Laïcité in Schools After Samuel Paty: Ongoing Strain (Full Transcript)

Teacher Delphine Girard says classrooms face rising pressure, self-censorship and polarized attacks; she urges proactive, funded policies to defend laïcité.
Download Transcript (DOCX)
Speakers
add Add new speaker

[00:00:00] Speaker 1: Puis toujours en France, toujours concernant la justice, un autre procès, celui en appel de l'assassinat de Samuel Paty. Il s'est ouvert ce lundi à la cour d'assises spéciale de Paris. Les faits remontent à octobre 2020. Quatre personnes sont soupçonnées d'être impliquées dans l'assassinat de ce professeur par un islamiste tchétchène. Son assassin, souvenez-vous, avait été abattu par la police, radicalisé. Il reprochait à l'enseignant d'avoir montré en classe des caricatures de Mahomet. Alors, cinq ans après l'assassinat de Samuel Paty, où en est la laïcité ? Comment est-elle perçue, notamment par les jeunes ? On va en parler avec notre invité Delphine Girard, professeure de collège dans le Val-de-Marne, auteur de « Madame, vous n'avez pas le droit de défendre la laïcité après le choc Samuel Paty ». Delphine Girard, bonsoir. Merci beaucoup d'être avec nous sur France 24. Merci, merci. Juste après la mort de Samuel Paty. Vous avez créé aussi le collectif Vigilance Collège-Lycée. Cet assassinat, il y a cinq ans, ça a été un électrochoc pour vous, mais aussi pour toute la profession ?

[00:01:06] Speaker 2: Ça a été, il faut le dire, un électrochoc pour la France entière et particulièrement pour les enseignants. Mais la vérité m'oblige à vous dire que l'émoi qui nous a bouleversés n'a pas franchement été à la hauteur de l'émoi national qu'on aurait voulu, en tout cas du soutien national qu'on aurait voulu voir derrière les enseignants laïcs. Et je trouve que la façon dont notre profession a profondément été bouleversée depuis cet assassinat, en particulier quand on est attaché à notre rôle de transmetteur des valeurs de la République, n'est pas franchement à la hauteur de, comment dirais-je, du soutien et de l'ambition politique qu'on aurait pu attendre après cet événement.

[00:01:49] Speaker 1: Aujourd'hui, vous vous sentez démuni, seul, vous les professeurs. Il y a des choses que vous n'osez pas dire en classe. Le titre de votre livre, c'est « Madame, vous n'avez pas le droit ». Est-ce que vous avez déjà entendu ça, par exemple, dans votre classe ?

[00:02:05] Speaker 2: C'est une phrase qu'on est tous amenés à entendre lorsqu'on fait son travail, c'est-à-dire lorsqu'on a à cœur de transmettre les valeurs de la République, de la laïcité en classe, parce que c'est une phrase qui est devenue, si vous voulez, elle n'est pas forcément récurrente, mais elle est assez fréquente pour être symptomatique. C'est une phrase qui est très problématique d'une certaine façon dont la jeunesse perçoit l'enseignant. « Madame, vous n'avez pas le droit », ça va être « Madame, vous n'avez pas le droit de nous montrer ce tableau qui comporte des nus ». « Madame, vous n'avez pas le droit de nous choquer en nous faisant lire un texte de Voltaire qui se rit des religions ». « Madame, vous n'avez pas le droit de nous obliger à rentrer dans une église lors d'une sortie scolaire ». « Madame, vous n'avez pas le droit de nous obliger à la pratique sportive mixte lorsque les corps sont dénudés, comme à la piscine ou lors de la lutte ». Donc, ce n'est pas forcément des injonctions qui sont politiques, ou forcément vindicatives, mais au contraire qui sont une forme de symptôme que maintenant l'opinion selon laquelle on peut dicter au professeur ce qu'il est en droit de dire ou non est devenue tout à fait commune chez une partie de nos adolescents. Et c'est pourquoi je disais que face à cette espèce de renoncement global, nous attendons une réaction politique qui est très supérieure à ce qu'on a pu voir jusqu'à présent.

[00:03:21] Speaker 1: Et qu'est-ce que vous attendez concrètement ? Qu'est-ce que vous attendez concrètement ? De la part des politiques, justement. Essayer de faire davantage, de sensibiliser davantage les jeunes à la laïcité, leur faire comprendre qu'il s'agit avant tout d'une liberté, mais que ça n'est pas l'inverse. Qu'est-ce que vous attendez concrètement ?

[00:03:38] Speaker 2: La vérité, c'est qu'on ne peut pas dire qu'il n'y ait pas eu un avant et un après-seméopathie au sein de l'éducation nationale. Lorsque maintenant vous avez un enseignant qui est sous pression, menacé ou intimidé, il est accompagné, il est entendu. Le pas de vague a quand même, je ne dis pas qu'il avait, mais en tout cas, il n'est pas ce qu'il était auparavant. En revanche, on accompagne un enseignant, on va éventuellement l'exfiltrer si nécessaire, mais ce faisant, si vous me permettez l'expression, on joue toujours en défense. C'est-à-dire qu'on a toujours un coup de retard sur les ennemis de l'école. Et nous, on aimerait des politiques publiques qui soient vraiment ambitieuses et qui nous permettent de travailler en amont de ces problématiques pour essayer d'avoir moins d'enseignants à accompagner, à exfiltrer, lorsqu'ils continuent d'essayer d'enseigner la laïcité. Et la liberté d'expression dans leur classe. Et pour ça, il faut des moyens. Il faut des moyens que l'éducation nationale seule ne peut pas mettre sur la table. Il faudrait qu'on ait, on appelle plusieurs choses de nos voeux, on appelle un véritable ministère ad hoc, c'est-à-dire par exemple un secrétariat d'État dévolu à la seule question de la laïcité en milieu scolaire, avec un budget propre, avec une feuille de route propre, avec une ambition politique propre, qui se prenne vraiment à bras-le-corps le problème de l'école républicaine. Parce que le problème de l'école républicaine, ce n'est pas le problème de l'école, c'est le problème de la République tout entière.

[00:04:58] Speaker 1: Et quelles sont les pressions aujourd'hui à l'école, les pressions qui s'opposent à la laïcité ? Vous parlez d'islamisme, mais aussi d'un certain discours de la gauche radicale.

[00:05:10] Speaker 2: Oui, la vérité, c'est qu'en fait, si vous voulez, les enseignants laïcs, ceux qui continuent à enseigner dans leurs cours, et ils sont de moins en moins nombreux, vous savez maintenant que plusieurs sondages indiquent qu'un enseignant sur deux avoue s'auto-censurer sur les questions de la laïcité. Il y a un trait à la religion dans son cours, mais pour ceux qui continuent à enseigner la liberté d'expression, la laïcité, vous êtes pris en étau entre d'un côté la menace des islamistes, qui est une menace de mort, et de l'autre côté, la menace que fait peser une certaine gauche, la gauche communautaire, la gauche qui est devenue maintenant anti-laïque, et qui vous traite censément d'islamophobe, c'est-à-dire de raciste, lorsque vous continuez à défendre, par exemple, la loi de 2004. Et cette accusation d'islamophobie, elle est extrêmement délétère pour les enseignants laïcs, elle est peut-être, en tout cas en nombre, plus dangereuse pour la laïcité encore que l'islamisme, parce que tout simplement, personne n'a envie d'être traité de raciste, c'est évidemment insupportable, et cet amalgame, si vous voulez, entre une religion, l'islam, et ses croyants, les musulmans, dans le syntagme d'islamophobe, qui les unit, en tout cas, dans un même syntagme piège, ça vous empêche... ça vous empêche complètement d'expliquer que la liberté d'expression, par exemple, autorise le blasphème, mais n'autorise pas l'appel à la haine des adeptes d'une religion. Et cette confusion entre une religion et ses adeptes, elle brouille complètement les limites de la liberté d'expression, et elle rend impossible la transmission, justement, de notre laïcité, qui est fondée sur la distinction entre les hommes et leur foi. Donc, cette accusation d'islamophobie, elle est aussi délétère, en tout cas, elle est aussi menace, elle est aussi menaçante pour la laïcité à l'école que le couteau des islamistes.

[00:06:57] Speaker 1: Merci beaucoup Delphine Girard, merci d'avoir été avec nous sur France 24. On va passer tout de suite à...

ai AI Insights
Arow Summary
France 24 interview about the appeal trial related to the 2020 murder of teacher Samuel Paty and the state of laïcité five years later. Middle-school teacher and author Delphine Girard says the killing was a shock but that teachers have not received adequate sustained national/political support. She reports frequent classroom challenges framed as “Madame, you don’t have the right,” covering content on nudity in art, Voltaire and criticism of religion, visiting churches on school trips, and mixed-gender sports. She argues many teachers self-censor on laïcité and free expression. While institutional responses have improved (better support when teachers are threatened), she says policy remains reactive (“playing defense”). She calls for ambitious upstream public policies, including a dedicated governmental structure and budget focused on laïcité in schools. She describes teachers as caught between Islamist threats and accusations from parts of the radical/communitarian left labeling pro-laïcité positions as “Islamophobic,” which she argues confuses criticism of religion with hatred of believers and undermines teaching about blasphemy vs hate speech.
Arow Title
Samuel Paty appeal trial reopens debate on laïcité in schools
Arow Keywords
Samuel Paty Remove
laïcité Remove
French schools Remove
teachers Remove
self-censorship Remove
freedom of expression Remove
Islamism Remove
Islamophobia accusation Remove
Education Nationale Remove
2004 law Remove
community politics Remove
France 24 Remove
special assize court Remove
values of the Republic Remove
Arow Key Takeaways
  • Five years after Samuel Paty’s murder, laïcité remains contentious in classrooms, with teachers reporting recurring challenges to their authority and curriculum.
  • Many teachers self-censor when addressing laïcité, religion, and freedom of expression, indicating a chilled pedagogical climate.
  • Institutional support for threatened teachers has improved, but measures are viewed as reactive rather than preventive.
  • Girard calls for ambitious, well-funded public policy dedicated to laïcité in schools (e.g., a dedicated ministry/secretariat and clear roadmap).
  • Teachers feel pressured from multiple sides: violent Islamist threats and reputational/political attacks via accusations of “Islamophobia,” which she says blurs the line between criticizing a religion and hating believers.
Arow Sentiments
Negative: Somber and alarmed tone focused on threats, intimidation, lack of political support, and widespread teacher self-censorship; some cautious optimism about improved institutional accompaniment.
Arow Enter your query
{{ secondsToHumanTime(time) }}
Back
Forward
{{ Math.round(speed * 100) / 100 }}x
{{ secondsToHumanTime(duration) }}
close
New speaker
Add speaker
close
Edit speaker
Save changes
close
Share Transcript