[00:00:00] Speaker 1: Le choix de « Parlons-en » ce matin, c'est de ne pas oublier ce qui nous a beaucoup occupé ces trois dernières semaines et qui pourrait repasser sous les radars médiatiques à la faveur du black-out organisé par les autorités. C'est la révolte populaire en Iran. Notre rédaction reste mobilisée alors que les manifestants sont rentrés chez eux pour échapper à la répression. Notre responsabilité, c'est tenter d'établir les faits, le bilan de ce qu'Amnesty International appelle un « bain de sang » et tenter de se projeter sur la suite. Avec moi sur ce plateau, Mariam Pirzadeh et Bahar Macoy, bonjour à toutes les deux. Iran, quel visage de la contestation, c'est un numéro spécial de Parlons-en aujourd'hui, on a beaucoup de choses à dire. Et c'est parti. Bahar Macoy, bonjour. Bonjour. Mariam Pirzadeh, bonjour. Vous êtes ici chez vous, journaliste à la rédaction de France 24. Mariam, vous avez été la correspondante de France 24 à Téhéran pendant plusieurs années. Avant que vous nous expliquiez votre travail, la façon dont vous travaillez et ce que vous avez obtenu ces dernières heures depuis l'Iran, on va retrouver à Téhéran notre correspondant Siavosh Ghazi. Bonjour Siavosh, ça fait trois semaines et demi maintenant qu'a commencé cette révolte populaire, partie, on le rappelle, du bazar de Téhéran et qui s'est muée assez rapidement en révolte contre le régime. Il y a dans les dernières déclarations ce matin celle du chef de la police qui affirme, je cite, que le calme est revenu dans tout le pays aujourd'hui et qui assume que la priorité est maintenant faite aux arrestations des mineurs de ce mouvement.
[00:01:40] Speaker 2: Alors exactement, le général Radin a affirmé qu'avec le retour au calme, la police se concentré désormais sur l'arrestation des leaders ou des meneurs des troubles. Tous les jours, nous arrêtons des personnes à travers le pays et aujourd'hui encore, nous avons arrêté de nouveaux leaders des troubles, a ajouté le chef de la police. Des milliers de personnes ont été arrêtées depuis un peu plus de trois semaines mais pour l'instant aucun chiffre officiel n'a été annoncé. Sur les arrestations, l'avis est revenu à la normale dans la capitale iranienne qui a retrouvé ces embouteillages monstres. Mais pour l'instant, l'internet est toujours coupés, sauf pour des médias officiels ou les gens du pouvoir, mais aussi certains commerçants qui peuvent se rendre par exemple dans les chambres de commerce de leur corporation pour accéder à l'internet. Des pas très lents qui laissent penser que le retour à une situation normale en ce qui concerne l'internet ne sera pas aussi rapide qu'annoncé il y a deux jours.
[00:02:37] Speaker 1: Siavash, comment est-ce que les autorités iraniennes qui parlent depuis quelques jours à des médias internationaux présentent ce qui s'est qu'est-ce qui s'est passé ces trois dernières semaines en Iran ?
[00:02:48] Speaker 2: Alors, la version des autorités est bien sûr très différente. Tout d'abord, le pouvoir partage en deux parties les événements. Avant le 8 janvier et après le 8 janvier, jusqu'au 11 janvier, où il y a eu encore des manifestations, les responsables affirment que le mouvement de protestation a été justifié, notamment la grève au bazar ou les manifestations, avant le 8 janvier, même si on a entendu pendant cette période des slogans contre le pouvoir ou encore contre la dictature mais les mêmes autorités affirment qu'à partir du 8 janvier et la paix de l'ancêtre par Reza Pahlavi, on a assisté à un complot aujourd'hui par les Etats-Unis et Israël avec l'entrée en action, je cite encore, des groupes terroristes ou des meneurs entraînés par les services de renseignement israélien ou américain pour provoquer des troubles afin de tenter de renverser le pouvoir. La télévision officielle diffuse régulièrement des vidéos des groupes armés à Téhéran, mais aussi dans la ville de province, prend dans les manifestations pour appuyer cette thèse. Selon les chiffres, ces groupes et ces meneurs, désignés comme ça par le pouvoir, ont délibérément attaqué et incendié quelques 250 mosquées, de nombreux bâtiments officiels, des autobus, des ambulances ou des véhicules de pompiers, dont les images ont été diffusées par la télévision. Et dernière chose, aucun chiffre officiel n'a été publié sur le nombre des morts ou des blessés, mais les autorités affirment que la plupart d'entre eux, des personnes tuées ou blessées, ont été donc tuées ou blessées non pas par des tirs des forces de l'ordre, mais par des groupes armés.
[00:04:20] Speaker 1: Siavosh Ghazi à Téhéran, merci beaucoup Siavosh, nous sommes l'une des rares rédactions ici en France à avoir un correspondant à Téhéran, et c'est précieux, Bahar Macoy et Mariam Pirzadeh, ça fait trois semaines et demie qu'a éclaté cette révolte, d'abord au sein du bazar de Téhéran et qui s'est muée en révolte contre le régime. Les autorités iraniennes disent aujourd'hui qu'elle n'a plus cours, que les manifestants sont tous rentrés chez eux. Est-ce qu'on est sûr de ça ? Déjà Bahr, peut-être pour commencer.
[00:04:53] Speaker 3: C'est difficile d'avoir des informations correctes, étant donné que les communications ne sont toujours pas rétablies avec l'Iran. Internet, de temps en temps, revient, repart, mais les échanges sont très brefs. Donc on ne sait pas réellement ce qui se passe et on essaye d'avoir des informations à ce sujet. Ce que je peux vous dire, si à vous je parlais, donc les autorités parlent d'un retour au calme et d'une vie à la normale, mais on peut se poser la question au sein des familles qui ont perdu des proches et au sein des familles qui ont vécu ces trois dernières semaines. Je ne sais pas si on peut parler vraiment d'un calme et d'une vie normale parce que là il y a des gens qui vont peut-être devoir retourner à l'université, au travail et qui ont perdu des proches donc je pense qu'intérieurement les gens ne sont pas... je sais pas si on peut vraiment parler d'un calme et d'un point de vue physique et d'un point de vue psychologique.
[00:05:45] Speaker 1: Il y a donc ce narratif porté par les autorités de la république islamique de dire que la révolte est finie, que les choses reviennent à la normale, que les universités ont rouvert ainsi que les magasins et c'est là qu'est notre responsabilité en tant que rédaction et c'est pour ça aussi qu'on voulait parler de votre travail à toutes les deux et plus dans la rédaction, il faut continuer à enquêter sur ce qui s'est passé ces trois dernières semaines. Pourquoi, Mariam Perdaneh ?
[00:06:12] Speaker 4: Parce qu'on ne parle plus de l'Iran, parce qu'il y a une détresse très forte. Les rares contacts que j'ai pu établir ces derniers jours, c'est des messages de détresse qui arrivent d'Iran. Par exemple, le bazar de Téhéran, dimanche, l'information que j'avais, c'est qu'il y avait une grande partie des magasins qui étaient fermés parce qu'il y a beaucoup de bazaris, c'est des hommes qui ont été tués ou qui ont perdu des proches, donc ils ont fermé leur boutique. On fait état d'une tristesse immense, en fait. Et comme le dit très bien Bahar, c'est que quand ils arrivent à se connecter, ils ont très peur de parler. Ils nous disent que ça va, mais ils nous font comprendre que ça ne va pas. Par exemple, on va voir, il y a une journaliste qu'on suit beaucoup ici, parce qu'elle a été arrêtée, une journaliste iranienne qui est en Iran. Elle s'appelle Elahe Mohammadi, on va voir, elle a tweeté hier, elle a une petite connexion à internet et elle raconte en fait que c'est un deuil, en fait, ils sont tous en deuil, que le pays est triste. Son journal, voilà, Elahe Mohammadi, pourquoi elle est importante ? Parce qu'Elahe Mohammadi, c'est une des deux journalistes iraniennes qui a parlé de Marsa Amini. Donc elle est allée aux obsèques de Marsa Amini, elle a fait un an de prison pour ça.
[00:07:22] Speaker 1: Elle écrit « La ville empeste la mort ».
[00:07:24] Speaker 4: « La ville empeste la mort, je n'ai jamais vu la neige tomber à Téhéran de toute ma vie et personne ne sourit ». Et elle finit son message en disant que, on va le voir, ça s'affiche, c'est un long tweet en perçant. Donc le journal où elle travaillait, Amiens, qui existait depuis quelques années, a cessé de paraître après trois ans et demi d'existence parce qu'ils ont tenté de couvrir justement l'actualité des morts. Donc elle est allée à Karizak, cette morgue dont on va parler, des cimetières, de tous ceux qui attendaient le corps de leurs proches, des hôpitaux, des infirmières, des médecins témoins de la catastrophe qui ont versé des larmes et ont fait tout leur possible. Ces 2 dernières phrases m'ont brisé le coeur. Des jours difficiles se sont écoulés. Tout le monde est sous le choc. Un pays est en deuil, un pays est en colère. Je pense qu'aujourd'hui, c'est le sentiment de tout l'Iran, même ceux qui n'ont pas manifesté. Mais il y a une phrase qui revient dans la bouche de ceux avec qui on parle, c'est que tout le monde connaît quelqu'un qui a été tué. Il faut continuer à en parler, puisque le but du régime, en coupant Internet, en coupant les communications, qu'il s'est passé là-bas, ce massacre à huis clos. On parle de milliers, de milliers, de dizaines de milliers de morts. Et donc, nous, notre rôle est effectivement de corroborer les informations, d'avoir des informations fiables et de les donner.
[00:08:35] Speaker 1: Alors justement, faisons effectivement notre travail. Comment travaille-t-on très concrètement à Bahr Macoy sur l'Iran aujourd'hui, qui est en blackout quasi intégral, avec donc, on l'a dit, de ci, de là, parfois, des connexions téléphoniques. On vient de le voir, on a pu joindre Siavosh Ghazi, mais c'est compliqué. sans accès au terrain et surtout dans un contexte de propagande a priori très favorable aux autorités de la république islamique. Comment est-ce qu'on travaille ?
[00:09:01] Speaker 3: Même si les communications n'ont pas été rétablies, en fait, depuis quelques... depuis une semaine environ, on se rend compte que les iraniens arrivent à contacter leurs familles via des cartes prépayées qui coûtent très cher. Leurs familles à l'étranger ? Leurs familles à l'étranger, voilà. Il y a des cartes prépayées qui coûtent très cher, donc les iraniens ici reçoivent des des coups de fil qui viennent très étonnamment de Bulgarie, de numéros bulgares, lituaniens, hongrois. Ca passe par des relais. Dans les premiers jours, ils décrochaient pas. Le mot est passé de famille en famille. Décrocher, ce sont vos familles qui vous appellent d'Iran. Vous décrochez, et vous avez les gens très brièvement au téléphone. Une minute, deux minutes, ça raccroche.
[00:09:41] Speaker 1: Ca veut dire qu'il faut de l'argent pour payer ces cartes.
[00:09:44] Speaker 3: Il faut de l'argent pour payer ces cartes. On se rend compte qu'il y a une solidarité qui s'organise. les gens disent, mais moi j'ai pas de nouvelles de ma famille, si ta famille appelle, dis-leur d'appeler ma famille, de demander des nouvelles. Les gens essaient de s'organiser pour avoir des nouvelles. Et nous, ici, on parle avec énormément d'Iraniens de la diaspora qui réussissent à avoir des bribes de nouvelles de leur famille. Hier, on a lancé des bouteilles à la mer, on voulait savoir comment ils allaient, s'ils avaient des nouvelles de leurs proches. On a été surpris d'avoir beaucoup trop de retours de gens qui avaient perdu des proches ou des proches blessés. On a passé pas mal de coups de fil et on continue de les appuyer.
[00:10:24] Speaker 1: On ne s'attendait pas à avoir tant de témoignages.
[00:10:26] Speaker 3: On ne s'attendait pas à avoir tant de témoignages. Et en même temps, ça n'est peut-être pas si étonnant au vu des chiffres avancés du nombre de victimes par les organisations, les ONG, qui commencent à faire un bilan qui grimpe au fur et à mesure. C'est comme ça qu'on commence à avoir des bribes d'informations.
[00:10:45] Speaker 1: Sachant que ces iramniens qui arrivent à parler à leurs familles à l'étranger prennent des risques parce que leurs conversations sont potentiellement surveillées, leurs réseaux sociaux le sont aussi ? Vous avez pu le documenter ?
[00:10:57] Speaker 4: Oui, exactement. C'est des coups de fil très courts. Ça marche aussi avec ce qu'on appelle des « voices », des vocaux qu'on enregistre. Et en fait, spontanément, on enregistre les vocaux sur le téléphone parce qu'il les supprime derrière pour qu'on ait aussi une preuve. Donc c'est très court. Et il y a Meta, notamment, qui a fait cette chose incroyable. Donc la maison mère de Instagram, Facebook, ils ont rendu illisibles les followers et les abonnés des comptes iraniens pour que le régime n'aille pas puiser Mehbar. Elle a travaillé là-dessus, elle vous expliquera précisément. Donc, effectivement, ça veut dire qu'il y a aussi une aide extérieure de la part de grandes organisations, de grandes boîtes internationales, mais qu'ils prennent des risques, surtout ceux qui... Elaheim Mohamedi, dont on a vu le tweet, est sous surveillance, puisque son journal a été fermé parce qu'elle a écrit un article sur la répression, sur les manifestations. Donc, quand elle tweet ça, elle se met en danger. Et c'est pour ça que ça prend encore plus une valeur... Ca a une valeur encore plus importante, parce que le courage est décuplé, en fait, d'avoir le courage de tweeter, d'envoyer un message, de faire une story Instagram, tout peut les mener vers une arrestation.
[00:12:10] Speaker 1: Barre sur ce qu'évoquait Mariam, sur ce que Metta a fait de rendre illisibles les followers des comptes Instagram iraniens ?
[00:12:18] Speaker 3: Effectivement, en fait, on s'est rendu compte en allant sur les pages des Iraniens que c'est tout à fait vrai, les followers et les abonnés ont disparu. Et en fait, après la guerre des 12 jours entre l'Iran et Israël, Le pouvoir judiciaire avait déjà averti les Iraniens en leur disant que suivre des pages affiliées au régime sioniste constituait un acte criminel passif de poursuite. C'est-à-dire n'importe quel opposant ? Voilà. Je pense qu'il y a des Iraniens qui peuvent suivre des pages politiques, notamment du fils du char Hezab al-Habi, ou peut-être être en contact avec, suivre des journalistes, suivre des médias iraniens à l'étranger, ou des partis d'opposition. et ce sont des choses qui sont surveillées. Meta s'est rendu compte, en fait, que l'Iran collectait massivement des données personnelles. C'est pour ça qu'ils ont décidé de prendre cette mesure. Donc il y avait déjà une surveillance qui était en train d'être effectuée, une enquête qui était en train d'être effectuée par les autorités iraniennes pour commencer à arrêter des Iraniens qui postaient ou qui suivaient des gens sur Instagram.
[00:13:21] Speaker 4: Parce que, par exemple, il y a Iran International, qui est une chaîne qui est très suivie en Iran, qui est une chaîne d'opposition en langue persanophone qui est basée à Londres, qui est très suivi en Iran avec des satellites et des paraboles. Si vous suivez ce compte ou le compte de Reza Pahlavi, qui est très actif sur les réseaux sociaux, vous pouvez être accusé d'espionnage ou de fomenter des troubles pour la République islamique.
[00:13:42] Speaker 3: Juste sur les gens en Iran qui sont surveillés, les conversations qui sont surveillées, hier, j'avais une dame au téléphone qui avait réussi à avoir sa sœur. Elle avait appris qu'elle avait un cousin qui est décédé dans les manifestations. par un autre membre de la famille et elle demande au téléphone à sa soeur comment elle va et sa soeur se met à chanter. Elle se met à chanter donc et là elle me dit moi je connais très bien ma soeur je sais ce que ça veut dire donc en fait c'était une preuve que la conversation était surveillée ou en tout cas que sa soeur craignait d'être surveillée et voulait quand même lui faire passer le message que ça n'allait pas du tout. On a ce genre de témoignages notamment
[00:14:25] Speaker 1: qui nous qui nous reviennent. Parmi les matériaux donc que vous avez pour travailler et tenter d'établir et les faits et les chiffres, on va y revenir, il y a donc ces témoignages, ces vocos, ces réseaux sociaux et puis il y a ces images, là encore envoyées dans des bribes d'espaces numériques disponibles, ces vidéos de manifestations, on a beaucoup parlé ces dernières semaines et vous avez travaillé précisément sur des images qui nous sont parvenus il y a quelques jours déjà de la morgue Mariam de Karizak, c'est au sud de Téhéran. Je précise qu'une grande partie de votre travail consiste aussi à donc bien sûr recevoir ces vidéos mais les authentifier, les identifier et ces images là c'est le cas, vous avez pu les identifier et les authentifier et qu'est ce qu'elles racontent ? Ce sont les images que l'on découvre à l'antenne.
[00:15:14] Speaker 4: Alors c'est la cellule des observateurs avec Ershad Alijani qui travaille dessus depuis plusieurs jours maintenant. En fait les images de Karizak de cette Cette morgue, ce sont les premières images après le blackout internet. Donc là on remonte à le blackout internet, ça commence le jeudi 8 janvier au moment des grandes manifestations. Et dimanche, une personne arrive à envoyer, alors comment elle a réussi à envoyer ? Est-ce qu'elle est sortie d'Iran pour envoyer ces images, ces 6 minutes brutes de cette morgue de Karizak où on voit l'ampleur de la répression ? Et en fait le monde entier découvre l'ampleur de la répression avec ces images de Karizak. Ce sont vraiment les toutes premières images qui arrivent après la coupure des communications et on se rend compte de ces milliers de corps par terre. Ce qu'elles racontent, c'est des récits plus horribles les uns que les autres. Moi, j'ai parlé avec quelqu'un qui a réussi à sortir d'Iran, qui me disait qu'en fait, c'était des camions Ben, des camions Ben ou des camions qui emmènent le sable, le cantinège, qui déversaient des corps et des corps et des corps dans cette morgue. En fait, il y a tellement de corps que les corps sont exposés dehors. Il y a des photos qui sont prises quand le visage est reconnaissable parce que, parmi ces corps, il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas reconnaissables parce qu'elles ont eu des tirs à la tête, ce qui fait que leur famille n'arrive pas à les reconnaître, ce qui explique qu'il y a beaucoup de disparus. Leur photo est projetée sur un écran de télévision avec une photo, un nom, si jamais il y avait une carte d'identité sur cette dépouille.
[00:16:48] Speaker 1: Pardon, je vous interromps, mais ça veut dire que les autorités de cette morgue, donc, j'imagine, organisées par l'administration iranienne, organisent cette espèce de vidéoprojection devant des familles qui cherchent les leurs, de photos numérotées pour qu'elles parviennent à identifier les leurs.
[00:17:10] Speaker 4: Voilà, c'est des visages de cadavres, si jamais ils sont identifiables, avec des noms, si jamais ils ont trouvé le nom, mais c'est assez peu, car beaucoup de personnes, quand elles sortent manifestées, n'ont pas de téléphone portable ou de papier d'identité. On a eu des récits de parents qui se retrouvent à fouiller, à chercher, parmi ces milliers de corps, le visage de leur enfant, notamment. Et donc, ces visages, ces images brutes qu'on a reçues dimanche, on entend les cris, on a des vidéos, effectivement, de mamans qui se jettent sur le corps de leur enfant quand elles le reconnaissent. Imaginez-vous, vous n'avez pas de nouvelles de votre enfant depuis 2-3 jours, vous vous retrouvez dans cette morgue et vous devez regarder tous ces visages, qui sont pour la plupart très jeunes, à la recherche de votre enfant. En plus de ça, ce qu'on a appris, c'est authentifié par des témoignages, il y a un racket, c'est-à-dire qu'on demande de la monnaie, des très fortes sommes d'argent pour récupérer le corps des sommes qui avoisinent 2-3 mille euros, donc imaginez-vous ceux qui sont allés manifester, justement c'est parce qu'ils n'ont pas 2-3 mille euros
[00:18:20] Speaker 3: par balle, par corps, il y a des gens qui ont perdu plusieurs enfants donc ils se retrouvent à devoir payer, je sais pas, 16 mille euros et c'est une
[00:18:28] Speaker 4: famille modeste. Et s'ils ne peuvent pas payer, ils n'arrivent pas à payer, on leur dit dans ces cas-là, déclare que ton enfant était une force de sécurité, un bassage pour faire gonfler les chiffres des pères du côté des forces du régime, ce qui est inimaginable. Vous vous rendez compte, en fait, on a tué votre enfant et on vous demande en plus de l'argent pour récupérer le corps.
[00:18:46] Speaker 1: Les autorités iraniennes, bien sûr, mènent cette guerre des chiffres. Ces derniers jours avant que l'Iran retombe sous les radars médiatiques, on a vu sortir Bahar des bilans avec des fourchettes très larges de personnes tuées dans les manifestations. Mariam parlait de plusieurs milliers de morts dans cette morgue, voire, au global, un bilan de plusieurs dizaines de milliers de personnes tuées. Vous, encore une fois, comment est-ce que vous travaillez ? Quel bilan est-ce que vous retenez ? Comment on va faire, en fait, sachant le black-out, pour établir réellement le bilan de la répression de ces trois semaines de révolte ?
[00:19:30] Speaker 3: C'est quelque chose qui est en cours et c'est quelque chose qui va prendre du temps et qui va demander aussi des relais en Iran. D'où l'importance de le faire tout de suite, de ne pas laisser passer le temps. Bien sûr, parce qu'il est important aussi de savoir, quand les familles récupèrent les corps, de comprendre aussi comment ils ont été tués. Il y a une organisation qui s'appelle Human Rights Activists in Iran, qui est basée aux Etats-Unis et qui fait notamment un travail très sérieux Le dernier bilan date d'hier. Ils parlent de 4519 morts sourcés. Ils enquêtent sur 9049 cas. Ca fait près de 14.000 personnes. On parle aussi de 5811 blessés. On ne sait pas si ce sont des blessés blessés. On ne sait pas si ce sont des blessés graves. Il y a aussi les disparus. Donc du coup, pour l'instant, ils ne sont pas encore comptabilisés. Et puis, Harana, donc l'ONG dont je viens de parler, parle aussi de 26.314 arrestations. Qu'ils ont pu, à ce stade, documenter. Qu'ils ont pu, à ce stade, documenter. On a aussi quelques bribes d'informations émanant du personnel médical en Iran. et il y a des gens qui sont en attente pour être opérés des yeux par exemple mais sans doute par rapport à d'autres blessures alors on sait pas comment ils vont, est-ce qu'ils vont s'en sortir mais l'état des hôpitaux actuellement du coup est assez catastrophique on pense d'après les témoignages qui nous reviennent. Sachant que le personnel médical lui-même
[00:21:13] Speaker 1: notamment les médecins qui se déplaçaient pour essayer de à domicile notamment pour essayer d'aller au chevet des blessés ont été arrêtés pour certains.
[00:21:21] Speaker 4: Moi j'ai reçu des nouvelles d'un médecin à Téhéran qui parlait de 1400, alors c'est le chiffre qu'il donne, évidemment des hôpitaux sous pression, des forces de sécurité qui sont présentes dans les hôpitaux, qui disent quoi faire aux médecins. On m'a fait état aussi, via une autre source, d'un homme qui avait une balle dans la cuisse et les forces de sécurité qui étaient dans les hôpitaux ont ordonné au médecin de ne pas le soigner, il en est mort. Donc ce médecin à Téhéran, avec qui j'ai juste reçu des nouvelles, parle de 1400 morts par heure. Donc évidemment, ce sont des chiffres qu'on ne peut pas vérifier nous. Mais eux, entre médecins par exemple, et là on parle juste de Téhéran en fait, donc imaginez-vous à l'échelle de l'Iran, l'Iran c'est trois fois la France, ça a été un bain de sang à Ispahan, à Shiraz, dans le lorestan à Rasht, dans le nord de l'Iran, dans le sistan balouchistan, donc en fait là on parle des chiffres uniquement quasiment intéhérents donc ça va être des milliers et des milliers de morts et ça va prendre du temps effectivement.
[00:22:25] Speaker 1: Est-ce qu'on a pu documenter, vous évoquiez ces personnes tuées par balles, la façon dont ces manifestants ont été tués ? Est-ce qu'il y avait quelque chose de systémique dans l'utilisation de tel ou tel type d'armes ?
[00:22:40] Speaker 4: Des armes de guerre. Moi on m'a fait état de mitraillette Kalachnikov. Il y a deux zones qui sont visées, ce sont le visage avec les yeux, parce que c'est une technique qu'on a vue en 2022 pendant Femme, Vie, Liberté. Ils visent les yeux des manifestants et des manifestantes, c'est-à-dire qu'elles deviennent aveugles ou perdent un oeil, pour bien les identifier, montrer qu'elles ont manifesté, quelque chose qu'elles vont garder toute leur vie, et donc tirer dans le visage, derrière la tête et dans les poumons, notamment vers le torse. Ce qu'on entend de récits de gens qui ont manifesté, c'est qu'ils ont tiré de manière non distingue. Ils ont tiré sur toute la foule. Il y a même une manifestante qui m'a dit, en sortant manifester, je savais que j'avais une chance sur deux de mourir. On le savait tous. Moi j'ai eu cette chance, c'est que je ne suis pas morte. J'ai réussi à m'enfuir. Elle est maman d'un petit bébé. Elle m'a dit, je ne peux pas, j'ai une responsabilité. Donc elle est rentrée chez elle, mais elle a vu des personnes tomber devant elle. Donc en fait, on les a vus via des vidéos qu'on puait sortir d'Iran, être sur des ponts, sur des toits et cachés. On a vu des personnes aussi battre à mort avec des matraques des manifestants à terre. Il y a un récit, également, d'un jeune homme qui a été tué, qui avait un tatouage au niveau d'un de ses doigts qui représentait la Perse. Ils lui ont tiré une balle dans le doigt. Donc c'est des récits très, très durs, Très dur à vérifier, effectivement. C'est pour ça qu'on fait appel à des contacts qu'on connaît, sûrs, mais le temps de corroborer tous ces récits... Euh... Prend du temps, effectivement.
[00:24:23] Speaker 1: -"BAR", là-dessus, sur la documentation, et à nouveau, on rappelle l'importance de le faire maintenant, la documentation et de l'ampleur de la répression et de la façon dont elle s'est opérée sur cette mobilisation.
[00:24:39] Speaker 3: Il y a quelques vidéos qui sortent du pays dans ces petits moments de connexion via Starlink aussi et également des militants qui arrivent à s'approcher des frontières ou voire à passer les frontières pour passer les vidéos et toutes ces vidéos sont vraiment très précieuses. Sur certaines de ces vidéos effectivement on voit les armes, sur d'autres on ne perçoit pas qui tire mais on voit la manière de tirer indistinctement sur la foule et des manifestants qui sont en train de filmer un moment de protestation voire de joie parce que les gens étaient quand même heureux d'être tous ensemble et de pouvoir s'exprimer et ce moment de joie vire au cauchemar quand des balles sont tirées sur les manifestants et toutes ces vidéos sont très importantes, elles sont précieuses, on les garde et on va les analyser et puis ces vidéos-là vont permettre au fur et à mesure à mesure qu'elles vont arriver, sortir du pays, de pouvoir documenter ce qui se passe exactement et de pouvoir identifier les coupables.
[00:25:45] Speaker 1: Pour lutter contre l'anonymisation voulue par les autorités iraniennes, vous avez émerge, depuis quelques jours, certains des visages de cette répression, et vous avez travaillé particulièrement sur l'histoire d'une jeune femme qui avait 23 ans. qui s'appelle Robina Amonion et qui a été tuée le 8 janvier, Mariam, c'est ça ?
[00:26:10] Speaker 4: Oui, on a retrouvé sa tante. Robina, en fait, c'est le premier visage de la répression. Premier visage qui a émergé puisque sa tante a parlé assez rapidement. Hier, on a regardé son Instagram, il était ouvert. Voilà, on va lui redonner vis aujourd'hui à Robina et elle montre sa vie avec ses copines. C'est une vidéo Instagram qu'elle a postée quelques mois avant de mourir. Voilà, on va la laisser, on va l'écouter. L'endroit où était Robina les a beaucoup choqués. Ma famille a été si choquée, sa mère, son père, sa sœur, son frère. Quand ils en parlent, ils disent que c'est, on va écouter après sa tante, Mais voilà, Robina, elle postait sa vie, ses copines. Robina, en fait, elle venait d'une petite ville dans le Kurdistan et elle arrivait à Téhéran, dans la grande ville, à l'université. Elle avait plein de rêves. Et en fait, elle sort ce que nous raconte sa tante hier, qui a réussi à s'entretenir avec sa famille, parce qu'après, maintenant, elle ne peut plus parler avec elle. Sa tante qui est à Oslo. Sa tante qui est à Oslo, elle sort... Elle avait plein d'ateliers, en fait, parce qu'elle apprenait le design, Elle voulait monter une grande maison de couture. Robina, c'est celle qui a le foulard noir. Son cours prend un peu plus de temps que prévu. Elle voit une manifestation et elle va manifester parce qu'elle aussi, en fait, elle voulait un avenir meilleur. D'ailleurs, sur son Instagram, il y a marqué pour l'avenir, pour le futur. Et ses parents apprennent, reçoivent un coup de fil de ses amis. Voilà Robina, qui postait beaucoup sur son Instagram ce qu'elle faisait, ce qu'elle cousait. comme n'importe quelle jeune fille de 23 ans du monde qui voulait être couturière et designeuse. Ses parents reçoivent un coup de téléphone en disant que Robina était touchée. Ils font une route très longue, 500-600 km, Karamanecha, Téhéran, avec le petit espoir que leur fille soit vivante. En arrivant à Téhéran, ils se rendent compte qu'elle est morte. De là, va commencer... ils ne connaissent pas Téhéran, va commencer une sorte de quête, de parcours du combattant pour retrouver leur fille. Sa tante raconte, si on peut l'écouter, elle nous raconte ce moment où ils retrouvent Robina, à la Morgue. L'endroit où était Robina les a beaucoup choqués. Ma famille a été si choquée,
[00:28:51] Speaker 5: sa mère, son père, sa sœur, son frère...
[00:28:54] Speaker 4: Quand ils en parlent, ils disent que c'est comme si leur âme avait quitté leur corps à ce moment-là. Je ne sais pas ce qu'ils ont vu là-bas, mais ce que ma sœur m'a dit, c'est qu'il n'y avait pas seulement Robina là-bas. Il y avait des centaines, des milliers de corps, et qu'elle devait chercher parmi tous ces corps sa fille. Il y avait une odeur de sang partout. Ils étaient tous entassés les uns sur les autres. Chaque jour, quand je pense à cette scène, chaque minute, mon coeur me fait mal. Quand elle a pris sa petite fille qui pesait 40 kg dans ses bras, la sortie de cette morgue l'a emmenée dehors. Elle a dû conduire jusqu'à Kermanshah avec sa fille dans ses bras. Ses vêtements et son corps étaient tachés du sang de Robina. Ma famille dit qu'elle n'a pas voulu retirer ses vêtements. Elle voulait garder le sang de son enfant. Ça me brise le coeur. Durant tout le chemin de Téhéran, de cet enfer, jusqu'à Kermanshah, elle a serré sa fille dans ses bras, jusqu'à ce qu'elle soit sous la terre. Elle n'a pas voulu la poser un seul instant. de peur qu'on lui reprenne de nouveau sa fille.
[00:30:20] Speaker 5: ...
[00:30:21] Speaker 1: Voilà pour un extrait de ce témoignage que vous avez recueilli hier. Mariam Ebaar, d'ailleurs, je renvoie aussi à un long article que vous avez consacré à Robina et à la quête de sa famille, parce qu'on a compris de ce que disait sa tante cette émotion immense qu'il a traversée, que non seulement cette jeune femme a été tuée, que ça a été un parcours du combattant pour la retrouver dans cette morgue, qu'on évoquait tout à l'heure, et puis après, ça s'est poursuivi après, au moment de l'inhumation de cette jeune fille et de l'entrave à l'inhumation qu'ont opposées les autorités iradiennes ?
[00:30:56] Speaker 3: Ce que nous raconte sa tante, c'est qu'une fois qu'ils ont effectué le trajet de Téhéran à Kermanshah, avec le corps de cet enfant dans la voiture, un corps qu'ils ont littéralement volé à la mort, parce que les agents ne voulaient pas laisser partir avec, ils n'ont pas été autorisés à l'enterrer à Kermanshah. Ils ont parcouru différentes localités, ils ont essuyé des refus.
[00:31:18] Speaker 4: Les mosquées ont refusé...
[00:31:20] Speaker 3: Les mosquées ont aussi refusé des cérémonies d'hommage. Et ils ont fini, en fait, par creuser par eux-mêmes dans la terre et enterrer Robina dans un lieu qu'ils ne veulent pas divulguer parce qu'ils ont peur que le corps de leur enfant soit repris. Ce que racontait Hali Nouri, la tante de Robina, c'est que jusqu'au bout, la mère de Robina refusait de laisser quiconque toucher au corps de sa fille jusqu'au moment où elle a réussi elle-même à la mettre en terre parce qu'elle avait peur jusqu'au bout qu'on lui reprenne son enfant. Donc, en fait, les autorités refusent à ces familles d'enterrer ses corps et leur refusent également d'organiser des cérémonies, des funérailles, parce qu'ils ont peur que les funérailles soient à un moment de rassemblement et de protestation, ce qui est effectif dans les cas où il y a des funérailles. où les gens scandent des slogans et sont tristes et en colère. Et pour terminer, ils leur refusent également le deuil. Là, pour la famille de Robina, ce que nous explique Satan, c'est que les agents des forces de sécurité ont encerclé le domicile familial et de la mère de Robina et de la grand-mère de Robina pour empêcher quiconque de venir se rassembler à la maison. Et donc, ces familles se sont retrouvées seules dans leur deuil, empêchée de se rassembler. Et la tante de Robina, avec qui on a discuté hier, est très inquiète car elle n'a plus de nouvelles de sa famille depuis. Elle se demande comment ils vont, comment ils vivent avec cette pression. Certains des membres de sa famille sont des personnes âgées qui ont des problèmes de santé. Comment... Voilà.
[00:33:02] Speaker 1: Ce déploiement, ce qui interroge quand on vous écoute, c'est quand même un déploiement de moyens des autorités iraniennes pour empêcher l'identification et ne serait-ce que le processus de deuil. Ca dit quand même beaucoup de l'état dans lequel se trouvent les autorités. Des histoires comme celle de Robina, il y en a des centaines.
[00:33:25] Speaker 4: Il y en a des milliers. Des jeunes de 16, 17, 18 ans... Effectivement, c'est-à-dire que votre fille, elle a été tuée par votre gouvernement, vous rentrez chez vous, et il y a des agents en armes on a l'ordre de tirer. C'est-à-dire que c'est une impossibilité de faire son deuil, parce qu'en fait, en Iran, quand quelqu'un décède, il y a les proches qui viennent présenter les condoléances. Donc on reçoit. Donc là, ils ont empêché. Ils ont volé une deuxième fois la vie de Robina en empêchant ces funérailles. C'est un régime... De toute façon, je pense qu'on est tous d'accord pour dire que c'est la pire répression de l'Iran contemporain. C'est-à-dire que même au moment de la révolution islamique, le chat n'a pas tué autant de personnes, c'est-à-dire que la répression a été très minime. Quand on compare ces 47 ans de république islamique, ce sont des milliers, des milliers, des milliers, des milliers de morts. Rendez-vous compte, l'année dernière, 1400 exécutions, on a compté, des organisations ont compté qu'il y a eu cinq exécutions par jour pendant un an en Iran. Plus des personnes dont on n'a aucune trace, des personnes qui ont disparu. Il y a possiblement des fausses communes, enfin, je veux dire, ce régime est prêt à tout. Il l'a montré, encore une fois. Il est prêt à tout, s'il faut tuer des milliers de personnes pour rester au pouvoir. Ali Khamenei, qui est le guide suprême, a déclaré il y a quelques jours, il y a des centaines de milliers de personnes qui ont donné leur vie pour l'instauration de la République islamique. Là, c'est pas grave, en gros, si plusieurs autres milliers la donnent. Lui-même dit qu'il y a plusieurs milliers de morts. Il l'a dit. Il dit qu'il y a plusieurs milliers de morts. Et c'est Donald Trump qui les a tués. Vous vous rendez compte le cynisme de ce régime de porter la responsabilité sur d'autres autorités ?
[00:35:00] Speaker 1: On va écouter à nouveau la tante de Robina parce que votre intention était aussi, et elle est toujours, de rendre leur histoire à ces Iraniens dont, encore une fois, les autorités aimeraient qu'on les oublie et qu'on imagine même qu'ils n'aient jamais vécu. Alors on va écouter ce qu'elle disait de sa nièce.
[00:35:16] Speaker 4: Robina, c'était une fille pleine de vie, pleine d'énergie, pleine de couleurs, pleine d'art. Quand elle était enfant, ce qui me surprenait et qui la différenciait beaucoup de mes autres nièces, c'est qu'elle savait vraiment ce qu'elle voulait. Robina, quand elle rentrait de l'école, elle faisait ses devoirs toute seule, d'elle-même. Elle était très disciplinée. Alors, quand elle a décidé d'étudier le design et la mode, j'ai respecté sa décision. Car son école et sa famille auraient plutôt préféré qu'elle devienne médecin. Mais Robina, elle avait ce trait de caractère. Elle savait précisément ce qu'elle attendait de la vie. Quand vous regardez son compte Instagram, elle n'a écrit qu'un seul mot. Le futur, c'est ce qu'on lui a appris. Son avenir. Robina, elle était très créative, très imaginative. Tout ce qu'elle voyait, elle voulait en créer quelque chose, un tissu. Elle en imaginait un vêtement, un vieux pantalon qu'elle voyait. Elle le réinventait pour en faire un autre vêtement. Elle était pleine de sourire. Quand elle souriait sur son beau visage, elle rendait toute sa famille heureuse. Elle avait vraiment une place à part dans notre famille. Ce n'est pas que nous n'aimions pas les autres, mais elle, elle était différente. Elle était d'une manière différente. Elle était si aimante, si sensible, très attentionnée avec ses parents, toujours inquiète. Depuis qu'elle était partie à l'université, elle appelait sa mère tous les jours. Quand je repense à toutes ses idées, tous ses rêves, tous ses désirs,
[00:37:15] Speaker 5: nous avons tout perdu d'elle.
[00:37:18] Speaker 4: J'ai mal pour ces jeunes si précieux, tous ces sacs qui étaient à Karizak. Ils avaient tous de l'espoir, ils avaient tous des rêves. Ses amis à Robina, elles voulaient aller étudier à Milan pour leur master. La dernière fois que j'ai parlé avec Magnès, elle me parlait du moment où son mémoire serait terminée. Elle pensait à l'université polytechnique de Milan, car une de ses amies étudiait déjà. Elle me demandait comment c'était là-bas. Elle s'interrogeait. Elle rêvait de terminer aussi son master là-bas avec ses amis, d'ouvrir une grande maison de couture.
[00:37:52] Speaker 5: Elle avait des rêves si beaux.
[00:38:03] Speaker 1: L'attente de Robina Amanian-Bar-Makhoï, comme beaucoup de membres de la diaspora en Iran, parle depuis quelques heures, quelques jours maintenant, de crimes contre l'humanité.
[00:38:14] Speaker 3: Effectivement, c'est un mot qui revient souvent quand on parle avec les familles qui ont perdu un proche, et de façon plus générale par rapport aux dernières nouvelles qui viennent d'Iran. Certains se tournent vers l'ONU, vers les organisations internationales. La tante de Roubena, ce qu'elle disait, c'est qu'elle demandait aux organisations internationales de réagir vraiment vivement. Elle aimerait qu'on ferme les ambassades iraniennes. Et un message qu'elle leur passait, c'était soyez du côté du peuple, montrez que vous êtes du côté du peuple et pas de la République islamique. Il y a une session extraordinaire du Conseil des droits de l'homme de l'ONU qui se tient le 23 janvier et qui, je pense, va être regardée, suivie par de nombreux Iraniens à l'étranger.
[00:39:09] Speaker 4: Effectivement, la communauté internationale, ce qu'elle peut faire, par exemple, Abbas Sararchi, qui est le ministre iranien des Affaires étrangères, est invité au Sommet de Davos, le Forum économique de Davos, et il a été désinvité, en fait, à la dernière minute. Lui... Alors, Davos dit qu'en fait, compte tenu de ce qu'on apprend de ce qui s'est passé, de la répression en Iran, c'était impossible qu'il soit présent, qu'une autorité iranienne soit présente. Lui, il jette la faute sur des pressions d'Israël. Mais en fait, la réalité est toute autre. C'est qu'il y a des organisations qui sont en train d'accumuler des preuves pour crimes contre l'humanité demandait un mandat d'arrêt international contre des autorités iraniennes qui voyagent à l'étranger, comme Abbas Sararchi, qui est le ministre iranien des Affaires étrangères, qui voyage beaucoup, qui était en Europe il n'y a pas très longtemps non plus, qui était en France il n'y a pas très longtemps. Donc effectivement, si on en vient à un scénario comme avec Vladimir Poutine, d'empêcher ces dignitaires du régime de voyager en Europe, d'être personas non grata, d'être sanctionnés, C'est une des demandes. L'autre demande de fermer les ambassades, de couper tout lien. Mais nous, par exemple, à l'ambassade de France, on a une difficulté, c'est qu'on a deux Français, deux otages français qui sont encore là-bas. Et quand vous parlez avec des diplomates d'autres chancelleries européennes, ils vous disent tous la même chose. En fait, si on ferme les ambassades, on n'a plus de capteur en Iran. C'est-à-dire que c'est totalement... On n'a plus de lien avec l'Iran, on ne peut plus comprendre ce qui se passe sur place. Donc, ce n'est pas une bonne décision. Parce qu'effectivement, si les ambassades de la République islamique sont fermées, Ça veut dire fermer les ambassades de l'autre côté, ici, en Iran.
[00:40:42] Speaker 1: Et je renvoie d'ailleurs à l'interview que Marc Perelman de France 24 a faite avec l'ambassadeur d'Iran en France et qui répond aux accusations de crimes commis par son régime dans son pays. Vous évoquiez Cécile Koller et Jacques Paris. Ça me fait penser à un sujet qu'on n'a pas évoqué. Là encore, zone grise mise sous le tapis par les autorités iraniennes, c'est le nombre de personnes qui ont été interpellées depuis trois semaines et demie. Là encore, on a des difficultés à... Enfin, vous avez des difficultés à établir le nombre exact. Alors, on avait évoqué ce jeune homme la semaine dernière qui était condamné à mort. L'exécution a été finalement suspendue. Les autorités iraniennes ont dit qu'il n'avait jamais été question. Bref, on a eu beaucoup de désinformations à propos de son cas. On sait, vous le rappeliez, Mariam, que l'an dernier, il n'y a jamais eu autant d'exécutions dans l'histoire de l'Iran, est-ce qu'il faut s'inquiéter pour les manifestants qui ont été arrêtés ? Il faut vraiment s'inquiéter.
[00:41:42] Speaker 4: C'est pour ça qu'il y a plusieurs activistes, des journalistes iraniens basés en Europe, qui lancent des messages d'alerte, que beaucoup relaient en disant qu'il a été condamné à mort. Il y avait été aussi un soldat qui avait refusé de se serrer sur la population qui a été condamnée à mort il y a quelques jours. Sur le cas d'Irfan Soltani, dont vous parlez à l'instant, qui a été très médiatisée, puisque c'est un des rares cas qu'on a pu corroborer. On a eu des informations, sa famille a parlé. On avait interviewé un membre de sa famille. C'est aussi le flou total. On ne sait pas si sa famille, elle est sous pression des autorités, sous surveillance, elle ne peut pas donner de nouvelles. Les dernières, ça date de la semaine dernière, c'est que sa famille a pu lui rendre visite, mais ça reste très flou et difficile à vérifier. Il faut être très inquiet, évidemment, pour ces personnes. C'est pour ça que quand Donald Trump... C'est pour ça que quand Donald Trump dit qu'il a empêché 838 exécutions hier, d'où sort ce chiffre ? Nous-mêmes, nous ne l'avons pas.
[00:42:44] Speaker 3: D'autant qu'Amnesty International a alerté, justement, hier soir, sur le cas d'un autre manifestant qui s'appelle Amir Hossein Qaderzadeh, qui a 19 ans, qui a été arrêté dans le nord de l'Iran. Et une audience aurait eu lieu le 17 janvier. il aurait été accusé de trahison et sa famille a été informée d'une exécution prévue le 21 janvier. On est le 21 janvier donc aujourd'hui il va falloir essayer d'avoir des nouvelles de ce manifestant et de sa famille. Les exécutions en Iran ont lieu très tôt le matin donc je pense que tout le monde est en train d'essayer d'avoir des nouvelles. On espère que ce ce jeune homme n'a pas été exécuté.
[00:43:30] Speaker 1: On comprend à la fois la difficulté immense de la tâche, mais aussi son importance capitale. Je rappelle que la rédaction de France 24 se mobilise avec le bureau que vous avez créé en urgence pour identifier, authentifier, documenter, recueillir la parole de ces Iraniens, ou des proches de ces Iraniens qui ont été victimes de cette répression. C'est important pour aujourd'hui et pour demain. Merci infiniment, Barnacolle, on lit tous vos reportages sur le site Internet de France 24. On salue les OPS qui font un travail fondamental, aussi les OPS de France 24, et ça ne date pas d'aujourd'hui, sur l'Iran. Mariam, bien sûr, on vous retrouve très régulièrement sur l'antenne de France 24, ainsi que les documents que vous allez réaliser ensemble. Une émission à revoir en replay, réécoutée en podcast. On se retrouve dans un quart d'heure pour la suite de ce rendez-vous d'infos.
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