[00:00:00] Speaker 1: Voilà pour cette intervention d'Emmanuel Macron. Fin de discours à destination, on l'aura compris, des investisseurs étrangers. Le chef de l'État français vient de vanter à l'instant les avantages d'une Europe prévisible où la loyauté s'impose chez nous. L'État de droit reste la règle. On aura compris qu'en ligne de mire quand même qu'arrive, on va débriefer ensemble, de cette intervention. Les États-Unis, l'Amérique de Donald Trump, dans le contexte extrêmement tendu, complexe que l'on connaît, nous passons dans un monde où la loi devient celle du plus fort. Les États-Unis demandent des concessions de plus en plus importantes et cherchent à affaiblir l'Europe. Il ne faut pas accepter passivement la loi du plus fort. C'était un discours en forme de quoi ? De démonstration de force ? Il vient de montrer sa détermination à tenir tête aux Américains, à Donald Trump aujourd'hui.
[00:00:51] Speaker 2: C'est un discours en guise de... Réponse à tous les derniers développements de l'actualité internationale et à la posture extrêmement belliqueuse et virulente du président américain. Alors, vous avez souligné qu'en fin de discours, il évoquait à quel point l'Europe était accueillante pour les investisseurs. Mais les tout derniers mots, c'est qu'il préfère l'État de droit à la brutalité. La brutalité incarnée évidemment par Donald Trump. Et c'est vrai qu'en filigrane, on avait le président américain qui était quasiment présent tout le temps. Parce que même lorsqu'il évoquait, Emmanuel Macron, les dimensions économiques, c'était à l'aune de la relation avec l'Amérique et de la compétition avec l'Amérique. Il a d'abord évoqué le contexte global qui est extrêmement tendu. Plus de 60 guerres en 2024. Il a parlé de l'explosion des conflits. Et il a aussi souligné qu'on évoluait vers un monde sans gouvernance, où les règles de droit sont complètement sapées, les instances internationales affaiblies. Ça, c'est évidemment une référence à ce Conseil de la paix que Donald Trump veut voir mis en place pour affaiblir un peu plus l'ONU. Emmanuel Macron qui a expliqué qu'on était finalement en train de détruire les structures qui peuvent nous aider. Et il a évidemment évoqué une Amérique qui vise à transformer l'Europe en subordonnée. Il a encore une fois parlé de ces droits de douane qui sont inacceptables. Surtout lorsqu'ils sont utilisés comme un chantage pour faire céder un pays sur sa souveraineté. Et puis il a souligné qu'il y avait deux approches où on pouvait regarder passivement ce qui était en train de se passer. Regarder passivement la loi du plus fort qui serait en train de s'instaurer avec une forme de vassalisation. Mais aussi une nouvelle approche coloniale portée par les Etats-Unis. Pour le président français, ça n'a pas de sens. Ou alors il faudrait adopter une posture morale, simplement commenter sans agir. Mais on a bien compris que pour le président français, je cite, face à la brutalisation du monde, il faut que la France défende un multilatéralisme efficace. Et ce terme de multilatéralisme, c'est sans doute le mot qui a été le plus utilisé par le président français. Il a évoqué la nécessité de venir en aide à un pays allié, le Danemark. Il a rappelé aussi que la France allait prendre la présidence du G7. Et le président français ambitionne, et ça sera extrêmement difficile avec Donald Trump, de refaire du G7 un forum de dialogue. Et je vous le disais, lorsqu'il évoquait aussi les questions économiques, c'était aussi à l'aune de la relation avec les Etats-Unis. La compétitivité européenne est à la traîne face aux Etats-Unis. Il faut investir massivement, notamment dans l'IA, dans la défense. Autant de lieux, d'endroits où la France et l'Europe sont en retard. Et là, dresser une Europe qui est à l'antipode de ce qu'incarnent les Etats-Unis, qui sont devenus imprévisibles. Et la prévisibilité pour les marchés, pour l'économie, c'est quelque chose de fondamental. Et c'est une façon de dire que si vous marchez dans les pas des Etats-Unis, il faut s'attendre à tout, et peut-être au pire.
[00:04:12] Speaker 1: Voilà, Emmanuel Macron qui... S'exprimer aujourd'hui. Demain, on le sait, ce sera au tour de Donald Trump de prendre la parole sur cette même scène, à cette tribune. On annonce l'arrivée de la délégation américaine comme extrêmement conséquente, sûrement la plus conséquente depuis les premiers forums économiques de Davos. Et on est bien incapable, pour le moment, d'imaginer ce qu'il va pouvoir dire, Donald Trump. On imagine qu'il va faire les comptes, les calculs. Mais là, aujourd'hui, Emmanuel Macron vient nous donner les éléments suffisants pour l'assurer. Ensuite, les Européens sont prêts à riposter, à répondre. D'ailleurs, ils sont censés se voir aussi jeudi pour déterminer dans quelles conditions ils organiseront leur riposte.
[00:04:55] Speaker 2: Alors, c'est vrai, Emmanuel Macron a donné un certain nombre d'éléments. Il a rappelé encore une fois que cet outil anti-coercition, ce qu'on appelle le bazooka, pourrait être utilisé. Il ne faudra pas hésiter à l'utiliser pour entraver, évidemment, les investissements américains ou encore les importations américaines sur le territoire européen. À quoi s'attendre avec Donald Trump ? Ça va être sans doute quelque chose de massif, d'énorme, sans beaucoup de nuances. Il vient avec une grosse délégation. Il va sans doute répéter que sa vision du monde est la bonne. Il va sans doute répéter encore une fois que les États-Unis ont besoin du Groenland et que c'est tout simplement impossible d'imaginer l'avenir des États-Unis sans le Groenland. Mais la tonalité européenne pourrait peut-être changer fondamentalement par rapport à ce qu'elle a été. On se souvient. Qu'au début du mandat de Donald Trump, on était clairement dans une logique de dialogue, de discussion. On a encaissé un certain nombre de décisions qui concernaient notamment la taxation de produits européens en espérant qu'en acceptant un certain nombre de choses, Donald Trump allait s'adoucir. Au contraire, son appétit n'a fait que grandir. Et lorsqu'on entend Emmanuel Macron aujourd'hui ou lorsqu'on entend Ursula von der Leyen qui explique qu'on allait répliquer fermement ou encore le chancelier allemand qui a eu des mots assez fermes également et qui a rappelé aussi qu'en Europe, on avait un certain nombre d'outils que les Américains avaient beaucoup empruntés aux Européens et qu'il y avait un certain nombre de leviers sur lesquels les Européens pouvaient finalement appuyer. On sent bien qu'on a changé de dimension dans le rapport finalement aux États-Unis. Certains en verront sans doute le message à Donald Trump que l'Europe n'est pas le Venezuela et que le Danemark, qui est peut-être la ligne, que le Groenland est peut-être la ligne à ne pas franchir. Et donc, plus rarement que les fois précédentes, on s'inscrit dans une logique qui ressemble de plus en plus à un bras de fer. Alors, est-ce que Donald Trump va tenter d'imposer sa force avec énormément de puissance ou est-ce qu'il va comprendre que du côté de l'Europe, on est prêt à réagir ? Il suffit de regarder un peu ce qui s'est passé du côté du Groenland pour se dire que, peut-être, une possibilité de faire plier Donald Trump parce qu'il n'y a pas si longtemps, on envisageait que des troupes américaines puissent arriver au Groenland. Tout ça n'est plus à l'ordre du jour. Donald Trump a voulu acheter le Groenland. Et finalement, toutes ces dernières tensions avec les États-Unis montrent à quel point le président américain semble s'agacer de ne pas obtenir ce qu'il veut à charge aux Européens. Maintenant, de résister à la charge de Trump qui pourrait être... ...très violente du côté de Davos.
[00:07:46] Speaker 1: Voilà, l'Europe qui doit se défendre, a dit Emmanuel Macron il y a quelques instants dans ce discours. Merci beaucoup, Karim Yahoui, d'avoir décrypté cette séquence pour nous en direct. Merci à tous.
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