[00:00:00] Speaker 1: Les 27 signent donc ce mardi un autre accord commercial d'ampleur avec un géant de ce monde bouleversé. L'Inde, la patronne de la commission européenne Ursula von der Leyen qui est à New Delhi, parle même de la mère de tous les accords. C'est dire l'importance du moment. On évoque l'un des plus vastes espaces de libre-échange au monde en matière d'industrie et de matière première. Conférence de presse en direct, vous le voyez, avec Narendra Modi qui s'est exprimée un peu avant cette conférence de presse aux Indiens.
[00:00:32] Speaker 2: « Le monde en parle comme l'accord de tous les accords. Il offre des opportunités majeures à 1,4 milliard d'Indiens et des millions d'Européens. » Cet accord de libre-échange renforcera non seulement le secteur manufacturier indien, mais développera également le secteur des services. Il renforcera l'attractivité de l'Inde pour tous les investisseurs du monde entier.
[00:01:09] Speaker 1: Bonjour Albon Alvarez, vous êtes à New Delhi pour Parlons-en. On entendait à l'instant le dirigeant indien accord de tous les superlatifs ce matin.
[00:01:20] Speaker 3: Absolument, les superlatifs ne manquent pas. Tournant décisive, l'accord de tous les accords, un accord historique. Ce traité de libre-échange, ça a été un peu une arlésienne ces deux dernières décennies, puisque les premières discussions ont débuté en 2007. Elles se sont arrêtées quelques années plus tard avant de reprendre en 2022 et bien entendu de connaître un coup d'accélérateur l'an dernier. Ce traité de libre-échange s'apprête à être signé entre l'Union européenne et l'Inde. Et quoi de mieux que le République, dès le jour de la République hier, pour terminer ses négociations le jour de la République, où a lieu un énorme défilé militaire et où l'Union européenne a été l'invité d'honneur cette année.
[00:02:10] Speaker 1: Albon Alvarez, vous restez avec nous sur ce plateau Christophe Dansette. Bonjour Christophe.
[00:02:16] Speaker 4: Bonjour Pauline.
[00:02:16] Speaker 1: Que comporte exactement cet accord ?
[00:02:19] Speaker 4: L'accord va éliminer plus de 90% des droits de douane, 4 milliards d'euros de barrières douanières qui vont être supprimées. D'un côté, c'est 96%. De l'autre côté, c'est 92%. Vous voyez, c'est énorme. Pour les exportations européennes, ça concerne d'abord la machinerie qui représente près de la moitié des exportations européennes en Inde. Ça comporte aussi l'aéronautique avec, pour les deux, des droits de douane qui vont être réduits à zéro. Et puis, il y a les voitures qui, dans un nombre limité de 150 000 voitures, vont pouvoir passer de 110% de droits de douane aujourd'hui à progressivement 10%. Pas tout de suite, mais dans les prochaines années. Crucial pour l'industrie allemande en particulier, avec des marques comme Mercedes, comme Volkswagen ou BMW. Et la France, elle, n'est pas en reste, puisqu'elle est aussi concernée par le secteur automobile, avec des marques comme Renault ou Stellantis. Mais surtout, elle obtient un meilleur accès pour ses vins, pour ses spiritueux, qui, eux aussi, vont bénéficier d'importantes réductions de droits de douane. On peut aussi citer parmi les gagnants l'Italie, qui va pouvoir exporter des pâtes à droits de douane réduits. Plus généralement, les 27 vont pouvoir bénéficier d'un accès privilégié au marché indien, traditionnellement très protégé, notamment pour les investissements directs. Et Bruxelles espère ainsi rééquilibrer un déficit commercial qui s'est creusé ces dernières années à plus de 20 milliards d'euros, vous le voyez.
[00:03:47] Speaker 1: Et qu'est-ce que les Indiens ont à y gagner ?
[00:03:50] Speaker 4: Ils y gagnent aussi beaucoup. Eux, c'est 96% des droits de douane qui vont être supprimés. Ils obtiennent un aménagement, par exemple, de la taxe carbone. Ce qui est très important pour l'industrie de la sidérurgie. Ça réjouit évidemment un groupe comme Mittal, même si ça peut faire trembler un petit peu ici en Europe les sidérurgistes. Des facilitations aussi pour le textile, pour les produits pharmaceutiques, avec un abaissement de certaines normes, en particulier dans le domaine pharmaceutique. Et puis, les échanges entre populations vont être facilités, notamment de nouvelles opportunités pour les étudiants ou encore pour les travailleurs qualifiés. L'accord, il arrive quelques jours, dix jours après celui sur le Mercosur, qui était très controversé. L'avantage, cette fois, c'est que le domaine agricole, que le gouvernement indien protège beaucoup, est très largement exclu de cet accord. Ça évite la colère des agriculteurs européens à vendre bout contre l'accord, même si eux-mêmes vont pouvoir, par exemple, l'exporter, on le disait, du vin ou encore de l'huile d'olive. Et côté indien aussi, on connaît l'importance du secteur agricole indien, qui est capable, lui aussi, de se mobiliser très fortement.
[00:05:02] Speaker 1: Christophe, vous restez avec nous. Alban Alvarez, on vous retrouve à nouveau depuis New Delhi. Vous nous disiez, Alban, il y a quelques instants, que cet accord, c'était une arlésienne. Les négociations ont commencé il y a 20 ans. Là encore, similitude avec les négociations sur le Mercosur. Celles-ci, avec les Indiens, se sont accélérées au moment où Donald Trump a lancé sa guerre commerciale et contre les Européens et contre les Indiens.
[00:05:28] Speaker 3: Absolument, c'est ce que n'a pas manqué de remarquer la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, hier. Elle veut montrer que dans un monde fracturé, il y a d'autres voies possibles. Alors, on peut parler, bien entendu, de la concurrence commune aussi avec la Chine, mais clairement, la guerre commerciale menée par Donald Trump a servi d'accélérateur aux diplomates européens et indiens pour trouver... Pour négocier plus rapidement cet accord, cet accord à ce traité de libre-échange, il faut rappeler que Donald Trump a imposé des droits de douane de 50% sur les produits indiens pour sanctionner New Delhi pour ses achats de pétrole russe. Clairement, les Européens et les Indiens veulent montrer qu'il y a donc une autre voie. Et d'ailleurs, il y a quelques jours à peine, le chancelier allemand était présent et d'ici le mois de février, le président Emmanuel Macron devrait également venir en Inde.
[00:06:28] Speaker 1: Et on va y revenir dans un instant avec Christophe Dansette. Des Européens qui voient aussi là la façon, le moyen de ramener l'Inde vers eux en la détournant, en se faisant de la Russie ?
[00:06:41] Speaker 3: Alors, ce qui est très clair, c'est que la relation entre l'Inde et la Russie, elle est dans tous les esprits. Il faut rappeler que Kajakalas, la représentante de l'Union européenne en termes d'affaires étrangères, a rappelé dans la presse indienne, dans une interview, que la Russie pose une menace existentielle pour l'Europe. Donc, d'un côté, vous avez l'Union européenne qui considère que la Russie est une menace existentielle et de l'autre, les relations entre Delhi et Moscou n'ont cessé de se renforcer. Il faut rappeler que Vladimir Poutine est venu en Inde à New Delhi au début du mois de décembre, que la relation entre Delhi et Moscou, elle est historique d'un point de vue diplomatique, économique et surtout militaire, puisque la Russie... Eh bien, fournit de nombreuses armes pour l'armée indienne. Ce sont deux pays qui... D'ailleurs, l'Inde n'a pas condamné l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Et à chaque fois que les Européens ont tenté, il va dire, de parler, de critiquer l'achat notamment de pétrole russe par New Delhi, eh bien, il y a eu des réponses glaciales de la part des Indiens. Donc, avec ce traité... De libre-échange, on sent que la stratégie n'est pas celle de la pression, mais au contraire, de montrer, eh bien, que l'économie ne passe pas uniquement par Moscou, Pékin ou encore Washington.
[00:08:09] Speaker 1: Merci beaucoup, Alban Alvarez, depuis New Delhi. Encore d'un mot, Christophe, on va voir les Européens, précisément, défiler en Inde dans les jours qui viennent ?
[00:08:18] Speaker 4: Oui, il y a une réunion dans quelques jours au niveau européen et indien qui aura lieu. Il faut quand même noter que l'accord, il doit passer encore un certain nombre d'étapes. Il doit être 100% validé, il doit être validé par le Parlement européen, puis après, il doit avoir la signature du Conseil européen, mais ça devrait être beaucoup plus facile pour l'accord pour le Mercosur, qui a été si compliqué et ce n'est pas encore terminé. Et vous avez raison, on avait vu l'Allemagne, en particulier, qui avait fait le service avant, qui avait préparé le terrain, si on veut, avec cette visite du chancelier Merz en Inde, qui signait un certain nombre de contrats, et l'Allemagne qui salue. Aujourd'hui, cet accord parlant des opportunités de croissance et d'emploi. Et puis, on aura le président français qui, contrairement au Mercosur, est pour et qui sera en Inde dans trois semaines maintenant. Il sera à New Delhi pour participer au grand sommet annuel sur l'intelligence artificielle. Et puis, surtout, il lancera en Inde l'année franco-indienne de l'innovation.
[00:09:18] Speaker 1: Merci beaucoup, Christophe. Et vous nous parliez de l'avantage pour les groupes industriels français-européens. Renaud, à l'instant, se félicite de la signature. C'est d'accord avec les Indiens. Merci, Christophe. Et merci encore, Alban Alvarez, depuis Delhi. Voilà ce que l'on pouvait dire à cette heure sur cette signature.
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