[00:00:00] Speaker 1: Christophe Doncette m'a rejoint. Christophe, il y a un acteur qui s'est invité en filigrane dans les couloirs de la réserve fédérale américaine. Cet acteur, c'est le dollar plutôt à la baisse ?
[00:00:09] Speaker 2: Oui, alors officiellement, la monnaie américaine ne fait pas partie des prérogatives de la Fed, qui ne s'occupe que d'inflation et que de croissance. D'ailleurs, Jerome Powell a refusé tout commentaire sur le sujet, disant que c'était du ressort du trésor. Mais la monnaie était évidemment présente dans les esprits, parce que oui, depuis plusieurs mois, elle baisse. Il faut désormais 1,20$ environ pour 1€. On n'avait pas vu un tel niveau depuis près de 5 ans. C'est seulement d'ailleurs la 9ème fois depuis la création de l'euro que le seuil des 1,20$ est franchi. Et puis surtout, le dollar baisse face à toutes les autres grandes monnaies. Et pourquoi une telle baisse du dollar ? Alors, elle est liée à Donald Trump. Les marchés intègrent son imprévisibilité. C'est critique répétée contre la Fed. On en a parlé, contre ses attaques contre son président, Jerome Powell, dont le mandat s'achève au mois de mai. Et les investisseurs redoutent que Donald Trump ne cherche à reprendre la main sur la politique monétaire en nommant à la tête de la Fed quelqu'un de plus accommodant, plus aligné avec ses vues. À cela s'ajoutent des déficits massifs, une dette américaine très lourde et un dollar qui joue de moins en moins son rôle traditionnel de valeur refuse, ce qui explique aussi la forte hausse ces derniers temps de l'or. Résultat, la confiance entre ce dollar s'érode. Et cette baisse du dollar, est-ce que ça inquiète Washington ? Alors, vous voulez dire peut-être Donald Trump ? Et pour voir ce qu'il en pense, je vous propose de l'écouter. Vous allez voir, c'est très court et c'est très clair.
[00:01:37] Speaker 1: Je pense que c'est super. Je veux dire, la valeur du dollar est bonne. Regardez comme se porte notre économie. Le dollar va magnifiquement bien.
[00:01:43] Speaker 2: Oui, alors il s'en réjouit parce que cette baisse, elle a quelque chose d'idéologique presque. Elle correspond très précisément à... À la vision qu'il défend, à la vision surtout que défend l'un de ses conseillers économiques, Stephen Miron, qui est l'un des architectes actuels de la politique économique de Donald Trump. Il dirigeait encore récemment le conseil économique de la Maison-Blanche avant de rejoindre à titre provisoire le conseil des gouverneurs de la Fed où il siège jusqu'à la fin de cette semaine. Il a d'ailleurs participé hier à la décision de politique monétaire et il était l'un des deux seuls à avoir voté en faveur... en faveur d'une baisse des taux, contrairement à ses dix autres collègues. En novembre 2024, Stephen Miron, c'était au moment de l'élection présidentielle, Stephen Miron a publié un document clé, « A User's Guide to Restructuring the Global Trading System ». Dans ce texte, il pose un diagnostic radical. Selon lui, le dollar est structurellement surévalué. Pourquoi ? Parce que la monnaie est devenue, le dollar est devenu la réserve internationale. C'est très clair. Parce que les investisseurs étrangers, l'achètent massivement comme valeur refuge. Parce que cette demande permanente, elle maintient le dollar artificiellement à un niveau élevé. Et pour l'économie américaine, explique Miron, c'est devenu un fardeau, une surévaluation chronique, des déséquilibres commerciaux persistants qui créent une perte de compétitivité du secteur manufacturier et donc, in fine, aussi la désindustrialisation du pays. Et donc, il préconise la baisse du dollar comme solution. Oui, il appelle surtout à... Il a partagé ce fardeau avec ses partenaires commerciaux. Stephen Miron préconise l'introduction, préconisé en 2024, l'introduction de droits de douane, en contrepartie, d'une part, à l'accès au marché américain et au dollar lui-même, mais surtout aussi, et ça c'est un point crucial, à la protection, en échange de la protection militaire des Etats-Unis. Il propose aussi de forcer les partenaires à acheter davantage de produits américains. Alors, ça vous rappelle peut-être quelque chose ? C'est exactement la politique qui est menée, depuis un an, avec ces droits de douane, avec le fait de forcer à acheter américain. Miron accepte ainsi explicitement une phase de baisse et de volatilité du dollar. Selon lui, l'étape suivante serait un accord international pour stabiliser la monnaie américaine, mais cette fois, selon les règles dictées par Washington, cette étape-là, on n'y est pas encore, mais la trajectoire, elle est posée. Et laisser baisser le dollar, c'est sans risque ? Alors non, pas du tout, c'est peut-être un peu le risque. C'est que c'est toute la fraîche... C'est l'agilité du moment. Un dollar plus faible, ça favorise certes les exportations américaines, mais c'est un risque du retour de l'inflation importée, parce que les importations coûtent plus cher. Donc potentiellement, c'est un frein à la baisse des taux, voire une pression à remonter ces taux. C'est aussi une moindre attractivité pour la dette américaine. Or, cette dette, vous la voyez là, elle est massive à 38 000 milliards de dollars. Autrement dit, si les États-Unis jouent là un jeu assez délicat, parce qu'utiliser la faiblesse du dollar comme outil économique, sans fragiliser la confiance dans leurs monnaies et leurs dettes, c'est un pari, c'est un pari idéologique. C'est donc un jeu très dangereux. Merci beaucoup.
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