[00:00:00] Speaker 1: ... Je suis un chanteur, chanteur de rail. On me dit le petit prince du rail. Je suis né à Mante-la-Jolie. Je fais du rail, made in France. Le rail, si on le traduit mot à mot, c'est l'opinion. Je l'assimile beaucoup au rock. C'est une musique un peu révoltée. La grande chanson qui m'a fait connaître, c'est Tellement je t'aime.
[00:00:35] Speaker 2: Tellement je t'aime, je pense à toi Tellement je t'aime, je rêve de toi Tellement je t'aime passionnément Tellement je t'aime à la folie
[00:00:45] Speaker 3: Les gens qui dansent partout Je suis un jeune homme de 25 ans, de Boulogne-sur-Mer. Un vrai nordiste de coeur et d'esprit qui essaye d'être un chanteur, un auteur et un compositeur. J'adore porter des costes en cravate. Je porte souvent des chaussettes rouges. C'est ce qui m'a défini. J'avais que ça de propre un jour lors d'un concert. Je m'inspire des conversations que j'entends au café. Je suis un peu le cliché de l'auteur-compositeur de l'époque. Je fais ça en 2025, un petit anachronisme. Je m'installe dans le café, j'écoute des conversations. C'est comme ça que j'inspire. J'aime bien le rail.
[00:01:23] Speaker 4: Y a les gens qui s'aiment mais qui s'aiment plus.
[00:01:27] Speaker 5: Cette semaine, une écriture à vif, une voix grave, un regard très personnel sur l'époque. Sam Sauvage est notre invité. Dans notre coup de coeur, coup de projecteur sur deux géants de la mode, Christian Dior et Azedine Alaïa. On va retrouver l'un des ambassadeurs du rail. Faudel nous attend à l'Institut du Monde arabe.
[00:01:48] Speaker 1: Musique jazz ...
[00:02:05] Speaker 5: Bonjour, Faudel. Bonjour, Valérie. On se fait la bise. Je suis ravie de vous rencontrer ici, à Lima. L'Institut du Monde arabe, c'est plein de souvenirs.
[00:02:15] Speaker 1: Effectivement. Souvenirs d'école, déjà. On nous a amenés à l'Institut du Monde arabe avec ma classe. Deuxième, premier concert professionnel.
[00:02:23] Speaker 5: Quel souvenir vous en gardez ?
[00:02:25] Speaker 1: J'ai un beau souvenir. Il y avait un beau public. J'étais déjà... Ca y est, je m'y croyais.
[00:02:30] Speaker 5: C'est vrai, je vous assure. C'était magnifique.
[00:02:33] Speaker 1: ...
[00:02:37] Speaker 5: L'exposition présentée en ce moment à l'Institut du Monde arabe met à l'honneur l'art-thérapie. Elle nous plonge dans des ateliers menés à la fin des années 60 dans un hôpital psychiatrique en Algérie et dévoile les oeuvres réalisées par les patients. La création devient un espace de survie, d'expression, parfois de réparation. ... Vous, qui avez traversé une période de burn-out, est-ce que vous adhérez à cette idée que l'art peut être un refuge quand tout vacille ?
[00:03:10] Speaker 1: Complètement. Bien sûr. Je milite pour ça. La santé mentale, c'est très important. L'art, la musique, c'est un exutoire. Sans la musique, j'aurais pas pu continuer ou démarrer.
[00:03:23] Speaker 5: Quand vous étiez mal, vous continuiez à composer, à écrire, à chanter ?
[00:03:28] Speaker 1: Je continuais à écrire, à écouter beaucoup de musique. Et c'est vrai que, grâce à un mal pour un bien, ce moment-là a peut-être fait qu'aujourd'hui, ça va bien.
[00:03:41] Speaker 6: ... Je veux vivre, vivre par une aïche, une aïche...
[00:03:52] Speaker 5: Vous avez été révélée, c'est vrai, très jeune, au grand public. Vous aviez à peine 19 ans. On vous surnommait alors le petit prince du rail. Vous avez fait danser toute une génération. Vous avez appris l'arabe, le français. Vous avez permis aux cultures de dialoguer. Avec le recul, quel regard vous portez sur ce succès fulgurant ?
[00:04:13] Speaker 1: Une fois qu'on était en maison de disques, avec des gens professionnels autour de moi, c'est vrai que ça allait vite. Un tourbillon, on était vraiment... C'était une époque complètement différente. J'aimais bien, parce que c'était la découverte. On était souvent sur la route. C'est clair que ça fait tourner la tête.
[00:04:32] Speaker 5: Après une traversée du désert, vous avez fait des choix, assumé. Vous revenez d'année de silence avec une grande tournée, qui s'intitule I Got A Feeling. Qu'est-ce que vous avez envie de nous donner avec ce spectacle ?
[00:04:44] Speaker 1: I Got A Feeling, déjà, c'est une famille. C'est comme une colo. Je vais monter dans un bus et on va s'amuser. On ne va pas avoir le même stress qu'il y avait il y a quelques temps, mais je retrouve des amis, en fait. Donc le spectacle est vraiment construit. Il y a une vraie direction artistique. Il y a vraiment des gens super professionnels avec nous et ça va être un beau spectacle.
[00:05:06] Speaker 7: ...
[00:05:16] Speaker 5: En 2007, vous soutenez Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle et ça vous coûte très cher.
[00:05:22] Speaker 7: Oui.
[00:05:23] Speaker 5: Avec le recul, est-ce que vous avez compris ce qui s'était joué pendant cet épisode ?
[00:05:28] Speaker 1: Aujourd'hui, oui. Avec le temps, j'ai eu le temps de réfléchir. Oui, et donc ? J'ai eu le temps, mais c'est vrai que, pour faire court, il ne fallait pas que je sois dedans. Déjà, moi, je viens soutenir, à l'époque, un ami. Et puis je ne pensais même pas du tout aux conséquences. J'étais jeune, j'avais 26 ans, je crois. Il avait sorti une phrase qui s'appelait « L'égalité des chances ». Et ce qui m'a attiré, c'était ça, en fait, ce franc-parler. Cette... Je ne me suis jamais dit que je suis de droite ou de gauche. Moi, je suis un artiste. Je me dis que, sans prétention, je peux être un modèle français d'origine algérienne, donc issu de l'immigration. Donc je me dis que, tiens, il y a une réussite sociale, pourquoi pas ? Mais vraiment, je ne pensais pas du tout aux conséquences. Et c'est vrai que je n'aurais pas dû être là-dedans.
[00:06:23] Speaker 5: Alors, les conséquences, on en parle ?
[00:06:24] Speaker 1: Les conséquences, ça a donné un burn-out et où j'ai décidé de partir quelques mois. Au début, j'étais vraiment pour aller me reposer, pour aller vraiment voir plus clair. Et puis aujourd'hui, ça fait 12 ans, donc j'ai posé mes valises à Marrakech et je me suis reconstruit. Peut-être aussi des moments, il ne faut pas voir que le mauvais. Peut-être qu'aujourd'hui, je sais qui est qui et c'est important pour moi de le savoir, peut-être.
[00:06:54] Speaker 6: Et si demain, comme aujourd'hui, je dois faire le tour de la Terre pour chanter au monde mes envies, voyager des années entières, moi qui suis né tout près d'ici, même si je quitte mes amis, je n'oublierai jamais mon pays.
[00:07:11] Speaker 5: La suite, c'est quoi ? Un nouvel album, peut-être ?
[00:07:13] Speaker 1: Oui, très important. On a un Olympia qui se prépare pour 2027. Je suis très content. Un nouvel album, des nouvelles chansons. Voilà, donc il y a plein de surprises. Vraiment, je suis au taquet.
[00:07:28] Speaker 6: ...
[00:07:39] Speaker 1: Musique douce
[00:07:41] Speaker 5: On part à la rencontre de l'une des voix les plus singulières de la nouvelle pop française.
[00:07:46] Speaker 4: ...
[00:07:53] Speaker 5: Sam Sauvage est notre invité et vous allez le voir, l'homme au costume noir, chaussette rouge, transforme la mélancolie en énergie collective.
[00:08:02] Speaker 1: ...
[00:08:05] Speaker 5: Sam, ton premier album vient tout juste de sortir. C'est l'occasion de pénétrer un peu dans ton monde autrement que par de simples singles. Qu'est-ce qu'il nous raconte de toi, cet album ?
[00:08:15] Speaker 3: Cet album, de moi, pas grand-chose.
[00:08:17] Speaker 5: Ah bon ? C'est vrai ?
[00:08:18] Speaker 3: Mais des autres, beaucoup, je pense. Non, je pense qu'il doit y avoir une ou deux chansons un peu introspectives, des choses que je raconte de moi. Forcément que tout ça, c'est mon regard, donc ça vient de moi, mais c'est plus la vie des autres que je raconte en chansons, que la mienne, ouais. ...
[00:08:45] Speaker 5: Avant les salles pleines, avant les playlists, il y a eu la rue, il y a eu les cafés et concerts, la débrouille, quoi. Est-ce qu'à l'heure où tout est en train de s'ouvrir, pour toi, tu as envie de te souvenir de ce Sam-là ?
[00:08:55] Speaker 3: Je le garde en tête tous les jours, mais c'est ce qui me fait me rendre compte de la chance que j'ai de fouler des scènes comme ça, de festivals, de fouler des grandes scènes, qu'elles soient parisiennes ou d'ailleurs, je fais pas la différence. Je pense que ça a été la meilleure école pour moi. Donc je suis assez content de la mettre en avant.
[00:09:07] Speaker 5: Qu'est-ce que ça t'a appris ?
[00:09:08] Speaker 3: Je pense que ça m'a tout appris. Ça m'a appris à combattre l'indifférence, plutôt. C'est un truc que l'indifférence, pour un artiste, c'est capital, au début. J'ai l'impression que rien ne peut m'arriver, et à la fois tout, parce que j'ai tellement vécu l'indifférence que mon revenir dans un restaurant demain, ça sera juste comme au bon jeu de temps, quoi.
[00:09:22] Speaker 4: Je ne t'aime plus, mais là tu sais, je ne sais pas De nos aigus, tu le sauras bien avant moi Je ne t'aime plus et je danse Je ne t'aime plus et tu penses
[00:09:37] Speaker 1: Je ne t'aime plus et je danse
[00:09:40] Speaker 5: Seulement 25 ans, déjà nommer une révélation masculine aux victoires de la musique, c'est incroyable.
[00:09:47] Speaker 3: Oui, c'est incroyable, et c'est surtout quelque chose auquel moi, je ne croyais pas. Donc, à l'avance, j'étais très surpris. C'est-à-dire que ça arrivait un peu comme ça, comme une story sur le gâteau de quelque chose, d'une année qui était déjà formidable pour moi. Donc, j'espère que ça continuera comme ça.
[00:10:01] Speaker 5: Tes chansons, elles parlent d'amour un peu bancal, de solitude, de genre ordinaire. Tu aimes aller puiser dans la réalité, la poésie ?
[00:10:10] Speaker 3: Oui, je pense que c'est à la fois parce que j'ai quand même une incapacité à voir la métaphore, mais c'est un truc dont je fais une force.
[00:10:16] Speaker 5: C'est-à-dire ?
[00:10:17] Speaker 3: Parce qu'en fait, comment je... On me dit souvent, les chansons, c'est poétique. Moi, je ne crois pas du tout. Moi, je ne suis pas dans la poésie. Je trouve que la poésie, c'est un autre métier. C'est quelque chose que d'autres gens font très bien. Moi, je suis beaucoup plus dans le réel, dans le réalisme. C'est-à-dire que j'aime vraiment autant l'odeur d'urine dans la rue que comment les conversations au café. Il y a quelque chose de très brut avec ça.
[00:10:36] Speaker 5: Toi, tu aimes l'odeur d'urine dans la rue, d'accord.
[00:10:38] Speaker 3: C'est une façon de parler. En fait, c'est un truc où la réalité passe aussi par ce genre de choses. Et c'est ça que j'aime bien, c'est que la réalité, elle est belle. Elle est laide aussi. Il faut accepter toutes ces nuances. Rien n'est noir et blanc. J'aime cette diversité du monde et c'est là-dessus que j'écris.
[00:10:50] Speaker 5: Tu écris, tu composes, tu chantes. Comment est-ce que tu vois cette expérience musicale ? C'est du collectif ou c'est beaucoup de solitude dans la création ?
[00:11:00] Speaker 3: Je pense que ça part nécessairement du solitaire. J'ai commencé à composer mes morceaux dans la cuisine. Tous les morceaux de l'album ont été composés dans la cuisine. Il y a un truc très... Voilà, c'est l'après-midi, je suis tout seul chez moi. C'est soit je sors avec des copains faire la fête le soir et tout, soit j'enregistre mes morceaux et je tourne mes vidéos pour les habiller. Mais par contre, j'ai ce sens du collectif qui me plaît en tournée, quand on est entassé dans un van et qu'on part faire le tour de la France. J'adore.
[00:11:25] Speaker 5: Dans ton parcours, il y a un accélérateur, les réseaux sociaux. Je t'ai souvent entendu dire que ça pouvait être très violent. Pourquoi ?
[00:11:32] Speaker 3: Ça peut être très violent parce que je me suis rendu compte à quel point tout ce que je filiais du collège, c'est-à-dire un peu le harcèlement, la mise à l'écart, le fait d'avoir peu de copains et de se faire un peu moquer tout le temps, tout ce que je filiais et que je voulais fuir par la musique, en me trouvant une identité un peu de mec cool qui fait de la musique et tout, c'est revenu en 811 x 1000 une fois que j'ai posté quelque chose sur Instagram qui a bad buzzé, ou sur Facebook, sur TikTok, peu importe. Et il y a un truc où on se reprend de cette bague de harcèlement et il faut vraiment faire la part des choses. Donc c'est très violent, mais par contre, c'est très bénéfique aussi. Parce que c'est ça qui a fait que c'est quand même assez dingue qu'avec un téléphone, c'est littéralement ça. Ce qui s'est passé, c'est qu'on remplisse des salles de concert. Je ne suis pas un influenceur, loin de là. Je ne sais pas faire, d'ailleurs. Et je vais pas commencer à vendre des crèmes de beauté, je pense. Je fais de la musique avant tout. Les chaussettes, je pense que t'as plus de chance.
[00:12:18] Speaker 5: Les chaussettes, ça marchera mieux que les crèmes de beauté, je pense. Dans notre coup de cœur, un face-à-face entre deux géants de la mode, Christian Dior et Azedine Alaïa. Deux visions, deux silhouettes, une même obsession, la femme. Une exposition-événement mettant en regard leur création, leur tailleur, leurs robes iconiques. On va découvrir ce dialogue secret en compagnie d'Olivier Sayar, historien de la mode et directeur artistique de la Fondation Alaïa. Bonjour, Olivier. Bonjour.
[00:13:04] Speaker 1: Enchanté. Enchanté.
[00:13:06] Speaker 5: C'est vous qui êtes à l'origine de cette exposition.
[00:13:08] Speaker 8: Comment a germé l'idée de faire dialoguer
[00:13:10] Speaker 5: ces deux géants de la mode aujourd'hui disparus ? C'était presque une évidence,
[00:13:15] Speaker 8: puisque lorsque M. Alaïa est arrivé à Paris en 1956, il était nourri vraiment de pleins de rêves et d'une imagination très, très forgée autour du personnage de Christian Dior. C'est une exposition qui a été réalisée et forgée autour du personnage de Christian Dior. Pour de nombreux couturiers de cette génération, Dior, c'était plus qu'un nom, c'était une profession, c'était le rêve du luxe, le rêve de Paris. Et on s'est aperçu que M. Alaïa, en plus de ses créations qui avaient parfois à voir avec une certaine idée de la mode de Dior, à savoir ses tailles très cintrées, comme on peut les voir ici, des jupes très en volume, on a vite réalisé aussi à quel point M. Alaïa avait pu collectionner un nombre très conséquent de modèles de Christian Dior. C'est près de 600 modèles qu'il a collectionnés toute sa vie. Et donc, ça s'est imposé à nous, à la Fondation, de faire converser ces deux géants de la mode.
[00:14:12] Speaker 5: Cette exposition, vous l'avez construite comme une conversation intime. Que nous révèle ce dialogue ?
[00:14:17] Speaker 8: J'aime toujours à penser que la mode raconte des choses fausses. C'est-à-dire qu'entre un manteau de 47 de Christian Dior que l'on peut voir dans l'exposition, et un autre de l'hiver 2003 de Aslin Alaïa, il n'y a parfois pas beaucoup de différences. La mode est finalement un terrain de jeu qui peut être intemporel.
[00:14:39] Speaker 5: La silhouette féminine est centrale chez ces deux géants de la mode. Est-ce qu'ils dessinent la même femme ? Est-ce qu'ils habillent la même femme ? Ou est-ce qu'ils ont des visions opposées ?
[00:14:49] Speaker 8: Ce n'est pas très opposé. Les deux, Christian Dior comme Aslin Alaïa, sont des couturiers de clientes, des couturiers de femmes. Aslin Alaïa a passé, dès son arrivée à Paris pendant 20 ans, à coudre pour une clientèle privée très célèbre ou anonyme. C'est de cela qu'il a retiré une forme de connaissance du corps féminin. Ils ont tous les deux le goût de l'atelier, c'est-à-dire d'une robe sur mesure qui doit servir à embellir les femmes.
[00:15:18] Speaker 5: Merci beaucoup. On va se quitter en beauté au milieu de toutes ces robes. On se retrouve très vite pour de nouvelles aventures. À bientôt.
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