[00:00:03] Speaker 1: Il est 10h ici à Paris, bonjour à toutes et tous et bienvenue dans Parlons-en, votre rendez-vous avec l'info qui prend son temps et voici le principal titre de ce mardi 20 janvier. Voilà un an que Donald Trump est de retour au pouvoir et impose sa loi aux Etats-Unis comme au reste du monde. Dernier coup d'éclat il y a quelques heures, publié des captures d'écran de ses échanges privés avec Emmanuel Macron. Un an de Trump ressenti 10, bras de fer tarifaire menace sur ses propres alliés, traité de paix négocié comme des contrats commerciaux, une politique du coup d'éclat à l'étranger et une reprise en main idéologique aux Etats-Unis. Journée spéciale sur France 24. Il est l'homme derrière le président, un pur produit du rêve américain revenu d'une enfance cabossée. G.D. Vance, l'un des vice-présidents les plus puissants que l'Amérique ait connu, c'est aussi le premier anniversaire aujourd'hui de son accession au pouvoir. Donc il est question aujourd'hui. Mon invité a enquêté sur lui pendant des mois, rencontré ceux qui le connaissent et qui peuvent décrypter les ressorts d'une ambition que l'on dit sans limite. Faut-il craindre G.D. Vance ? C'est Parlons-en aujourd'hui avec David Thompson et Douglas Herbert. Bonjour à tous les deux, merci d'être là. Bonjour. On a beaucoup de choses à se dire, c'est Parlons-en et c'est parti. Et bonjour David Thompson. Bonjour. Bienvenue sur ce plateau. Vous connaissez bien cette maison, David, vous êtes journaliste spécialiste du djihadisme, ça c'était dans une première partie de votre vie, et du mouvement MAGA. Aujourd'hui, vous habitez aux Etats-Unis depuis des années maintenant et vous racontez G.D. Vance dans ce documentaire réalisé, co-réalisé avec Thomas Negarov, G.D. Vance, la revanche d'une Amérique, que l'on peut voir sur le site internet de France Télévisions en replay avec nous. Et je vous en remercie Douglas. Bonjour Douglas Herbert.
[00:01:48] Speaker 2: Bonjour Pauline.
[00:01:49] Speaker 1: Vous êtes ici chez vous, chroniqueur international. À France 24, bien sûr, chez nos confrères anglophones. C'était donc il y a un an à Washington, un an seulement ressenti sans doute beaucoup plus pour beaucoup d'entre nous, prêté serment le troisième plus jeune président, vice-président de l'histoire des Etats-Unis, G.D. Vance. 40 ans, des yeux bleus, acier, écrivez-vous, dites-vous David Thompson, alors sénateur républicain de l'Ohio, à l'ascension politique fulgurante. Mais en réalité, ce n'est pas le 20 janvier vraiment que le monde a découvert G.D. Vance. Car ce 20 janvier, l'attention était plutôt portée sur son président de BOS, qui est derrière lui sur ces images. Le monde l'a vraiment découvert, G.D. Vance, le 28 février 2025. Scène de l'humiliation en mondovision de Volodymyr Zelensky, accusé par G.D. Vance et Donald Trump de ne pas dire merci. David Thompson, ce n'est pas la première scène qui ouvre le documentaire, mais elle est au tout début du film. On reviendra tout à l'heure sur la scène qui ouvre le film. Qu'est-ce que cet épisode dit de lui ? Et pourquoi il est fondamental dans l'année qu'on vient de vivre ?
[00:02:54] Speaker 3: En fait, cet épisode, c'est vraiment le moment, je crois, où le monde, et notamment l'Europe, comprend qu'un divorce est en train de se produire dans la relation transatlantique. Pour moi, ce n'est pas une rupture totale. Parce que ce qu'on voit dans le documentaire, c'est que le projet de G.D. Vance, en réalité, c'est de refonder la relation transatlantique. G.D. Vance est le premier leader post-libéral aux Etats-Unis. Cette droite post-libérale, en fait, qu'est-ce que ça veut dire ? C'est une droite qui veut balayer l'ordre international, tel qu'on l'a connu depuis la Seconde Guerre mondiale, l'ordre dit libéral, à l'intérieur des Etats-Unis comme à l'extérieur. Et donc, ce moment dans le bureau Oval, c'est ce moment-là. Zelensky incarne à ses yeux l'ordre libéral et il veut le détruire. G.D. Vance veut détruire les institutions internationales. Il est contre la mondialisation parce qu'il estime, et tout nous ramène à son origine géographique, là où il a grandi, ce Midwest désindustrialisé. Cette fameuse Rust Belt, la ceinture de la rouille, parce que des usines rouillées, désaffectées, constellent le paysage là-bas quand vous y allez. Et c'est ça, le logiciel, c'est ça qui a forgé la culture politique de G.D. Vance et son projet politique. Donc, c'est une vraie révolution. C'est même une révolution au sein de la droite américaine puisque c'est la fin. C'est la fin du néolibéralisme, c'est la fin de la mondialisation, en tout cas pour eux.
[00:04:16] Speaker 1: On a décrypté jusqu'à plus soif cette scène, mais c'est important d'y revenir, Douglas, c'est important d'y revenir aussi parce que ce jour-là, c'est G.D. Vance qui montre l'écrou en premier et qui prend la défense d'une certaine façon de Donald Trump.
[00:04:29] Speaker 2: Qui prend la défense, il y a une ironie dedans. Parce qu'en fait, G.D. Vance, il était ancien anti-Trump virulent, qui a fait un virage à 180 degrés. Et quand je dis anti-Trump, on va jusqu'à la comparaison avec Adolf Hitler. Alors, il y a un moment, bien sûr, avant la campagne, avant qu'il n'ait devenu le colistier de Trump, où il a fait ce virage, il a fait ce flip flop, comme on dit, et il est devenu par la suite le bras droit, le lieutenant le plus fidèle, si on peut dire, de Donald Trump et discipliné en même temps. C'est ce qui est intéressant parce que moi, je n'ai pas été complètement abasourdi par cette scène à la Maison Blanche avec Zelensky. Pourquoi ? Parce qu'il a toujours été vu par beaucoup d'Américains, pas tous, bien sûr, comme une version, si on peut dire, plus dangereuse de Trump. Et qu'est-ce que je veux dire par ça ? C'est-à-dire, il va encore un degré plus loin que Trump. Il est plus froid, il est plus radical, il est plus structuré. Il est plus compliqué. Oui. Et alors que Trump, il est plutôt instinctif et transactionnel. C'est le fameux mot transactionnel qu'on emploie toujours, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de débat sur le pouvoir de Trump. Mais c'est Vance qui est moins chaotique, mais plus cohérent dans un certain sens. Oui, l'idéologie de Vance, il est cohérent et dans ce sens-là, et c'est là, pour beaucoup, ça devient dangereux. Il est peut-être plus durable.
[00:06:06] Speaker 1: Il est plus durable, peut-être plus à craindre. On y viendra sans prendre de position politique. Pour rebondir sur ce que disait Doug, David Thompson, il met des mots sur les détails de son président, c'est ça ?
[00:06:19] Speaker 3: Oui, Doug a parfaitement raison. Je dis souvent, J.D. Vance, pour le comprendre, il faut imaginer un Donald Trump, mais qui aurait lu des livres. Un Donald Trump qui aurait lu tous les livres, qui aurait lu toute la philosophie politique, qui a lu les Pères de l'Église. Et ce bagage intellectuel, parce que J.D. Vance est un intellectuel, il l'utilise effectivement pour faire du mouvement MAGA, non pas quelque chose d'accidentel qui s'arrêtera avec Trump, mais un mouvement de long terme. C'est vraiment une mise à jour du logiciel MAGA, du logiciel trumpiste. Et c'est comme ça que ces soutiens au moment du choix du vice-président par Donald Trump, c'est comme ça qu'ils ont convaincu Donald Trump. Ils ont dit à Donald Trump, lui, c'est celui qui va poursuivre ton héritage. C'est celui qui est en capacité de faire de MAGA un mouvement de long terme. Et d'ailleurs, il cite parfois le général De Gaulle en exemple. J.D. Vance. Et donc, l'idée, c'est un peu de faire un équivalent en termes de stature dans l'histoire américaine de Trump, de De Gaulle pour nous.
[00:07:25] Speaker 2: Et en fait, j'allais juste ajouter qu'en fait, il concrétise ce travail. Il est effectivement en train de faire le travail de transformer le trumpisme, si on peut en parler, en doctrine. Et c'est quoi la doctrine ? La doctrine, c'est quelque chose... Oui, Trump, bien sûr, il est le porteur, l'architecte peut-être de cette doctrine, mais c'est Vance qui va mettre tout. Tous les points sur ces points, c'est quoi ? C'est l'idée du nationalisme chrétien, l'idée de l'État fort, l'idée de l'abolition, mais la séparation de l'État et l'Église, ça n'existe plus peut-être. Et aussi l'abolition peut-être des droits civiques aux États-Unis. Il ne le dit pas, bien sûr, explicitement. Ce n'est pas son agenda officiel, mais officieux, absolument. Par ces mots, on peut voir... Il ne dit pas que l'idée des droits civiques et l'idée que l'Église et l'État... Parce qu'il fait référence, il mentionne Dieu tout le temps et Jésus-Christ dans tous ses propos. Et c'est très important parce qu'il ne fait pas la séparation entre les deux, qui est fondamentalement américaine. Oui, voilà.
[00:08:33] Speaker 1: Alors justement, n'allons pas trop vite. Encore un mot de cette scène, parce que ce qu'elle dit et ce que vous dites dans le documentaire David Thompson, cette scène d'humiliation de Zelensky, elle dit la loyauté absolue de Vance au président Trump. La loyauté d'un converti à double titre. On va regarder un extrait du documentaire.
[00:08:54] Speaker 4: On en parle juste après.
[00:09:10] Speaker 5: Le terme que mes sources utilisent, c'est le converti loyal. Trump adore les convertis loyaux. Parce qu'une fois que vous avez franchi ce Rubicon, une fois que vous avez avalé cette pilule qui consiste à renier tout ce que vous disiez de lui auparavant, vous devenez un atout précieux parce que vous n'allez pas faire marche arrière.
[00:09:27] Speaker 4: Vous le voyez refaire ça ? Non.
[00:09:32] Speaker 5: C'est un peu comme brûler les ponts derrière soi.
[00:09:34] Speaker 1: Il n'y a pas de retour en arrière possible pour J.D. Voilà, Vance qui avait donc viré de bord avant la campagne pour les sénatoriales pour obtenir le soutien de Trump, sur lequel il n'en reviendra pas. Il n'aurait jamais été élu au Congrès. C'est un double converti. On le disait, il a donc changé de discours sur le président américain. Et il s'est converti par ailleurs au catholicisme. Et ça, c'est fondamental dans son parcours. Mais aussi dans le lien qui l'unit au président.
[00:10:01] Speaker 3: Oui, absolument centrale, cette conversion. Elle a aidé à convaincre d'ailleurs Trump. Conversion au catholicisme. Convaincre Trump de la sincérité de sa conversion au trumpisme. Effectivement, Jake, dans le journaliste qui est interrogé, utilise l'expression de converti loyal. C'est une expression qui est utilisée par les conseillers de Trump. Trump adore les convertis puisqu'ils ne reviennent pas en arrière. Effectivement, on n'imagine pas Vance revenir sur sa conversion au trumpisme, au catholicisme. Ce qui se passe, c'est qu'il se présente en 2022 pour être sénateur de l'Ohio. Un Ohio qui est rouge, vif, ultra républicain. On ne gagne pas cet État, surtout une primaire républicaine, sans le soutien officiel de Trump. Le problème, c'est que lui, il avait dit des horreurs sur Trump. Il avait comparé Trump à Hitler. Il avait dit que Trump était une héroïne culturelle. Alors pour quelqu'un qui...
[00:10:47] Speaker 1: Que les gens qui votaient pour lui étaient des racistes.
[00:10:50] Speaker 3: Oui, alors la comparaison avec l'héroïne, ce n'est pas anodin. Parce que J.D. Vance, sa mère était toxicomane. Et il a grandi dans une communauté dévastée par les addictions à cause de la crise des opiacés. Donc pour lui, il sait que l'héroïne, ça soulage sur le moment, mais qu'ensuite, ça fait beaucoup plus de mal. Ça détruit cette comparaison. Donc il a vraiment utilisé les mots les plus durs contre Trump. Et quand l'un de ses conseillers, qui est interviewé dans le documentaire, se rend à Mar-a-Lago pour essayer d'obtenir de Trump, pour rencontrer Trump chez lui, pour lui dire « Est-ce que vous pouvez soutenir J.D. Vance dans cette campagne ? » Il explique que Trump se montre intéressé. Mais il dit « Oui, mais attendez, quand même, ce qu'il a dit sur moi... » Donc voilà. Finalement, comment il réussit à convaincre Donald Trump ? C'est parce qu'il a derrière lui une armada d'ultra proches de Trump. Le fils de Trump, Don Junior, le soutient à mort. Peter Thiel.
[00:11:43] Speaker 1: Qu'il a rencontré lors de ses études.
[00:11:45] Speaker 3: Qu'il a rencontré à Yale. Peter Thiel dit à Trump... Peter Thiel, c'est un proche d'Elon Musk. C'est le premier milliardaire de la tech à avoir soutenu Donald Trump en 2016. Il dit en gros à Trump « Si c'est J.D. Vance, on vous soutient financièrement pendant la campagne. L'argent va couler à flot. » Et il y a aussi, et surtout, un homme qu'on a connu, dont on a beaucoup parlé ici récemment, qui a été assassiné, qui s'appelle Charlie Kirk. Charlie Kirk qui est le porte-étendard de la jeunesse, quelqu'un d'ultra influent, qui était très écouté par Trump. Tous ces gens disent, parce qu'à l'époque ça se jouait entre Marco Robbio et J.D. Vance, il faut choisir J.D. Vance et c'est comme ça que ça fait.
[00:12:25] Speaker 1: Et je crois aussi que la réaction qu'il a eue après la tentative d'assassinat de Trump, je crois que c'était un des premiers à se précipiter à son chevet.
[00:12:34] Speaker 2: Il y a la côté qu'il avait tout l'entourage, les proches de Trump, qui ont essayé de convaincre Trump que c'est vraiment le colistier qu'il faut choisir. Mais en même temps, je pense qu'il y a un côté où Trump a reconnu en J.D. Vance, un côté de lui-même, parce que Trump est connu pour avoir fustigé des gens, tiré à bout les rouges sur des gens, et ensuite fait un virage, comme j'ai dit, à 180 degrés. Il a fait exactement la même chose, voyons, avec Marco Robbio, voilà. C'est-à-dire des anciens ennemis à vie sont devenus, du jour au lendemain, des amis. Et je pense qu'il a vu, oui, bien sûr, J.D. Il a reconnu quand J.D. Vance lui a dit que moi j'ai changé, mais non, je reconnais, je vois qui vous êtes et ce que vous vous battez pour quoi. Et je pense que Trump a vu en ça, oui, absolument, c'est quelque chose que j'aurais fait moi-même.
[00:13:23] Speaker 1: Une double conversion au trumpisme et au catholicisme qui comptent beaucoup. Pour revenir sur cet échange à nouveau dans le bureau Oval, elle a dit aussi, il dit cet échange, l'une des obsessions du vice-président américain, l'Amérique qui n'a plus à jouer le gendarme du monde. Il le sait, il a été djihaï en Irak, alors bon, il n'était pas vraiment en première ligne, il fait l'expérience. Si on devait essayer de définir sa vision de la politique étrangère, un de vos intervenants, à un moment, dit que c'est un partisan du pick and choose. Qu'est-ce que ça veut dire et en quoi ça, c'est très en phase aujourd'hui avec l'électorat MAGA ?
[00:13:57] Speaker 3: Donc, l'idée de départ, c'est qu'il faut comprendre que cette, en termes de politique étrangère, cette nouvelle droite américaine, elle s'est construite en opposition avec la droite néo-conservatrice et les errances de l'ère bouchiste en Irak, etc. J.D. Vance était en Irak. Chargé de communication pour l'armée américaine, il faisait visiter la guerre aux journalistes et il les amenait sur le terrain. Ça, ça a forgé vraiment, quand il est revenu, il est revenu très, j'allais dire, déçu, désabusé, désillusionné de la guerre et du projet néo-conservateur qui est d'imposer la démocratie sur un modèle universaliste en disant, il y a un modèle de liberté qui convient pour l'ensemble de l'humanité, quelles que soient les différences culturelles, et on va l'imposer par la force diplomatique ou par la force des armes si besoin. Donc, cette nouvelle droite, elle dit, ça ne marche pas et on ne doit pas faire ça et on ne veut plus faire ça. Donc, effectivement, quand vous leur posez la question de définir cette nouvelle doctrine diplomatique à la droite MAGA et à l'entourage de J.D. Vance en particulier, ils disent, on n'est pas interventionniste, on n'est pas isolationniste, on est réaliste. Ça, c'est le mot qu'ils aiment. Donc, effectivement, ça veut dire, il faut effectivement pick and choose, choisir où sont les intérêts America First de l'Amérique. Et intervenir militairement au besoin, à condition qu'il n'y ait pas de mort militaire américaine et qu'il n'y a pas de boots on the ground. Donc, très concrètement, quand il s'agit d'aller éliminer Abu Bakr al-Baghdadi, le leader de l'État islamique, on ne se prive pas d'y aller. Quand il s'agit de faire une frappe pour éliminer le général Soleimani, on ne s'en prie pas. Et quand il s'agit de capturer Maduro...
[00:15:35] Speaker 1: Mais on ne l'a pas beaucoup entendu sur Maduro, J.D. Vance.
[00:15:38] Speaker 3: Alors, très juste, là, effectivement...
[00:15:39] Speaker 1: Elle est assez absente, cette séquence vénézuélienne. Là, c'est plutôt la suite.
[00:15:42] Speaker 3: C'est la ligne Marco Rubio qui l'a emportée à la Maison-Blanche. Je pense que J.D. Vance était assez frileux pour cette intervention-là, parce que ça, ça ressemblait beaucoup plus à un regime change, un changement de régime, même si ce n'est pas le cas aujourd'hui. Et ça, J.D. Vance est contre l'idée d'un changement de régime mis en place par les États-Unis.
[00:16:02] Speaker 1: Pour les raisons que vous avez expliquées avant.
[00:16:04] Speaker 2: Il y a une ironie là, parce que je pense que Trump, alors que oui, il a toujours... La base de MAGA est toujours inféodée. Trump, la plupart d'entre eux. Mais cela dit, il s'est mis à dos. Ça, c'est factuel. Il s'est mis à dos, il s'est aliéné déjà une partie du MAGA, juste à cause de cette perception qu'il est en train de faire l'ingérence, c'est-à-dire de se mêler de ceux qui ne regardent pas vraiment l'agenda America First aux États-Unis. Pourquoi vous vous mêlez des affaires des autres ?
[00:16:35] Speaker 1: Ce n'est pas lisible pour son électorat.
[00:16:36] Speaker 2: Ce n'est pas lisible pour une partie de son électorat. Et dans ce sens-là, je ne dis pas que c'est vrai. Tous les plans, sur tous les fronts. Dans ce sens-là, peut-être que la politique... J.D. Vance est plus en phase et sur la même longueur d'onde avec une partie du MAGA qui se sent... Mais qu'est-ce que c'est que ça avec le Venezuela, avec la campagne barbarde à l'Iran, avec le Groenland ? On n'entend pas non plus beaucoup sur le Groenland. Ça ne rime pas trop avec notre idée de MAGA, tel qu'a fait campagne Donald Trump. Et dans ce sens-là, J.D. Vance est plus en phase avec le mouvement.
[00:17:12] Speaker 1: J.D. Vance, vous l'avez rappelé, David, vient d'une Amérique, vous dites dans le documentaire, loin de tout et proche de Dieu. On en a beaucoup parlé. Il vient de ce milieu ouvrier, famille dysfonctionnelle, mère toxicomane que vous interviewez. Je vous invite à découvrir ces quelques images avec la mère de J.D. Vance, en France cabossée, qu'il a raconté dans ce best-seller sorti en 2016, qu'il a fait connaître aux yeux du grand public, et pas que dans l'électorat de la droite américaine. Ascension acquise à la force du poignet, son parcours en Irak et pour beaucoup, après dans son parcours universitaire qu'il a emmené. Jusqu'à Yel, où vous racontez qu'il a, à de nombreuses reprises, ressenti quelque chose de l'ordre de l'humiliation sociale dans le relationnel, etc. Il y a beaucoup de colère chez lui. Est-ce que cette colère-là, ce besoin de revanche, c'est le titre du documentaire, c'est quelque chose, vous, que vous entendez dans l'électorat MAGA que vous côtoyez depuis dix ans ?
[00:18:05] Speaker 3: Oui, très clairement, l'un des ressorts de MAGA, c'est la revanche des humiliés. Ça, c'est certain. Quand Hillary Clinton les traite de deplorables, de déplorables, de gens méprisables, ça, c'est immédiatement un mot qui s'est affiché sur les t-shirts, et il y avait une volonté de revanche, et ça, c'est au cœur du populisme nationaliste MAGA, revanche contre les élites côtières américaines, et leur projet, qu'est-ce que c'est ? Si ce n'est de balayer ces élites qui sont incarnées par des gens comme les Clintons, des gens qui sont issus... des grandes fortunes américaines, qui ont fait les meilleures écoles, de balayer cette élite par une contre-élite. C'est ça, le post-libéralisme. On remplace les élites qui ont gouverné les États-Unis et l'ordre international depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, gauche et droite confondues, par une contre-élite nationaliste-populiste, et c'est aussi le projet qu'ils ont pour l'Europe. Ils ont un projet politique très clair.
[00:19:08] Speaker 2: Et plutôt blanc. Je dirais, parce qu'une des phrases de J.D. Vance, c'est devant les salles de conservateurs, ultra-conservateurs, quand il dit que vous n'avez pas à vous excuser d'être blanc ou blanche. Vous n'avez pas à vous excuser d'être chrétien, chrétienne. Et c'est vraiment l'idée à la base. Il ne dit pas, non, non, non, je ne veux pas dire que l'Amérique n'est que des chrétiens. Vous pouvez être américain si vous n'êtes pas chrétien. Mais fondamentalement, il dit, fondamentalement, l'Amérique est chrétienne. Et on voit un peu un écho... De cette même phrase, ici, dans les ailes droites, les extrêmes droites, en Europe aujourd'hui. Où on dit, fondamentalement, l'Europe est chrétienne. Il faut revenir aux racines.
[00:19:52] Speaker 1: Quels sont ces thèmes, justement, à J.D. Vance ? Alors, il y a cette question de l'identité américaine, la racine américaine. Sur l'immigration, vous racontez qu'il fait une espèce de fusion assez intéressante entre sa foi catholique et son discours sur l'immigration. Là encore, il se dit réaliste. Il ne tient pas des propos ouvertement racistes, comme son président de patron. Il l'ouvre un peu sur le sujet.
[00:20:17] Speaker 3: Ça, c'est au cœur de la politique et de l'identité politique de J.D. Vance. Sa priorité absolue, c'est la lutte contre l'immigration. Et ça, il l'a dit dès le départ. Et il soutient complètement la politique d'expulsion de masse de l'administration Trump. C'est l'un de ceux qui vend cet agenda le plus ouvertement avec Stephen Miller.
[00:20:40] Speaker 1: Il assume les débordements de la police de l'immigration à Minneapolis, notamment.
[00:20:44] Speaker 3: Oui, qui ne sont pas du tout des débordements pour lui. En fait, ce qui est très intéressant, c'est que cette vision sur l'immigration s'est heurtée à son catholicisme. Et donc, J.D. Vance a eu un débat avec le pape François sur ces questions-là, puisqu'il a fait l'objet de critiques du pape. Et il a eu un débat théologique.
[00:21:07] Speaker 1: Le pape François, pardon, je vous coupe, mais reprochant à J.D. Vance, de ne pas appliquer sa foi catholique, étant le respect et la générosité à l'égard de son prochain.
[00:21:15] Speaker 3: Et là, c'est là où on voit que J.D. Vance n'est pas Trump, parce que J.D. Vance s'est alors engagé dans un débat théologique avec le pape, en allant chercher une référence théologique.
[00:21:25] Speaker 1: Le pape François en fin de vie, quand même.
[00:21:27] Speaker 3: En allant chercher une référence théologique chez Saint-Augustin, le père de l'Église. Une référence qui s'appelle l'ordo amoris, l'ordonnancement de la charité chrétienne, puisque chaque chrétien, a l'obligation d'aimer son prochain et d'aider son prochain. Donc, en gros, le pape François lui dit, mais alors attends, en tant que chrétien, tu dois aider les sans-papiers, tu dois aider les migrants.
[00:21:47] Speaker 1: Mais lui, il établit un ordre de priorité.
[00:21:49] Speaker 3: Il établit un ordre de priorité. L'ordo amoris, il dit, certes, nous avons un ordre de charité. Ça, oui, en tant que chrétien. Mais l'ordre de charité, il commence d'abord par sa famille, par sa communauté, sa ville, son pays. Et ensuite, pour les gens qui ne sont pas de son pays. Or, ce qu'est intéressant de J.D. Vance, c'est de dire, en faisant rentrer des dizaines de milliers de personnes chaque jour, ou plutôt des milliers chaque jour, sans les contrôler, on met en danger sa communauté et sa famille. Donc, on ne respecte pas l'ordo amoris chrétien. Et donc, les proches de Vance disent, voilà, CQFD, J.D. Vance a raison, le pape a tort. Le pape a tort et qui va se disputer avec le pape ?
[00:22:28] Speaker 2: Mais ce qui est intéressant, oui, qu'on soit d'accord ou non, le fait que c'est sur le plan doctrinaire, encore une fois, intellectuel, c'est un débat intellectuel, théologique, que J.D. Vance essaie d'entamer avec le pape, le chef de l'Église catholique. Ça dit beaucoup de la représentation qu'on a de soi-même quand on rentre en débat théologique avec le pape. Exactement, parce qu'on a parlé du fait qu'il est, bon, plus intelligent, plus intellectuel que Donald Trump. Et ça, c'est vraiment un cas, voilà, un cas d'école, parce que, ça, c'est vraiment un cas, voilà, un cas d'école, parce que, ça, c'est vraiment un cas, voilà, un cas d'école, parce que, Trump, par contre, s'il était en dispute avec le pape, Trump, par contre, s'il était en dispute avec le pape, Trump, par contre, s'il était en dispute avec le pape, bon, ils ne se sont pas jusqu'ici vraiment disputés ouvertement, s'il était en dispute avec le pape, bon, ils ne se sont pas jusqu'ici vraiment disputés ouvertement, bon, ils ne se sont pas jusqu'ici vraiment disputés ouvertement, mais ça serait plutôt parce que quelqu'un heurte l'amour propre de Trump. bon, ils ne se sont pas jusqu'ici vraiment disputés ouvertement, mais ça serait plutôt parce que quelqu'un heurte l'amour propre de Trump. Il est tellement égocentrique dans sa personnalité, c'est pas un débat intellectuel qui va, pour lesquels il va faire scission avec quelqu'un, qu'il va s'éloigner de quelqu'un, qu'il va commencer à critiquer et attaquer quelqu'un. C'est parce que quelqu'un a osé critiquer Trump dans son amour propre, sa vanité, son égo. C'est l'égocentrisme versus contre l'intellectualisme de J.D. Vance.
[00:23:43] Speaker 1: À propos d'égo, de ce qu'on dit depuis tout à l'heure, comment est-ce que Donald Trump peut accepter d'avoir quelqu'un comme J.D. Vance dans son entourage, dont on dit effectivement à l'envie qu'il est plus cortiqué, qu'il est plus cultivé, qu'il va plus loin dans ses raisonnements, qu'il n'est plus posé ? Quelle est la relation entre ces deux hommes ?
[00:24:02] Speaker 3: Le fait d'être cultivé, ce n'est pas quelque chose qui va déranger Trump. Le fait d'être plus riche, peut-être. Cultiver, ce n'est pas du tout quelque chose qui est valorisé, la culture pour Trump.
[00:24:12] Speaker 1: Est-ce qu'il ne fait pas un peu le même ?
[00:24:13] Speaker 3: Est-ce qu'il ne fait pas un peu le même ? Alors justement, J.D. Vance, là, est sur une ligne de crête. Parce qu'en réalité, la campagne présidentielle, en tout cas la campagne pour les primaires républicaines, elle a commencé à droite. Elle a commencé en secret. Il ne faut pas que ça se fasse de façon trop visible aux yeux de Trump pour ne pas froisser Trump.
[00:24:34] Speaker 1: Je crois qu'il n'est théoriquement pas autorisé à se présenter pour un troisième mandat, mais c'est théorique.
[00:24:39] Speaker 3: On ne peut pas l'exclure à 100%. On voit que Trump, il a quand même... Dans un coin de la tête, il n'a pas exclu totalement cette option de se représenter en 2028. Ce qui serait effectivement un gros problème constitutionnel. Mais Trump semble vraiment y penser. Mais la campagne a commencé. L'équipe de campagne de J.D. Vance est prête, je peux vous le dire. Elle est constituée. Il y a d'autres candidats aussi qui sont quasi prêts. Je pense à Steve Bannon. Steve Bannon, lui aussi, il réfléchit sérieusement. Et ça, ça inquiète. Et le clan Vance, puisque Steve Bannon, c'est un peu le seul, après Trump, à avoir cette connexion magnétique avec la base. Connexion magnétique qui manque un petit peu à J.D. Vance.
[00:25:25] Speaker 2: Trump, il tolère un héritier, mais pas un rival. Et ce qui est intéressant, en même temps que, comme David vient de dire, que, oui, il est conscient du fait que l'objectif 2028 pour J.D. Vance, ça pourrait être la Maison Blanche, être son successeur. Mais en même temps, Trump, comme on a dit, plusieurs fois à cette antenne, il est en train aussi, peut-être, il a des arrières-pensées, il manigance peut-être, comment est-ce que je peux rester au pouvoir ? Il n'a pas dit qu'il va contrer la Constitution américaine. Il est conscient qu'il ne peut pas, selon la Constitution américaine, se présenter, briguer un troisième mandat. C'est juste anticonstitutionnel. Et il en est conscient. Mais en même temps, c'est pas sans exclure le fait que lui, avec ses proches, pas complètement, au moins pour lui-même, exclut la possibilité qu'il y ait un moyen de contourner la Constitution et de trouver un moyen. Et moi, j'irais encore un peu plus loin. Même manigancer ou, je ne sais pas, être de mèche avec J.D. Vance pour trouver un moyen pour que J.D. Vance succède à la présidence et ensuite, Trump pourrait trouver un moyen. Est-ce qu'on n'a pas déjà vu ça en Russie ? Oui, on en a parlé, du scénario selon lequel je pense que c'est farfelu, ça ne va pas arriver. Un poutine Medvedev vers l'Amérique ? Oui, je pense. Mais quand même, rien n'est impensable dans le contexte actuel que Trump pourrait succéder d'une manière constitutionnelle à son propre vice-président s'il a accédé au pouvoir.
[00:26:57] Speaker 1: Bon, on n'en est pas là, mais on suit ça. C'est farfelu, comme je l'ai dit. L'année qui vient de se dérouler, Douglas, on nous a bien montré que tout était possible. Pour essayer de le situer sur le curseur de la droite américaine, il y a eu un événement très important au mois de... au mois de septembre dernier. L'assassinat, vous l'avez évoqué tout à l'heure, de l'une des idoles de cette droite MAGA, Charlie Kirk, lors d'un meeting. Et d'une certaine façon, ça a permis à Gideven, c'est très intéressant, comme vous le racontez dans le documentaire, de finir sa mue et d'occuper un espace auquel il n'avait pas forcément accès jusqu'ici. On va regarder un autre extrait du documentaire.
[00:27:37] Speaker 5: Vous savez, je pense que l'assassinat de Charlie Kirk risque de renforcer les tendances autoritaires de Gideven. Normalement, l'instinct du politicien, c'est de dire c'est une tragédie, mais prenez ce rameau d'Olivier et appelons à l'unité. Gideven, lui, il est en mode rien à foutre de ces conneries.
[00:28:03] Speaker 6: Il n'y a pas d'unité avec les gens qui célébrent l'assassinat de Charlie Kirk. Et il n'y a pas d'unité avec les gens qui célébrent l'assassinat de Charlie Kirk. Il n'y a pas d'unité avec les gens qui célébrent l'assassinat de Charlie Kirk.
[00:28:25] Speaker 1: Le vernis du type bien élevé, on sent qu'il est assez étroit. Pour que les gens comprennent bien l'image que l'on vient de voir de lui à son bureau, c'est lui faisant le relais du podcast de Charlie Kirk assassiné quelques jours plus tôt. C'est lui faisant le relais du podcast de Charlie Kirk assassiné quelques jours plus tôt. Et donc, ce jour-là, il a pris la parole dans ce podcast en disant « Aujourd'hui, c'est moi, en mémoire de Charlie Kirk. » Et ce moment, il est très important aussi pour comprendre où il se situe aujourd'hui et quelle force de frappe il a.
[00:28:53] Speaker 3: C'est un moment qui est extrêmement important pour Gideven et pour sa place au sein du mouvement MAGA puisque Gideven a toujours eu une sorte de problème de légitimité avec une partie de la jeunesse MAGA, une partie de l'aile droite du mouvement MAGA parce qu'il avait été anti-traumatique. Il avait été anti-Trump dans le passé. Ça, les gens ne l'oublient pas. Et il lui manque, si j'ose dire, cette légitimité charismatique, nationaliste, populiste. Et il a utilisé les obsèques de Charlie Kirk dont il était très proche. Les deux étaient vraiment amis et ils incarnaient tous les deux cette nouvelle génération de leader MAGA. Et il a utilisé ce moment pour vraiment... Il était extrêmement présent. Il allait chercher le cercueil de Charlie Kirk avec son avion de vice-président. Il a donné un discours très, très fort. Et il s'est installé. Il s'est installé dans le fauteuil de Charlie Kirk pour présenter son podcast. Et c'était une façon de dire à cette jeunesse MAGA « Je suis des vôtres. Je suis votre leader. Je suis votre futur leader. » Comme le dit David Frum, son ancien mentor dans notre documentaire. Donc c'était vraiment une façon de se positionner et de renforcer sa légitimité, de renforcer sa popularité au sein de cette aile droite du parti MAGA.
[00:30:02] Speaker 2: Il s'est mué en Charlie Kirk. Il est devenu Charlie Kirk, littéralement. Il s'est installé au fauteuil de Charlie Kirk. Et ce qui est intéressant, parce que oui, le problème de légitimité auprès de la base MAGA, dans ce discours-là, il est en train de flatter la base blanche. Je vais utiliser le mot « la base blanche radicalisée ». Oui, les deux mots, factuellement. Base blanche radicalisée de MAGA. Et voici la contradiction. Tout en étant marié à une femme née en Inde, avec des enfants métis. Et je ne dis pas ça juste pour... Il l'a rencontré à elle. Non, oui, exactement.
[00:30:42] Speaker 1: Non, mais c'est intéressant aussi sur le discours sur les élites.
[00:30:46] Speaker 2: Il s'est marié avec elle, en fait, à l'époque, avant qu'il avait son virage à 180% vers Trump. Tout cela, même à l'époque où il était plutôt progressiste. Oui, dans le sens progressiste, il n'était pas du tout MAGA à l'époque. Et maintenant, il vit quotidiennement avec cette contradiction. Ce n'est pas à dire qu'il n'aime pas sa femme et ses enfants. Mais il est assez intelligent pour savoir qu'il y a quelque chose, ce qui heurte les sensibilités de la base de MAGA. Je ne dis pas qu'il est sur le point de divorcer sa femme. Non, mais je dis qu'il en est conscient.
[00:31:19] Speaker 1: Je crois qu'elle est née en Californie, la femme de J.D. Vance.
[00:31:21] Speaker 2: Oui, née en Californie.
[00:31:24] Speaker 1: Mais pour dire quand même les choses, David, vous nous racontiez juste avant le début de l'émission qu'une certaine partie de cette droite MAGA, aujourd'hui, se met à imaginer des scénarios se disant que la présence de cette famille métisse, des enfants métisses de J.D. Vance et de sa femme d'origine indienne pourraient être un frein éventuellement à son accession à la Maison-Blanche et se mettent à rêver qu'ils divorcent et qu'ils l'épousent, la veuve de Charlie Kirk. On semble en pleine série Netflix, mais ce sont des hypothèses, des scénarios qui émergent.
[00:31:57] Speaker 3: En fait, ce qui s'est passé, c'est que la mort de Charlie Kirk a ouvert un espace politique où elle laissait un vide qui a été comblé par une frange encore plus radicale, beaucoup plus radicale au sein de la jeunesse MAGA. Et elle n'est pas l'assassinat. Et cette frange, les MAGA, l'appellent la droite woke parce qu'elle ne s'adresse qu'aux Blancs. Elle est ouvertement pro-nazi, pro-Hitler. C'est une droite de jeunes incels et célibataires involontaires, masculinistes qui sont issus de la culture Internet. Et il semblerait que cette mouvance qui s'appelle, le mouvement s'appelle les Groypers, c'est en référence à, vous vous souvenez, cette grenouille à l'époque de ce qu'on appelait, jusqu'en 2016, l'Alt-Right, cette droite nationaliste sur Internet. Aujourd'hui, c'est les Groypers. Et ce qui se passe, c'est que certains estiment que cette droite pro-nazi, ces Groypers, représenterait quelque chose comme 30% des moins de 30 ans au sein de MAGA. Ça, c'est une évaluation qui est faite par Rod Dreher, qui est un proche de Vance, qui est un intellectuel conservateur très influent, très suivi et très sérieux. Et donc, peut-être que ce chiffre a été exagéré, mais ce qui est certain, c'est que cette ultra droite, ces Groypers, ne pardonnent pas à J.D. Vance d'être marié à une femme qui n'est pas blanche et d'avoir des enfants qui sont métis. Et à tel point qu'ils ont appelé à voter pour son probable rival démocrate, Gavin Newsom, ce qui est quand même fou. Pourquoi ? Parce que Gavin Newsom incarne beaucoup plus le modèle arien, la famille blonde aux yeux bleus, les enfants blonds aux yeux bleus, qui, eux, convient à leur modèle racial, si j'ose dire, si tant est qu'on puisse parler d'ainsi. Donc ça, c'est vraiment un problème politique aujourd'hui pour la droite MAGA. C'est un problème politique pour J.D. Vance parce que ces jeunes Groypers sont promis de faire campagne contre lui sur le terrain quand aura commencé la primaire républicaine. Donc c'est un vrai défi politique.
[00:34:10] Speaker 1: Ce qui est certain, c'est qu'il est, en tout cas, on pourrait s'imaginer qu'il est déjà plus qu'un vice-président et il s'inscrit en tout cas dans un projet qui dépasse la scène américaine. Il est là pour mener, vous le disiez, la révolution trumpienne, trumpiste, pour la poursuivre d'une façon ou d'une autre. Et c'est là qu'il nous faut revenir dans le temps qui nous reste sur un épisode moins connu du grand public que celui de la scène dans le bureau Oval, mais qui se joue quelques jours, avant comme quoi le mois de février 2025 était un mois assez fondamental dans la vie de J.D. Vance. Nous sommes à Munich et on va écouter ce qu'il dit lors d'une grande conférence devant tout ce que le gratin européen compte de diplomate.
[00:34:51] Speaker 6: La menace qui m'inquiète le plus ne vient plus de la Russie ou de la Chine ou d'autres puissances extérieures.
[00:34:58] Speaker 7: Elle vient de l'intérieur de l'Europe, l'abandon par l'Europe de certaines de ses valeurs les plus fondamentales, des valeurs partagées.
[00:35:07] Speaker 1: Dans le documentaire, on voit la réaction de la salle juste après ce discours. Elle est bouche bée, glacée, glaçante. Il y a deux, trois personnes qui applaudissent, mais une espèce de, comme ça, des invités un peu estomaqués par ce J.D. Vance qui est venu faire la leçon aux Européens, des Européens qui auraient peur d'une certaine façon de leur propre peuple, c'est ça qu'il est venu leur dire ? Ça, c'est un moment de sidération pour tout le monde. Ça, c'est un moment de sidération pour tout le monde.
[00:35:33] Speaker 3: Ça, c'est un moment de sidération pour tout le monde. Ça, c'est un moment de sidération pour toutes les élites sécuritaires européennes, pour tous les diplomates européens. Et je pense que beaucoup ont compris à ce moment-là qu'effectivement, il y avait un projet politique de l'administration Trump, représenté par J.D. Vance, qui était de balayer ces élites sécuritaires traditionnelles. Et peut-être que les gens n'avaient pas encore compris, mais que le projet, in fine, était de les remplacer par des élites qui soient, des nouvelles élites européennes, qui soient totalement alignées sur le projet MAGA, sur le projet nationaliste-populiste. Et par... Je pense qu'ils sont prêts... Ça a été théorisé. Ce n'est pas du tout... Parce qu'on parle beaucoup d'incohérence, de chaos politique. Alors il y a peut-être une impression de chaos, mais les gens qui sont derrière cette stratégie, je pense par exemple aux gens du Clermont Institute, qui ont... C'est Think Tank qui est une boîte à idées, notamment en matière géopolitique, une boîte à idées MAGA. Ils ont théorisé cela depuis longtemps. Ce sont des intellectuels. Doug parlait très justement de gens qui ont transformé MAGA en doctrine. Et ça, c'est exactement la personnification de cette... De cette réalité. Et ça a été, je pense, enfin j'en suis même sûr, un moment de choc pour toutes les chancelleries européennes et occidentales. Parce que dans cette salle, il y a tout ce qu'ils détestent, en fait.
[00:36:45] Speaker 2: Le mouvement MAGA en général, mais Trump et J.D. Vance, c'est les bien-pensants, des idées reçues, conventionnelles, de l'architecture d'après-guerre, tout cela, cette idée de l'ordre international, les normes... Non mais ça dépasse aussi la question sécuritaire et géopolitique. Oui. Non mais... Non mais ça dépasse aussi la question sécuritaire et géopolitique. Oui. Non mais... Non mais ça dépasse aussi la question sécuritaire et géopolitique. Oui. Non mais...
[00:37:03] Speaker 1: Ça dépasse aussi la question sécuritaire et géopolitique. Oui. Non mais... Ce qu'il vient leur dire ce jour-là, ça parle d'idéologie, ça parle de... Idéologie et... Ça parle d'une liberté de pensée...
[00:37:11] Speaker 2: Liberté de pensée, d'expression, et pour aller plus loin, il n'a pas dit explicitement liberté de presse. Parce qu'au moment, c'était justement vraiment le retour de bâton contre les journalistes aux Etats-Unis. Mais l'ironie, encore une fois, l'ironie que les Etats-Unis, à un moment, ils sont en train de vraiment faire main basse sur les journalistes, sur le journalisme...
[00:37:30] Speaker 1: Ils parlent de mots hideux, hérités, je le cite, de l'ère soviétique, tels que désinformation. Mésinformation parce qu'ils n'aiment pas, en parlant des ennemis, selon eux, de sa vision de la démocratie, parce qu'ils n'aiment pas l'idée que quelqu'un avec un autre point de vue puisse exprimer une opinion différente.
[00:37:44] Speaker 2: Exactement. Mais tout en sachant qu'ils détestent cette salle-là, et ces gens-là, et ce qui représente leurs idées, et vous avez bien souligné dans votre documentaire, c'est l'idée qu'il est, pas de mèche, mais ami avec beaucoup des mouvements d'extrême droite. Il s'est fait photographier avec les mouvements en Allemagne, la F1... Ici en France, avec les Le Pen, avec Nigel Farage au Royaume-Uni, c'est-à-dire qu'il est plus aligné sur leur ligne. Ils sont des Européens, mais des Européens populistes nationalistes, et pour certains d'entre eux, des populistes chrétiens aussi.
[00:38:21] Speaker 1: Il y a un de vos intervenants qui dit, David, dans le documentaire, que G.D. Vance a plus de points communs avec un Allemand de la FD qu'avec un Américain qui ne pense pas comme lui. Ça veut dire quoi ? Et ça veut dire quoi du projet de G.D. Vance ? Spécifiquement pour l'Europe ?
[00:38:38] Speaker 3: C'est le cas. G.D. Vance est plus à l'aise avec Marine Le Pen, avec Georgia Meloni, avec Nigel Farage, avec Alice Vidal, qu'avec un démocrate de New York. Ça, c'est une réalité, alors qu'ils partagent la même nationalité. Et l'entourage de G.D. Vance n'a aucun mal à le dire. Et les MAGA, je passe beaucoup de temps avec eux et je m'en rends compte quotidiennement de cette réalité. Ça dit tout le projet. Qu'ils ont en tête, après la conférence de Munich, tout le monde se souvient que G.D. Vance a choqué en Allemagne parce que la seule personnalité qu'il est allée voir, au lieu d'aller, comme c'était normalement le cas, les autorités en place, il était allé voir Alice Vidal de la FD. Donc MAGA et G.D. Vance veulent favoriser l'élection des droites nationalistes européennes.
[00:39:29] Speaker 1: En alimentant un réseau, comment ?
[00:39:31] Speaker 3: Oui, en utilisant tous les leviers diplomatiques politiques. En utilisant les leviers politiques, en faisant pression économiquement par la coercition économique et par l'aide aussi des algorithmes de réseaux sociaux qui sont contrôlés par leurs alliés comme Elon Musk. Donc tous ces moyens-là vont être utilisés pour faire gagner dans tous les pays européens les droits nationalistes populistes, vont être utilisés par la Maison Blanche.
[00:39:58] Speaker 1: On a entendu ces jours derniers ici en France une magistrate, Douglas Herbert, dire comment elle avait été l'objet, de pression de la part de l'administration Trump pour tenter d'interférer dans la décision de la Cour d'appel, dans le procès de Marine Le Pen.
[00:40:11] Speaker 2: C'est l'ingérence de l'ingérence.
[00:40:12] Speaker 1: Mais d'aucuns diraient qu'à l'époque, Barack Obama avait soutenu l'élection d'Emmanuel Macron. Alors, quelle différence ?
[00:40:19] Speaker 2: Oui, non, mais il a soutenu, mais d'une autre manière. Il a soutenu, en fait, les valeurs. Il n'a pas fait pression par l'intermédiaire des tweets de son réseau propre social, True Social, que Donald Trump a créé à chaque fois. Je ne sais pas si vous avez cité ou j'ai vu ailleurs qu'il fait 600, 700 tweets par mois sur True Social et c'est incroyable. Et la plupart de ces tweets, je les appelle tweets, mais c'est pour faire pression. C'est pour pousser un agenda politique à l'extérieur ainsi qu'à l'intérieur.
[00:40:53] Speaker 1: Mais pour revenir sur le projet Vence pour l'Europe, ce réseau de dirigeants qui sont presque, alors ce n'est pas le cas de Marine Le Pen, mais qui sont pour certains de la même génération que lui. Ils sont quand même extrêmement... Ils sont extrêmement raccords sur beaucoup de points.
[00:41:07] Speaker 3: Il y a vraiment quelque chose qui peut se fédérer. Oui, les droites nationalistes populistes européennes, à des nuances près, ce n'est pas le cas de l'AFD, mais par exemple, si on prend l'ERN, l'ERN est beaucoup plus modéré que MAGA sur tout un tas de questions, notamment sur les questions...
[00:41:23] Speaker 2: Ils seraient des démocrates aux Etats-Unis, quasiment. Non, je plaisante, mais oui. Oui, ils sont beaucoup plus centristes.
[00:41:32] Speaker 1: En tout cas, il sert... Un projet que Donald Trump assume, on se souvient de ses propos il y a quelques mois sur l'Union européenne qui avait été créée simplement pour dire poliment... Soyons clairs. Faire du mal aux Etats-Unis.
[00:41:46] Speaker 2: Le discours identitaire, le nationalisme chrétien, tout cela, le projet, en fait, à la base, c'est qu'ils veulent détruire l'Europe telle qu'elle existe actuellement. Je ne dis pas détruire l'Europe. Non. Je dis détruire l'Europe telle qu'elle existe. Actuellement, parce que quand Trump et aussi J.D. Vance, j'imagine, même s'il n'a pas dit explicitement, quand il voit beaucoup de pays, y compris la France, avec l'immigration et les millions d'immigrés, et même les Français qui sont d'une autre religion que la chrétienté, voilà, il ne voit pas un pays, la France, telle qu'elle devrait être. Il voit un pays qui devrait être tout à fait reboutiqué, repensé et refait, en fait. Retour aux racines dont on a parlé tout à l'heure. C'est ça. Il voit l'Europe est perdue, mais on peut revenir à une Europe meilleure.
[00:42:42] Speaker 1: Et du coup, on a choisi d'appeler cette émission « Est-ce que J.D. Vance est plus à crainte que Donald Trump ? » Est-ce que sur ce projet-là, il a les réseaux, il a les hommes puissants derrière lui, il a les contacts avec différents patrons et patronnes de partis populistes, nationalistes, européens, qui pourraient lui permettre de parvenir à mettre en place ce projet ?
[00:43:06] Speaker 3: Alors, plus à craindre que Trump, tout est question de point de vue, bien sûr, tout est question du point de vue d'où l'on parle et d'où on se place. Pour les droites nationalistes populistes, J.D. Vance, c'est une très, très bonne nouvelle, puisque c'est quelqu'un qui, effectivement, est totalement aligné sur eux, qui veut les aider à gagner les élections, qui est prêt à mettre des moyens pour les aider. Qui est prêt à les soutenir diplomatiquement, politiquement, économiquement, technologiquement. Donc, c'est une mauvaise nouvelle pour ce que MAGA appelle l'Europe libérale, effectivement. C'est-à-dire, c'est les droites traditionnelles, les gauches traditionnelles qui ne sont pas alignées sur le projet MAGA. Donc, c'est une vraie révolution qui est en train de se jouer. C'est une révolution, et je ne sais pas si les Européens, les politiques européennes, les diplomates européens l'ont vraiment compris, parce que j'ai l'impression que là, en ce moment, on vit un moment de sidération dans ces rangs-là. Mais c'est quelque chose qui, c'est une lame de fond qui se déroule, qui se joue depuis un moment, qui est pensé. Il faut lire les écrits des gens qui entourent J.D. Vance, les textes du Clermont Institute, la Heritage Foundation. Ce projet est parfaitement construit, et quand on les lit, on comprend ce qui se passe aujourd'hui, et on voit la logique politique qui est en cours. Ils veulent remplacer les élites européennes par ce qu'ils appellent...
[00:44:29] Speaker 2: Ils le disent explicitement, et moi, j'ai fait toujours la comparaison avec quand on parle de Poutine en Russie. Le fait qu'on fait semblant, ah oui, maintenant, on découvre Poutine dans toute l'ampleur de sa politique. Non, il le dit explicitement depuis qu'il a accédé, quasiment depuis qu'il a accédé au pouvoir, mais certainement depuis encore une conférence de Munich, mais en 2007. Avec Poutine, on peut dire exactement la même chose avec J.D. Vance. On ne peut pas dire qu'on est étonné, on est bouleversé par... Que ce soit à la Maison Blanche avec Zelensky, même à la conférence de Munich en 2025 février, on ne peut pas être étonné par ce qu'il avait dit explicitement, factuellement. C'est noir sur blanc sur papier.
[00:45:10] Speaker 1: On peut le raccorder à tous d'avoir fait ce qu'ils avaient dit, ce qu'ils avaient écrit.
[00:45:14] Speaker 2: Oui, mais sauf qu'il avait dit qu'il avait une ambition fulgurante et disproportionnée.
[00:45:21] Speaker 1: J.D. Vance, c'est une histoire d'ambition aussi. La revanche d'une Amérique à voir, donc. Ce documentaire que vous avez co-réalisé avec Topaz. Négarov sur le site internet de France Télévisions. Merci beaucoup, David Thompson, d'être passé par cette rédaction que vous connaissez bien. Douglas, vous étiez ici chez vous. Une émission à revoir en replay. Réécoutez en podcast. On se retrouve dans un quart d'heure pour la suite de ce rendez-vous d'info. Sous-titrage Société Radio-Canada
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