[00:00:00] Speaker 1: On passe à notre page culture de ce vendredi avec deux princesses, deux voix, deux sœurs, deux artistes, le duo franco-camerounais, les Nubians, qui ont marqué à elles deux les esprits dans les années 90 avec leur new soul afropéenne, une musique métissée, profondément engagée. Elles ont conquis les Etats-Unis avec un album en français, et chose rare à signaler, travailler avec les plus grands noms du jazz, des musiques africaines, tout en restant fidèles à leur essence, celle des femmes noires, puissantes, artistes et citoyennes du monde. Merci Hélène et Célia Fossard, merci, merci, et bienvenue aux princesses Nubian dans votre JTA. C'est un plaisir de vous avoir toutes les deux. Merci pour l'invitation.
[00:00:43] Speaker 2: Merci, merci de nous recevoir.
[00:00:45] Speaker 1: Alors ça me fait plaisir, je me disais, en réécoutant, parce qu'évidemment, ça m'a fait un grand plaisir de vous écouter, évidemment, de vous réécouter à nouveau. Et en réécoutant les textes, je me disais à quel point vous aviez été avant-gardiste sur les thèmes, sur les prises d'opposition, il y a déjà plus de 25 ans. Qu'est-ce que ça vous fait, en repensant à ça, justement ?
[00:01:10] Speaker 2: Moi, je pense que ça nous fait dire que la vision était juste. C'est ce dont on avait besoin, enfin, c'est ce dont on pensait que le monde avait besoin, c'est ce qui nous intéressait, c'est ce qu'on avait envie de proposer au monde. C'est le monde de demain, qu'on faisait aujourd'hui, qu'on voulait voir arriver. Et 25 ans après, de voir que c'est la conversation actuelle, qu'il y a des choses qui ont avancé et qui se sont réalisées. Oui, oui, oui, je pense qu'on est très heureuses, Hélène et moi, quand on parle toutes les deux, de se dire, on avait vu quelque chose.
[00:01:48] Speaker 1: Et alors, Hélène, pour vous, est-ce que c'était... Voilà , ça vous fait... Vous vous dites que les choses ont avancé, que ça va mieux en France, parce qu'il faut rappeler aussi que vous avez vécu aux Etats-Unis et tout ça ?
[00:02:00] Speaker 3: Oui, oui, oui, certaines ont avancé, d'autres non. D'autres non. Je trouve absolument fou que 25 ans plus tard, Rokhaya Diallo soit obligée de faire un papier sur le statut des artistes racisés en France. Donc, c'est qu'il y a toujours un problème à ce niveau-là . Et on a fait partie, je pense, de ces artistes qui ont été quelque peu... Pas mis de côté, mais bon, on a dû faire un chemin différent. Et je me dis, 25 ans plus tard, que d'autres artistes après nous vivent le même schéma. C'est compliqué. Enfin, voilà . Donc, ça n'avance pas tant que ça, en fait. Oui, bon, ça avance, mais à petit pas, on va dire. Oui, oui, oui. Pour être un peu positif. Ça devrait aller un peu plus vite, quand même. Tout à fait.
[00:02:44] Speaker 2: En fait, par rapport à la France, mais après, par rapport à la diaspora, par rapport à nous qui avons beaucoup fréquenté les Américains, par exemple, les Noirs américains, de savoir qu'ils voyagent beaucoup plus. Alors, même si toutes les conversations diasporiques ne sont pas encore forcément optimales, en tout cas, il y a cette conversation, il y a ces voyages, il y a ces rencontres.
[00:03:01] Speaker 3: C'est bon, en tout cas, qu'on a essayé de jeter, justement, inter-diaspora. Aujourd'hui, grand succès de voir que, voilà , la conversation est là . Mieux encore, les voyages ont lieu, les rencontres se font et il y a construction. En ça, très heureuse de voir que ça se passe.
[00:03:20] Speaker 1: Je propose, d'ailleurs... Alors, qu'on réécoute un petit bout de Maqueda pour se remettre dans l'oreille ce que c'était les Nubians. On l'écoute.
[00:03:30] Speaker 4: Exhumer les connaissances Que la spirale du temps Elle passe La reine de sa famille En moi Maqueda En moi Oh oh oh Ravisan nos mémoires Ce succès fou, Maqueda, en 98, qui vous a propulsé aux États-Unis, partout.
[00:04:10] Speaker 1: Et il faut comprendre quand même que c'était des chansons en français qui ont eu un succès énorme aux États-Unis. À l'époque, c'était incroyable et j'ai jamais vu. Alors, il y a eu... Édith Piaf, Aznavour, d'autres exemples, mais bien plus anciens. Comment vous avez vécu ce succès incroyable ?
[00:04:29] Speaker 3: De façon incroyable, tout simplement. C'est vrai qu'au départ, quand on a entendu que beaucoup d'unités se vendaient aux Etats-Unis, on a cru que c'était des francophones ou des expats français. Et quand on est arrivé sur place et qu'on a vu que non, c'était tout le monde, c'était l'Afro-Amérique en particulier, et notamment à travers le réseau des universités. On rend à chaque fois hommage à W.H.U.R., la radio de Howard University, qui nous a reçus pour la première fois, et où nous avons découvert que notre public ne savait même pas quelle langue nous chantions, mais il demandait la chanson « Repeat, Unrepeat ». Et donc de voir que notre musique, elle a été une chanson qui a été un peu plus importante, elle a été une chanson qui a été un peu plus importante, elle a pu être aimée, comprise, sans les mots. Et je me dis, c'est là où on a réussi un truc, parce que notre musique a parlé plus fort que nous, en fait.
[00:05:27] Speaker 1: La musique, toutes les influences, jazz, spoken word, que ce soit de l'Afrique, de l'Europe et de l'Amérique, j'ai envie de vous demander justement quelle place l'Afrique a eue, sachant que vous êtes franco-cameroonaise, que vous avez vécu au Tchad, donc on ne l'a pas dit. Et que les Antillais pensent que vous êtes antillaise. Tout à fait. Tout le monde pense que vous êtes... Et que je vis en Guadeloupe.
[00:05:52] Speaker 2: Voilà , exactement. Que les Éthiopiens pensent qu'on est éthiopiennes pour chanter leur règle. Mais oui, donc ça veut dire que c'est réussi finalement. Tout à fait.
[00:06:01] Speaker 3: Nous sommes les enfants d'une grande panafricaniste qui était notre maman. Oui, mais je ne te passe pas.
[00:06:05] Speaker 2: Donc voilà , oui, nous sommes panafricanistes, diasporiques, parce que c'est un mot à la mode maintenant. Et oui, j'ai l'impression qu'on a réussi quand même à ... à faire ça. On s'est présentés comme ça et on a été reçus et acceptés en tant que tels. Et oui, c'est ce monde-là que nous avons voulu créer avec l'Afrique au centre. Nous, on a grandi en Afrique. Notre mère est notre mère. On dit que chez nous, on dit que la mère, c'est celle qui t'élève en premier. Donc oui, notre mère est camerounaise. Donc on a grandi avec l'Afrique et surtout aussi, on s'est rendu compte que très rapidement, en allant de plus en plus en France, on s'est rendu compte à quel point la perception de l'Afrique était négative, misérabiliste, etc. Et nous, on s'est dit non, non, ce n'est pas notre Afrique. On ne voulait pas que les générations, dans notre jeunesse, que nos générations d'Afropéens, parce que pour nous, c'était important de s'appeler Afropéens, on ne voulait pas qu'ils grandissent avec des complexes. On trouvait, ma mère a toujours dit, la mode africaine est formidable. C'est le vrai luxe. On fait notre vie.
[00:07:18] Speaker 3: On fait nos tenues... Sur mesure. Sur mesure. C'est ça, le vrai luxe.
[00:07:22] Speaker 2: Que naturelle, tu es plus belle, cheveux naturels. Voilà , donc c'est vraiment toutes ces lignes-là qu'on a développées avec notre mixité de toute façon, puisque oui, nous chantons en français. Il y a de la musique classique aussi, des titres comme Amour à mort, etc. dans notre musique. Et je pense que notre musique nous ressemble, afropéenne. Ah oui.
[00:07:43] Speaker 1: Soul afropéenne. Soul afropéenne, absolument, elle vous ressemble. Parlons de la réédition, justement, des deux premiers albums. Qu'est-ce qu'on va... Qu'est-ce qu'il va y avoir, justement ? Alors, peut-être que pour les nouvelles générations, et je trouve que vous allez vous régaler. Les nouvelles générations, c'est moins de 25 ans que vous ne connaissez pas les nouvelles. Vous allez vous régaler. À quoi elles peuvent s'attendre, ces nouvelles générations ? Les vinyles sont d'abord magnifiques.
[00:08:06] Speaker 3: Donc, on a toujours mis un point d'honneur sur l'image. La façon dont on se représentait au monde. Et on a travaillé avec des gens relativistes. Effectivement talentueux. Notamment 360 et Thibaut de Langeville. Et donc, le travail du premier album et du deuxième album, c'est cette connexion. Le scarabée, c'est Thibaut, quelque part, qui avait trouvé le logo des Nubians. Et on a mis énormément d'amour à créer ces albums, ces pochettes. Ces liners qu'on ne lit plus, qu'on ne voit plus dans le streaming. On ne sait plus qui a joué la basse, qui a joué la guitare. Qui a touché le clavier, les studios. Il y a tout. On pourra découvrir tout ça dans les vinyles. Les disques, les vinyles eux-mêmes sont deux couleurs. Différents selon le premier et le deuxième album. Donc, très heureuse de cette réédition. Et ils pourront le découvrir.
[00:08:59] Speaker 1: On vous incite vivement tous à découvrir ces nouvelles rééditions des albums des Nubians. Merci beaucoup d'être venu dans le JTA de France 24. C'était un plaisir, un honneur pour nous. Merci à tous ceux qui nous ont suivis partout dans le monde. Qu'ils soient de Yaoundé à New York, en passant par Yamena. Bordeaux. Voilà . Restez avec nous, car l'actualité continue sur France 24.
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