[00:00:00] Speaker 1: Avec Maître Loïc Parrain, il est avocat des familles de victimes belges et italiennes. Bonsoir à vous, merci d'être avec nous ce soir. Bonsoir. Tout d'abord, dans quel état d'esprit sont les familles que vous représentez pratiquement un mois après le drame ?
[00:00:21] Speaker 2: J'ai le sentiment que la première réaction a été évidemment un mélange de sidération et de tristesse. Une maman nous disait l'autre jour que si elle avait encore la capacité de nous parler, c'est probablement qu'elle ne réalisait pas encore ce qui lui était véritablement arrivé. Et en même temps, je sens qu'on est en train de passer dans la phase numéro 2, c'est-à-dire celle de la recherche de la vérité pour obtenir justice.
[00:00:43] Speaker 1: Est-ce qu'elles obtiennent justement, ces familles, les informations qu'elles souhaitent obtenir dans le cadre de l'enquête ?
[00:00:51] Speaker 2: Il est trop tôt pour dire qu'elles obtiennent les informations qu'elles recherchent. Comme vous avez pu le souligner, le début de l'enquête par le ministère public valaisan a surpris plus d'un des observateurs avec des actes qui ne venaient pas, certains qui devaient venir, qui le venaient lentement. Et donc aujourd'hui, je crois qu'on peut dire que finalement, la machine s'est mise en marche. Et maintenant, on attend que les opérations d'enquête se déroulent à rythme soutenu. Donc vous dites que l'enquête, elle aurait été bâclée au début ? Je dis qu'il y a un certain nombre d'opérations d'enquête qui n'ont pas été entreprises alors qu'il paraissait raisonnable de les entreprendre. Et puis d'autres qui l'ont été, mais tardivement. Maintenant, les balbutiements du début sont derrière. Il faut que le ministère public avance.
[00:01:40] Speaker 1: Les Italiens, on a vu, conditionnent le retour de leur ambassadeur à Berne à la participation d'enquêteurs italiens dans l'instruction parce qu'ils disent qu'il y a eu des absences de perquisition, des téléphones portables non saisis, autorités communales de Crans-Montana, non auditionnées. Est-ce que vous partagez cela ?
[00:02:01] Speaker 2: Je pense qu'il faut prendre la mesure de la souffrance partagée par l'opinion publique, quelque pays que ce soit. Pour des motifs culturels, l'Italie a été particulièrement affectée par ce drame. Et aujourd'hui, quelque part, cette demande de réponse, elle est portée collectivement par un pays, par un gouvernement. Alors vous avez évoqué une interprétation politique des demandes italiennes, je ne m'y risquerai pas. En revanche, il me paraît légitime que dans la mesure où certains des ressortissants mineurs, enfants, sont décédés, ces familles obtiennent des réponses. Et si la coopération internationale est un moyen de les obtenir, pourquoi l'écarter ?
[00:02:40] Speaker 1: Elle est possible, justement. Manifestement, les Suisses ont l'air d'avoir dit oui tout récemment pour accueillir des enquêteurs italiens. Il pourrait y avoir aussi une coopération avec des enquêteurs français, belges ?
[00:02:53] Speaker 2: La situation me paraît assez complexe parce que, d'abord, on est en présence de règles en matière de coopération internationale. Cette coopération internationale, elle existe à condition qu'il y ait un intérêt à cette coopération internationale. Et cet intérêt survient généralement lorsqu'on a une criminalité transfrontalière, par exemple en matière de trafic de stupéfiants. Or ici, on a un événement qui est local, localisé dans un canton en Suisse. Et du coup, l'activation de ces règles, paraît quand même plus compliquée à entreprendre que dans d'autres configurations.
[00:03:28] Speaker 1: C'est la question, j'imagine, qu'ils mettent en exergue. C'est celle d'une potentielle corruption, ou peut-être que le canton du Valais étouffe un peu l'affaire. C'est ça qu'ils veulent dire, j'imagine, les Italiens.
[00:03:40] Speaker 2: J'en sais rien. Au fond, à ma mesure, à ma hauteur, je n'ai aucun élément pour considérer qu'il y a des indices de corruption. Je pense que l'enquête, s'il y a eu des négligences, le révélera, et la justice pénale, il donnera les conséquences qui s'imposent.
[00:03:58] Speaker 1: Qu'est-ce qui est le plus difficile pour vous, en ce moment ?
[00:04:03] Speaker 2: Je dirais d'être à la fois face aux attentes des victimes, des questions légitimes qu'elles se posent, des questions sur le fond de l'affaire. Comment est-ce qu'un tel incendie a été possible avec la législation que nous connaissons ? Les attentes que la justice travaille, travaille vite, et puis de l'autre côté, pour l'avocat, le rôle de questionner à son tour le ministère public, de solliciter l'administration de preuves, de consulter le dossier, et quelque part être parfois le guichet des réclamations des victimes, à juste titre encore, et de devoir mettre tous les moyens qui sont possibles et à disposition pour que cette administration des preuves soit efficace et qu'on puisse dédistribuer les responsabilités à la fin de l'enquête. – Attendez.
[00:04:53] Speaker 1: Avez-vous de nouvelles réponses dans les prochains jours, dans un très court terme ?
[00:04:59] Speaker 2: – Alors il y a de nouvelles auditions qui sont envisagées, des auditions qui pourraient apporter des éléments complémentaires importants, peut-être du côté des membres de l'administration de la Commune, donc ça c'est peut-être des opérations d'enquête à court terme, et puis à moyen terme, moi ce que j'attends c'est surtout le résultat des expertises forensiques qui ont été mises en œuvre, ou en tout cas amorcées, pour qu'on puisse comprendre quel est le processus au fond que le feu a suivi, et surtout qu'est-ce qui a encouragé, favorisé la propagation du feu et le phénomène d'intoxication évidemment. – Donc pour l'instant on n'en est vraiment qu'au stade des questions ? – On est au stade des questions et je crois que peu de personnes à ce stade ont des réponses, effectivement.
[00:05:45] Speaker 1: – Merci d'avoir été avec nous ce soir, Maître Loïc, parrain, avocat de famille de victimes belges et italiennes, donc victime A. De l'incendie à Grand-Montana.
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