Iran’s missiles, isolation, and Europe’s IRGC debate (Full Transcript)

An analyst explains Iran’s deterrence options, waning regional leverage, Trump-era pressure priorities, and the EU move to list the IRGC as terrorist.
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[00:00:00] Speaker 1: Et on accueille maintenant notre invité, c'est vous David Rigoulet-Rose, bonjour à vous. Vous êtes chercheur spécialiste du Moyen-Orient, rattaché à l'Institut français d'analyse stratégique. On vous doit notamment cet ouvrage, « La République islamique d'Iran en crise systémique », paru aux éditions de l'Armatan en juin 2022. Merci de prendre quelques instants pour répondre à nos questions. Au-delà des formules et des déclarations guerrières mentionnées d'ailleurs dans le sujet précédent, est-ce que le régime iranien a concrètement les moyens de riposter en cas d'attaque ?

[00:00:28] Speaker 2: Alors, c'est tout le problème. En termes conventionnels, le régime iranien n'est pas en situation de se confronter avec la puissance militaire américaine. En revanche, il dispose d'un certain nombre d'atouts, effectivement, et notamment il y a la question du balistique. C'est-à-dire les missiles et les drones que vous avez évoqués, qui est l'essentiel de la dissuasion iranienne aujourd'hui, et qui peut effectivement faire des dégâts. On l'a vu déjà lors de la guerre des 12 jours l'été dernier. Et il se trouve que l'Iran a relancé à grande échelle la production de missiles de longue portée, de précision et de drones. Et donc, ça explique aussi effectivement la rhétorique très martiale, même si l'Iran se sent de plus en plus pris en étau, en réalité. Et ça explique l'agressivité et la virulence des déclarations vis-à-vis des Américains.

[00:01:20] Speaker 1: Mais on sait aussi que l'Iran affaiblit, notamment de par la situation. De ces proxys dans la région, est-ce qu'il ne faut pas négliger dans le même temps un soutien qui pourrait riposter ? C'est la Corée du Nord ?

[00:01:34] Speaker 2: Oui, la Corée du Nord, elle est surtout l'alliée de la Russie engagée en Ukraine. Donc, ce n'est pas la Corée du Nord qui sera le soutien de Téhéran. En réalité, Téhéran est très isolé, paradoxalement. Il n'a jamais été aussi en situation de faiblesse aussi importante qu'aujourd'hui, depuis 1979. Et même les États qui sont supposés pouvoir le soutenir, en l'occurrence la Chine et la Russie, qui ont signé avec Téhéran un partenariat stratégique, seront vraisemblablement prudents dans le soutien concret à apporter à Téhéran.

[00:02:13] Speaker 1: Le président Trump, parce qu'on en vient aussi aux menaces formulées par Donald Trump, menace depuis des semaines le régime iranien. Il avait promis, on s'en souvient, de soutenir la révolte populaire. Rien n'a été fait. Est-ce qu'il faudrait considérer aujourd'hui qu'il attend encore, même s'il y a toute cette communication autour de cet armada et ce déploiement militaire, est-ce qu'il faut considérer qu'il attend en réalité que le régime s'effondre de lui-même ?

[00:02:40] Speaker 2: Alors ça, c'est la vraie question. En réalité, depuis le début, d'abord vous évoquez le contre-temps, en réalité le timing de déclaration où il avait évoqué justement à destination des manifestants que l'aide arrivée, effectivement, elle n'est pas arrivée, d'abord parce qu'il n'y avait pas de dispositif américain qui était prépositionné justement dans la zone, ce qui est le cas aujourd'hui. Donc on peut s'interroger sur la déclaration, effectivement, qu'il a faite à ce moment-là. Pour autant, il y a clairement, effectivement, une pression maximale qui est faite et ça renvoie très largement, effectivement, de la part de Donald Trump à un enjeu qui est sur le nucléaire, en réalité. Ce n'est pas tant sur les manifestants. Et la logique, il n'est pas officiellement... Pour être clair, pour être clair...

[00:03:24] Speaker 1: Pour être clair, David Rigoulé-Rose, le sort des manifestants, le sort des Iraniens et la répression sanglante, ça lui est égal ?

[00:03:33] Speaker 2: C'est un élément qui rentre en ligne de compte, mais ce n'est pas forcément l'élément déterminant qui va le pousser à prendre une décision d'une option militaire. L'option militaire, elle renvoie très largement, effectivement, à la question d'un deal qu'il souhaitait. Ça a été évoqué, d'ailleurs, l'été dernier, justement, concernant la résolution de la question nucléaire, du... la réduction de la production balistique et la fin du soutien de Téhéran aux milices proxys régionaux. C'était déjà le cas. En réalité, les conditions américaines n'ont pas changé. C'est la situation qui a changé par rapport à l'été dernier, parce que là, justement, malgré le souhait de Donald Trump de parvenir à l'île, il semblerait que l'impasse soit totale. Il n'était pas partisan d'un changement de régime. À la base, il l'a toujours dit. Ça n'exclut pas, comme vous l'évoquez, la possibilité qu'il soit partisan, d'un régime collapse, c'est-à-dire que le régime s'effondre de l'intérieur, avec un coup de pouce extérieur éventuel, mais de toute façon, que ça vienne de l'intérieur. Et là, le problème, c'est d'avoir un interlocuteur en interne, ce qui, pour l'instant, est loin d'être défini.

[00:04:36] Speaker 1: Venons-en aussi, si vous le voulez bien, à cette réunion des ministères des Affaires étrangères européens, prêts à inscrire le corps des gardiens de la Révolution sur une liste noire, classer l'organisation comme terroriste. J'aimerais qu'on écoute ensemble ce qu'en disait la chef de la diplomatie européenne, Kaya Callas, et je vous fais réagir.

[00:04:54] Speaker 3: Nous ajoutons de nouvelles sanctions à la liste, et je m'attends également à ce que nous inscrivions les gardiens de la Révolution islamique sur la liste des organisations terroristes. Cela les mettra sur un pied d'égalité avec Al-Qaïda, le Hamas et Daesh. Si vous agissez comme un terroriste, vous devez également être traité comme tel. Ce que nous voyons est clair, le bilan des manifestations en Iran et les mesures prises par le régime sont vraiment très sévères. C'est pourquoi nous envoyons également un message clair.

[00:05:27] Speaker 4: Si vous réprimez le peuple, cela aura un prix et vous serez également sanctionnés pour cela.

[00:05:40] Speaker 1: David Rigolero, est-ce que les Européens préparent le terrain ? Est-ce qu'en inscrivant si cela est fait, le corps des gardiens de la Révolution sur leur liste noire, celle du terrorisme, ça pourrait légitimer, après coup, une attaque de l'Iran ?

[00:05:53] Speaker 2: Non, c'est pour les Européens une manière justement qu'ils ne seront pas engagés dans une opération militaire. Parce que s'il y a une opération militaire, ce serait une opération américaine. Mais en revanche, on reprochait aux Européens à tort ou à raison un manque de fermeté.

[00:06:07] Speaker 1: Le sens de ma question, ce n'est pas forcément être impliqué directement mais ne pas la condamner.

[00:06:13] Speaker 2: Oui, alors en tout cas, effectivement, en creux, ça peut être interprété comme ça. Ce qui est sûr, c'est que s'il y avait classement comme organisation terroriste des gardiens de la Révolution, ce serait un changement de paradigme. Parce que comme l'évoquait Gajé Galas dans le reportage que vous venez de faire passer, jusqu'à présent, ça concernait des organisations transnationales de type Al-Qaïda ou Daesh et pas des organisations relevant d'un État. Ce qui est le cas et ce qui avait justifié d'ailleurs les réticences d'un certain nombre d'États, dont la France, avec l'Italie et l'Espagne, pour valider justement cette qualification qui aujourd'hui semble en passe de l'être, tout simplement parce que le cours des événements a poussé à ça, en l'occurrence, le massacre à huis clos des 8 et 9 janvier dernier, ce qui effectivement aurait beaucoup d'implications politiques par-delà d'ailleurs son aspect purement juridique.

[00:07:04] Speaker 1: Si on devait retenir un point de notre échange, est-ce qu'il faut considérer aujourd'hui que le régime iranien efface clairement une crise existentielle ? Est-ce que c'est une question de temps avant la chute de ce régime-là ?

[00:07:16] Speaker 2: Ah oui, le régime est condamné. Ça explique d'ailleurs la violence de la répression. Sinon, elle n'aurait pas été aussi importante. Le régime se sent menacé de manière existentielle. Le mot a été employé d'ailleurs dans la rhétorique iranienne. La chute du régime tel qu'il est aujourd'hui est vraisemblablement programmée. Quand je dis tel qu'il est aujourd'hui, ça ne veut pas dire que sa chute entraînera forcément un horizon politique assuré. Mais en tout cas, effectivement, le régime de la théocratie, en tout cas de la république islamique telle qu'elle se présente aujourd'hui, ne pourra pas survivre à la crise à laquelle il est confronté. Tout simplement, parce qu'il n'a pas les moyens de répondre aux attentes élémentaires de sa population.

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Arow Summary
Interview with Middle East analyst David Rigoulet-Roze on Iran’s ability to retaliate if attacked, its growing missile/drone deterrent despite conventional weakness versus the U.S., and Tehran’s increasing isolation as proxies weaken. He argues China and Russia would be cautious in aiding Iran, North Korea is not a likely backer, and U.S. pressure—associated with Donald Trump—centers primarily on nuclear and regional issues rather than protesters. Discussion also covers EU consideration of designating Iran’s IRGC as a terrorist organization, a potential paradigm shift with political implications, though not necessarily legitimizing a U.S. strike. He concludes the Islamic Republic faces an existential crisis and is ultimately doomed in its current form due to inability to meet population expectations, fueling harsh repression.
Arow Title
Iran’s Deterrence, Isolation, and the Debate Over IRGC Terror Listing
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Arow Key Takeaways
  • Iran cannot match U.S. conventional power but relies on missiles and drones as key deterrence.
  • Tehran is increasingly isolated; even China and Russia may be cautious about tangible support.
  • North Korea is unlikely to materially support Iran, being more aligned with Russia regarding Ukraine.
  • U.S. pressure is framed primarily around nuclear, ballistic, and proxy issues rather than human-rights concerns.
  • EU listing the IRGC as a terrorist organization would be a major political paradigm shift, targeting a state-linked entity.
  • The analyst forecasts the Islamic Republic in its current form will not survive its existential, legitimacy, and socio-economic crisis.
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Negative: The tone is grave and conflict-focused, emphasizing Iran’s weakness, isolation, severe repression, escalating sanctions, and an outlook of regime doom.
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