[00:00:00] Speaker 1: Vous venez de le vivre il y a quelques instants en direct sur cette antenne après une étape à Berlin hier. Les voilà donc en escale à Paris. Les premiers ministres Groenlandais et Danois sont reçus en ce moment même à l'Elysée par le président français. Sécurité et souveraineté du Groenland sont au menu d'un déjeuner de travail qui vient tout juste de débuter. Jens-Frédéric Nielsen et Metteux Frederiksen sont venus chercher aujourd'hui des gages de soutien de la part des Français. Devant la presse, Emmanuel Macron leur a redit leur total soutien. Écoutez-le.
[00:00:30] Speaker 2: Et vous recevoir aujourd'hui l'une et l'autre est une occasion pour la France de redire sa solidarité avec le Danemark, son attachement à votre souveraineté et votre intégrité territoriale et redire aux Groenlandais et aux peuples groenlandais tout notre soutien. Face à la posture russe dans le Grand Nord, à la présence économique de la Chine, aux conséquences stratégiques de ce rapprochement, nous partageons la nécessité de renforcer notre posture de défense dans l'Arctique. Les événements récents confirment que la situation au Groenland est un appel au réveil stratégique pour toute l'Europe.
[00:01:06] Speaker 1: On va décrypter cette séquence avec vous Anne Corpé. Bonjour Anne. Unité affichée, c'est d'abord ce qu'on va retenir évidemment pendant cette séquence. Unité des Européens, une semaine après le volte-face de Donald Trump.
[00:01:19] Speaker 3: Oui, les trois dirigeants ont quand même adressé un message clair à Donald Trump. Nous défendrons les valeurs européennes, la souveraineté des États, le respect des frontières. Le droit international. Et c'est un message à Donald Trump pour qui la conquête du Groenland n'a rien d'une lubie passagère. Il martèle son ambition depuis la fin de son premier mandat. Et depuis son retour à la Maison-Blanche, il y a eu une montée en puissance avec de nombreuses opérations d'influence sur le terrain. La venue d'abord dès janvier 2025 de Donald Trump Jr., le fils du président, avec des influenceurs, des Youtubers, celle ensuite de Jay Devens, le vice-président américain, avec à chaque fois un fort déploiement médiatique et aussi de distribution de casquettes MAGA, de dollars, une volonté de conquérir le cœur des Groenlandais qui n'a pas abouti puisque dans leur immense majorité, ils rejettent toute perspective d'annexion américaine. Et puis les choses se sont vraiment accélérées à la fin de l'année dernière et au début janvier. D'abord avec la nomination d'un émissaire spécial pour le Groenland, dans la personne de gouverneur de Louisiane. Puis avec le tweet de l'épouse du conseiller de Donald Trump, Katie Miller, qui a posté cette carte du Groenland avec le drapeau américain et ce mot en lettres majuscules « Soon », « Bientôt », suivi des déclarations de son mari comme quoi personne n'allait défendre le Groenland contre la puissance américaine. Les propos répétés de Donald Trump sur sa volonté. De conquérir le Groenland pour des raisons, dit-il, de sécurité. Et tout ça continue d'être pris très au sérieux par les Européens, malgré la reculade apparente de Donald Trump à Davos. Il a finalement déclaré qu'il n'allait pas conquérir le Groenland par la force. Mais on sent bien que ça reste quand même sa priorité de planter son drapeau sur place.
[00:03:22] Speaker 1: Voilà, sur le regard des Européens, plutôt sceptiques après ce volte-face. On va y revenir. La semaine dernière, à Davos, tout le monde suivait évidemment avec beaucoup d'intérêt et d'attention son discours. Lui a finalement fait retomber la tension, la pression sur les Européens, après cette entretenue avec le secrétaire général de l'OTAN. A l'issue de la séquence avec Marc Routteux, les deux hommes ont fait état d'un compromis dont les modalités restaient à établir. Ce lundi, le chef de l'Alliance a dit s'être entendu avec le président américain sur la mise en place de deux axes de travail pour désamorcer les tensions. Avec l'Europe, on fait le point tout de suite en image avec Noémie Roche.
[00:04:04] Speaker 4: C'était jeudi dernier à Davos. Lors de son discours au Forum économique mondial, Donald Trump, qui menace depuis des semaines de s'emparer du Groenland, de gris ou de force, tempère soudainement ses propos.
[00:04:17] Speaker 5: Les gens pensaient que j'utiliserais la force, mais je n'ai pas besoin d'utiliser la force. Je ne veux pas utiliser la force, je n'utiliserai pas la force. Tout ce que les Etats-Unis demandent, c'est un endroit appelé le Groenland.
[00:04:27] Speaker 4: Quelques heures plus tard, le président des Etats-Unis sort d'une rencontre avec le secrétaire général de l'OTAN, visiblement satisfait. Il évoque un accord trouvé avec Mark Rutte.
[00:04:39] Speaker 6: Je pense que c'est une bonne affaire pour tout le monde. C'est une excellente sécurité nationale, internationale. C'est un accord que les gens ont accepté sans hésiter. C'est vraiment fantastique pour les Etats-Unis.
[00:04:50] Speaker 4: Le secrétaire général de l'OTAN se montre, lui, plus mesuré. Est-ce que c'est un bon accord ?
[00:04:56] Speaker 7: La réunion s'est très bien passée ce soir, mais il reste encore beaucoup de travail à faire.
[00:05:00] Speaker 4: Près d'une semaine plus tard, on n'en sait pas beaucoup plus sur le contenu exact de cet accord. Lundi, devant le Parlement européen, le secrétaire général de l'OTAN a toutefois confirmé cette rentendue avec Donald Trump, d'abord et avant tout sur la question de la défense de l'Arctique, que le président américain estime menacée.
[00:05:20] Speaker 7: L'un des axes de travail consistera à déterminer comment, collectivement, empêcher les Russes et les Chinois d'accéder davantage à la région arctique et d'y devenir des adversaires. Il s'agira également de les empêcher d'accéder à l'économie locale.
[00:05:34] Speaker 4: Rien, en revanche, sur le sujet de crispations principales autour de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Groenland et du Danemark. Les discussions se poursuivent entre les Etats-Unis, le Danemark et le Groenland, affirme Mark Rutte. Discussions dans lesquelles l'OTAN ne sera pas impliqué.
[00:05:54] Speaker 1: Ils se sont parlé, et depuis, on ne sait pas vraiment ce qu'ils se sont dit de façon très concrète. Il faut l'avouer, Anne.
[00:06:00] Speaker 3: Oui, et alors, sur la première question, celle de la sécurité de l'Arctique. Bon, les Alliés sont d'accord pour renforcer les moyens de défense dans la zone. Emmanuel Macron l'a dit il y a quelques minutes. La sécurité de l'Arctique est un enjeu crucial. Il a reconnu, le président français, la nécessité de renforcer la posture de défense dans cette région, même s'il faut bien le souligner, aucune présence de navires russes ou chinois n'a été signalée aux abords. Du Groenland, le dernier brise-glace russe ou chinois repéré à proximité de ce territoire, c'était en 2018. Et il y a eu un navire de pêche au flétan russe qui a été repéré en 2022. En termes de menaces, bon, c'est pas imminent, on va dire. Et puis, il faut souligner aussi que c'est pas nouveau, cette préoccupation pour la sécurité de l'Arctique et que les exercices militaires se sont multipliés dans la zone depuis 2014 et l'invasion de la Crimée par Vladimir Macron. Il y en a encore eu de nombreux en 2025. Le deuxième axe de travail évoqué par Marc Routteux ne concerne absolument pas l'Alliance atlantique. Ce sont les discussions qui doivent avoir lieu entre les Etats-Unis, le Danemark et le Groenland. Là-dessus, Copenhague et nous ont clairement fixé leur ligne rouge. Pas question de remettre en cause l'intégrité territoriale du Groenland. Mais Donald Trump, lui, a évoqué un accès total et permanent. Au territoire, ce qu'il faut savoir, c'est que le traité de défense qui a été signé en 1951 et réactualisé en 2004 entre le Danemark et les Etats-Unis donne déjà largement carte blanche à Washington pour implanter de nouvelles bases militaires. Mais ils doivent en informer le royaume danois. Et c'est peut-être ce travail d'information, de discussion dont veut se débarrasser l'administration américaine. Donald Trump réclame une sorte de titre de propriété sur d'éventuelles nouvelles bases américaines au Groenland. Il a parlé de poche de souveraineté. C'est inacceptable pour le Danemark. Et le royaume négocie ou va négocier avec les Etats-Unis. Mais parallèlement, il se prépare à toute éventualité avec un objectif, c'est de déployer au Groenland 1000 hommes d'ici la fin de l'année pour protéger la population. Il faut rappeler quand même qu'à l'occasion de cette crise, une certaine méfiance s'est quand même installée. Une méfiance qui s'est installée entre le secrétaire général de l'OTAN et les Européens. Et qui est apparue au grand jour lundi à Bruxelles lorsque Marc Routteux a balayé toute éventualité d'autonomie stratégique européenne. Si quelqu'un pense que l'Europe peut se défendre sans les Etats-Unis, continuez de rêver, a-t-il lancé. Alors ça a provoqué la fureur à Paris. Jean-Noël Barraud a tweeté « Non, cher Marc Routteux, les Européens peuvent et doivent prendre en charge leur sécurité. » En fait, Marc Routteux défend avant tout son organisation, le lien transatlantique. Il n'est pas très favorable au développement d'un pilier européen de l'OTAN. Pour lui, Donald Trump, qu'il appelle « Daddy » est l'homme qui a permis, qui a contraint les Alliés à renforcer leur effort budgétaire en matière de défense. Mais Donald Trump est désormais perçu par les Européens comme une menace et non plus comme un allié. D'ailleurs, ils ont été très clairement mis en garde dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine. L'Alliance Atlantique doit devenir européenne, a martelé ce matin la chef de la diplomatie européenne, Kaya Callas. Il nous faut une Europe capable de se défendre et de défendre ses intérêts, a renchéri il y a quelques instants la première ministre danoise à l'Elysée.
[00:09:50] Speaker 1: On va suivre évidemment de près ce dossier qui n'est résolument pas terminé, on l'aura bien compris. D'autres dossiers...
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