[00:00:00] Speaker 1: Il fut le grand absent de la Coupe d'Afrique des Nations que son pays a brillamment organisé. Mohamed VI n'est apparu à aucun moment durant la compétition. C'est son fils aîné, Mouleh Hassan, qui s'est affiché au plus près du public et des joueurs. Alors, quelles sont les raisons de cette absence royale ? Où est passé le roi ? J'ai de 62 ans, comment se porte-t-il ? Mohamed VI fait l'objet d'un nouveau livre et c'est vous Thierry Auberlet qui en êtes l'auteur. Bonjour à vous. Bonjour. Vous retracez l'enfance du roi dans l'ombre immense et parfois écrasante de son père Hassan II. L'éloignement aussi douloureux de sa mère, ses amitiés de jeunesse, notamment avec Mohamed Ben Zayed, l'actuel dirigeant des Émirats. Son ascension au pouvoir, son règne, ses longues absences aussi, son style vestimentaire que vous décrivez comme parfois excentrique, déjanté. Ses liens aussi fluctuants avec la France. Une enquête fouillée, assez équilibrée et documentée. Ça donne donc Mohamed VI, le mystère aux éditions Flammarion. Soyez le bienvenu. Mohamed VI. Mohamed VI, le roi mystère, le roi des contradictions aussi. Il n'a jamais accordé d'interview à un média télé à l'étranger. Mais il s'affiche sur les réseaux sociaux. Il est friand de selfies, c'est ce que vous dites dans le livre. Un roi considéré comme très riche, lui qu'ont surnommé le roi des pauvres au début de son règne. Un roi que vous dites éloigné aussi des grandes réunions internationales mais qui a réussi à organiser cette Coupe d'Afrique des Nations, que l'on dit très réussie. Et qui organisera avec l'Espagne et le Portugal la Coupe du monde. Au niveau du football, est-ce que vous avez réussi, vous, à percer le mystère de ce roi ?
[00:01:32] Speaker 2: J'ai essayé de le percer mais je pense qu'il y aura toujours une part d'ombre. En tout cas, elle va rester longtemps. Son absence sur la canne, elle est symptomatique de sa façon d'être, d'apparaître et de disparaître. Le roi, en fait, est réapparu il y a quelques jours à Casablanca. Il était passé sous les portes. Il était passé sous les portes. Il était passé sous les radars pendant trois mois sans que l'on sache où il était officiellement. On sait qu'il avait fait des séjours à Paris, à Dubaï, au Caire aussi. Et c'est sa façon de régner avec une présence, une absence, des impulsions et aussi des mises en retrait.
[00:02:22] Speaker 1: Et c'est vrai que quand on pense au roi, aujourd'hui, on pense à son état de santé. Son médecin particulier. Son médecin particulier, je crois que c'était pendant la Coupe d'Afrique des Nations, a dit que le médecin souffrait d'un mal de dos. Ce sont les seuls éléments factuels dont on dispose.
[00:02:35] Speaker 2: Il y a eu un communiqué dans ce sens. On sait que le roi a des problèmes de santé depuis une bonne dizaine d'années qui se traduit, qui se voient. Je pense que ces sujets aussi en sont conscients. Il a perdu plusieurs dizaines de kilos. Il est très amaigri, vieilli. C'est plus le roi Samageski, comme on le surnommait, parce qu'il était un amateur de jet-ski. Donc cette maladie fait penser à une fin de règne. D'autant plus que son fils est de plus en plus présent, du moins à l'image.
[00:03:17] Speaker 1: On va en parler, mais vous dites que c'est fidèle en son conscient. C'est sujet. Pardon, c'est sujet en son conscient. Mais ça reste un tabou au Maroc. On ne parle pas de l'état de santé du prince.
[00:03:27] Speaker 2: Ce n'est pas le seul pays au monde où la santé du chef de l'État est un secret d'État. Au Maroc, il est particulièrement bien gardé. Il y a peu de choses qui filtrent. C'est très mouvant de s'aventurer sur ce sujet.
[00:03:46] Speaker 1: On a vu son fils, durant la Coupe d'Afrique des Nations, sur les gradins, dans le stade, au plus près des joueurs. Est-ce que cette mise en avant a été voulue, selon vous, par le palais ? Vous dites que le processus préparant le prince à gouverner avant sa grand-pa, il est presque arrivé à son terme. Ça veut dire que l'on prépare la succession. Vous parlez plutôt de transmission.
[00:04:09] Speaker 2: Oui, c'est une transmission. Elle a déjà commencé il y a plusieurs années avec l'éducation du fils qui est préparé pour régner. Depuis que son père a des problèmes de santé. Le phénomène s'est un peu accéléré. Actuellement, il est étudiant.
[00:04:30] Speaker 1: Il a 22 ans.
[00:04:31] Speaker 2: Il a 22 ans. Il est très proche de sa mère. On l'a vu beaucoup au stade. Mais curieusement, lorsqu'il était avec sa mère, on ne le voyait pas trop à l'image. Sa mère a eu un divorce qui a été un peu compliqué. Avec un médecin, oui. Ça fait partie de... des petits secrets du royaume.
[00:04:55] Speaker 1: Tout le monde a salué, pour terminer sur la Coupe d'Afrique des Nations, cette très bonne organisation dans ces stades flambant neufs, ces très bonnes autoroutes, ces hôtels. Ça, c'est la réussite de Mohamed VI ? Oui, tout à fait.
[00:05:08] Speaker 2: Cette canne a été un peu un ballon d'essai de la future Coupe du monde. C'est une occasion pour le royaume de démontrer qu'il est en capacité maintenant d'organiser des grands événements, qu'il a les infrastructures, l'organisation, le savoir-faire pour des événements très médiatiques et qui ont des répercussions internationales. Avec cette canne, on a parlé énormément du Maroc, pas seulement en Afrique, mais partout dans le monde.
[00:05:39] Speaker 1: Le roi Mohamed VI est en fonction depuis 1999. Il y a eu beaucoup de choses durant son règne. Il y a eu bien sûr le Covid, les attentats, le séisme ravageur de 2023. Les révolutions arabes. Mais vous dites, vous, c'est la révolte du Rif dans le nord qui a balafré son règne ?
[00:05:57] Speaker 2: Oui. D'abord, il faut dire qu'au début de son règne, parmi les observateurs internationaux, certains pariaient guère sur ce souverain. On disait c'est le dernier roi du Maroc. Eh bien, pas du tout. Il a démontré le contraire. Il y a une stabilité au Maroc qui est tout à fait remarquable. On a vu tous les bouleversements au cours des 25 dernières années dans la région, notamment la Tunisie, l'Égypte. C'était un peu les dominos. Et puis, ça s'est arrêté.
[00:06:28] Speaker 1: Il y a eu un début de révolte au Maroc ?
[00:06:32] Speaker 2: Il y a eu un début de contestation, on va dire, qui ne visait pas tellement le roi, mais plutôt son entourage qui était accusé d'être corrompu. Le roi a réussi à apaiser la situation. En proposant une nouvelle constitution avec plus de libertés gravées dans le marbre. Mais dans la réalité, ces libertés n'ont pas toujours été mises en application. Et il y a eu cette balafre du rift, c'est-à-dire cette révolte des populations qui sont très marginalisées, qui vivent dans des régions plutôt montagneuses dans le nord, où il y a beaucoup de trafic de drogue.
[00:07:14] Speaker 1: Le roi a décidé de grâcer des milliers de cultivateurs en 2024, des cultivateurs de cannabis, notamment ceux qui sont dans le rift.
[00:07:21] Speaker 2: Oui, enfin, il y a eu une grâce pour faire entrer une partie de la production du cannabis dans une production légale, thérapeutique. Mais il reste que le Maroc est le premier producteur mondial de cannabis. Et que ce cannabis s'adresse aux Français, qui sont eux-mêmes les premiers consommateurs de cannabis.
[00:07:44] Speaker 1: D'ailleurs, Gérald Darmanin est aujourd'hui, je crois, au Maroc sur cette question. Un dernier mot peut-être sur les relations internationales, puisque vous décrivez un roi très vagabond, qui s'ennuie, selon vous, pendant les grandes réunions internationales, à tel point que le royaume pèserait moins sur la scène internationale. Hormis peut-être sur le Sahara occidental, sur cette question-là, Mohamed VI a su mener sa barque, visiblement ?
[00:08:07] Speaker 2: Le Sahara occidental est l'alpha et l'oméga de la politique internationale du Maroc. Et sur ce point, il a obtenu gain de cause, puisque les États-Unis, avec Trump I, ont reconnu la marocanité du Sahara occidental, puis ça a été le tour des Européens, les Espagnols et puis les Français, à qui il a fallu un peu tordre le bras.
[00:08:31] Speaker 1: Oui, ce n'était pas gagné d'avance avec Emmanuel Macron.
[00:08:35] Speaker 2: Non, ce n'était pas gagné d'avance. Mais il y a chez ce roi une façon de... Oui, c'était pas gagné d'avance avec Emmanuel Macron. Une sorte d'opportunisme, il saisit bien le climat international. C'est-à-dire, dans la phase actuelle, le droit international a perdu un peu sa valeur avec Donald Trump. Et d'ailleurs, le roi a rejoint, il y a très peu de temps à Davos, à travers la présence de son premier ministre, la convention pour la paix lancée par...
[00:09:10] Speaker 1: Oui, le conseil de Donald Trump pour la paix à Gaza. Merci Thierry Oberlé d'être venu nous parler de ce roi Mohamed VI mystérieux que l'on retrouve donc dans votre livre paru chez Flammarion. Merci encore.
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