ICE, Minneapolis and Trump’s media-saturation strategy (Full Transcript)

A France 24 panel debates ICE violence, Trump’s deterrence-by-fear approach, polarized public reaction, and how media and Europe can respond.
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[00:00:00] Speaker 1: Il est 10h ici à Paris, bonjour à toutes et tous et bienvenue dans Parlons-en, votre rendez-vous avec l'info qui prend son temps et à la une de ce lundi 26 janvier, la colère aux Etats-Unis, en tout cas d'une partie des Américains après la mort d'un manifestant abattu de 10 balles par la police fédérale anti-immigration alors qu'il protestait contre la politique de Donald Trump en la matière. Bill Clinton et Barack Obama sortent de leur silence et appellent les Américains à un pour défendre leurs valeurs. Des sénateurs démocrates menacent de ne pas voter le budget fédéral. On écoute la colère du gouverneur du Minnesota.

[00:00:36] Speaker 2: ... Ma question est la suivante. Quel est le plan, Donald Trump ? Quel est votre plan ? Que devons-nous faire pour que ces agents fédéraux quittent notre Etat ? Vous vouliez provoquer la peur, la violence et le chaos chez nous ? Vous avez sous-estimé le peuple de cet Etat et de cette nation. Nous sommes fatigués, mais déterminés. Nous sommes pacifiques, mais nous n'oublierons jamais. Nous sommes en colère, mais nous ne renoncerons pas à l'espoir. Et, par-dessus tout, nous sommes clairement unis. Musique douce

[00:01:09] Speaker 1: Et c'est dans cette Amérique fatiguée que nous allons poser les valises de parlons-en jusqu'à 10h45. La mort d'Alex Pretty marque peut-être un tournant dans le mandat de Donald Trump. Il y a les faits, bien sûr, la mort d'un homme dans des circonstances plus que controversées, et il y a aussi le narratif de l'administration Trump Comme bien souvent, quel est le retour au pouvoir de proposer une réalité alternative à ce que les images nous montrent ? Sommes-nous condamnés à subir ce narratif ? Ce flux continue d'une administration qui a fait de l'omniprésence une stratégie politique et la semaine dernière en a encore été l'illustration. Questions posées à mes trois invités ce matin, Christian Salmon, Richard Wehrli et James Sandré. Bonjour à tous les trois, merci d'être là. Bonjour. On a beaucoup de choses à dire, c'est parlons-en et c'est parti. Et ça a figé, bonjour Christian Salmon, bienvenue sur ce plateau, on a la musique en décalé ce matin, écrivent un chroniqueur à libération, auteur de la tyrannie des bouffons sur le pouvoir grotesque, aux éditions Les liens qui libèrent, face à vous Richard Wehrli, bonjour Richard, correspondant France Europe pour le quotidien suisse Blic, auteur de Cette Amérique qui nous déteste, sorti tout récemment aux éditions Nevi Kata, et Et puis James Sandré, bonjour James, vous êtes ici chez vous, grand reporter à la rédaction de France 24, les Etats-Unis est l'un de vos terrains de jeu, merci d'être là tous les trois après ce week-end marqué par la mort, je l'évoquais à l'instant de ce manifestant à Minneapolis aux Etats-Unis, Alex Pretty, 37 ans, tué par des agents fédéraux qui assurent avoir agi en légitime défense, ce dont les images permettent de douter mais sur lequel on va revenir largement. C'est le deuxième Américain tué en trois semaines dans le cadre de ce déploiement massif des hommes de cette agence fédérale qui mène une campagne de répression de l'immigration, qualifiée par certains comme étant la plus agressive depuis des décennies. D'abord, on voit l'effet avec Marc Pope qui nous raconte quelle est cette police si controversée. On en parle juste après.

[00:03:10] Speaker 3: En l'espace de quelques mois, elle est devenue le centre des tensions qui fracturent les Etats-Unis. ICE, la police anti-immigration, est le bras armé de la politique anti-immigrant de Donald Trump depuis son retour au pouvoir. Pour cela, ces agents emploient des méthodes musclées et n'hésitent pas à faire feu, même contre des manifestants. Les morts de René Goode et d'Alex Pretti sont devenus les symboles de la politique sans merci du chef de Haïs, Grégory Bovino.

[00:03:34] Speaker 4: « Nous continuons d'interpeller des dizaines, voire des centaines de ces immigrés clandestins criminels chaque jour et nous allons poursuivre cette mission. Nous n'allons fixer ni date ni calendrier pour y mettre fin. Cette mission se poursuivra tant qu'il restera des immigrés clandestins criminels errant dans les rues de Minneapolis.

[00:03:56] Speaker 3: Leur mission, localiser, arrêter et expulser les sans-papiers aux Etats-Unis et ceux quel que soit leur âge, comme l'illustre le cas de Liam Ramos, enfant de 5 ans, arrêté avec son père à la sortie de l'école. La structure a été créée en 2003. Ses policiers fédéraux dépendent directement du ministère de la Sécurité intérieure américain. ICE, c'est plus de 20 000 agents répartis dans 400 bureaux à travers le pays. Budget 75 milliards de dollars sur les 4 prochaines années et une campagne massive de recrutement. Objectif, embaucher 10 000 nouveaux agents. Pour cela, Washington n'hésite pas à mettre la main à la poche. Une prime de 50 000 dollars est offerte à la signature pour les nouvelles recrues et une formation express réduite de 13 à 6 semaines pour déployer les nouveaux agents rapidement sur le terrain. Une réduction du temps de la formation qui suscite des craintes sur le manque d'entraînement des agents fédéraux.

[00:04:46] Speaker 1: Christian Salmon, quand on donne tant de pouvoirs à des hommes, tant d'argent à cette agence, des hommes que l'on galvanise par des discours si durs, est-ce qu'on met en place les conditions de ce qu'on a pu voir depuis quelques semaines à Minneapolis ?

[00:05:03] Speaker 5: Oui, absolument. Je pense que c'est une stratégie tout à fait programmée, pensée. Je disais ce matin, en venant à un éditorial du magazine The Atlantic, qui est plutôt modéré aux Etats-Unis. L'éditorialiste disait, le titre s'appelle Oui, c'est le fascisme. Il explique dans son article que jusque-là, il hésitait à parler de fascisme pour ne pas caricaturer la situation, user d'euphémisme, etc., mais que désormais, devant ce qui se passe, devant ce que vous avez relaté à l'instant, on est véritablement dans un processus de construction d'un fascisme, y compris dans la résistance, parce qu'il ne faut pas l'oublier, à Minneapolis, il y a une résistance qui s'organise et qui est aussi relatée dans un autre reportage du Atlantique. On a beaucoup parlé des sifflets, mais il y a des groupes qui se constituent, des formations qui seront mises en place, et la population de Minneapolis donne un exemple. Puisque Trump voulait donner cette ville en exemple au monde entier, la population donne un exemple de résistance qu'il nous faut absolument appuyer. J'ajouterais que la ville est un théâtre, ça va être un théâtre, parce que le gouverneur était le candidat associé à Kamala Harris. Les deux anciens présidents, Clinton et Barack Obama, viennent de prendre position. On a donc une lutte un peu emblématique dans cette première année du trumpisme. Jusqu'où va-t-il aller ? Jusqu'où les gens vont accepter qu'il aille loin ? Et à partir de quel moment la résistance s'organise ?

[00:06:43] Speaker 1: Ce qui se joue, Richard Whirley, à Minneapolis, qui est aussi la ville où a été assassinée George Floyd, on ne l'oublie pas. Effectivement, peut-être une répétition d'une certaine façon de ce à quoi on peut s'attendre aux Etats-Unis dans les mois à venir ?

[00:06:56] Speaker 6: Il faut espérer que ce ne le sera pas et que Donald Trump, enfin, tirera les leçons, et si ce n'est pas lui-même...

[00:07:02] Speaker 1: Ça ne prend pas de chemin dans les dernières heures.

[00:07:03] Speaker 6: Pour l'instant, non, effectivement, puisqu'il accuse les démocrates de chaos. Ce qui me frappe le plus, et c'est peut-être là où on a des éléments clairs d'inclinaison vers le fasciste, c'est qu'à aucun moment, aucun, le président des Etats-Unis ne parle même d'enquête sur ces deux meurtres, puisque c'est qualifié de meurtre, aucune enquête, aucune mise à l'écart, ou en tout cas annonce publique de mise à l'écart de ces agents, et aucune annonce de restriction de l'utilisation de la force, ce qui serait la moindre des choses vu les circonstances, vu le fait que la résistance s'organise et que la possibilité de confrontation entre ceux qui résistent et les agents est très grande. À partir de ce moment-là, ça s'appelle quoi ? Ça s'appelle un permis de tuer, tout simplement. On donne à ces 20 000 agents de ICE et de la Border Patrol, puisqu'ils sont associés, le permis de tuer, dans ce qui est ni plus ni moins, et ça, c'est revendiqué par Donald Trump depuis le début, c'est d'ailleurs, il faut bien le dire, ce qui lui a valu entre autres d'être élu, la chasse à l'homme, la chasse aux immigrants illégaux. Donc si vous ajoutez le mot d'ordre de chasse à l'homme et ce permis de tuer, et bien qu'est-ce que vous faites ? Vous instillez la peur et c'est ça l'objectif. Or la peur est un élément constitutif du fascisme où vous dites à tous ceux qui résistent, vous risquez de vous retrouver devant des hommes armés qui vont vous tirer dessus.

[00:08:18] Speaker 1: James ?

[00:08:19] Speaker 7: Écoutez, effectivement, je pense qu'on est en train... Alors, c'est très intéressant parce que Tim Walz parle d'un point de bascule. C'est intéressant parce que Barack Obama appelle finalement la population à s'élever contre ce qui est en train de se passer. Ce qui est surprenant, c'est que si on regarde bien, ça n'est pas vraiment en train d'arriver non plus. C'est-à-dire que quand on regarde, on ne voit pas des manifestations de masse, donc des centaines de milliers de personnes dans la rue. Alors c'est vrai qu'il fait très très froid. Mais moi j'ai regardé un petit peu les enquêtes d'opinion de suite...

[00:08:49] Speaker 1: James, je vous coupe une seconde. Messieurs, je crois que vous avez des téléphones qui sont allumés. On entend que ça résonne en plateau, si vous pouvez faire attention à vos téléphones. Pardon James, poursuivez, excusez-moi.

[00:08:57] Speaker 7: Oui, ça va mieux. Mais en tout cas, ce qu'on voit, c'est qu'on a des études d'opinion qui sont assez surprenantes. C'est-à-dire que, là je vous donne une enquête qui n'est pas vieille, qui est après la mort de René Goode, mais avant ce qu'on vient de voir avec Alex Pretty et c'est le New York Times. Et bien on se rend compte que 40% des Américains continuent de penser que Donald Trump fait du bon travail. que 80% des républicains continuent à soutenir sa population. Alors, en fonction des enquêtes, c'est 80 à 90%. Alors, on lit, ça et là, que la popularité de Donald Trump s'effondre. 40%, c'est un point de plus que ce qu'avait Joe Biden à la même époque, en moyenne. Donc, on se rend compte, d'abord, qu'il n'y a pas d'effondrement complet de la popularité de Donald Trump. Loin sans faux. Et comme je dis, bon, on a 50 000 personnes qui sont sorties dans la rue à Minneapolis, c'est-à-dire à l'endroit où ça se passe, où il y a effectivement une réaction, je dirais, assez épidermique. Mais on n'a pas vu, si vous voulez, de manifestation de masse à ce stade aux Etats-Unis pour dénoncer ce qui est en train de se passer. Or, ça c'est quand même un phénomène qui, je trouve, mérite d'être dit aussi. Et par ailleurs, le problème, c'est que dans le narratif, on y reviendra peut-être tout à l'heure, mais Alex Presti est arrivé... Alors, ça ne justifie absolument pas ce qui s'est passé, je tiens à le dire. Mais ça va être utilisé, évidemment, de manière très importante par l'administration Trump. Il est arrivé avec un 9mm semi-automatique à la ceinture. On aura beau dire qu'il y avait un permis de port d'armes et que c'est autorisé, ça pose là aussi une véritable question, c'est-à-dire qu'en France, vous pouvez vous promener dans la rue avec un marteau, une masse ou une batte de baseball. Après, si vous arrivez à une manifestation avec, ça va être plus compliqué. Le problème, c'est qu'évidemment qu'ils ne peuvent pas appeler la légitime défense, que la manière dont l'enquête, et vous avez absolument raison, est tout simplement balayée de côté, et d'ailleurs tous les officiels le disent, on n'est plus du tout dans le Il y a même un des officiels qui a dit qu'il regrettait que l'administration parle aussi vite. Tout le système est conçu pour qu'il y ait une véritable enquête, d'une part, et aussi, par le temps qui est donné à l'enquête, de crédibiliser la parole officielle. Or, là, la parole officielle va être décrédibilisée. Le problème, c'est qu'on est dans un monde de polarisation absolue. Tim Walz appelle à ce que les Américains se soulèvent contre ce pouvoir. Barack Obama le rejoint. Est-ce qu'ils vont le faire? Est-ce qu'on est vraiment à l'abri de Est-ce qu'on est vraiment à un point de bascule ou est-ce que, dans une semaine, on ne parle plus de l'expréti ou presque et que les opérations continuent? Sachant qu'en plus, et ça c'est vrai, Donald Trump cherche à humilier Tim Walz, à revenir sur le terrain de Minneapolis où, vous l'avez dit, George Floyd avait donc été tué par la police, ce qui a causé, on le sait, les mouvements Black Lives Matter et toute la violence qui en a découlé, que lui a sans doute pris personnellement, puisqu'il prend toujours tout personnellement, Donald Trump. Donc est-ce qu'il est aussi quelque part dans une une revanche avec Minneapolis, c'est très probable.

[00:11:47] Speaker 1: Christian, vous l'avez évoqué, il y a cette prise de parole de Barack Obama. Sauf erreur de ma part, il s'y mise assez peu dans la politique intérieure américaine. Donc cette prise de parole, bien sûr, est sensible. Il y a eu celle de Bill Clinton, deux anciens présidents démocrates. La question est de savoir, effectivement, si cette affaire peut avoir des répercussions au sein du camp républicain. Et peut-être que c'est là que la bascule pourrait, effectivement, peut-être s'opérer.

[00:12:12] Speaker 5: Il faut souligner que, dans la tradition des présidences américaines, les ex-présidents ont pour habitude de ne pas intervenir dans le débat politique et de ne pas critiquer leurs successeurs. Donc, la prise de parole conjointe, le communiqué de Barack Obama et la prise de parole de Clinton sont vraiment en rupture avec la tradition. Jusque-là, Obama n'avait rien dit, encore moins Clinton. Donc là, il y a quelque chose de nouveau, comme si cette mort, qui est aussi, c'est la deuxième mort de personnes blanches, il y a aussi un seuil qui est franchi par rapport à l'habitude de... Notamment le cas de Georges Floyd, etc. Donc on passe d'une répression des minorités à une répression de tout un chacun. C'est-à-dire que chacun peut se sentir comme une cible en face de ses polices. Mais je pense que la déclaration des deux présidents marque quand même un seuil. Elle marque un seuil et en même temps, elle est significative de ce seuil. Je pense qu'ils ne prennent pas position seulement parce qu'ils pensent ce qu'ils pensent, mais parce qu'ils sentent que le moment est historique. Est-ce qu'on va continuer dans cette direction ? que les valeurs, entre guillemets, de l'Amérique vont continuer à être menacées ou pas ?

[00:13:42] Speaker 1: Sachant qu'on connaît le niveau de détestation du camp Maga à l'égard de l'ancien président démocrate Obama. Il ne convainc que ceux qui le sont déjà d'accord avec lui.

[00:13:53] Speaker 6: Oui, au niveau de ces présidents, vous aurez noté deux absents, si on parle des présidents qui sont encore en vie. L'absence de Joe Biden, qui n'a pas co-signé cette déclaration ou qui n'a pas fait de déclaration. Il y a la question de son état de santé, il y a aussi le fait qu'il est véritablement la cible préférée permanente de Donald Trump et que signer un communiqué Biden, ce serait donner une occasion à Trump de dire, vous voyez, c'est Sleepy Joe, puisque c'est son surnom, qui intervient dans le débat, et quand même l'absence de George Bush, l'ancien président républicain, le silence de George Bush, et là, ça ne manque pas d'interroger puisque ce qui est mis en question, ce qui est posé par ces deux déclarations, c'est l'état de droit aux Etats-Unis. Pour revenir à Minneapolis, James l'a souligné mais c'est en plus une ville très symbolique pour Donald Trump parce qu'il y a ce scandale sur les fraudes sociales largement aux mains de la communauté somalienne. Plusieurs centaines de millions de dollars auraient été, auraient, au conditionnel, été détournés par cette communauté somalienne très importante au Minnesota et Donald Trump brandit cela en permanence. À Davos, il a parlé de 19 milliards de dollars détournés, ce qui est complètement délirant, mais ça lui donne un point d'appui contre le Minnesota. Il y a tous les autres éléments. Ce qui me frappe, au-delà de ça, c'est, d'une part, que la population américaine, même si elle ne se soulève pas, les réseaux de résistance existent et, pour l'instant, ne cèdent pas. Malheureusement, la peur peut faire des dégâts, par exemple, dans les campus. Voir arriver des agents de ICE aujourd'hui, c'est risquer, je le répète, de se trouver ciblé et peut-être tué si vous intervenez trop près. ça c'est la première chose, mais la résistance se poursuit et on peut parier qu'elle est sous-terraine précisément pour éviter les confrontations, les réseaux d'alerte et autres vont se mettre en place. Et la deuxième chose, et qui là est vraiment terrifiante, même si James a raison et de dire que la population américaine, en tout cas l'électorat MAGA, reste fidèle à Trump sur ce terrain d'immigration qui était une de ses promesses, c'est l'attitude des responsables de cette police, l'attitude de ce bovino, Grégory Bovino, vous avez vu, qui plastronne en donnant, lui, complètement... En donnant carte blanche à ses agents. C'est-à-dire, ça, c'est terrible. Vous avez véritablement une force qui, aujourd'hui, répond quasiment au président des Etats-Unis, j'allais dire, pour toute mission. Si, demain, le président des Etats-Unis devait leur donner l'ordre de tuer quelqu'un, le ferait-il ? Quand on les voit, on peut en douter.

[00:16:24] Speaker 1: On peut se poser la question. cette force, ICE et leur chef Grégory Bovino, avec cette coupe de cheveux très militaire, ce discours très martial. Est-ce que c'est inédit dans l'histoire américaine qu'une telle force, effectivement, semble ne répondre qu'à son président de patron, avec ce déploiement, on l'a vu, d'argent considérable. Je lisais ce matin sur le site de ICE qu'on pouvait postuler sans aucun prérequis académique. Quand on sait effectivement la force de certains réseau d'extrême droite américain. On se dit que potentiellement ça peut être le conglomérat d'une frange de l'extrême droite américaine avec des éventuellement impermittués. Ce que je pense c'est que Bovino, la manière

[00:17:07] Speaker 7: dont il se coiffe, la manière dont il s'habille, on a beaucoup parlé de ce grand manteau. Cette sangle en cuir, cette façon très martiale de se tenir, c'est de la communication et c'est de la politique. Tout comme la politique qu'on est en train de voir avec ICE. C'est-à-dire, je vous rappellerai ce qui s'est passé pendant le premier mandat de Trump, où à la frontière sud des Etats-Unis, on séparait les parents des enfants et on enfermait les parents d'un côté, les enfants de l'autre. Les parents ne savaient pas s'ils allaient retrouver leurs enfants. On dit aujourd'hui qu'il y a certains enfants qui n'ont jamais retrouvé leurs parents, etc. Ça s'appelle de la terreur. Ça n'a aucun intérêt tactique ou autre que de dire si vous venez à la frontière et que vous essayez d'entrer aux Etats-Unis, on va vous séparer de vos enfants, on va prendre vos enfants et vous ne les reverrez peut-être jamais. Donc là vous avez quand même toute une part de la population qui se dit je ne viens pas. Là on est Trump 2.0. Trump 2.0 c'est même si vous êtes là depuis 20 ans, on va venir vous chercher. Donc ne passez pas la frontière, vous ne pourrez pas de bâtir de vie dans ce pays, on ne veut pas de vous. Très clairement, le message il est là. Et on est dans le prolongement de la séparation des enfants et de leurs parents à la frontière dans le premier mandat. Et l'objectif de ce qui vient de se passer et la dureté de la posture du gouvernement Le message, c'est qu'Ice fait son travail, on est drapé dans le fait qu'il y a un mandat. Il ne faut pas oublier que Trump n'a pris personne à revers. Il a dit que je déporterais 10 millions de migrants illégaux s'ils vont m'éliser. Les gens l'ont élu. Et il est dans une posture qui consiste à dire que l'objectif est de faire peur. Je pense que c'est très clair. Et même au-delà de ça, je pense que c'est évidemment pas voulu le fait d'abattre Alex Pretty. Par contre, une fois qu'il est abattu, eh bien on va utiliser ça pour dire à tous les militants qui pourraient barrer la route aux agences de Haïs, ne venez pas, vous allez vous faire tuer. Et clairement, on l'assume. Donc si vous voulez, pour moi, on est dans quelque chose qui est de l'ordre de la communication politique après un drame, qui est de dire, on assume, on ira jusqu'au bout, et si jamais vous vous mettez en travers du chemin de Haïs, eh bien vous risquez de subir le même sort, et nous aurons la même réponse. La question maintenant c'est, comment est-ce que la population et le peuple américain réagissent ?

[00:19:12] Speaker 1: Précisément, Christian, et c'est ce que disait Richard, et je voudrais qu'on aille là-dessus, ce qui est très singulier, c'est qu'à aucun moment, effectivement, l'administration Trump n'émette un minima de réserve quant à l'analyse de ce qui a pu se passer samedi à Minneapolis, sans même parler d'une éventuelle enquête de la police, des polices, alors que vous le disiez, ça existe aux Etats-Unis, bien sûr, et ça, ça prépare effectivement les esprits à ce que la moindre objection de qui que ce soit, y compris en conférence de presse à la Maison-Blanche, sera instantanément qualifiée de soutien de gauche, voire au terrorisme, dans une distorsion des faits qu'on a déjà vues par le passé. C'est à chaque fois le même schéma, en réalité.

[00:19:55] Speaker 5: Tout à fait. L'instrumentalisation de la peur est d'autant plus forte que, si j'en crois les résultats qui ont été publiés sur les expulsions effectives, Il ne semble pas que cette politique soit si efficace que ça. On parle de millions d'expulsés, l'objectif. Il semble que ce ne soit pas si efficace que ça. C'est-à-dire que c'est une politique qui vise surtout à renforcer cette communication de la peur plutôt qu'à engranger des résultats statistiques significatifs. Quant à la réaction de la Maison-Blanche, il y a quand même une chose dont on n'a pas parlé. Trump a laissé entendre que l'Aïs pourrait se retirer prochainement, c'est sa dernière déclaration. Cette brigade qui a fait un travail formidable, dit-il, mais maintenant on pourrait peut-être se retirer. Mais de toute façon, par rapport à la question que vous posez, c'est-à-dire que c'est très difficile d'analyser la position de la Maison de Trump, en particulier, parce qu'il dit une chose et son contraire. Là, il est sur le terrain du Minnesota, mais hier, il était sur celui de l'Iran, demain, il sera peut-être à nouveau sur celui de l'Iran, avant-hier, c'était le Venezuela. L'attention publique est constamment mobilisée sur des sujets différents, ce qui ne permet pas d'organiser une véritable réplique ou une véritable réaction. Moi, j'ai appelé ça le modèle de la téléréalité. Il y a un événement par jour, voire plusieurs par jour, qui fait que l'auditoire est captive. Je disais, si vous me permettez, je développe un petit peu... Par rapport au storytelling qui s'était imposé à l'époque de Barack Obama, qui était très cohérent, très construit, et qui articulait ce que j'appelais le carré magique du storytelling, c'est-à-dire une story-line développée dans une certaine temporalité, une certaine tension narrative, avec des métaphores, le fameux framing et le networking, etc. A l'époque, on n'avait pas les réseaux sociaux, donc c'était diffusé sur Internet par ces fameux sites. Eh bien, il y a un autre carré qui n'est pas magique, celui-là, mais médiabolique, je dirais, c'est le carré de la télé-réalité, avec ce que j'appelle les quatre S. le suspense, le premier reste, c'est-à-dire qu'on laisse sans arrêt planer le doute sur ce qui va être décidé, mis en oeuvre. Donc, c'est Trump dans son avion, dans l'encadrement de la porte, qui est aussi le moyen de cadrer le débat. Parce que si vous sortez du débat tel qu'il l'organise, vous pouvez être insulté, comme cette pauvre journaliste qui a été traitée de cochonne. Donc, ça, c'est le suspense. maintenir l'attention ouverte. La surprise, c'est la nuit en Vénézuéla, c'est des choses qui, peut-être, demain, l'Iran. Mais il y a également, au-delà de ces deux éléments, le suspense et le surprise, la superposition. C'est une chose qui est peu connue. Mais, vous savez, lors de sa première élection, sa première campagne, il visite un centre technologique, Trump, et il explique qu'il adore les sciences quantiques. Les journalistes regardent. Il dit que dans l'ordinateur quantique, vous devez faire ce qu'on appelle la superposition des effets. Qu'est-ce que c'est, la superposition des effets ? C'est dire, par exemple, je suis pour les visas pour les emplois qualifiés et je suis contre les visas pour les emplois qualifiés. Vous voyez ? La superposition, c'est-à-dire dire une chose et son contraire, C'est une chose que je connais parfaitement. Et ces trois effets conjugués produisent le quatrième S, qui est la sidération. C'est-à-dire qu'on est... Et ça répond peut-être à votre observation tout à l'heure sur le manque de réaction de la population. C'est-à-dire que pour le moment, au bout d'un an, je pense que la population américaine est à la fois terrifiée, sidérée, et ne sachant pas trop comment les choses vont évoluer. Mais c'est en train de changer.

[00:24:15] Speaker 1: Précisément, est-ce qu'on est condamné à vivre dans cette sidération au sens large ? Je voudrais qu'on y vienne dans un instant. C'est ce que vient de dire et de rappeler et d'analyser Christian Salomon. Tout ça a été théorisé lors de Trump 1. Steve Bannon, la technique, la stratégie, celle de l'inondation floue, de zone with shit, inondait la zone avec de la merde. Je cite Steve Bannon, qui dit que les vrais ennemis aux Etats-Unis, ce n'étaient pas les démocrates, mais les médias. Tout ça est tout à fait théorisé. sur-exposer l'espace médiatique, être là en présence, en permanence, et en ça, la semaine dernière a été vraiment un exemple parfait. Donald Trump a été tous les jours, non seulement il est intervenu tous les jours, mais il a été relayé tous les jours par tous les médias du monde entier dans des conférences de presse fleuve, parfaitement erratiques sur tout sujet. Donc cette stratégie qui n'est pas récente continue de fonctionner, d'une certaine façon.

[00:25:16] Speaker 6: Oui, absolument. La semaine dernière, il y avait une raison, il y en avait deux. Il y avait le 1er anniversaire de son investiture, le 20 janvier 2025, et il y avait le forum de Davos, où on a compris qu'il était en train de faire une OPA. Trump veut faire du forum de Davos sa vitrine annuelle, on verra si c'est le cas. Je crois qu'au fond, derrière cela, il y a une question. Il est évident, et c'est la grande différence avec Trump 1. Trump, un, c'était un président tout aussi velléitaire, complètement résolu à imprimer sa marque par tous les moyens, mais autour de lui, un cabinet, une administration qui résistait d'une manière ou d'une autre et elle résistait tellement que d'ailleurs il en changeait les responsables régulièrement tellement il était mécontent.

[00:26:03] Speaker 1: Jusqu'à la trahison ultime de son vice-président qui ne l'a pas soutenu lors de l'assaut du Capitole.

[00:26:08] Speaker 6: Là, c'est complètement différent. Là, vous avez, et James connaît ça beaucoup mieux que moi, vous avez un entourage d'idéologues, de gens qui lui font, d'abord, qu'ils lui ont vis-à-vis de lui une allégeance personnelle, directe, et qui sont complètement pris dans cette même idéologie, voire, et c'est là où je voulais en venir, qui sont plus idéologues que lui. C'est-à-dire que le système est d'une perversité incroyable. J'imagine qu'un certain nombre de responsables politiques américains, comme Tim Walz, puisqu'il est directement concerné le gouverneur du Minnesota, espèrent encore que Trump va modérer les ardeurs de gens qui, comme Stephen Miller, son secrétaire général adjoint de la Maison-Blanche, Tom Homan, le patron opérationnel du département de l'Intérieur, Christine Noem, la ministre de l'Intérieur, ceux-là, ils sont prêts à aller à la confrontation permanente. Ceux-là, ils sont pires que Trump. On est dans cette situation où une partie des Américains pense sans doute que Trump, qui est perçu comme un bouffon, très largement, à un moment donné, redeviendra raisonnable. Donc, vous voyez, on finit par croire que l'agitateur en chef peut devenir raisonnable et éviter le pire, parce qu'il est président des Etats-Unis. Et d'ailleurs, la question de pose. Avec Trump, on sait qu'il va très, très loin dans l'agression, parce que c'est une agression caractérisée, mais, à certains moments, il recule. Il l'a fait sur d'autres théâtres. On voit bien que tout, aujourd'hui, aux Etats-Unis, est lié à la personne du président, à ses foucades, à son tempérament, et veut-il vraiment casser les institutions ? C'est ça, aussi, quand il dit, quand il dénonce la non-collaboration de la police locale, il estime que la police locale du Minnesota ou la police de l'Etat devrait être à son service, ce qui est contraire aux institutions américaines et au fédéralisme.

[00:28:00] Speaker 1: sur la capacité du président américain actuel à vampiriser à ce point l'espace médiatique et sur l'efficacité de la stratégie. Plus loin, plus fort encore que lors du premier mandat, avec cette façon d'imposer le rythme, de donner en permanence aussi des ultimatums. Nous forçons d'une certaine façon, alors nous médias mais observateurs au sens large, à courir derrière lui. Est-ce qu'on est battus nécessairement ? Pour être honnête avec vous,

[00:28:27] Speaker 7: C'est marrant parce qu'on a parlé de cette idée d'émission depuis 2-3 jours. J'ai bien réfléchi, je ne vois pas comment on peut, nous par exemple, France 24, faire l'impasse sur ce que dit Donald Trump. C'est rigolo parce qu'on a essayé une fois. Je me souviens très bien, puisque j'étais à ce moment-là à Washington, c'est au moment de l'investiture de Joe Biden. Et Donald Trump fait son dernier discours. Et son dernier discours, la direction ici, à l'époque, va décider de dire, bah écoutez, on va pas le diffuser après ce qu'il a fait et ce qui s'est passé au Capitole. Et à ce moment-là, évidemment, moi je me souviens, j'étais sur place et j'ai dit écoutez, on ne peut pas ne pas diffuser le dernier discours de Donald Trump sur la base Ryan Danjous à l'époque, si vous vous souvenez, parce qu'on doit le faire, c'est le président sortant des Etats-Unis, on peut être d'accord, pas d'accord, on peut considérer que ce qui s'est passé au Capitole est scandaleux, mais on doit le faire passer. Bon bref, il y avait eu débat, etc., et le fait est que moi j'étais dans cette rue, et je me souviens très bien de ce moment parce que, dans la mesure du possible, je Je regarde France 24, quand il y a un discours du président des Etats-Unis. On me dit qu'on ne va pas le diffuser. Je change de chaîne, je regarde le discours de Donald Trump, et j'entends dans la rue autour de moi, à Washington, une clameur monter. Ce sont tous les téléphones portables avec les gens qui se sont connectés sur le même discours que moi, et qu'on entend résonner à travers les rues gelées de Washington.

[00:29:49] Speaker 1: Un discours qui disait qu'il n'avait pas perdu l'élection.

[00:29:52] Speaker 7: l'élection. Le problème, c'est qu'il est président des Etats-Unis d'Amérique. Donc, ce qu'il dit, malheureusement ou heureusement, ou dans tous les cas, a une valeur politique. C'est-à-dire que quand il dit qu'il va construire une riviera à Gaza, les observateurs s'étranglent en disant que c'est complètement fou. Sauf que c'est le président des Etats-Unis qui le dit. Quand il dit ça, il ne dit pas seulement qu'il va construire une riviera aux Etats-Unis. Il dit qu'il change radicalement 50 ans de politique étrangère américaine d'Israël. Quand on attend le discours, par exemple, comme c'est arrivé la semaine dernière à Davos, c'est pareil. On va être obligé de l'écouter. On va avoir droit au couplet sur les médicaments. Tout ça, on va y avoir droit, mais on est obligé de l'écouter parce qu'on attend de savoir ce qu'il va faire ou ne pas faire. Il ne serait que le On s'en fiche, mais là c'est le président des Etats-Unis, donc malheureusement, tout ce qu'il dit a une portée planétaire, et il le sait, et il en profite, et bien sûr c'est du banane pur et dur, c'est qu'il noie le poisson, et le poisson aujourd'hui pour les Américains, pour beaucoup d'Américains, c'est l'affaire Epstein.

[00:31:02] Speaker 1: L'affaire Epstein, effectivement, pendant qu'il parle de mille sujets, il ne parle pas de cette affaire Epstein, effectivement, qui est centrale, en réalité, dans la vie politique américaine. Sur ce que vient de dire James, j'aimerais bien votre analyse, Christian. Est-ce que, ce faisant, parce que c'est le président américain, parce que, évidemment, il dit des choses qui ont un impact, et pas que sur les Américains, mais sur la tournure que prend le monde, il faudrait ouvrir le robinet ? Et, ce faisant, c'est une réflexion qu'on a, effectivement, James l'a dit dans la rédaction de France 24, mais j'imagine dans moultes de rédactions dans le monde. Faut-il ouvrir le robinet aux mensonges, aux inepties, aux déclarations racistes, comme ce qu'il a pu dire sur les Éthiopiens la semaine dernière ? Est-ce qu'on ne peut pas, plutôt, écouter, entendre, subir, d'une certaine façon, ces logorhées ?

[00:31:47] Speaker 5: Moi, je crois qu'il faut... C'est très difficile de répondre à cette question. Je pense que les médias sont piégés. Ils sont piégés par la concurrence, par les autres médias, comme vous le soulignez, des téléphones portables, mais ils sont aussi friands, friands de ce spectacle. Vous croyez qu'il y a une sorte de jubilation encore aujourd'hui? Bien sûr, bien sûr, parce que les médias sont structurés comme le veut la téléréalité. A ce propos, il y a une anecdote qui est passée un peu inaperçue, on l'a oubliée, mais lors de sa première élection, dans la période de transition, il a eu cette exigence très bizarre qui était de dire que je veux rester le le producteur délégué de l'émission de télé-réalité de Apprentice. Donc, l'équipe de transition était tétanisée. Un président, producteur d'une émission de télé-réalité. Et il y a eu un... un leader républicain très proche de lui, qui l'a encouragé à se présenter à l'élection, qui lui a dit, au fond, comment tu vas être le responsable de quelque chose qui s'appelle le gouvernement des Etats-Unis. Tu vas être le producteur délégué d'une émission de téléréalité qui s'appelle Gouverner le monde. -"Ce sera encore mieux". Donc, il s'est laissé convaincre, et c'est ça, le problème. Vous voyez, je pensais à ça, justement, à propos de son intervention à Davos, où on voyait tous ces gens autour de lui pour écouter ce discours sans queue ni tête. C'est-à-dire, on est, au fond, dans une émission de télé-réalité, dont nous sommes les joueurs, les acteurs. Et lui, il est l'animateur. Mais, je le disais sur un autre plateau, le problème, c'est qu'on joue absolument. Quand les journalistes se précipitent dans la cabine d'un fourchouane pour lui poser des questions, les agglutiner les uns aux autres, il crée le théâtre de cette domination. Et il peut donner la parole à l'un ou à l'autre en toute liberté.

[00:33:56] Speaker 1: Richard, sommes-nous condamnés à vivre dans ce piège que nous tend l'administration Trump ?

[00:34:02] Speaker 6: Je crois que James a résumé les choses. Il est président des Etats-Unis. La nuance qu'on pourrait faire à ce que vient dire Christian, c'est que de facto, tout ce qu'il dit est fait parce qu'il a une forte tendance à faire ce qu'il a dit nous impacte. Prenez l'attitude de ICE, de ces agents fédéraux à Minneapolis, avec tout ce qu'on vient de décrire, qui vous dit que, demain, en Europe, en France, le modèle ICE ne va pas être importé. On a vu ce qui s'est passé aux Etats-Unis. On voit, pour ce camp-là, c'est-à-dire le camp national populiste, trumpiste, que ça marche, parce qu'ils disent et pensent que ça marche, qu'on ne va pas l'importer. Autrement dit, on ne peut pas sous-estimer le poids de la parole de Trump. Après, il y a la dimension spectacle, les chaînes d'information continue, tous, bien évidemment, y participent, mais est-ce qu'on peut s'abstenir d'en parler ? Je crois qu'il ne faut pas s'abstenir d'en parler. Ce qu'il faut, en revanche, c'est être sûr qu'à chaque fois, on a le recul, la distance nécessaire...

[00:35:07] Speaker 1: Ca fait de nous à contre-temps, par définition.

[00:35:10] Speaker 6: Après, on a une difficulté. Je pense qu'il y a deux autres bémols. Première difficulté, on perçoit, nous, journalistes, ça a été mon cas, le discours de Davos et la conférence de presse qui avait précédé la veille, qui était quand même spectaculaire. On perçoit ça comme décousu, incohérent. Mais pour beaucoup d'Américains, c'est ni décousu, ni incohérent, parce que eux prêtent l'attention seulement à des moments, et prenez le premier moment de sa conférence de presse, ça nous ramène au Minnesota où il a sorti, vous savez, les posters des criminels immigrants, on était dans un western. C'était, moi je me souviens, un de mes premiers reportages aux Etats-Unis il y a 30 ans, c'était sur une émission qui s'appelait America's Most Wanted. On traquait les criminels, c'est ce qu'il propose de faire. La difficulté, c'est qu'il parle d'une manière que beaucoup de gens comprennent, qui nous paraît incohérente, mais pas à ces gens-là. La 2e difficulté qu'on a, et là, il y a un problème, c'est quand un forum comme Davos, et je le dis d'autant plus en tant que Suisse, devient une scène du théâtre trumpiste et accepte de devenir une scène du théâtre trumpiste, en abritant la première séance de son Conseil de la Paix, dont vous avez évidemment beaucoup parlé. Ça, c'est absolument scandaleux.

[00:36:21] Speaker 1: J'ai un exemple qui me vient, James, la semaine dernière, donc lundi, il me semble que c'était avant sa conférence de presse Fleuve pour son premier anniversaire. Contrarié de voir le président Macron ne pas participer, ne pas vouloir participer, à ce fameux Conseil de la Paix qu'il a lancé en grande pompe en marche de Davos, il a dit comme ça, je crois sur la pelouse de la Maison Blanche, très bien, ce sera 200% pour le champagne et les spiritueux français. instantanément, que font, sans jugement aucun, nos confrères de la chaîne publique ici en France, c'est tendre le micro à des vignerons français disant, êtes-vous inquiets ? Évidemment qu'ils sont inquiets, là n'est pas le sujet, mais sachant que cette menace ne tiendra peut-être que 24 heures si les relations avec Macron s'améliorent, alors quoi ?

[00:37:06] Speaker 7: Le gros problème, c'est qu'évidemment qu'on est obligé d'en parler, une fois de plus. C'est que le problème de Donald Trump, c'est qu'il a effectivement énormément de pouvoir. Je dirais, l'histoire des vins espiritueux est symptomatique, c'est vrai. C'est-à-dire qu'il dit ça, et puis bon, il le fera, il le fera pas. Mais quoi qu'il fasse, on est bien obligé d'en parler. Je dirais plus loin, c'est qu'on a un scandale qui est en train d'éclore en France, on en parlait la semaine dernière, c'est les problèmes de ces juges français qu'on va intimider en les menaçant de sanctions. C'est-à-dire que, alors là c'est plus Trump directement, Mais c'est-à-dire qu'en fait, Trump met aussi en scène sa toute-puissance. C'est-à-dire que si on sanctionne, par exemple, un juge, comme ça a été le cas de la Cour pénale internationale, un Français, le monsieur n'a plus de carte de crédit, ne peut plus voyager, a énormément de problèmes dans sa vie de tous les jours. Ça met aussi en scène, quelque part, l'impuissance de la France à dire, ben attendez, on n'est pas d'accord. Ça fait que, oui, il a le bras très très long et il peut agir sur la vie quotidienne de tout le monde. C'est l'énorme problème de ce Trumpisme. Je pense qu'il en joue même, c'est-à-dire qu'il y a un côté, il va aller au bout, il va menacer de manière très, très forte, comme il l'a fait avec le Groenland. C'est quand même extraordinaire. Ce discours de Davos était d'une violence inouïe. Il a critiqué l'Europe avec une violence absolue. Et là-dessus, il a dit, je n'utiliserai pas les armes pour le Groenland. Et là, tout le monde a fait un souffle de soulagement. Et derrière, dans l'après-midi, on a appris que finalement, il avait trouvé un cadre de négociation. Et là, la presse mondiale a dit « Ah, c'est bon, c'est réglé. » Moi, je ne suis pas du tout sûr que ce soit réglé. Du tout. Je pense qu'on est très, très loin d'avoir réglé le problème. Mais le souci, c'est que, donc, on a poussé, hop, et puis au dernier moment, il fait « Ok, finalement, je ne vais pas le faire. » Mais ça, je pense que ça joue aussi, c'est-à-dire que je suis d'accord avec vous, c'est un théâtre permanent, c'est la télé-réalité permanente, c'est-à-dire que c'est la télé-nouvelle-là, en fait. Et il y a plusieurs trames narratifs, Donc, on va venir voir Brandon, qui est tombé amoureux de Greta, mais on va lâcher un temps. Et puis, ça, c'est Grenland, et puis c'est l'Iran.

[00:39:09] Speaker 1: -...et qu'elle se répète à l'envie. Christian, est-ce que... On n'a pas le choix ? On ne peut pas faire autrement, puisqu'on sait qu'à chaque fois qu'il y a cette stratégie de la menace, ça monte et ça retombe comme un soufflé, on est condamné, et il reste encore 3 ans.

[00:39:24] Speaker 5: Je pense qu'on n'est pas condamné, mais ça demande une réflexion stratégique qui n'a pas beaucoup de place, c'est-à-dire que... Comment on sort du studio de téléréalité ? Parce qu'on parlait des médias, on parlait des individus, des spectateurs, mais également les acteurs politiques. Quand on pense à Trump face à l'Europe, on a 27 acteurs et... un peu moins pour les plus importants. L'Italie joue son rôle particulier, sa séduction... Sur une ligne de crête. Oui, sa ligne de crête avec Trump. L'Allemagne a sa relation particulière avec les Etats-Unis, ne parlons pas du Royaume-Uni, et on a la France, Macron, qui est au fond, dans l'émission de téléréalité, celui qui veut tenir tête le plus spectaculairement, avec ses lunettes bleu horizon à Trump. Donc là, tout le monde joue. Qu'est-ce que peut être la réplique aux menaces de Trump ? Zéro, aucune, parce que tous ces acteurs sont comme dans l'émission de téléréalité. Ils jouent très bien ce rôle-là, ils les mettent en rivalité, ils jouent sur les divisions, ils donnent à l'un ce qu'ils ne donnent pas à l'autre. Et comme l'Europe est une naine politique, c'est-à-dire qu'elle est incapable de développer des stratégies communes, eh bien elle est prisonnière du studio de téléréalité.

[00:40:45] Speaker 1: Oui, elle est aussi le premier marché des Etats-Unis, elle n'est pas qu'une naine cette Europe.

[00:40:50] Speaker 5: Non mais je dis une naine en termes de stratégie collective.

[00:40:54] Speaker 1: C'est sûr que face à un seul homme, c'est plus compliqué de parler à 27 que quand on est tous.

[00:40:59] Speaker 5: Mais ce que je voudrais rajouter, c'est comment sortir du studio de télé-réalité. C'est ça, le problème. Ca demande des stratégies concertées. Par exemple, ce que je disais dans un débat précédent, où les gens qui étaient avec moi dans le débat disaient qu'on peut faire ceci, disaient, oui, on peut faire ceci, on peut faire cela, on peut taxer ceci, on peut répliquer cela. Mais ça, c'est dans le... Vous voyez, c'est dans le logiciel de l'émission Téléréalité. Vous répondez à ces menaces par d'autres menaces. Et donc, moi, je disais, mais quelle est... La seule manière, c'est d'imposer un autre récit que celui de Trump. Comment construire... Quel est le grand récit européen ? Et je citais, par exemple, l'exemple de la nuit du... où Maduro a été... -"Arrêté". -...capturé, entre guillemets, typique de l'émission de télé-réalité. On s'attend à l'invasion du Venezuela, les bombes... J'ai vécu au Venezuela, j'ai de la famille au Venezuela. C'était terrifiant, la communication, pendant la nuit. Les gens ne savaient pas où ils allaient. Il n'a rien fait. Il a laissé le gouvernement en place en rejetant. Et donc, là, je sentais, Je sentais, chez les Vénézuéliens avec qui je parlais, que l'Europe n'existait pas. L'Europe n'avait aucune existence narrative, pour reprendre ce terme-là.

[00:42:26] Speaker 1: James, comment on sort de l'émission de télé-réalité qui se joue dans le salon à Mar-a-Lago ? Ca a été fait, non pas à la Maison-Blanche,

[00:42:35] Speaker 6: mais depuis la résidence de Dreyfus. Moi, je suis presque pas du tout d'accord sur l'Europe. J'allais dire pas d'accord, mais en fait, c'est plus que ça. Je suis pas du tout d'accord. Je pense que les Européens ont une vraie contrainte politique, et c'est ce que je dis dans mon livre, il faudrait même le dire d'emblée, dans les urnes, puisque nous sommes des démocraties, 40 % des Européens, un peu près, entre 30 et 40 %, pensent comme Trump. Ca, c'est un fait politique. Vous pouvez le décliner selon les pays. Il y a même des pays où ces gens-là sont au pouvoir. La Hongrie, la Slovaquie, la Tchéquie, ça dépend des jours, avec le nouveau Premier ministre. La Pologne n'a pas les pouvoirs directs sur le gouvernement, mais il a été élu. Donc, qu'est-ce que vous faites en tant qu'Européen démocrate lorsque vous savez qu'un bon tiers de vos électeurs pensent que Trump a raison ? C'est pas un motif pour lui céder, mais avouez que c'est un vrai boulet politique dans votre prise de décision. Deuxième point, qu'est-ce que vous faites quand le même Donald Trump, dans le même show de télé-réalité, intervient chez vous ? dans ces frontières. A la limite, vous pourriez gérer vos Trumpistes, mais vous pouvez pas les gérer, vos Trumpistes, tout seuls, parce que lui, il intervient, il leur donne son soutien, son vice-président, moi j'étais à la conférence de Mimic, peut-être comme James l'année dernière, ce discours qui non seulement interfère, enfin le prononce, à un moment de campagne législative allemande, mais reçoit la leader de l'extrême droite allemande en campagne, sans recevoir le leader qui depuis est devenu chancelier, le leader du parti conservateur. Ça, c'est le deuxième bémol. Qu'est-ce que vous faites ? On est des démocraties. Et enfin, 3e chose, qu'est-ce que vous faites avec un président des Etats-Unis qui ne respecte pas l'Etat de droit ? La question du juge posée par James le souligne. Donc, autrement dit, moi, je ne suis pas un euro-BA, mais je reconnais que les Européens, compte tenu des trois boulets que je viens de décrire, eh bien, ils sentirent quand même pas mal. Ils sont unis sur la question du Groenland, Ils ont réussi à marginaliser M. Orban, ils ont tenu bon sur l'Ukraine, avec des difficultés disons très importantes parce qu'il y a toujours besoin du soutien militaire américain. Donc compte tenu de ces boulets, je trouve que la locomotive européenne continue de rouler. Franchement, c'est déjà presque étonnant.

[00:44:57] Speaker 1: Orban, qui était le seul d'ailleurs au Conseil pour la paix la semaine dernière. James pour conclure.

[00:45:01] Speaker 7: Oui, simplement, je pense que ce qui se passe avec l'Europe aussi, c'est qu'il y a beaucoup de leaders à travers le monde en fait qui attendent tout simplement, pour filer votre métaphore sur la téléréalité, la fin de l'émission. C'est-à-dire que je pense qu'il y a une vraie tentation, et on le voit à Davos, c'est-à-dire que les leaders européens sont en train de se dire « Bon, qu'est-ce que je fais ? Je déclenche une guerre commerciale avec les Etats-Unis ? » Ou « Je serre les dents, j'attends, en croisant les doigts, qu'ils se prennent une défaite au mid-terms ? » Ce que je veux dire... À la fin de l'année ? Je ne pense pas, mais bon, ça c'est encore autre chose. Je pense que malheureusement, potentiellement, il ne va pas les perdre du tout. Mais là-dessus, ils sont là en train de se dire « Est-ce que je bouge ou est-ce que j'attends ? » l'architecture sécuritaire de l'Europe, en espérant qu'elle puisse revenir après. Ce qui se joue, c'est l'interdépendance économique quasi impossible à défaire. Ce qui se joue, c'est quand on parle du fameux bazooka européen, la grande question, c'est qu'est-ce qu'on fait si les Américains répliquent pour de vrai? S'ils arrêtent leur service numérique, ça va être une catastrophe. On est quand même dans une situation très compliquée. Je pense qu'il y a une côté, on attend la fin de l'émission. Quant aux médias, je pense que c'est intéressant d'en parler, on attend la fin de l'émission et quant aux médias parce que je pense que c'est intéressant d'en parler aussi je pense que nous on a un rôle qui consiste à montrer ce qui se passe c'est à dire que là on est en train de voir ce qui se passe à Minneapolis. J'espère que tous ceux qui sont tentés par l'extrême droite, on est une chaîne internationale, à travers l'Europe voient ces images et peut-être que certains se disent mais j'ai pas envie de ça et ça c'est peut-être quelque part... Enfin ça de toute façon c'est notre rôle de le montrer et aussi, j'ajouterai cela, peut-être faire des longs formats qui qui permettent d'expliciter, de montrer, d'enquêter.

[00:46:32] Speaker 1: Et bien voilà, et cette émission et cette participée à cet édifice d'apporter sa petite pierre. Merci infiniment à tous les trois d'être venus ce matin sur ce plateau. La tyrannie des bouffons sur le pouvoir grotesque, Christian Salmon, on vous lit aux liens qui libèrent. Richard, merci beaucoup, on vous lit. Cette Amérique qui nous déteste, sortie aux éditions Nevi Gata et James, vous étiez ici chez vous. A très vite, une émission à revoir en replay, réécouté en podcast, on se retrouve dans un quart d'heure. Merci d'avoir regardé cette vidéo .

ai AI Insights
Arow Summary
A French news discussion analyzes rising tensions in the United States after the death of a protester, Alex Pretty, reportedly shot multiple times by federal immigration agents (ICE) in Minneapolis during demonstrations against Donald Trump’s immigration crackdown. Guests debate whether this marks a turning point, framing ICE’s expanded budget, rapid recruitment, and aggressive tactics as a deliberate strategy to intimidate and deter immigrants and dissent. They argue the White House’s lack of calls for an investigation and officials’ martial rhetoric amount to a “license to kill,” while noting organized local resistance but limited nationwide mass mobilization and continued Republican support for Trump in polls. The panel also examines Trump’s media-saturation strategy—constant shocks, contradictions, and agenda flooding—likened to reality-TV politics that creates public “sidération” and makes coordinated opposition difficult. They discuss Europe’s challenge responding to Trump’s threats and influence, debating whether Europe is politically weak or constrained by internal pro-Trump electorates and U.S. leverage, and conclude that media must cover Trump while providing distance, verification, and deeper investigative formats.
Arow Title
Debate on ICE violence, Trump’s narrative strategy, and public reaction
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Arow Key Takeaways
  • ICE has been rapidly expanded with large funding, recruitment incentives, and shortened training, raising fears about accountability and use of force.
  • The killing of a protester in Minneapolis is treated as potentially emblematic of a broader strategy of deterrence through fear and coercion.
  • Panelists criticize the Trump administration for not calling for transparent investigations, interpreting this as tacit approval of violence.
  • Despite outrage in Minneapolis, nationwide protests remain limited and Trump’s support among Republicans remains high, reflecting deep polarization.
  • Trump’s communication style is described as a deliberate ‘reality-TV’ strategy—constant shocks, contradictions, and agenda flooding—to keep opponents reactive and the public disoriented.
  • Ex-presidents Obama and Clinton breaking their usual restraint is framed as a significant signal of perceived historic stakes.
  • Europe’s capacity to respond is debated: some see strategic weakness, others stress constraints from internal politics and U.S. economic/security leverage.
  • Media cannot ignore a U.S. president’s statements but should contextualize, verify, and invest in long-form investigation to counter manipulation.
Arow Sentiments
Negative: The tone is alarmed and critical, emphasizing violence, erosion of rule of law, intimidation tactics, and democratic backsliding, with concern about media manipulation and limited public mobilization.
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