[00:00:00] Speaker 1: Une nouvelle journée est en train de démarrer aux Etats-Unis. La côte est se réveille comme une partie de la ville de Minneapolis où les regards vont probablement rester braqués aujourd'hui encore. Le climat sera-t-il plus apaisé que ce week-end ? Rien n'est moins sûr après la mort d'un deuxième manifestant américain sous les balles de l'Aïs. Une vague d'indignation s'exprime contre la présence et les méthodes employées par la police de l'immigration. Ces agents tant redoutés désormais. Bonjour Ludivine Gilly et merci d'être avec nous. Vous êtes directrice de l'Observatoire Amérique du Nord de la Fondation Jean Jaurès, auteur notamment de la révolution conservatrice aux Etats-Unis, de l'avortement au droit de vote, la démocratie pervertie. Avant d'aller plus loin, j'aimerais qu'on revienne sur ce dernier événement qui fait qu'on reparle une fois encore de l'Aïs. La disparition de René Goud, ça c'était au début du mois. Puis Alex Pretty ce week-end, cet infirmier américain qui a fait les frais des méthodes controversées de la police, de l'immigration. L'homme a été abattu alors qu'il ne semblait représenter aucune menace. On va regarder de nouveau cette séquence extrêmement violente qu'on débriefera évidemment juste après ensemble. Regardez.
[00:01:07] Speaker 2: Voilà, on a décidé volontairement de commencer par cette séquence, je prévenais en introduction, image extrêmement violente, filmée par des témoins de la scène, a priori une femme qui manifestait comme Alex Pretty avec un téléphone.
[00:01:47] Speaker 1: On a décidé de commencer par cette séquence, je prévenais en introduction, image extrêmement violente, filmée par des témoins de la scène, a priori une femme qui manifestait comme Alex Pretty, avec un téléphone, une caméra, à la main, comme pour témoigner de ce qui pourrait éventuellement leur arriver. Ludivine Gilly, vous me disiez, ce n'est pas l'Aïs là dans ce cas-ci qui a tué cet homme, mais la police des frontières.
[00:02:13] Speaker 3: Oui, on voit dans les opérations coup de poing qui sont menées par l'administration Trump depuis un an, l'Aïs qui a focalisé tous les regards, mais il y a aussi la police des frontières qui en fait compte deux fois plus de membres que l'Aïs aux Etats-Unis, c'est à peu près 45 000 personnes, l'Aïs aujourd'hui ce sera à peu près 22 000, mais les deux sont les bras armés de la même politique et dans la mesure où ce sont des personnes qui assez souvent sont mal identifiées, sont masquées, il est assez facile de confondre les deux. En l'occurrence, René Goud aurait été tué par l'Aïs et Alex Pretty en revanche par CBP, Customs and Border Patrol, la police des frontières. Ce sont deux groupes qui poursuivent les mêmes buts aujourd'hui ? Oui, ce sont deux agences qui appartiennent toutes les deux à DHS, Homeland Security, qui est le ministère de l'intérieur et qui sont des modes d'application de la politique anti-immigration de l'administration Trump.
[00:03:15] Speaker 1: Rappelons le contexte de ce qu'on vient de voir, les images d'un homme, parce qu'on a des témoins qui ont filmé les séquences avant, un homme qui a a priori essayé de perturber, de troubler l'intervention de cette police des frontières, avec un sifflet et un téléphone en guise de caméra à la main. Donald Trump a dit, et les autorités fédérales ont dit, il était armé, bon ça, il en a le droit aux Etats-Unis, mais à aucun moment il a brandi son arme. Qu'est-ce qu'elles vous inspirent, vous, ces images ? Qu'est-ce que ça vous dit en premier lieu ? Vous voyez quoi, la violence, l'extrême brutalité de ces hommes quand ils interviennent ?
[00:03:48] Speaker 3: Oui, deux choses, la violence, c'est extrêmement choquant, extrêmement troublant, et l'arbitraire. Les manifestants, face aux mesures anti-immigration de l'administration de Trump, répètent assez régulièrement, nous avons des sifflets, ils ont des armes à feu. Et là, on voit la différence. On a un mort, et de l'autre côté, on n'a pas de blessé, sachant qu'on l'a vu sur les images, Alex Prétty qui se fait tirer dessus, et au sol, il y a 7 ou 8 personnes qui sont sur lui, au moment où il se fait tirer dessus, quel danger représente-t-il ? Donc on voit la violence exercée par les forces de l'ordre contre quelqu'un qui ne représente absolument aucune menace. Ça traduit le climat qu'il y a aujourd'hui aux États-Unis d'un pouvoir fédéral qui dicte sa loi de manière extrêmement brutale contre des opposants politiques.
[00:04:52] Speaker 1: Parce que c'est de ça dont il est question, l'opposition. – Politique, finalement, en ligne de mire. On va s'intéresser à l'Aïs, dont on parle finalement beaucoup ces dernières semaines. La police de l'immigration créée à l'origine en réponse aux attentats du 11 septembre, elle a été profondément remaniée, sous l'impulsion évidemment des deux mandats de Donald Trump. Ses méthodes se sont durcies aussi, au point que certains de ses détracteurs la comparent aujourd'hui à la Gestapo. On va faire le portrait de cette organisation tout de suite en image avec Marc Peau, regardez.
[00:05:23] Speaker 4: En l'espace de quelques mois, l'Aïs est devenu le centre des tensions qui fracturent les États-Unis. Aïs, la police anti-immigration, est le bras armé de la politique anti-immigrant de Donald Trump depuis son retour au pouvoir. Pour cela, ses agents emploient des méthodes musclées et n'hésitent pas à faire feu, même contre des manifestants. Les morts de René Goudé et d'Alex Préty sont devenus les symboles de la politique sans merci du chef de Aïs, Grégory Bovino.
[00:05:48] Speaker 5: – Nous continuons d'interpeller des dizaines, voire des centaines de ces immigrés clandestins criminels chaque jour. – Et nous allons poursuivre. – Nous allons poursuivre cette mission. Nous n'allons fixer ni date ni calendrier pour y mettre fin. Cette mission se poursuivra tant qu'il restera des immigrés clandestins criminels errants dans les rues de Minneapolis.
[00:06:07] Speaker 4: Leur mission, localiser, arrêter et expulser les sans-papiers aux États-Unis et ceux, quel que soit leur âge, comme l'illustre le cas de Liam Ramos, enfant de 5 ans, arrêté avec son père à la sortie de l'école. La structure a été créée en 2003. Ces policiers fédéraux dépendent directement du ministère de la Sécurité intérieure américaine. Aïs, c'est plus de 20 000 agents répartis dans 400 bureaux à travers le pays. Budget 75 milliards de dollars sur les quatre prochaines années et une campagne massive de recrutement. Objectif, embaucher 10 000 nouveaux agents. Pour cela, Washington n'hésite pas à mettre la main à la poche. Une prime de 50 000 dollars est offerte à la signature pour les nouvelles recrues et une formation express réduite de 13 à 6 semaines pour déployer les nouveaux agents rapidement sur le terrain. Une réduction du temps de la formation qui suscite des craintes sur le marché. Un manque d'entraînement des agents fédéraux.
[00:06:57] Speaker 1: Voilà, beaucoup de choses évidemment à raconter sur ces organisations et aussi sur cette intention politique qu'il faut voir en filigrane, en arrière-plan. Un mot d'abord sur les méthodes utilisées de l'Aïs. Je disais, un mouvement qui a été créé de toutes pièces dans la foulée des attentats du 11 septembre. On est sur deux organisations quand même assez distinctes. Ça a été profondément remanié avec les années.
[00:07:23] Speaker 3: Alors, Aïs... Ça n'a pas complètement été créé de toutes pièces. En fait, l'agence s'est créée en 2003 de la fusion de deux autres agences. Mais effectivement, avec un objectif différent. Avant, c'était contrôler l'immigration et les douanes. En 2003, l'objectif, après le 11 septembre, c'est la sécurité nationale. Donc, l'angle est différent. Et aujourd'hui, on voit qu'on a encore une modification. Dans l'intention qui est derrière la mobilisation de Aïs. Le but qui est affiché, c'est de lutter contre les immigrants. Mais c'est aussi de cataloguer ces personnes immigrées comme des criminels. De faire le lien entre criminalité et immigration. Alors que toutes les études montrent que ça n'est pas le cas. Et ensuite, afficher la volonté. D'expulser tous ces violents criminels.
[00:08:28] Speaker 1: Il y a un durcissement quand même aussi de l'idéologie. Quand on voit les chiffres. Ils ont explosé sous ce second mandat de Donald Trump. En décembre 2025, plus de 65 000 migrants étaient détenus dans le pays. Et 605 000 expulsions répertoriées entre janvier et décembre 2025. Alors, d'une organisation à une autre. Évidemment, les chiffres varient un peu. Mais on note quand même une augmentation des données de 40 ou un peu plus de 40% en général.
[00:09:01] Speaker 3: Donc, plusieurs choses sur ces chiffres. Effectivement, sur les détentions, les chiffres sont publiés de manière régulière depuis janvier de l'année dernière. Comme ils étaient publiés auparavant. Un record de détentions. Ça, c'est clair. Sur les expulsions, là, c'est beaucoup plus flou. L'administration a arrêté. Elle a arrêté assez rapidement de publier les chiffres. Et les chiffres qui ont été publiés dernièrement, les fameux 600 et quelques mille, on ne sait pas trop d'où ils sortent. Ils ne sont pas étayés. Ils ne sont pas argumentés. Et d'autres chiffres du MPI ou de la Brookings, qui ont été calculés par des spécialistes du domaine de l'immigration aux États-Unis, donnent des chiffres plus modérés, autour de 300 000, 400 000. Bon. L'ordre de grandeur, finalement... C'est difficile d'y voir clair. C'est difficile d'y voir clair. En revanche, on voit une chose, c'est que les chiffres sont élevés. Il y a un aspect intéressant sur les revendications de l'administration de Trump. Pourquoi ? Parce que pourquoi mentir sur ce genre de chiffres ? De toute façon, même les chiffres qui ont été affichés ne sont pas au niveau de ce qui avait été promis par Donald Trump. Mais quelque part, peu importent ces chiffres, ce qui est important aujourd'hui, c'est la manière dont les arrestations sont conduites, avec grande brutalité, dont les personnes sont détenues, et toute la symbolique qui entoure les arrestations, les détentions, les expulsions, avec des noms pour les opérations coup de poing, pour les centres de détention qu'il a encore...
[00:10:39] Speaker 1: Avec des hommes qui n'hésitent plus à aller chercher des petits-enfants à l'école maternelle pour aller après attraper un peu mieux, un peu plus facilement les parents. Il y a l'image de ce petit Liam dont la photo a circulé à la une des chaînes américaines. Son histoire est quand même assez... Assez terrifiante.
[00:10:56] Speaker 3: Oui, on a cet événement-là. Et puis, depuis quelques jours, on parle de mandats utilisés par ICE pour aller chercher les personnes chez elles. Or, en principe, aux Etats-Unis, c'est un mandat de juge qui permet d'aller chercher les gens chez eux. Le quatrième amendement est quand même extrêmement précis sur les protections dont bénéficient les personnes qui résident aux Etats-Unis. Ce n'est pas seulement les citoyens, c'est y compris les personnes qui résident. Et il existe des exceptions, mais dans des conditions normales, rien n'autorise, par exemple ICE ou CBP, à s'introduire contre leur volonté chez des gens, a fortiori, chez des citoyens des Etats-Unis auxquels c'est arrivé.
[00:11:45] Speaker 1: Or, on a déjà vu beaucoup d'images de ce genre d'hommes carrément sortis du lit, de femmes et d'enfants, pour être emmenés par ces forces fédérales. Après, on sait ce qui arrive, une fois qu'on a arrêté, on a des chances d'être relâchés, parce qu'on a vu beaucoup d'images détournées sur les réseaux sociaux, certaines faites à partir de l'IA. On a vu notamment des Américains essayer de tourner en dérision ce qui était en train de se passer, en train de se scotcher sur leur front, leur passeport américain. Certes, afro-américain, mais bien de nationalité américaine, parce que c'est de ça dont il est question aujourd'hui. Quand on est d'origine immigrée aux Etats-Unis, c'est un peu la racine, la source, on se sent très vulnérable.
[00:12:24] Speaker 3: Oui. Tout à fait, et en partie du fait de la Cour suprême, puisqu'au mois de septembre dernier, la Cour suprême n'a donné pas une décision sur le fond qui va tenir nécessairement dans la durée, mais la Cour suprême a donné la possibilité de manière temporaire aux forces de l'ordre fédéral de procéder à des arrestations au faciès. Sur simplement l'apparence des personnes concernées, le lieu où elles se situent, le type de métier qu'elles occupent, la Cour suprême dit vous pouvez y aller, étant entendu que si vous vous rendez compte rapidement que vous avez fait une erreur, vous rectifierez cette erreur. Le seul problème dernièrement, c'est qu'on se rend compte que des erreurs sont faites et ne sont pas nécessairement rectifiées rapidement. Il y a le cas d'une personne qui a été arrêtée, qui est originaire du Maryland, qui est née dans le Maryland, qui a passé plusieurs dizaines de jours en détention. En clamant, et a priori son avocat avait fourni de nombreux documents attestant de sa citoyenneté étatsunienne, elle a passé plusieurs dizaines de jours en prison. Elle a été relâchée sous bracelet électronique. Et ça, c'est le cas d'une citoyenne qui a le malheur d'avoir des origines mexicaines.
[00:13:44] Speaker 1: Et on sait combien il y en a dans ce pays, terre d'immigrés. J'aimerais qu'on entende quelques réactions de citoyens de Minneapolis, parce que leur cas est peut-être encore plus criant que dans d'autres villes. Il y a cette opération d'envergure qui est donc menée par plusieurs polices fédérales, dont l'ICE notamment, la police des frontières aussi. On s'en mêle un peu les pinceaux. Il y avait une manifestation hier en soutien et en hommage évidemment à Alex Preti. Cet homme donc abattu samedi. Je vous propose d'écouter ces quelques réactions recueillies, puis on en reparle juste après. C'était un meurtre.
[00:14:20] Speaker 6: Il ne représentait aucune personne. Il ne représentait aucune menace. Il n'attaquait pas l'ICE. Et je pense que le gouvernement ment sur ces actions afin de dissimuler le fait qu'elles sont illégales. Alex ne méritait pas cela, René non plus. Aucune des personnes assassinées par l'ICE ne le méritait. Nous sommes occupés par des meurtriers ignobles. Ils tuent des gens dans les rues, cela doit cesser.
[00:14:42] Speaker 7: Dehors la police de l'immigration. Ils entrent dans nos restaurants, se rendent chez les gens et emmènent des personnes. Nous ne pouvons pas vivre ainsi. Nous sommes en Amérique. Nous sommes censés être libres. Et ils essaient de nous priver de cette liberté.
[00:14:57] Speaker 1: Il y avait déjà eu des morts, des hommes, des femmes qui ont péri sous les balles de l'ICE. En l'occurrence, ce sont deux citoyens américains qui ont été abattus. Ça change la donne, ça, aux Etats-Unis ?
[00:15:08] Speaker 3: Oui, ça change la donne. Et ce sont deux citoyens états-uniens blancs. Ça change aussi les choses. On voit que le contexte change ces derniers temps. Et le fait que ce soit deux citoyens blancs change aussi les choses. Parce que quelque part, ça met les blancs dans la situation dans laquelle se sont retrouvés pendant de nombreuses années les citoyens états-uniens afro-américains, en particulier les hommes, pour lesquels se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment pouvait déboucher sur une fin tragique. Aujourd'hui, finalement, si vous manifestez aux Etats-Unis, vous n'avez pas la certitude. Qu'il va vous arriver malheur. En revanche, vous avez aujourd'hui l'absence de certitude qu'il ne vous arrivera rien, y compris si vous êtes blanc.
[00:15:56] Speaker 1: Une petite différence qui change quand même grandement les choses. C'est ce qu'avait d'ailleurs anticipé la famille d'Alex Pratty, qui avait échangé avec leur fils. Attention, pas de provocation. Et lui avait en plus pris la mesure du risque qu'il courait. Sa disparition a fait sortir de leur réserve deux anciens présidents démocrates, Bill Clinton et Barack Obama. Tous deux qui ont appelé hier les Américains à défendre leurs droits. Défendre leurs valeurs. Une consigne prise au pied de la lettre par les habitants de Minneapolis qui ne décolèrent pas. On va regarder tout de suite ces images. Reportage de Diane Schlinger pour voir un peu cette colère qui est en train de monter là-bas.
[00:16:32] Speaker 8: À l'annonce de la mort d'Alex Pratty, la tension monte immédiatement d'un cran hier à Minneapolis. De toute la ville, des centaines d'habitants affluent pour protester. Avec des slogans rageurs. Aïe, s'enfoirer . Qui résonnent de plus en plus fort. Très vite, la situation dégénère. Tirs de gaz lacrymogènes. Et manifestants qui suffoquent de colère.
[00:16:57] Speaker 9: Je suis énervé. J'ai 70 ans et je suis sacrément énervé.
[00:17:03] Speaker 8: Et 24 heures plus tard, la colère ne faiblit pas. En 15 jours, c'est le deuxième Américain abattu par la police de l'immigration dans un même quartier. Alors ce matin, là où Alex Pratty a été tué, les larmes sont empreintes d'amertume et de fureur.
[00:17:19] Speaker 10: Ils sont en train de tous nous tuer. Personne ne nous aide. Qui est de notre côté maintenant ?
[00:17:28] Speaker 8: Mais cela ne fait que renforcer leur détermination à agir, à se battre, quoi qu'il en coûte.
[00:17:35] Speaker 11: On se lève, on se tient debout ensemble. Et je n'irai nulle part, même si ça veut dire qu'ils me tueront peut-être. Je ne suis pas effrayée, ça m'encourage d'autant plus. Et je compte faire encore plus de manifestations. N'importe où, je peux aller et montrer que je ne suis pas d'accord.
[00:17:50] Speaker 8: Les autorités locales appellent au calme. Mais selon le gouverneur démocrate du Minnesota, la situation risque de dégénérer rapidement si ICE ne quitte pas la ville.
[00:18:00] Speaker 12: Donald Trump, je vous demande une fois de plus de retirer ces forces du Minnesota. Elles sèment le chaos et la violence.
[00:18:08] Speaker 8: Donald Trump, lui, accuse les démocrates de pousser les habitants à l'insurrection. Deux versions sur les faits, mais aussi deux visions de l'Amérique qui se déroule. Deux visions de l'Amérique qui s'affronte avec le risque d'escalade.
[00:18:21] Speaker 1: On a regardé la presse américaine ce matin. Washington Post titrait « Kevin Pritchett, the turning point ». Le tournant, cette disparition, cette mort brutale pourrait constituer un point de bascule au sein de la société américaine. Alors que certains parlent déjà de risque d'embrassement, où on n'y est pas du tout. Parce que je tenais quand même à relativiser les images de manifestations qu'on vient de voir. Seulement un millier de manifestants à Minneapolis, qui est loin d'être un embrassement aujourd'hui.
[00:18:48] Speaker 3: Oui, c'est là que c'est difficile de faire la part des choses. Au niveau de l'opinion aux États-Unis, depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, il est clair qu'il est arrivé au pouvoir, il a très vite fait basculer une majorité de la population contre lui. Et sur toutes les mesures qu'il m'a mises en place, il a fait basculer une majorité de la population contre lui. Et sur toutes les mesures qu'il m'a mises en place, il a fait basculer une majorité de la population contre lui. Il est sous l'eau, comme on dit. C'est-à-dire que la majorité de la population est opposée à ce qu'il met en œuvre. Il est sous l'eau, comme on dit. C'est-à-dire que la majorité de la population est opposée à ce qu'il met en œuvre. Il est sous l'eau, comme on dit. C'est-à-dire que la majorité de la population est opposée à ce qu'il met en œuvre. C'est-à-dire que la majorité de la population est opposée à ce qu'il met en œuvre. C'est-à-dire que la majorité de la population est opposée à ce qu'il met en œuvre. Mais ça, ça ne veut pas dire qu'il ne bénéficie pas d'un soutien extrêmement fort au sein de sa base, d'une part, et que d'autre part, les gens qui se disent opposés à lui sont remontés comme des pendules. Les démocrates le sont. On a quand même eu 7 millions de personnes dans les rues le 18 octobre, lors de la dernière grande journée de manifestation. Donc ça traduit une mobilisation de ses opposants. Mais il est important de souligner que les Républicains sont derrière lui.
[00:19:50] Speaker 1: Je lisais ce chiffre, je ne sais pas ce qu'il vaut. 84% des électeurs républicains continuent de soutenir l'Aïs, selon une enquête de l'Institut de sondage Kini-Piak. 84%, c'est énorme .
[00:20:01] Speaker 3: C'est les sondages qu'on voit. Je les suis avec attention, notamment ceux qui donnent la position des Républicains sur toute une série de sujets. Et on voit que Donald Trump a perdu la confiance d'une partie des Républicains, mais une partie seulement sur les questions économiques. Et on reste à à peu près 70% de taux de soutien, y compris sur l'inflation. C'est son plus faible score. Sur les questions migratoires, les Républicains sont 100% quasiment. C'est entre 85% et 90% derrière lui.
[00:20:33] Speaker 1: Et en même temps, ça paraît logique. Il avait promis ça dans son programme.
[00:20:36] Speaker 3: Il ne fait qu'appliquer ce qu'il avait dit, Donald Trump. Alors, il avait promis d'expulser les violents criminels. On pourrait argumenter que ça n'est pas exactement ce qu'il fait, parce qu'en fait, il arrête beaucoup de monde, il détient beaucoup de monde, et il n'expulse pas nécessairement que de violents criminels loin de là. En revanche, le discours qu'il tient est tout à fait cohérent avec le discours qu'il tenait l'année dernière. Et il continue de dire que ce qu'il fait, c'est arrêter de violents criminels, et que ce qu'il fait, c'est d'expulser de violents criminels, même si ce n'est pas le cas.
[00:21:06] Speaker 1: Ce qu'il faut regarder peut-être aussi, ce sont ses réactions. Au sein de ces soutiens qui commencent à s'interroger, je lisais notamment Joe Rogan, qui est un célèbre podcasteur partisan revendiqué de Donald Trump, et qui est suivi par des millions d'Américains. On va devenir la Gestapo, s'insurge-t-il, à l'heure où Greg Bovino, qu'on avait aperçu tout à l'heure, qui est le chef des gardes-frontières américains, est finalement devenu le symbole de cette lutte acharnée contre l'immigration clandestine. On a des images de lui. C'est la partie des critiques qui lui sont faites, habillée comme en uniforme SS, l'enlevant en tenue militaire. On voit derrière vous, avec ce manteau qui est non sans rappeler la période de la Seconde Guerre mondiale, la période nazie. On est sur une possible dérive autoritaire, là, aujourd'hui ? C'est la question qui est lancée, finalement.
[00:21:59] Speaker 3: On est clairement, aujourd'hui, dans une dérive autoritaire. Quand on regarde les méthodes arbitraires qui sont utilisées par ICE, en particulier, quand on regarde, dans d'autres domaines également, les suppressions arbitraires de fonds fédéraux aux Etats démocrates, les procédures judiciaires qui sont lancées par un ministère de la Justice supposé être indépendant du président contre les opposants au président, Lisa Cook, une des gouverneurs de la Banque fédérale, Jérôme Powell, mais aussi Adam Schiff, sénateur démocrate, Betty Shedjames, procureure de l'État de New York. Donc, sur de nombreux aspects, on est clairement, aujourd'hui, dans une dérive autoritaire aux Etats-Unis.
[00:22:46] Speaker 1: Après la mort de René Goud, il y a justement six procureurs qui ont posé leur démission en raison d'ingérence politique. C'est ce qu'ils ont dit. Ils ont exprimé leur désaccord avec les instructions qui leur avaient été données par les autorités fédérales, qui les auraient incitées à privilégier la thèse de la légitime défense. C'est évidemment l'argument qui est mis en avant après chaque bavure, on va dire comme ça. La justice, elle est forcément... Biésée, là, dans le contexte qu'on vient de rappeler ?
[00:23:10] Speaker 3: Alors, elle n'est pas forcément biaisée, mais aujourd'hui, on constate qu'elle l'est extrêmement souvent et qu'elle est instrumentalisée. En l'occurrence, après le meurtre de René Goud, le FBI avait ouvert une enquête. Alors, le FBI, aux Etats-Unis, c'est une agence, mais elle dépend du ministère de la Justice. L'enquête ouverte par le FBI a été clôturée. Et parallèlement, le ministère de la Justice a mandaté une enquête contre l'épouse de René Goud. Donc, les victimes deviennent des coupables ou en tout cas sont suspectées d'être des coupables. Si cela n'est pas une instrumentalisation de la justice, je ne sais pas ce que c'est. Ça dissuade d'aller plus loin, ce genre de manœuvre, finalement ? C'est l'intention, en tout cas, manifestement. Les méthodes violentes sur le plan physique, violentes sur le plan symbolique, visent à terroriser et à intimider. Ça, c'est clair.
[00:24:04] Speaker 1: Est-ce que la réponse pourrait venir, finalement, des politiques, des parlementaires et des sénateurs ? Des sénateurs démocrates qui menacent de bloquer le budget, ce même budget qui est censé financer cette police de l'immigration ?
[00:24:16] Speaker 3: Tout seuls, les démocrates n'ont pas le pouvoir de bloquer le budget, puisqu'ils sont en minorité. Ils ont 47 sièges, les républicains en ont 53. Il faut qu'ils aillent chercher quelques républicains sceptiques. On sait qu'il y en a. On sait qu'il y en a. Le problème, c'est que depuis le mois de janvier 2025, il s'est toujours trouvé des républicains à la Chambre ou au Sénat, en particulier au Sénat, pour s'opposer à la politique de Donald Trump sur tel ou tel sujet, mais jamais suffisamment en même temps sur les mêmes sujets. Et donc là, la question qui se pose, c'est va-t-on enfin en trouver quelques-uns qui s'opposent en même temps à Donald Trump sur le même sujet ?
[00:24:54] Speaker 1: Après la mort de deux Américains blancs, qui plus est, ça vous le notiez en début d'intervention, ce qui change peut-être la donne. Merci beaucoup, Ludivine Gilly, d'avoir été l'invité de l'Info du jour. On va évidemment continuer à dérouler le fil. Noël qui arrive, puis dans le Club France 24, on vous donne rendez-vous dans quelques instants. A tout de suite.
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