[00:00:00] Speaker 1: « Ice out .
[00:00:03] Speaker 2: Ice out . » Ice dehors exige ses habitants de Minneapolis. Le froid glacial n'a pas découragé les manifestants opposés aux raids brutaux de la police de l'immigration.
[00:00:14] Speaker 1: « Les enfants sont pris de nos écoles, aux arrêts de bus, dans leurs maisons, dans leurs classes. Ils ne sont pas en sécurité à l'école. On a dû enfermer certaines, car les enfants sont menacés par le gouvernement fédéral.
[00:00:31] Speaker 2: » Dans les esprits, Liam Conejo Ramos, un garçon de 5 ans détenu par Ice depuis mardi. Cette photo, devenue virale, montre l'enfant coiffé d'un bonnet à oreilles de lapin et entouré d'une silhouette noire. Face à l'indignation, le chef de Ice apporte une justification bien maladroite. Il se trouve avec son père, lui aussi arrêté.
[00:00:52] Speaker 3: « Ils ne sont pas séparés. Cet enfant est dans la configuration la moins restrictive.
[00:00:57] Speaker 2: » À l'agent de Ice, le 7 janvier, des manifestations se déroulent tous les jours à Minneapolis. Et les critiques contre la police de l'immigration dépassent à présent les frontières.
[00:01:10] Speaker 4: « Le chef de l'ONU pour les droits de l'homme déclare que de nombreuses politiques migratoires appliquées aux États-Unis débouchent sur des arrestations et des détentions arbitraires et illégales et sur des expulsions erronées.
[00:01:23] Speaker 2: » À Minneapolis, des commerces et restaurants sont restés fermés toute la journée en soutien au mouvement. Le Minnesota a déposé un recours en justice pour mettre fin à l'opération de Ice.
[00:01:36] Speaker 5: Il doit être examiné ce lundi. À Minneapolis, bien que l'on voit que ça s'égrène partout dans le pays, ce mouvement de Minneapolis ne s'essouffle pas, qu'importe le froid, on l'a vu, qui s'abat sur le pays. Comment vous analysez-vous ce rapport de force qui s'installe entre ces manifestants et cette police anti-immigration ?
[00:02:15] Speaker 6: Oui, alors le mot d'ordre en ce moment aux États-Unis de ces activistes anti-Ice, c'est « Vous avez les armes, nous avons des sifflets. » Alors pourquoi ? Parce que ces activistes disent que c'est un mouvement de force. C'est un mouvement de force. Ils distribuent des sifflets un peu partout dans les quartiers où ils travaillent aux habitants pour pouvoir prévenir d'éventuelles descentes d'Ice, des arrestations d'Ice. Alors un coup de sifflet, c'est « Il y a Ice dans le quartier ». Trois coups, c'est « Il y a des arrestations ». Alors moi, ce que je veux vraiment souligner, là, c'est à quel point ce mouvement, il est non-violent. Alors on le voit bien, non seulement ils utilisent des sifflets, mais en plus, ils sortent dans la rue avec des ressentis de moins 40 en ce moment. C'est un mouvement qui est profondément non-violent, qui s'oppose à cette police Ice, qui démantèle, qui déconstruit des quartiers entiers aux Etats-Unis. Les gens en ont vraiment peur, mais la réponse en face, elle est finalement assez douce. Ce sont des manifestations et ce sont des oppositions qui sont non-violentes.
[00:03:20] Speaker 5: Alors que face à eux, on a là un niveau de violence physique perpétré par la police de l'immigration. Qui est de l'ordre du jamais vu aux Etats-Unis dans l'actualité récente. On a l'impression, enfin, ce n'est pas qu'une impression, que cette police avance en toute impunité ?
[00:03:39] Speaker 6: Oui et non. C'est-à-dire que cette police, elle a existé, elle existe depuis très longtemps aux Etats-Unis. Il faut savoir qu'elle a été vraiment bureaucratisée et on lui a donné beaucoup de force sous Barack Obama. Barack Obama est vraiment la personne qui a institutionnalisé, et puis il faut rappeler que Barack Obama a déporté, expulsé beaucoup plus de sans-papiers finalement que Trump, même sous ses deux termes en fait, même sous ses deux mandats. Donc c'est une violence vraiment qui est énorme, une violence physique, une violence psychologique. Et moi je crois que...
[00:04:14] Speaker 5: Mais elle est visible, on ne la voyait pas autant en tout cas, c'est peut-être ça qui a bougé.
[00:04:18] Speaker 6: C'est sans phare. C'est-à-dire que maintenant, elle fait partie des médias, on la voit sur toutes les chaînes. Et puis il faut bien dire que Donald Trump... J.D. Vance aussi encourage un peu à cette violence, c'est-à-dire ne la condamne pas.
[00:04:31] Speaker 5: Je vais expliquer, je me parie tout de suite d'ailleurs d'un influent conseiller de la Maison-Blanche, Stéphane Miller, qui a dit « Agendaïs, vous avez l'immunité pour remplir votre mission ».
[00:04:39] Speaker 6: C'est ça. Et donc cette violence, on mesure très mal les conséquences à long et à court terme. On vient de parler du petit enfant de 5 ans, Liam Ramos. Liam Ramos, c'est un habitant des Etats-Unis qui a 5 ans. Il sait déjà qu'il peut être la cible de son propre pays, de son propre État. Alors ça, bien sûr, on imagine les conséquences psychologiques, mais ça va aussi avoir des conséquences politiques sur le court et sur le long terme. Je veux dire, cette détresse psychologique, elle sera mobilisable par des organisations peut-être violentes, on ne sait pas. Mais elle sera aussi peut-être mobilisable par des organisations de justice sociale, de justice civique. Donc on ne sait pas vraiment quelles vont être les conséquences. On ne sait pas vraiment quelles vont être les conséquences de cette violence. En tout cas, il y en aura, et il y en aura très certainement sur le long terme aux Etats-Unis.
[00:05:33] Speaker 5: On a pu entendre dire qu'il y avait eu pas mal de licenciements au sein d'Aïs. Le personnel a été renouvelé. Il y a ce patron d'Aïs, Grégory Bovino, qui était garde-frontière, qui est monté, qui a ravi les échons assez rapidement. Est-ce que Donald Trump, malgré tout, s'est emparé de... Il s'est emparé de cette institution, de cette organisation, pour en faire un bras armé ? On sait qu'on a beaucoup parlé des Proud Boys, qui l'ont servi à une époque. Est-ce que là, aujourd'hui, il est en train d'utiliser ça à son service ?
[00:06:12] Speaker 6: Oui, c'est-à-dire que le but, là, n'est pas tellement, finalement, d'arrêter des gens qui sont sans papier. On voit que, finalement, les expulsions sous le mandat de Trump, elles ne sont pas aussi hautes, comme je le rappelais au début de l'interview, que sous Obama. Le but, c'est de créer de la peur. Et ce décret de la peur, vraiment, pour un peu tout le monde, finalement. Créer de la peur pour ces activistes. Alors, en général, des activistes plutôt de gauche, plutôt affiliés avec le parti démocrate. René Goud en est un exemple. Cette mère qui a été assassinée parce qu'elle s'opposait, là encore, de manière non-violente à Aïs. Donc, tout ça crée un sentiment de terreur, un sentiment de peur. Un sentiment d'angoisse qui fait que les gens ont peur de parler et ont aussi peur de manifester. Parce que, là, on le voit, il y a beaucoup de monde. Moi, je crois que si les gens n'avaient pas aussi peur, il y aurait encore plus de monde et dans beaucoup d'autres villes aux Etats-Unis.
[00:07:10] Speaker 5: En même temps, ça pourrait desservir aussi Donald Trump. Parce qu'il y a cette échéance de mi-mandat qui va arriver extrêmement rapidement cet automne. Or, les images sont peut-être en train de le desservir. On voit que le soutien de la population à Aïs est en train... Il est en train de faiblir. Il ne va pas aimer, ça.
[00:07:26] Speaker 6: Oui, alors, bien évidemment. Et c'est même, d'ailleurs, dans les rangs trumpistes. On voit que, chez les trumpistes, ils ont voté, en effet, pour un contrôle plus régulier de l'immigration. Mais ils ne veulent pas qu'on renvoie des enfants innocents dans leur pays ou qu'on arrête des enfants innocents dans leur pays. Le but, c'était de renvoyer les gens qui avaient commis des crimes et qui étaient sans papier. Et ça, une majorité d'Américains, même dans le camp démocrate, d'ailleurs, sont d'accord avec cette mesure-là. Là, on voit que ce n'est pas du tout ce qui se passe. On arrête des enfants. Le petit Liam, là, sort de la maternelle. Donc, on arrête des gens qui sont complètement innocents, des petits-enfants. Et ce n'est pas pour ça que les Américains, même les trumpistes, ont voté.
[00:08:09] Speaker 5: Et qui sont, en plus, potentiellement instrumentalisés pour obtenir les parents. C'est ce qui doit être éclairci dans cette histoire, avec ce petit garçon en particulier. Vous nous parlez de cette réponse pacifique en face des manifestants. Est-ce que, malgré tout, on ne peut pas assister, vous l'évoquiez quand même, à une radicalisation de la société face à des méthodes très, très brutales ?
[00:08:30] Speaker 1: Oui.
[00:08:31] Speaker 6: Alors, ce que l'on peut dire, c'est que, vraiment, l'Amérique activiste se réveille aux États-Unis. Alors, c'est une Amérique qu'on ne voit pas beaucoup sur les écrans de télévision. Et d'ailleurs, tant mieux, parce qu'il faut les protéger. Mais on voit que des gens s'organisent. On voit les démonstrations. Vous savez, on n'est pas dans un pays où on manifeste facilement aux États-Unis. Ce n'est pas la France. On ne descend pas dans la rue pour exprimer. Les opinions politiques, c'est quand même assez rare de voir ce qu'on voit en ce moment. Donc, il y a une Amérique activiste qui se réveille, une Amérique démocrate aussi qui se réveille, une Amérique de gauche, une Amérique qui s'oppose à Donald Trump. Et ça, voilà, ça ne donne pas des nouvelles très positives pour les mi-terme qui vont arriver très prochainement, au mois de novembre, pour Donald Trump.
[00:09:17] Speaker 5: Je vais citer un éditorial du Minnesota Star Tribune qui date de mi-janvier. « Le Minnesota est en état de siège. Cela ne peut pas durer. Les bataillons d'agents fédéraux armés sillonnant les quartiers, les centres commerciaux et les parkings ou se postant près des églises, des mosquées, des écoles, on se croirait en pleine occupation militaire. Est-ce qu'il y a, et est-ce que vous le ressentez puisque vous habitez aux États-Unis, une ambiance de guerre civile qui commence à apparaître ?
[00:09:44] Speaker 6: » Alors, de guerre civile, je ne crois pas. Mais en tout cas, il y a une grande tension. Il y a un grand chaos. Il y a une grande incompréhension. Mais fondamentalement, je crois que la majeure partie des Américains est contre ce que l'on voit en ce moment. Il ne faut pas oublier que les Trumpistes, on les voit beaucoup à la télévision, on les voit beaucoup dans les journaux, bien évidemment. Mais ils représentent finalement 12 à 13 % des Américains. Donc, on a quand même une majorité d'Américains qui est contre ce que l'on voit en ce moment. Ça ne veut pas dire que la réponse à cela, elle est organisée. On voit que le Parti démocrate est assez, finalement, silencieux sur la question. Il y a vraiment deux ailes dans le Parti démocrate. Il y a cette aile un peu centriste, disons, l'aile de Joe Biden, Kamala Harris, qui, elle, veut réformer ICE, qui veut plus de formation, plus d'entraînement, des formations de sensibilisation des policiers. Puis, on a une aile de gauche, alors que Zohran Mamdani, par exemple, le maire de New York, représente un peu, mais pas que Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez, qui, eux, déplacent le débat sur le terrain politique. Eux, ils nous disent, il faut démanteler ICE. Il faut arrêter cette police. Il y a des tribunaux d'immigration aux États-Unis, des tribunaux, d'ailleurs, qui fonctionnent relativement bien. Et il y a donc tout un système aux États-Unis qui est là pour expulser les gens, si on doit les expulser, et puis pour leur donner des autorisations de séjour, s'ils peuvent rester. Donc, cette police, vraiment, on voit qu'elle crée. Il y a beaucoup de peur. Mais, en fait, au niveau des expulsions, on voit que ça fonctionne, finalement, moyennement.
[00:11:29] Speaker 5: Cette résistance, elle se fait sur le terrain, enfin, sur le terrain avec ses mobilisations, sur le terrain judiciaire aussi. C'est un contre-pouvoir qui fonctionne bien depuis plusieurs mois, depuis l'arrivée de Donald Trump à la présidence.
[00:11:41] Speaker 6: C'est vrai, mais le terrain judiciaire, il est très long aux États-Unis. Vous le savez, les tribunaux sont engorgés. Dès qu'il y a une petite décision à prendre, il faut quand même, bien le dire, ça prend des mois. Là, on voit que cette semaine ou dans les prochaines semaines, la Cour suprême devrait finalement donner son avis, son opinion sur les fameux tarifs douaniers. Bon, ça fait six mois qu'ils sont déjà en place. Donc, ça prend beaucoup de temps.
[00:12:05] Speaker 5: Dans le Minnesota, il y a des décisions de justice qui ont été prises très, très concrètes. Oui. Notamment, vous n'avez plus le droit d'utiliser du poivre. Enfin, voilà, il y a quand même des mesures qui peuvent être prises immédiatement.
[00:12:16] Speaker 6: Oui, alors, quelquefois, ça marche et quelquefois, ça ne marche pas. Eh bien, alors, le pouvoir judiciaire, il y a des contre-pouvoirs. Il y a le pouvoir judiciaire, il y a le parti d'opposition qui se réveille tout doucement. On voit aussi quand même les médias qui commencent à se réveiller. C'est-à-dire, c'est des médias qui veulent ne pas trop dire du mal de Trump car il est le président. Et puis, on sait à quel point il a été assez nocif pour le monde médiatique et le monde des journalistes aux États-Unis. Mais même les médias se réveillent. C'est-à-dire que même dans des médias mainstream comme CNN, comme MSNBC, des médias qui sont en général plutôt modérés, surtout CNN, on voit qu'on commence à parler que ces choses-là ne devraient pas arriver dans une démocratie comme les États-Unis.
[00:13:00] Speaker 5: Le Minnesota fait partie de ces zones sanctuaires qui limitent la coopération des forces de l'ordre locales avec ICE. Qu'est-ce qui se passe dans le Minnesota ? Qu'est-ce qui se passe avec Minneapolis ? On peut parler de George Floyd, on peut parler de ces élus démocrates du Minnesota qui ont été abattus l'été dernier. Quel est l'étincelle à lui ?
[00:13:20] Speaker 6: Le Minnesota, c'est un État très important aux États-Unis et c'est un État qui concentre finalement toutes les inégalités et toutes les tensions de l'Amérique. Plus que les grandes villes d'ailleurs, plus que New York, plus que Los Angeles, Atlanta, etc. On a dans cet État une tension entre les démocrates et les républicains. C'est un État Minneapolis, Saint-Paul où les démocrates sont très populaires. C'est une grande ville. Et puis, c'est entouré de zones rurales. Ils sont finalement très pro-républicaines. Dans ces centres urbains, les démocrates sont très populaires. Et on a aussi une diversité qui est absolument incroyable aux États-Unis dans cette ville. C'est une ville où la diversité raciale est très importante. Mais c'est une ville aussi où la diversité des pays d'origine est très importante. Il y a une communauté somalienne qui est très représentée à Minneapolis. Et c'est cette communauté qu'a choisie Donald. Trump pour, il faut bien le dire, déverser une forme d'haine xénophobe. Il a quand même employé des mots qui sont insupportables pour beaucoup de gens. Il a traité les Somaliens d'ordures, de déchets. Donc, c'est cette communauté qui est très facile à attaquer. C'est ce que Donald Trump a choisi pour ce processus de stigmatisation qu'il utilise lorsqu'il ne peut plus parler de l'économie et de son bilan qui est assez tragique finalement.
[00:14:51] Speaker 5: Il a évoqué, pour passer un cliquet, il a menacé d'invoquer l'Insurrection Act, cette loi qui permet l'usage de forces armées sur le sol américain. Ce serait effectivement un cliquet que de convoquer cette loi-là.
[00:15:07] Speaker 6: Oui, et pourtant il ne l'a pas fait, pourtant il ne le fait pas, car on voit bien que ce n'est pas une insurrection. Tout est dans la définition de ce fameux mot insurrection. On en a déjà parlé beaucoup de fois sur ces plateaux. Lorsqu'il y a eu les manifestations de Los Angeles très récemment, ou les manifestations d'ailleurs de New York, il avait aussi déployé cette garde nationale. Beaucoup de tribunaux avaient dit très clairement que ce n'est pas légal. Tout est dans la définition de insurrection. Et là, on voit tous les experts constitutionnalistes s'accordent là-dessus. Nous ne sommes pas dans un niveau d'insurrection. Il faut rappeler aussi que Donald Trump a une vendetta un peu personnelle contre Tim Walz. Tim Walz qui était le colistier de Kamala Harris à la présidentielle et qui est le gouverneur et qui a décidé d'ailleurs de ne pas se représenter pour un nouveau terme en disant la politique américaine est devenue beaucoup trop violente pour moi.
[00:16:07] Speaker 5: Tristan Cabello, je vous remercie beaucoup d'avoir livré vos réflexions sur ce qui est en train de se dérouler aux Etats-Unis, à Minneapolis. On continue de suivre cela bien évidemment.
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