et la nouvelle alliance sponsorisée par Trump entre Washington et Damas a sonné déjà la fin des forces démocraties syriennes qui n'ont pas su saisir l'occasion dès le 10 mars 2025.
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