Europe braces for Trump’s Davos speech amid tensions (Full Transcript)

Trump lands for Davos as EU leaders warn against Greenland threats and tariff pressure; Europe signals unity, retaliation options, and a diplomacy-first posture.
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[00:00:00] Speaker 1: Et bienvenue si vous nous rejoignez dans ce Paris Direct, il est 13h à Paris, la même heure à Zurich où a atterri il y a quelques instants l'avion de Donald Trump. Les regards sont braqués vers cet appareil qui vient donc de se poser il y a quelques instants. L'avion d'où va sortir dans quelques instants le président américain, lui qui est attendu de pied ferme à Davos aujourd'hui. Malgré ses trois heures de retard sur le planning, le chef de la Maison Blanche va bien s'exprimer à la tribune cet après-midi. Une intervention très attendue, redoutée en même temps. Après les mises en garde des Européens hier, le chef de la Maison Blanche choisira-t-il d'aller au bras de fer avec l'Europe ? On va décrypter évidemment cette séquence en direct avec l'invité de l'info du jour, c'est Jean-Maurice Ripper. Bonjour et merci d'avoir accepté l'invitation. Bonjour. Avant d'aller plus loin, on va jeter un oeil au sommaire de cette émission. On va consacrer une large partie évidemment de cette séquence à l'intervention américaine du jour. Dans le Club France 24 avec Karim Yahoui d'abord, nous verrons que Donald Trump arrive avec une armée de collaborateurs. Cinq ministres et bien plus. Démonstration de force attendue en réponse au discours très ferme notamment hier d'Emmanuel Macron. C'est ce que nous dira Fleur Simon dans l'instant Paul. Elle nous dira comment ont été perçus les mots du président français dans l'Hexagone. Et puis dans la dernière image, à 14h30, nous reviendrons sur la démolition du siège de l'Univoi à Jérusalem-Est. Des ruines qui en disent long sur les intentions des autorités israéliennes accusées de graves violations du droit international. C'est Cyril Payen qui nous dira tout à la fin de cette émission. Pour la première fois depuis 2020, depuis six ans donc, Donald Trump s'apprête à faire son grand retour à Davos. Malgré ses trois heures de retard sur le programme, en raison d'un incident électrique à bord de son avion, l'Air Force One, le président des Etats-Unis est arrivé à Jérusalem. Il a résuré qu'il y a quelques instants. On attend évidemment sa sortie de l'appareil annoncé comme imminente. Il va ensuite prendre place à bord d'un hélicoptère qui va le conduire au sein de la très chic station suisse Davos, le forum économique de Davos. Ce qu'il attend de pied ferme pour ce discours en forme de réponse aux Européens. L'Europe qui a donné le ton hier notamment sur le Groenland par ses différentes prises de parole. Les différents chefs d'Etat se sont succédés à l'attrait. Dans la tribune, évidemment, vous suiviez avec nous hier le discours d'Emmanuel Macron. Le face-à-face s'annonce pour le moins tendu. Et on va s'atteler à décrypter évidemment cette séquence avec l'invité de l'Info du jour, Jean-Maurice Ripper. Bonjour, ambassadeur de France, président de l'Association Française pour les Nations Unies, co-auteur par ailleurs de ce livre, « Apparaître en février prochain, la paix par le droit, irremplaçable, Nations Unies ». Bonjour, merci d'être avec nous. Alors on attend évidemment l'image. On a vu Trump monter dans l'avion hier soir. On l'a interrogé. On attend de voir peut-être la posture qu'il va prendre à la sortie de cet avion. Il le sait. Tout le monde l'attend. Tout le monde le regarde.

[00:03:05] Speaker 2: Il l'espère. Mais j'ai envie de dire que malheureusement, il n'a pas compris qu'il était comme son avion. Il est en retard. Il est en retard d'un siècle ou de deux. La doctrine Monroe, c'était au 19e siècle. Son ami, le président Poutine, a échoué à conquérir l'Ukraine. Il échoue toujours, après quatre ans. Une guerre que j'appelle... Monsieur Trump voulait... Il voulait arrêter en 24 heures. Donc je pense qu'il n'a pas compris que le monde avait changé. Curieusement, tout le monde élabore sur le fait qu'il est en train de changer le monde. Non, je crois que le monde a changé et qu'il n'a pas compris ce qui était en train de se passer. Et j'espère que dans ces conditions, ces menaces ne porteront pas.

[00:03:43] Speaker 1: C'est un discours un peu à contre-courant que vous tenez aujourd'hui. Parce qu'hier, on marquait la première année depuis son grand retour à la Maison Blanche. C'est vrai que tous les éditorialistes, ou un grand nombre d'éditorialistes, justement, ont eu un narratif sur... Oui. ... cette idée qu'il avait changé la face du monde. Vous ne vous dites absolument pas.

[00:03:59] Speaker 2: Non. Je n'essaye pas de dire que ce qu'il dit n'est pas dangereux, bien entendu. J'essaie juste de dire, comme je le répète souvent, qu'il ne faut pas perpétuellement embellir les propos que tiennent précisément les dictateurs qui veulent faire croire qu'ils sont en train de changer le monde. C'est ce qu'ils veulent nous faire croire pour nous conduire à abandonner la défense de nos intérêts et de nos valeurs en disant, vous avez déjà perdu, ça n'est pas la peine. C'est cette rhétorique-là qui, d'un bon point de vue, est dépassée. On accorde trop d'importance à ces postures, à ces commentaires ? Non, on commande ces mots et ces postures au lieu de commenter le fond. On va voir ce qu'il va dire, bien entendu. Mais je note déjà que le fait qu'il ait été mis en colère par les propos d'un certain nombre de représentants à Davos, comme le Premier ministre canadien ou le président Emmanuel Macron, le fait qu'il ait refusé l'offre d'aller parler au G7, tout ça montre que peut-être que les Européens ont raison, avec le soutien de leurs alliés, notamment, bien sûr, les Canadiens. Madame Van der Leyen, également, s'est exprimée hier pour dire que le temps de la menace était terminé et que le temps de la prudence européenne était terminé aussi. Donc, je pense qu'il est face à cela. Il commence à se rendre compte que ça va être un peu plus compliqué que ce qu'il a dit.

[00:05:10] Speaker 1: On parlait de ce personnage emblématique, certes, imprévisible, mais aussi enfantin à plus d'un égard. C'est un enfant, là, qui est en train, peut-être, de prendre la mesure de ceux qui sont en face de lui et qui sont capables. Finalement, de riposter. Parce qu'on a beaucoup dit, pendant de longs mois, que les Européens étaient un peu mous, timides, et qu'ils attendaient pour rien.

[00:05:34] Speaker 2: Je pense que là, on se trompe aussi. Non, juste sur Donald Trump, je pense, je crois que c'était Boris Sérigny qui avait dit de Poutine qu'il est rationnel, il a la rationalité de son délire. Je commence à me demander si ça ne s'applique pas également à M. Trump. C'est-à-dire qu'il vit dans un monde qui n'est pas le monde réel. Il est entouré de gens qui, évidemment, sont des béni-oui-oui, pour dire le minimum, ou qui sont encore pire que lui, d'ailleurs, quand on écoute certains discours. de M. Vance. Mais l'Europe s'est déjà mobilisée. Ça fait des mois qu'elle est mobilisée. Ce que nous voyons aujourd'hui, c'est le résultat du travail de plusieurs mois. L'Europe ne se réveille pas aujourd'hui. Mais les décisions de l'Europe, parce que nous sommes une démocratie respectueuse du droit et du système multilatéral, ça prend du temps.

[00:06:15] Speaker 1: On a mis du temps à se mettre en lente de bataille, mais là, on est peut-être prêts aujourd'hui. On va s'intéresser aux Européens dans un instant. J'aimerais qu'on reste sur la partie américaine. On dit déjà que c'est la plus grosse délégation américaine qui se présente à l'heure actuelle. Oui.

[00:06:26] Speaker 2: 800 personnes, dit-on, c'est fou.

[00:06:28] Speaker 1: Il vient avec 5 ministres. Qu'est-ce que ça nous dit exactement, alors qu'on aperçoit, on attrape personne ? Marco Robbio, chef de la diplomatie américaine.

[00:06:35] Speaker 2: Je crois que ça fait partie des mêmes postures. Se montrer à 800, on est supposé avoir plus peur de la délégation américaine que s'ils étaient 4. Je ne comprends pas très bien. Là encore, c'est du... Excusez-moi, c'est du chaud.

[00:06:49] Speaker 1: Mais quand on se présente comme ça à Davos, on a besoin de venir avec tous ces ministres ?

[00:06:54] Speaker 2: Non, c'était même le contraire. Au départ, Davos, c'était un endroit où, au contraire, les responsables politiques, économiques, sociaux se rencontraient en tête-à-tête. Je vous laisse peut-être...

[00:07:04] Speaker 1: Voilà, à l'heure où on aperçoit Donald Trump effectivement faire mine de dire qu'il fait peut-être un peu froid à Zurich. Et en même temps, il ne faut pas s'attendre à autre chose, il va se rendre sur la station de ski Davos. Le président américain qui, donc, descend de l'avion qui était précédé d'une partie de sa délégation, un de ses ministres, entre autres, et qui est censé monter à bord d'un hélicoptère qui va... le conduire au bord de la station suisse. Alors, quelques mots qui sont prononcés. Je ne sais pas si on a le son et si on peut entendre ce que Donald Trump dit à la presse présente sur le tarmac. On n'a pas entendu. Voilà, il va monter à bord de cet hélicoptère. Là, il y a le monde entier qui est en train de regarder cette image. Et on peut imaginer qu'à Davos aussi, c'est la même chose. Parce que c'est les dirigeants de ce monde qui l'attendent, là-bas.

[00:07:50] Speaker 2: C'est cet arrivé triomphal, ces 800 personnes, c'est ce qu'il espère. Il se comporte en roi du monde. C'est à nous de lui expliquer que le temps des royautés est fini.

[00:08:00] Speaker 1: Alors, c'est à nous de lui expliquer. J'ai le sentiment qu'on l'a déjà fait, en partie, ces derniers jours, ces dernières heures.

[00:08:06] Speaker 2: On croit en la vertu pédagogique de la répétition avec Donald Trump.

[00:08:09] Speaker 1: Effectivement. Notamment, hier, dans la bouche d'Emmanuel Macron, le président français qui a été quand même très ferme dans ses propos. Vous l'avez trouvé à la hauteur, le président français, hier, face à la gravité de la situation.

[00:08:20] Speaker 2: J'ai trouvé que les propos du chef d'État français étaient à la hauteur, comme l'étaient ceux de Mme von der Leyen ou du Premier ministre canadien. C'est-à-dire qu'on voit bien que la plupart des pays du monde n'acceptent pas cette façon de faire de Donald Trump qui dit, ceci est à moi, je le prends, ceci est à moi, donnez-le-moi. Pas plus que le monde n'a accepté l'invasion et l'agression russe contre l'Ukraine, dont plus personne ne parlait l'un, alors que ça va très très mal. On en reparlera peut-être tout à l'heure. Oui, moi, je pense que le monde est en train de s'organiser. Je pense que le président Macron a eu raison aussi de proposer un G7. J'espère qu'il proposera aussi un G20, parce que le G20, c'est un G20, parce qu'il est très important que les Européens et les Canadiens et les Australiens et les pays du Nord démocratiques se rapprochent des pays démocratiques du Sud. Donc il est très important que les grandes démocraties du Sud, l'Inde, le Brésil et d'autres, puissent s'associer dans ce rejet de cet impérialisme américano-russo-chinois.

[00:09:14] Speaker 1: Emmanuel Macron a alerté hier sur la brutalité et l'impérialisme de son homologue américain sans jamais citer son nom. On avait compris évidemment de qui il parlait. A quel genre de discours faut-il s'attendre aujourd'hui à une démonstration ? Une démonstration de force ? Ou pas ?

[00:09:27] Speaker 2: Non, là je n'en sais rien. J'entendais ce matin qu'il aurait tenu des propos plus aimables après avoir ridiculisé ou essayé de ridiculiser le président Macron. Il y a 15 jours, il a dit ce matin que c'était un très bon ami mais que malheureusement il allait quitter le pouvoir. Donc il dit tout et n'importe quoi. Il dit tout et son contraire. Donc c'est un peu le dernier qui parle qui a raison. Il faudrait voir plus précisément qui est avec lui dans son avion.

[00:09:52] Speaker 1: Il y a Siv Wittkopf et Jared Kushner qui sont déjà arrivés à Davos tout à l'heure. Et qui l'ont précédé.

[00:09:56] Speaker 2: Ça peut être un bon signe comme un mauvais. Moi j'ai quand même constaté que ce sont les deux personnes qui ont participé au sommet de la coalition pour l'Ukraine.

[00:10:08] Speaker 1: Marc Aurobio aussi qui est présent et qui est en général celui qui temporise auprès des Européens.

[00:10:11] Speaker 2: Une fois sur deux, en effet. Donc peut-être là y a-t-il le signe que Donald Trump va accepter de parler. On va voir aussi qui il va rencontrer dans les couloirs. C'est ça qui évidemment est important.

[00:10:22] Speaker 1: C'est ce qui va se passer en coulisses qui sera le plus important ? C'est pas le plus important. Il va y avoir les mots prononcés à la tribune là tout à l'heure. Sûrement une posture préférée à assumer.

[00:10:31] Speaker 2: Il faut voir les mots qui sont utilisés. On était « je vais récupérer le Groenland ». On est passé à « je vais acheter le Groenland ». On va voir quels mots il va employer aujourd'hui à propos du Groenland.

[00:10:42] Speaker 1: Et son état d'esprit, vous avez raison, change extrêmement vite. C'est difficile d'ailleurs quand on décroche un tout petit peu de savoir où on en est. Et même de prédire et d'anticiper ce qui pourrait être sa décision. Il a monté dans l'avion cette nuit son état d'esprit. C'était plutôt « bon, les Européens m'ont un peu fâché, mais ils ont tout intérêt à ce qu'on discute et on va trouver un accord à Davos ». C'est ce qu'on entendait dans ses propos hier soir. Le compromis semblait possible.

[00:11:10] Speaker 2: Il ne peut pas y avoir d'accord à Davos. Les six plus grands pays européens, les plus gros pardon, les offens pour les plus petits, ont signé une déclaration de soutien au Groenland. Plusieurs pays de l'Alliance Atlantique soutiennent le Groenland. La ministre des Affaires, les Affaires étrangères groenlandaises, est rentrée triomphalement à nous après sa participation à une réunion avec les Américains. Le monde entier ne peut pas ignorer que ni la population du Groenland, ni les Européens, dont le Groenland fait partie, même si c'est un État autonome, une puissance autonome, sont contre cette annexion. Donc il ne pourra pas faire comme si le monde ne l'a pas prévenu. Donc il n'y arrivera pas.

[00:11:49] Speaker 1: J'aimerais qu'on écoute peut-être Marc.

[00:11:51] Speaker 2: Parce que, excusez-moi, quand on dit « il va acheter le Groenland », à qui ? On en est, paraît-il, maintenant, il aurait proposé un million de dollars à chaque habitant du Groenland.

[00:12:01] Speaker 1: Il y en a 57 000.

[00:12:02] Speaker 2: 57 000. Ça fait quelques milliards. On va voir si les Groenlandais se laissent acheter. J'ai un petit doute.

[00:12:09] Speaker 1: C'est vrai qu'il faut démêler le vrai du faux dans ce qu'il dit. Et ça, c'est le cas à chaque fois pour à peu près tous les dossiers. J'aimerais qu'on écoute le secrétaire général de l'OTAN qui s'est exprimé ce matin. C'est Marc Routteux. On le tend l'oreille.

[00:12:22] Speaker 3: Il a déclaré lors de sa conférence de presse qu'il doutait que les Européens viendraient à sa rescousse si l'article 5 était invoqué. Je lui réponds que s'ils le feront. Ils l'ont fait le 11 septembre 2001, lors des attentats. Et c'est la première et unique fois que l'article 5 a été invoqué. Je ne doute pas que les Etats-Unis viendront à notre secours. Nous viendrons à leur secours. Et nous avons besoin les uns des autres pour notre protection collective. Bien sûr, je constate qu'il existe actuellement des tensions. Cela ne fait aucun doute. Encore une fois, je ne vais pas m'exprimer à ce sujet. Mais je peux vous assurer que la seule façon d'y remédier est en fin de compte une diplomatie réfléchie.

[00:12:55] Speaker 1: Voilà. Marc Routteux, qui est finalement un peu le seul à essayer de temporiser dans cet entre-deux, qui a estimé, le chef de l'OTAN, tout à l'heure, qu'une diplomatie réfléchie, aujourd'hui, c'était le seul moyen pour gérer cette crise qui s'offre aux Européens. Vous êtes d'accord avec ça ?

[00:13:08] Speaker 2: Mais je suis d'accord. Et je suis d'accord. C'est pour ça que je soutenais l'idée d'une réunion du G7 ou du G20. Il faut à la fois montrer que si on est dans la menace, nous riposterons. Et c'est le fameux recours au bazooka européen ou ce qu'a déjà décidé hier le Parlement européen en refusant de faire des réunions. Il faut à la fois montrer qu'on a ratifié l'accord entre Mme von der Leyen et M. Trump. Il faut à la fois montrer qu'on est prêt à riposter, mais en même temps, évidemment, laisser la porte ouverte à la négociation. Il faut qu'ils puissent sauver la face, bien entendu. C'est le principe de base de tout échange un peu compliqué avec des puissances qui vous veulent du mal.

[00:13:43] Speaker 1: Et la France qui demande des exercices de l'OTAN au Groenland, qui s'y prête à y contribuer. Vous trouvez ça plutôt malin ? Certains disent qu'il joue bien, là, Emmanuel Macron.

[00:13:52] Speaker 2: Bien sûr. Et d'ailleurs, c'est ce que souhaitaient les Danois et d'autres pays. Les pays nordiques qui regardent évidemment avec inquiétude ce qui se passe, et d'autres pays scandinaves, parce que le Danemark n'est pas un pays nordique, ce qui se passe au Groenland. Puisque M. Trump dit qu'il y a une menace russe et chinoise, eh bien, soit que l'OTAN, en tant que telle, aille défendre ce territoire, membre de l'OTAN.

[00:14:13] Speaker 1: Alors, il y a beaucoup de questions, effectivement, qui se posent, parce qu'on est quand même à l'écréchaîne, nous, dans les tensions, en très peu de temps, avec cette multiplication de déclarations, avec cette question aujourd'hui qui est posée à ce début. Pour de bon, la guerre commerciale entre Bruxelles et Washington. On n'y est pas encore, mais suite aux menaces de Donald Trump, le Parlement européen a quand même décidé de geler la ratification de l'accord commercial conclu en juillet. Les observateurs anticipent déjà une escalade des mesures. On va faire tout de suite un bref état des lieux avec Florent Rodot, on en reparle juste après.

[00:14:46] Speaker 4: Conclu l'été dernier en Écosse, l'accord commercial passé entre l'UE et les Etats-Unis s'écrit aujourd'hui en pointillé. Ce mardi, et malgré le refus de l'extrême droite, le Parlement européen a décidé de suspendre son processus de ratification pour protester contre les nouvelles menaces de Donald Trump. La française Valérie Ayé se dit convaincue de l'efficacité de la mesure.

[00:15:11] Speaker 5: C'est un levier extrêmement puissant. Je ne crois pas que les entreprises américaines soient d'accord pour renoncer au marché européen.

[00:15:18] Speaker 4: La question pour les Européens, comment riposter à Donald Trump sans pour autant braquer le président américain. Iront-ils encore plus loin, quitte à imposer des droits de douane supplémentaires sur plusieurs produits américains ? Pour l'heure, l'UE n'a pas tranché. Une chose est sûre, à Bruxelles, tout le monde le sait, une éventuelle guerre commerciale avec la Maison Blanche ne sera bonne pour personne. Mais à Washington, Donald Trump semble plus décidé que jamais à aller au bras de fer. En attendant de pouvoir obtenir l'annexion du Groenland, il brandit la menace tarifaire pour 8 personnes. 8 pays européens, dont la France. Plus 10% de droits de douane à partir du 1er février, 25% à partir du 1er juin. Paris pourrait même se voir imposer des surtaxes douanières de 200% sur ses exportations de vin et de champagne si Emmanuel Macron refuse de rejoindre le Conseil de la paix voulu par le président américain. Un chantage habituel de la part de Donald Trump dont le retour au pouvoir est marqué par des relations plus que troublées, avec les alliés historiques

[00:16:26] Speaker 6: des Etats-Unis.

[00:16:28] Speaker 1: Voilà, il se trouve qu'effectivement on l'exprimait il y a quelques instants, les Européens se sont mis en ordre de bataille et sont prêts, ils l'ont martelé de nouveau ces dernières heures, ils sont prêts

[00:16:40] Speaker 2: à riposter en cas de besoin. Oui, il faut être clair, dans le commentaire on dit son prix entre leur souhait de se défendre et de ne pas fâcher Trump. Il ne s'agit pas de fâcher Trump ou pas fâcher Trump, il s'agit de dire que c'est un désastre pour tout le monde, y compris pour le monde. En particulier pour les Américains puisque c'est quand même le premier marché européen. Vous imaginez que l'Union Européenne décide l'interdiction des réseaux sociaux américains ? Ce serait une catastrophe absolue. Vous imaginez les vendeurs d'armes américains qui sont déjà fâchés ? Bon, ce serait un désastre aussi pour un certain nombre d'Européens. Mais ce qu'il faut à chaque fois rappeler c'est que s'il met des droits de douane sur chaque pays individuellement, la réponse ne sera que collective en Europe. Parce que c'est l'Europe qui a la compétence en matière, la compétence exclusive en matière commerciale. Donc le retour de bâton, même s'il pense s'en sortir en taxant uniquement les vins et spiritueuses, ça risque d'être pour lui une décision européenne à l'encontre. Par ailleurs, je rappelle qu'il y a quand même la Cour suprême doit rendre un verdict dans les prochains jours, théoriquement, sur le fait de savoir si M. Trump a le droit de décréter unilatéralement des droits de douane sans passer par le Congrès et il semble que ce soit une question juridiquement

[00:17:54] Speaker 1: assez compliquée. Les Européens, certains membres en tout cas, se montrent quand même assez réticents dans cette idée d'entrer dans un rapport de force avec Washington. Vous pensez qu'on fera preuve d'unité là pour le coup, si lui cet après-midi a confirmé sa volonté

[00:18:08] Speaker 2: d'aller jusqu'au bout ? Il y a un Conseil européen demain, si je ne me trompe pas, qui est justement destiné, je pense, à réagir aux éventuels propos ou décisions annoncées par Donald Trump. Donc on verra demain.

[00:18:20] Speaker 1: On en est capable, vous croyez ?

[00:18:22] Speaker 2: Oui, je pense qu'on en est capable. Je pense que beaucoup de gens ont enfin compris la gravité de la situation. N'oubliez pas aussi, parce qu'on est tous passés sur le Groenland, mais la situation en Ukraine reste une préoccupation fondamentale pour une grande partie des pays européens.

[00:18:36] Speaker 1: C'est ce qu'a redit Ursula von der Leyen qu'on voit derrière vous ce matin.

[00:18:38] Speaker 2: La menace de Donald Trump, qui est de dire si vous ne me donnez pas le Groenland, je vous abandonne et j'abandonne l'Ukraine, ça n'est pas quelque chose qui va aider à la réconciliation avec toute une série de pays, et notamment les grands pays d'Europe centrale et orientale.

[00:18:52] Speaker 1: C'est l'Ukraine dont il est question finalement en filigrane dans cette crise. On parle du Groenland, mais c'est l'Ukraine dont il est question, l'abandon ou pas des Américains.

[00:19:00] Speaker 2: Oui, c'est cette idée que le monde doit être découpé en trois avec les trois anciens empires qui refont surface, les Russes, les Chinois et les Américains, pour autant que ce soit un empire, ça l'a été, et qu'au fond les Européens ont vocation à être tiraillés entre ces trois empires et être déchiquetés entre le monde atlantique et le monde continental, comme disent les théologiens poutiniens. Ça n'est évidemment pas acceptable pour les Européens, je pense que la décision aussi clé viendra en partie des Allemands, évidemment, pas seulement pour leur influence sur Madame von der Leyen, mais parce que c'est l'économie la plus puissante et que c'est les principaux soutiens militaires à l'Ukraine au sein de l'Union Européenne.

[00:19:36] Speaker 1: Un mot aussi peut-être des Britanniques qui, on le sait, quand on se fâche avec Trump, en général ils font deux pas en arrière et disent qu'il faut continuer à dialoguer, et là il y a Keir Starmer à l'instant, le Premier ministre britannique, qui est en train de dire je vais tenir bon face aux pressions de Donald Trump, je ne lâcherai pas. Ça c'est assez nouveau quand même.

[00:19:50] Speaker 2: Oui, c'est nouveau et ça fait plusieurs mois que ça a commencé. Moi je m'en réjouis, j'ai toujours pensé, tout le monde le sait, que les alliés de la France sur le plan international, ce sont évidemment les Britanniques, puisque c'est le seul pays européen, en dehors de la France, qui a des capacités de projection militaire et qui s'en sert, qui a l'arme atomique, qui est membre du conseil de sécurité, membre permanent. Je pense que ça fait plusieurs mois qu'en réalité les Français et les Anglais sont à la manœuvre. C'est bien, ça ne suffit pas tout à fait, c'est pour ça qu'il est important d'avoir ce qu'on appelle les big six, les Polonais, les Italiens, les Espagnols, et les Allemands évidemment, mais c'est fondamental, oui, et c'est un tournant historique. Je pense que les Anglais sont en train de se rendre compte, malgré la montée de l'extrême droite également au Royaume-Uni, sont en train de se rendre compte que leur avenir ne peut pas reposer uniquement dans les mains américaines.

[00:20:38] Speaker 1: Vous parlez des Italiens, et là on commentait le cas des Britanniques, quand même une posture qui est assez nouvelle. Qu'est-ce que ça nous dit finalement ?

[00:20:48] Speaker 2: Que l'Europe est en train de devenir européenne. Ça fait longtemps qu'on l'attend. La puissance européenne, plus crédible dans son idée d'une union ? Je le pense, oui. Dès lors que nous voulons créer une puissance qui soit par ailleurs pacifique, non-hégémonique et démocratique, ça prend plus de temps que quand des autocrates décident pour leur peuple. Ça n'est pas l'habitude européenne, et je pense qu'encore une fois, si on veut rester attractif pour les grands pays du Sud sur lesquels nous devrons compter pour sauver le système multilatéral, il faut rester des démocrates.

[00:21:22] Speaker 1: On est en train de commenter une Europe assez forte, soudée. On n'en a pas l'habitude. On verra effectivement comment ça se termine tout ça, mais on a eu des moments beaucoup plus pessimistes quant à l'attitude des Européens. Trump, est-ce que ça pourrait pas aller justement, ça le met en difficulté, est-ce que ça pourrait pas le pousser à vouloir reprendre l'ascendant par le rapport de force ? Parce qu'on sait qu'il fonctionne

[00:21:44] Speaker 2: comme ça aussi. Le rapport de force, il est soit militaire, soit commercial

[00:21:48] Speaker 1: en l'espèce.

[00:21:50] Speaker 2: Voilà, on n'imagine pas quand même qu'il va envahir militairement le Groenland. Enfin, ça je ne peux pas l'imaginer, parce que là ce serait vraiment la fin de tout. Même, y compris probablement aux Etats-Unis. Les Américains ne veulent pas de guerre au Groenland. Alors, il reste l'arme commerciale, encore une fois on en a déjà parlé. L'Europe ne doit pas sous-estimer sa puissance économique et commerciale. Mais, comme c'est un instrument collectif, en effet, là l'unité est fondamentale. Quand je dis l'unité, entendons-nous. Il est clair que ça doit être l'unité des principaux pays. Les pays fondateurs et les grands pays. Si nous avons à faire face à l'indiscipline de M. Fixot, de M. Babis et de M. Orban, eh bien écoutez, ce que je vous dis, il faudra se passer d'eux. Ça fait longtemps que l'Europe a commencé à avancer à plusieurs vitesses. Peut-être qu'il faudra un jour se poser la question, y compris pour les questions commerciales.

[00:22:40] Speaker 1: Il va s'adresser à un parterre de représentants justement de ce monde économique. On est censé parler de ça à Davos et pas de la crise, de crise géopolitique, même si évidemment ça a un peu été transformé.

[00:22:52] Speaker 2: Vous avez vu les réactions du patronat français, en tout cas. Ils ne sont pas particulièrement séduits par M. Trump.

[00:22:56] Speaker 1: C'est le moins qu'on puisse dire. Justement, qu'est-ce qu'ils en disent les patrons qui sont à Davos ? Et même l'extrême droite française,

[00:23:00] Speaker 2: si j'ai bien compris, est passée d'un trumpisme béant, passez-moi l'expression, à un antitrumpisme virulent. Je pense que beaucoup d'yeux sont en train de s'ouvrir

[00:23:10] Speaker 1: en Europe. On voit les bourses mondiales suspendues. Est-ce que va dire ou pas Trump

[00:23:16] Speaker 2: cet après-midi ? Est-ce que va dire Trump et aux décisions que prendront les Européens dans l'autre sens ? Encore une fois, il ne faut pas se tromper. Le dollar est aussi aux mains, il ne faut pas l'oublier, des Européens et des Chinois, notamment, qui détiennent une grande partie de la dette américaine.

[00:23:30] Speaker 1: Il doit parler du dollar, notamment, pour cette intervention. C'est une monnaie qu'il ambitionne de contrôler.

[00:23:38] Speaker 2: J'imagine. Alors, vous le savez, la baisse du dollar, en même temps, ce n'est pas un instrument qui lui permettra de contrôler, comme autrefois, l'économie mondiale, surtout que les grands pays du Sud sont en train de se débrouiller pour essayer de créer des échanges hors dollar. En même temps, ça favorise les exportations américaines au détriment des exportations européennes. Donc, ça joue dans les deux sens, la baisse du dollar.

[00:24:02] Speaker 1: J'aimerais citer Bart De Wever, qui est le Premier ministre de la Belgique. Être un vassal heureux est une chose, être un esclave malheureux, c'est tout autre chose. Qu'est-ce que ça nous dit des Européens, cette petite phrase ?

[00:24:14] Speaker 2: Cette droite, pas encore extrême, mais presque, en Belgique, rejoint les propos de beaucoup de mouvements d'extrême-droite européenne. La conscience européenne se réveille clairement. Je pense que ça n'est pas une victoire pour Donald Trump, de ce point de vue-là. La question, c'est est-ce qu'il y a suffisamment de gens autour de lui aux Etats-Unis pour lui expliquer les dangers auxquels vont faire face les Etats-Unis s'il y a une vraie guerre commerciale ?

[00:24:40] Speaker 1: Le peuple américain, ça ne peut pas lui parler, c'est à Trump, il y a des élections de mi-mandat qui vont arriver très vite, dans moins d'un an. Avant de monter dans l'avion, hier soir, cette nuit, il s'est adressé à la télévision, aux Américains, en disant vous inquiétez pas, vous avez un homme d'affaires aux commandes qui gère bien les affaires du pays. Ça, évidemment, c'est sa rhétorique. Les Américains ne sont pas tout à fait d'accord avec ça.

[00:25:00] Speaker 2: J'étais sur un autre plateau hier soir où il y avait des spécialistes des Etats-Unis et les avis sont partagés. Le sentiment est quand même que globalement, dans l'affaire du Groenland, par exemple, si les Américains ne soutiennent pas une intervention, il ne serait pas malheureux s'il annexait le Groenland.

[00:25:14] Speaker 1: Mais quand on parle d'économie, du portefeuille,

[00:25:16] Speaker 2: du pouvoir d'achat, on est quand même assez d'accord. Oui, c'est pour ça que les conséquences risquent d'être douloureuses pour lui. En même temps, il faut souligner quand même le grand silence à l'exception d'un gouverneur démocrate, le grand silence des démocrates américains. L'absence de réaction, semble-t-il, de l'opposition. Il y a des manifestations, mais elles n'ont pas l'air de rassembler énormément de gens. Je pense que tout le monde marche sur des œufs. Parce que justement, comme les élections mid-term approchent, et que les démocrates ont plutôt gagné les élections partielles qu'il y a eu depuis un an, personne ne veut non plus aller trop fort.

[00:25:48] Speaker 1: Personne ne veut griller ses cartes.

[00:25:50] Speaker 2: Puisque les sondages n'ont pas l'air très favorables aux républicains, probablement les démocrates préfèrent-ils laisser faire. On va voir aussi ce que la Cour suprême va décider encore une fois. Si la Cour suprême décidait que le président Reagan n'a pas le droit d'imposer des tarifs sans l'accord du Congrès, ça sera une véritable révolution dans la boulimie trumpienne.

[00:26:10] Speaker 1: On suit beaucoup, à peu près tous les discours forcément de Donald Trump, comme les autres chaînes de télévision internationales. Parfois ça commence bien, et puis très vite ça va dans tous les sens. Vous pensez qu'il va avoir la tête froide ?

[00:26:22] Speaker 2: L'enjeu est grand quand même. Si il improvise, ça va être dangereux. Un dernier point qui est important, tout le monde a noté, j'espère, le soutien plus que nominal que les Russes et Vladimir Poutine apportent à la volonté américaine d'annexer le Groenland.

[00:26:38] Speaker 1: J'espère que comme ça, là aussi,

[00:26:40] Speaker 2: les yeux des Européens sont décelés et que tout le monde comprend que Trump est de fait un allié de Vladimir Poutine quand il s'agit de la sécurité en Europe. Ce qui est extrêmement grave.

[00:26:50] Speaker 1: On a flatté Donald Trump ces derniers jours. S'il réussissait à conquérir le Groenland, ce serait historique dans l'histoire de ce monde. On a bien compris le jeu et l'intérêt des Russes, forcément. Merci beaucoup Jean-Maurice Ripper. Merci d'avoir été l'invité de l'Info du jour. On va évidemment se quitter sur les images de Davos, la station suisse où va arriver de façon imminente Donald Trump qui est toujours à bord de son hélicoptère. Le président américain qui va se poser au forum économique de Davos et monter à la tribune pour prononcer son discours. Une séquence qu'on va vous faire vivre en direct sur cette antenne. Restez à nos côtés, à tout de suite.

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Arow Summary
In a France 24 segment ahead of Donald Trump’s long-anticipated return to the Davos forum, an invited French diplomat, Jean‑Maurice Ripert, argues that Trump is “late” to a world that has already changed and that his imperial rhetoric (notably about Greenland) should not be overstated. The discussion covers Trump’s arrival with a very large US delegation, European leaders’ firm responses (Macron, von der Leyen, Canada), NATO’s attempt to cool tensions, and the EU’s readiness to retaliate economically, including suspending ratification of a trade agreement amid tariff threats. Ripert stresses Europe’s collective commercial power, the need for unity (potentially via “multi‑speed” Europe), and the importance of linking European security and Ukraine to resisting an emerging “three-empire” logic (US/Russia/China). He advocates combining deterrence with “thoughtful diplomacy,” keeping negotiation channels open while preparing countermeasures.
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Trump arrives at Davos amid EU pushback over Greenland and tariffs
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Arow Key Takeaways
  • Trump’s Davos appearance is framed as a high-stakes response to recent firm European warnings, especially on Greenland.
  • Guest argues Trump is not “changing the world” so much as failing to grasp that the world has already changed.
  • A large US delegation is portrayed as performative posturing rather than substantive necessity.
  • European institutions are signaling readiness to retaliate collectively, including suspending ratification of a US‑EU trade deal amid tariff threats.
  • NATO leadership urges ‘thoughtful diplomacy’ while reaffirming mutual Article 5 commitments.
  • Europe’s greatest leverage is collective: trade competence is EU‑level, making unilateral targeting of individual states hard to sustain.
  • The Greenland dispute is linked to broader concerns: Ukraine support and resistance to a ‘spheres of influence’ order involving the US, Russia, and China.
  • European unity may require flexible integration (‘multi‑speed’ Europe) if some members obstruct collective action.
Arow Sentiments
Negative: The tone is tense and critical, emphasizing danger, imperial threats, and potential economic and security escalation, while noting cautious hope in European unity and diplomacy.
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