[00:00:00] Speaker 1: Bienvenue dans votre rendez-vous derrière l'image. On prend le temps comme chaque jour de décrypter l'info à partir d'une photo qui fait sens. Et c'est une image symbolique qui aura rythmé une partie du week-end, un cliché qui nous vient des Etats-Unis, de Minneapolis. Bonjour James Sandré. On va regarder l'image et puis je pense que beaucoup auront compris de quoi nous allons vous parler. C'est l'un des principaux titres du jour, probablement de la semaine. Ce nouveau drame sanguinaire à Minneapolis, la mort d'un deuxième Américain, un manifestant, qui plus est blanc, ne cesse de répéter les invités qui passent par ce plateau, abattu par la police de l'immigration. Racontez-nous.
[00:00:39] Speaker 2: Absolument. Alex Prétit. On voit cette photo. La raison pour laquelle j'ai choisi de la geler exactement à ce moment-là, c'est qu'on voit en fait cet agent qui a à la main son pistolet automatique et qui s'apprête à tirer une balle à Alex Prétit. Alex Prétit qui est donc au sol, désarmé, puisqu'on vient de voir en fait dans l'image précédente qu'on lui enlève son pistolet semi-automatique. J'y reviendrai tout à l'heure, qu'il avait à la ceinture. Et qui est abattu, non pas d'une, mais d'une dizaine de balles. C'est dans l'espace de quelques secondes. Donc voilà, on peut y voir deux choses selon que l'on est pour ou contre ce qui est en train de se passer aux Etats-Unis. Et c'est bien ce qui est en train d'essayer d'instrumentaliser le pouvoir trumpiste. C'est qu'on peut y voir effectivement ce que c'est, c'est-à-dire un homme désarmé au sol, maintenu par des agents de l'immigration, qui est donc parfaitement maîtrisé, à qui on enlève effectivement un pistolet automatique, et qu'on abat de sang-froid sur un trottoir à Minneapolis, aux Etats-Unis. Et donc ça, c'est ce qu'on voit. On voit également si on est, par exemple, le patron du... des Border Patrol, à savoir Grégory Bovino, un militant extrémiste armé qui a cherché à se mettre au travers de la route d'agents fédéraux assermentés en mission et qui le fait en plus avec une arme à 9 mm semi-automatique attachée à la ceinture. Et donc il est important de le neutraliser. Et c'est tout le débat qui entoure cette photo que l'on voit ici et les conséquences politiques de ce qui s'est déroulé.
[00:02:18] Speaker 1: Voilà, un cliché qui a été rendu possible par un autre manifestant qui filmait la scène, comme Alex Preti, parce que lui avait non pas une arme en main, mais un téléphone portable pour filmer la séquence. Son arme, il l'avait à la taille, le port d'arme qui est autorisé à Minneapolis, et Alex Preti avait justement un permis.
[00:02:44] Speaker 2: Tout à fait, Alex Preti avait un permis. Maintenant, ce qu'il faut voir, et c'est ce qui va être utilisé par l'administration, pour se justifier dans ce cas, c'est que, par exemple, le jardinage est autorisé en France. Et je peux parfaitement avoir une tronçonneuse ou une hache et me promener dans la rue, ici, à Issy-les-Moulineaux, et on ne peut pas m'arrêter pour détention illégale d'une tronçonneuse ou d'une hache. En revanche, si je vais à la manifestation du 1er mai, que je m'interpose entre un policier et un manifestant qui cherche à appréhender avec ma hache ou ma tronçonneuse, là, j'entre dans quelque chose de totalement différent. Évidemment, je me verrais fortement arrêté. Je serais potentiellement incarcéré pour avoir brandi ce type de matériel dans le cadre d'une manifestation. Or, c'est exactement sur cette distinction-là que joue l'administration Trump avec un phénomène de temporalité. C'est-à-dire que, dans un premier temps, évidemment, on a le temps de la communication politique. Et c'est ce qu'on voit aujourd'hui. C'est-à-dire que ce qu'explique l'administration Trump, c'est qu'il y a une mission qui a été empêchée par un manifestant qui était armé, et donc il fallait le neutraliser. Évidemment, dans un second temps, parce que tout le monde a vu la vidéo, et c'est bien la question qui se pose aujourd'hui, c'est que le public voit cette vidéo, voit celle-ci, voit celle de René Goud, où on voit là aussi que le véhicule, en fait, le coin du véhicule est déjà passé devant l'agent qui tire donc une balle à travers le pare-brise sur cette mère de famille de 37 ans. C'était il y a à peine une semaine, là aussi, à Minneapolis. Et donc, il n'y a pas de danger immédiat pour les forces de l'ordre. Mais tout ça va arriver dans un second temps. C'est-à-dire le temps judiciaire, dans un an peut-être. Et peut-être, effectivement, qu'une sanction sera prononcée à l'encontre de ces officiers qui ont fait un usage disproportionné de la force. Mais dans un premier temps, on est bien dans cette communication politique et dans ces effets d'annonce qui visent, pour le pouvoir de Donald Trump, à consolider sa position et à justifier les actions de ICE.
[00:04:31] Speaker 1: Le port d'armes, on vient d'en parler. Tout le narratif de l'administration Trump pour justifier que ces agents aient tiré sur cet homme qui était au sol à l'expréthie, pourtant on a pu décortiquer les images tout au long du week-end, ne représente pas une menace.
[00:04:47] Speaker 2: Non, il ne représente pas une menace. C'est-à-dire que dans les deux cas, par exemple, si on prend le cas de René Goud, ils auraient parfaitement pu laisser partir la voiture. Ils avaient le numéro de plaque d'immatriculation, l'identité de la personne, l'appréhender un petit peu plus loin de manière parfaitement pacifique et s'en la blesser. De la même manière, à l'expréthie, au stade où on lui enlève cette arme qu'il a à la ceinture, il est au sol, il est tenu par des agents de ICE. Il suffit de l'appréhender, de l'arrêter, de le ramener pour effectivement le questionner, potentiellement le mettre en examen. Pour avoir une détention d'armes dans ce cadre-là. Et il n'y a pas de mort. Et c'est bien cela qui est reproché. Mais dans le même temps, l'administration qui fait bloc, Stephen Miller, Christine OEM, qui sont des personnalités de premier rang. Christine OEM, c'est l'équivalent de notre ministre de l'Intérieur, qui dit que nous avons, je mets ça entre guillemets, un terroriste domestique. Christine OEM qui dit qu'il voulait infliger des dommages maximales à ses forces de l'ordre. Et donc, c'est vraiment ce narratif. C'est vraiment ce narratif qui est poussé.
[00:05:49] Speaker 1: On apprend à l'instant, parce qu'a priori, Donald Trump vient de se réveiller sur la côte est américaine. Il est à Washington. Il vient d'annoncer à l'instant, j'envoie Tom Homan dans le Minnesota. Tom Homan qui est perçu comme la star de l'immigration, la star des frontières, la main de fer aussi en matière d'immigration du président des Etats-Unis. Face à cette controverse qui est en train de monter et ces critiques qui s'expriment, ce n'était pas prévu, James. Quelle est la réponse aujourd'hui du président des Etats-Unis ? Ça ne risque pas de mettre le faux poudre, ça ?
[00:06:21] Speaker 2: Écoutez, moi, je vous dirais que c'est comme l'attitude et la tenue de Grégory Bovino. L'objectif, c'est quoi ? C'est de faire peur. Et ça me rappelle ce qui s'était passé à la frontière sud des Etats-Unis au moment du premier mandat de Donald Trump. Si vous vous souvenez, on séparait les familles. On prenait les parents d'un côté, les enfants de l'autre, y compris des nouveaux-nés, dont certains n'ont jamais retrouvé leurs parents. En tout cas, les parents disent qu'ils n'ont jamais retrouvé leurs enfants. Et l'objectif est d'envoyer un message très fort. Évidemment, au potentiel candidat à l'immigration aux Etats-Unis, qui est « ne venez pas ». Et même si vous êtes là depuis 10 ans, 20 ans, même si vous êtes en situation régulière, nous viendrons vous chercher. Et pour porter ce message, on a des personnages comme celui-ci. On le voit avec ce grand manteau qui rappelle tout à fait des images qu'on a pu voir durant la Deuxième Guerre mondiale. On est très clairement dans une communication brutale. C'est-à-dire que les agents de ICE, on les voit sur ces photos. Regardez les masques à gaz, les fusils d'assaut. Ils sont masqués. Ils viennent, ils prennent les gens dans la rue. L'objectif, très clairement, est de créer un climat de tension, voire de terreur, pour asseoir cette politique d'immigration dont je rappellerai quand même que Donald Trump a été élu dessus. Il ne prend personne à revers. Il avait dit qu'il ferait déporter 10 millions d'immigrants illégaux. Et c'est ce qu'il fait. Or, quand on regarde les enquêtes d'opinion, évidemment, suite à la mort d'Expreti, on ne les a pas encore. Mais on a celle qui date de... Après la mort de René Goode, il y avait encore plus de 80% des Républicains qui étaient en faveur de la politique d'immigration de Trump. On parle bien souvent d'une sorte d'effondrement de sa popularité. Mais Donald Trump, aujourd'hui, il est en moyenne, si on prend les sondages, à une quarantaine de pourcents de cotes de popularité. Ce qui est en moyenne, là aussi, un point de plus à peu près que Joe Biden à la même époque. Joe Biden qui n'avait pas eu des politiques presque aussi extrêmes ou aussi violentes que Donald Trump. Et donc, ce dont on se rend compte, c'est qu'il y a encore une grosse partie de la population américaine qui, finalement, suit. Donc, est-ce que c'est un moment de bascule ? C'est une question, mais ce n'est pas certain.
[00:08:25] Speaker 1: C'est la question qui est posée ou plutôt affirmée, même à la une du Washington Post, qui parle de « turning point », la mort de ce jeune homme, Alex Préti. Il faut dire quand même qu'il y a des présidents, d'anciens présidents démocrates, certes, mais qui sont sortis de leur réserve. Barack Obama, Bill Clinton, également, pour rappeler les Américains. Mais il y a aussi Tim Walz qui s'est exprimé longuement ces dernières heures. Le point de bascule, on n'y est pas encore. Peut-être, ce serait possible, ça ?
[00:08:56] Speaker 2: Alors, je pense qu'on va le voir dans les jours à venir. C'est-à-dire qu'à ce stade, il faut rappeler que René Goud, donc cette mère de famille américaine, a été abattue de sang-froid au volant de son SUV et que, finalement, l'Amérique n'a pas bougé. Il n'y a pas eu de manifestation de centaines de milliers de personnes à New York, à Washington, sur le mall.
[00:09:12] Speaker 1: Ici non plus, il y avait un millier de manifestants à Minneapolis hier.
[00:09:15] Speaker 2: Minneapolis hier, mille. Pas beaucoup, alors il fait très très froid. Il y a eu un grand mouvement qui était environ, selon les sources, entre 20 et 50 000 personnes qui se sont mobilisées. Il y a eu une sorte de mouvement de grève générale. Mais tout ça est très circonscrit à Minneapolis. Et le fait est que, est-ce que l'appel, par exemple, de Barack Obama, de Tim Walz aussi, le gouverneur de l'État qui était le colissier de Kamala Harris et qui appelle là aussi à ce que les Américains se mobilisent et bougent, va être entendu ? C'est une vraie question. C'est-à-dire qu'un point de bascule, j'en sais rien. En tout cas, c'est un moment où... La question de la réponse de la société civile américaine se pose et qu'on la verra dans la rue ou dans les réactions publiques dans les jours qui viennent. Mon pari est que, malheureusement, étant donné les résultats de sondages que je viens de vous donner, à savoir un soutien malgré tout à Trump, on voit que, que ce soit Tim Walz, par exemple, qui a donc été défait à la présidentielle comme colissier de Kamala Harris, il parle beaucoup à ses propres troupes. Barack Obama aussi. On n'a pas vu d'autres présidents américains comme, par exemple, George W. Bush, qui est un conservateur traditionnel, aurait pu sortir du bois à cette occasion. Il ne l'a pas fait. Donc, est-ce qu'il y aura réellement un mouvement ou pas ? Il y a une chose qu'on peut dire, c'est que les températures polaires qu'il y a aujourd'hui aux Etats-Unis, que ce soit à New York ou ailleurs, vont évidemment avoir un impact. C'est-à-dire que ça, ça peut aider l'administration Trump, dans la mesure où il est plus difficile de manifester par moins 20 que par 10 ou 15.
[00:10:39] Speaker 1: Et oui, parce que ça, on vous l'a raconté dans nos éditions, le nord-est des Etats-Unis et Minneapolis est juste à la frontière, à la limite. Il est en train de vivre une tempête hors norme depuis des décennies. On n'avait pas vu ça, de la neige, du froid, des coupures de courant. Effectivement, ça pourrait jouer contre ses détracteurs. Merci beaucoup, James Henry, d'être revenu sur cet épisode qui est évidemment et qui restera à la une.
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