[00:00:00] Speaker 1: Et le corps des gardiens de la Révolution, on l'a appris, est donc désormais classé organisation terroriste par l'Union Européenne. Un vote s'est tenu en ce sens à Bruxelles, créé au lendemain de la Révolution Islamique de 1979. Ce bras armé du régime et l'organisation la plus puissante d'Iran, Noémie Roche, nous explique ce qu'est ce corps des gardiens de la Révolution. On en reparle avec Anne Corpé dans quelques instants.
[00:00:24] Speaker 2: On les appelle Pazdaran. Fondé en 1979 par l'Ayatollah Roumeni, quelques mois après la Révolution Islamique, les gardiens de la Révolution constituent une organisation militaire d'élite. Nés de la méfiance du nouveau régime d'alors envers une armée régulière jugée trop liée à l'ancien pouvoir du Shah, les Pazdaran sont chargés du maintien de l'ordre. Leur mission ? Protéger le régime islamique. Et prévenir tout coup d'État, après avoir juré fidélité à la Révolution et au guide suprême, aujourd'hui, Ali Ramenei. Les gardiens de la Révolution comptent environ 150 000 membres. Ils disposent de leur propre force terrestre, navale, aérospatiale et spatiale, une véritable armée parallèle. Les gardiens de la Révolution contrôlent aussi des secteurs clés de l'économie iranienne. Pétrole, construction, télécommunications, agroalimentaire. Ils détiendraient jusqu'à 50% des richesses pétrolières du pays. Malgré sa puissance, l'institution a subi des pertes de figure majeures ces dernières années, comme le général Rassem Soleimani, chef des opérations extérieures, tué par une frappe américaine en 2020, ou Hossein Salami, éliminé par Israël en juin dernier.
[00:01:46] Speaker 1: On l'a pillé, Anne Corp est avec nous en plateau. Anne, avons-nous même la tenue de ce vote ? Kaya Callas, la chef de la diplomatie européenne, expliquait qu'il souhaitait, les Européens souhaitaient mettre sur le même plan le corps des gardiens de la Révolution, Al-Qaïda et le Hamas. C'est désormais chose faite.
[00:02:03] Speaker 3: Oui, et la chef de la diplomatie européenne vient de qualifier ce vote d'étape décisive. Tout régime qui tue des milliers de personnes au sein de sa population marche vers sa perte, a déclaré Kaya Callas il y a tout juste quelques minutes. Alors il fallait l'unanimité. Il fallait l'unanimité au sein du Conseil des ministres des Affaires étrangères pour obtenir cette décision. C'est la règle pour toute décision qui concerne la politique étrangère au sein de l'UE. Et jusqu'ici, plusieurs pays s'y opposaient, notamment la France qui pensait disposer d'un levier avec cette mesure pour continuer de faire pression sur le régime de Téhéran pour discuter avec les autorités, le cas échéant. La France qui craignait aussi des mesures de représailles, sur Cécile Collère et Jacques Paré, ce qui sont, il faut le rappeler, toujours assignés à résidence à l'ambassade de France à Téhéran après leur libération à l'issue de trois ans et demi de détention. Jean-Noël Barraud avait annoncé le revirement de Paris à ce sujet dès hier soir. Avant d'entrer au Conseil ce matin, le ministre des Affaires étrangères français avait expliqué cette volte-face par la répression insoutenable qui s'est abattue sur la révolte pacifiste. « Le courage inouï de la population iranienne ne peut rester vain », a dit Jean-Noël Barraud ce matin. Il y avait aussi l'Italie, l'Espagne, la Roumanie qui s'opposaient jusqu'à présent au classement du corps des gardiens de la Révolution sur cette liste noire de l'Union européenne. Ces pays ont aussi changé d'avis. Il faut ajouter que l'Union européenne a aussi voté des sanctions contre des individus, notamment contre le ministre de l'Intérieur, contre le chef de la police chargé de la sécurité publique, contre un juge qui était à la tête d'un tribunal impliqué dans la répression des manifestations et plusieurs dirigeants de ce corps des gardiens de la Révolution.
[00:04:05] Speaker 1: Cette organisation qui compte environ 150 000 hommes, 150 000 membres, concrètement, Anne, quel impact, quelles conséquences auront ces sanctions ?
[00:04:14] Speaker 3: Ça veut dire que les membres de cette branche armée n'auront plus accès au territoire de l'Union européenne. Que le gel de leurs avoirs est effectif. Et puis aussi, ça va empêcher toute personne de coopérer avec les gardiens de la Révolution. Viser les gardiens de la Révolution, comme on l'a vu sur le sujet qui vient d'être diffusé, c'est vraiment toucher à la colonne vertébrale qui tient le régime en place. Ils sont intégrés aux plus hautes sphères. Ils ont un contrôle sur le dossier nucléaire, mais aussi sur les organisations régionales. Régionales qui dépendent de l'Iran. Et puis sur l'économie du pays, puisqu'ils contrôlent tous les secteurs stratégiques. Alors les frapper au portefeuille devrait avoir un impact, mais limité, puisque les gardiens de la Révolution n'ont pas tous leurs avoirs sur le territoire européen. Le Canada, l'Australie avaient pris la même décision. Elle a classé cette organisation sur liste noire en 2024. Les Etats-Unis l'ont fait dès 2019, lors du premier mandat de Donald Trump, qui faisait pression. Les Etats-Unis ont fait pression sur l'Europe pour qu'elle prenne à son tour cette décision. Ce que ça signifie, in fine, ça veut dire que l'Union européenne estime qu'il n'y a plus de canal de discussion possible avec le régime des mollas.
[00:05:34] Speaker 1: Merci beaucoup Anne. Merci pour ces éléments de compréhension. On retourne à Washington, où nous attend Mathieu Mabin. Merci d'être toujours avec nous Mathieu. Il y a donc, ça y est, ce vote qui est fait. Le corps des gardiens de la Révolution est désormais inscrit comme organisation terroriste. Est-ce que depuis les Etats-Unis... Vous vous trouvez, Mathieu, est-ce que ça pourrait venir légitimer une possible attaque américaine en Iran ?
[00:06:00] Speaker 4: Alors, évidemment, l'information est beaucoup trop récente pour qu'on ait pu enregistrer ici la moindre réaction du département d'Etat. Mais je dirais que tant que les missiles n'ont pas décollé des bases iraniennes ou quitté les ailes des chasseurs-bombardiers américains pour frapper l'Iran, on assiste toujours à une bataille de mots. Et donc, oui, ce classement est de nature à être utilisé. Il est utilisé, évidemment, par la diplomatie américaine quand ce sera opportun. On l'a vu dans un autre dossier, celui du Venezuela, par exemple, et l'amalgame opéré par Washington entre narcotrafic et terrorisme. Mais, clairement, ce n'est pas non plus un game changer, comme on dit ici. Soyons bien clairs, si Donald Trump voulait frapper l'Iran, il n'aurait pas besoin de cela. Que la frappe soit militaire ou financière, d'ailleurs.
[00:06:46] Speaker 1: Merci, Mathieu. Merci pour cette toute dernière réaction depuis les Etats-Unis. Merci. Les Américains, effectivement, réagissent à cette annonce qui devait sans doute attendre également les...
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