[00:00:10] Speaker 1: — Bonjour et bienvenue en tête-à-tête de l'émission de grandes interviews de France 24. Notre invité cette semaine est Samuel Eto'o. C'est le président de la Fédération camerounaise de football, ancienne gloire évidemment du football de son pays. Merci, Samuel Eto'o.
[00:00:23] Speaker 2: Je vous en prie.
[00:00:24] Speaker 1: Je veux revenir sur cette finale de la Cannes, surréaliste, chaotique, épique, 0-0 presque à la fin du temps réglementaire, un but refusé au Sénégal, puis un pénalty accordé au Maroc, fureur des joueurs sénégalais qui quittent le terrain pendant une dizaine de minutes, chaos dans les tribunes. Finalement, les joueurs reviennent, le pénalty est tiré, manqué par le Maroc et le Sénégal finit par l'emporter en prolongation. Quel est votre avis sur cette finale ?
[00:00:52] Speaker 2: Écoutez, permettez-moi déjà de féliciter le Sénégal qui mérite sa victoire. Que ce soit les joueurs, que ce soit les supporters, cette magnifique équipe, ce groupe est allé chercher sa victoire. Maintenant, on suit les faits de jeu qui ont marqué cette finale. J'espère que nous allons travailler pour améliorer notre institution afin que nous n'ayons plus… ces images, parce que je pense qu'on aurait pu éviter tout ce qui s'est passé hier.
[00:01:29] Speaker 1: Mais qu'est-ce qui a été un problème selon vous ? L'arbitrage, ce qui s'est passé sur le terrain, ce qui s'est passé dans les tribunes, la gouvernance, qu'est-ce qui a gâché la fête finalement ?
[00:01:39] Speaker 2: Non, gâcher la fête, si vous le dites, c'est comme si la fête n'était pas belle. Et permettez-moi aussi de vraiment m'arrêter et de dire félicitations particulièrement au président Fouzi Laggia qui s'est investi… personnellement pour offrir à la CAF des installations magnifiques afin qu'on ait une canne relevée au niveau de la logistique. Maintenant, sur les faits de jeu, les habitres restent des humains. Et je ne souhaite pas venir ici accuser des habitres, mais il y a eu des faits de jeu qui ont marqué cette canne à jamais. Maintenant, il revient à… à la Confédération africaine de football de prendre ses responsabilités et de voir ce qui a moins fonctionné afin de prendre les décisions qui s'imposent pour que nous n'ayons plus des faits de jeu qui prennent le dessus sur ce qui nous intéresse tous, le jeu.
[00:02:38] Speaker 1: Des faits de jeu, ça veut dire des erreurs d'arbitrage ?
[00:02:40] Speaker 2: Ah oui, des erreurs d'arbitrage. Mais n'oubliez pas que les habitres restent des humains parce qu'ils sont comme vous et moi.
[00:02:46] Speaker 1: Est-ce que vous auriez pris la même décision que le sélectionnaire sénégalais qui dit à ses joueurs au moment du pénalty ? Ils sortent du terrain et ils sortent du terrain pendant 10 minutes sachant qu'ils auraient pu perdre le match sur tapis vert s'ils n'étaient pas revenus.
[00:02:58] Speaker 2: Moi, j'ai été sanctionné à 4 matchs parce que j'ai refusé de prendre cette décision parce que, vous savez, les émotions parfois ne sont pas contrôlables. Et à un moment donné, pendant notre rencontre Cameroun-Maroc, il y avait beaucoup d'émotions et un de mes compatriotes m'a suggéré de retirer l'équipe. Sur un coup de tête, j'aurais pu prendre cette décision-là. Je ne pense pas que je vais accuser le sélectionneur sénégalais. Au contraire, il a eu le courage de défendre son équipe. Il a pris un risque ? Il faut prendre ces risques-là. Au final, le Sénégalien gagne et c'est ce que je veux retenir. Maintenant, ceux qui sont chargés de… d'enquêter, de regarder ce qui n'a pas été, prendront leurs responsabilités. Mais toujours est-il qu'il y a des émotions dans un match de football et il faut qu'on comprenne qu'il y a des émotions et tout faire pour que ces émotions ne débordent pas. Et tout faire, c'est quoi ? C'est que nous avons peut-être l'avare, ça ne nous coûte rien d'aller vérifier l'effet de jeu et je pense que si, à un moment donné, on vérifie l'effet de jeu, nos émotions seront beaucoup mieux contrôlées.
[00:04:26] Speaker 1: Est-ce que le capitaine sénégalais Sadio Mane, qu'on a vu rappeler les joueurs, n'a pas peut-être sauvé le Sénégal parce qu'ils ont fini par gagner, mais aussi redoré le blason parce que si on sort du terrain, ça aurait pu être très, très grave pour le Sénégal ?
[00:04:40] Speaker 2: Sadio Mane, c'est l'un des plus grands champions de notre continent et vraiment mention spéciale à l'homme qui… J'ai le privilège de l'avoir comme ami et je dis vraiment ce qu'il a fait pour amener ses coéquipiers vers la victoire finale est exceptionnel et j'espère qu'il gagnera un autre ballon d'or avec ce qu'il a fait. Et le geste qu'il a fait hier, c'est un geste de grand leader.
[00:05:13] Speaker 1: Est-ce que vous avez l'impression que les arbitres arbitraient en faveur du Maroc pendant cette compétition ?
[00:05:19] Speaker 2: Écoutez, ce n'était pas une question de… Ce que l'arbitre faisait pendant ce match, mais tout ce qui nous a amené à ce que ce match soit vu de la sorte. On nous notifie l'arbitre du match la veille, je crois qu'il était 22h, ne nous laissant pas le temps de recuser l'arbitre si nous estimons qu'il n'était pas bon pour notre match. Ça, c'est d'un. Deux, il y a eu un problème avec les billets. Où l'ambassadeur de mon pays se retrouve à quelques heures, deux heures, je crois, ou une heure trente avant le match, il n'a pas son ticket pour… Mais toutes ces petites choses, on doit les améliorer. Donc, quand vous arrivez dans un stade avec tous ces faits qui tournent autour, vous êtes disposé à penser que le match est peut-être biaisé. Et quand vous arrivez… Quand vous arrivez et qu'il y a des faits de jeu qui sont contre vous, à un moment donné, la seule chose que moi je demandais, c'est qu'on regarde la VAR. J'ai suivi, d'aucuns ont dit oui, mais le Cameroun n'a pas tiré au but pendant tout ce match. Je vais vous dire, la question n'est pas de tirer. Parce que pour nous autres, Camerounais, si vous avez le carton rouge à un moment donné dans ce match, ça change le match. Si vous avez un pénalty, ça change le match. Mais une fois de plus, ce que nous donnons… Ce que nous demandons, c'est que tous ces faits ne soient pas ni pour le Cameroun, ni pour le Maroc, ni pour quelqu'un d'autre. Parce que je vais vous dire, le Maroc qui nous a offert l'une des plus belles cannes de l'histoire de l'Afrique, qu'est-ce qu'on va retenir de cette canne ? Les faits de jeu. Et nous devons éviter ça à l'avenir.
[00:07:14] Speaker 1: Alors, la CAF vous a donc sanctionné d'interdire le stade pendant quatre matchs, une amende aussi. En raison de votre comportement dans les tribunes… Qui l'a qualifié d'anti-fair-play. Vous êtes retourné vers Patrice Motsepe, vers le président de la fédération marocaine, Fouzi Lekja. Est-ce que vous allez faire appel de cette sanction ? Et est-ce que vous avez dénoncé, à ce moment-là, le manque de fair-play, ou peut-être le fait que ce soit biaisé, cette Coupe d'Afrique des Nations ?
[00:07:42] Speaker 2: Biaisé, c'est vous qui… Je ne sais pas ce que vous avez dit, c'est vous qui avez parlé. Non, non, non, biaisé, non. À la fin, j'ai été très clair. Le fair-play devrait toujours être au-dessus… Au-dessus de tout, et c'est ce que j'ai essayé de faire. Je ne suis pas d'accord avec la sanction, j'ai fait appel de la sanction, et je l'ai même dit au président de la commission. Ils ont fait venir un témoin qui est un collègue au comité exécutif, qui est un président de fédération aussi, pour relater les faits. Et lui-même, dans son récit, il le dit. Il le dit, Samuel dénonçait des faits de jeu. Un comportement d'anti-jeu qui pouvait amener à ce qu'on me sanctionne. Il le dit, c'est enregistré, c'est là.
[00:08:30] Speaker 1: Je veux revenir sur le terrain. On a beaucoup parlé des tribunes, de l'arbitrage. Parlons sur le terrain. La performance du Cameroun, quart de finaliste. Bon, au regard du bilan historique du Cameroun, ce n'est pas non plus une énorme performance. Mais avec plus de deux tiers de l'effectif qui n'avait jamais fait de compétition, est-ce que vous pensez que cette canne est une réussite ?
[00:08:48] Speaker 2: C'est une belle performance, contrairement à ce que vous dites. Et je vais vous dire. Pourquoi c'est une belle performance. Parce que nous partons de loin, parce que nous ne recherchons seulement pas la victoire finale qui était le trophée. Mais vous savez, le Camerounais a un état d'esprit qui est différent, qu'on avait perdu depuis quelques années. Et nous sommes contents parce que les Camerounais ont retrouvé cet état d'esprit. Et en 2020, je l'ai dit il y a quelques temps. J'ai dit nous souhaitons voir cette équipe nationale jouer quart de finale, demi finale, quart de finale, demi finale. Parce que c'est ça. Le Cameroun, le minimum, c'est ça. Quart de finale, demi finale et puis gagner la finale. Parce que vous ne pouvez pas gagner tous les jours, même si nous souhaitons le faire. Mais quand vous avez déjà la possibilité, une continuité de jouer demi finale, quart de finale, vous êtes là.
[00:09:37] Speaker 1: David Pagu va rester à la tête de la sélection camerounaise jusqu'à la canne.
[00:09:41] Speaker 2: Ah oui, nous, nous voulons donner une continuité, une tranquillité aux différents sélectionneurs.
[00:09:49] Speaker 1: Alors, il a été nommé, sauf qu'il y avait un sélectionneur. Qui avait été nommé par le ministère des Sports, Marc Brice, un Belge. Il a été écarté avant la fin de la compétition. Il continue à être payé par le Cameroun. Il a même touché une prime pour la canne jusqu'à l'expiration de son contrat en septembre. Comment vous expliquez cette solution surréaliste ? Lui, il dit qu'il a été écarté de façon illégale.
[00:10:14] Speaker 2: Mais moi, je ne suis pas son employeur. Mais ce n'est pas ça le problème. Mais je ne suis pas son employeur. Si son employeur décide de faire une compétition, il va être écarter de façon illégale. Si son employeur décide de continuer à le payer, écoutez, moi, je n'ai rien à dire sur ça.
[00:10:27] Speaker 1: Pour vous, il ne reviendra pas ?
[00:10:29] Speaker 2: Écoutez, nous, nous sommes la Fédération. Nous avons pris nos responsabilités. Et la majorité des Camerounais se retrouvent dans ce que nous avons fait. Et ça, c'est le plus important.
[00:10:40] Speaker 1: Est-ce que vous demandez au ministre des Sports, Narcisse Mouel-Kombi, de ne plus se mêler des affaires de la Fédération Camerounaise de Football ? Française ?
[00:10:49] Speaker 2: Non, française. Écoutez, le professeur, qui est un parent, qui est quelqu'un d'important dans notre pays, vous n'attendez pas que je vienne ici pour le désavouer, même si nous avons… Le remettre à sa place. Même si nous avons des désaccords, c'est mon patron, et puis j'aurai toujours ce respect-là. Mais quand nous avons des points de vue différents, je trouverai toujours le… Le meilleur canal pour m'exprimer.
[00:11:29] Speaker 1: Vous avez le soutien du chef de l'État, Paul Billard ?
[00:11:32] Speaker 2: Celui qui a été élu par les Camerounais, c'est le chef d'État. Donc c'est lui qui a les responsabilités vis-à-vis de tous les Camerounais. Et tout ce que nous pouvons faire, nous devons tout faire pour contribuer à ce qu'il réussisse son mandat.
[00:11:47] Speaker 1: Juste, évidemment, la question qui se pose toujours, il a été réélu à 4 ans. 92 ans, est-ce que vous pensez que ce ne serait pas le moment pour lui de dire « C'est mon dernier mandat, je vais passer la main afin que la jeunesse camerounaise puisse trouver un successeur ?
[00:12:04] Speaker 2: » Je crois que, je vous l'ai dit tout à l'heure, comme pour le ministre des Sports, je ne viens pas ici pour donner mon opinion sur ce que le chef de l'État doit faire ou pas. Ce que je dois faire, c'est de prendre mes responsabilités, dans le domaine qui est le mien, et contribuer à ce que notre pays continue d'avancer. Bien évidemment, il y a beaucoup de choses à améliorer, mais chacun de nous, dans son domaine, doit prendre ses responsabilités et essayer de faire avancer les choses.
[00:12:32] Speaker 1: Mais vous faites déjà un petit peu de politique, donc ça pourrait éventuellement vous tenter de faire vraiment de la politique un jour, Samuel Eto'o, comme Georges Ouéa.
[00:12:39] Speaker 2: Mais vous savez, on me prête des intentions partout au Cameroun. Je vous pose une question. Je vous réponds. Au Cameroun, d'aucuns pensent que je souhaite faire... faire cette politique-là à la CAF. D'autres pensent que je devrais... Je travaille pour succéder au président Motsépé. Et d'autres, même à la FIFA, pensent que je travaille pour succéder au président Gianni Infantino. Le plus important pour moi, ce n'est pas ça. Le plus important pour moi, c'est d'oeuvrer afin que les joueurs camerounais, surtout ceux qui sont restés au Cameroun, puissent avoir une vie digne. Et qu'ils se disent qu'ils ont eu un aîné qui était à la tête... de la Fédération camerounaise de football et, avec son comité exécutif, a changé les choses.
[00:13:27] Speaker 1: Merci beaucoup, Samuel Eto'o, d'avoir répondu aux questions de France 24. Et merci à vous d'avoir regardé cette émission sur nos antennes.
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