Municipals, left primary and France’s 2026 budget (Full Transcript)

French politics analysis: LFI’s municipal push, Lecornu’s local bid, a divisive left primary for 2027, and the 2026 budget’s final hurdles.
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[00:00:01] Speaker 1: — L'essentiel politique, ce soir, c'est avec Adrien Broch. Bonsoir.

[00:00:05] Speaker 2: — Bonsoir.

[00:00:05] Speaker 1: — Vous êtes directeur des études politiques à l'Institut Viavoice, auteur du portrait moderne de la gauche française. Et dans un instant avec vous, on va revenir sur la campagne pour les municipales de mars prochain. On est à 6 semaines du premier tour. Jean-Luc Mélenchon était à Roubaix cette semaine, plutôt ce week-end, pour soutenir le candidat LFI. Sébastien Lecornu, lui, a annoncé sa candidature dans l'heure. On évoquera aussi la présidentielle de 2027, avec une primaire à gauche qui divise pour l'instant plus qu'elle ne rassemble. Enfin, le budget 2026 est enfin en passe d'être adopté. La page pourra bientôt être tournée. Mais d'abord, donc, les municipales. Officiellement, la campagne démarre le 2 mars prochain. Mais les candidats n'ont pas attendu la date officielle pour lancer les hostilités. Vendredi soir, Sophia Chikirou, de La France Insoumise, est candidate à la mairie de Paris. Elle a rassemblé ses soutiens au cirque d'hiver. Ce week-end, c'est Jean-Luc Mélenchon qui était à Roubaix pour soutenir le candidat LFI, David Guiraud. Écoutez-le.

[00:01:07] Speaker 3: Vous pouvez avoir confiance, car nous tiendrons bon. Qu'ils que vous élisiez d'autres, vous aurez affaire à des gens qui vous tromperont. Aux élections municipales et aux élections présidentielles, la seule chose utile à faire pour la patrie, c'est de s'en soumettre.

[00:01:27] Speaker 1: Adrien Broch, La France Insoumise, très actif ce week-end. On sent qu'elle mise beaucoup sur ses municipales. Comment vous analysez son entrée en campagne ?

[00:01:36] Speaker 2: C'est déjà un signal en soi, parce que ce n'est pas forcément une coutume pour Jean-Luc Mélenchon et pour La France Insoumise de prendre autant au sérieux une élection intermédiaire ou une élection municipale, c'est-à-dire une élection non nationale, au sens où on l'entend traditionnellement. On voit, et c'est d'ailleurs le cas pour La France Insoumise, comme pour le Rassemblement national, une prise en charge, une prise en compte assez sérieuse de ce scrutin, qu'ils avaient peut-être parfois l'habitude d'enjamber en se projetant directement sur des scrutins nationaux pour différentes raisons, pour éviter d'avoir à peut-être rendre des comptes trop précis sur la gestion technique d'un certain nombre de villes, se projeter en permanence sur des imaginaires nationaux qui sont des imaginaires qui matchent, comme on dit en bon français, peut-être un peu mieux avec leur sujet de préoccupation. Une première information très intéressante, je dirais, de ce nouveau scrutin municipal.

[00:02:31] Speaker 1: Il y a le symbole, c'est remporter des villes nouvelles.

[00:02:34] Speaker 2: Exactement, remporter des villes nouvelles, c'est le premier élément. Pouvoir bénéficier d'un ancrage local, on sait que c'est important dans un contexte politique où la désaffiliation, la défiance est extrêmement forte. Donc tout ça, ce sont des enjeux qui sont importants. C'est important aussi, je crois, de souligner qu'il y a une tension entre la nécessité, de prendre ce scrutin au sérieux en s'y projetant très concrètement, en investissant un certain nombre de villes, en présentant des candidats et en même temps, de la part des candidats eux-mêmes, et notamment, je parle plutôt du côté de la France Insoumise et du Rassemblement National, voire de reconquête, on le voit un petit peu à Paris, de se mettre à distance des étiquettes politiques. C'est-à-dire que c'est très curieux et en même temps passionnant ce qui s'est passé à Roubaix. David Guirou essaye de manière, tant bien que mal évidemment, c'est une figure importante de la France Insoumise, mais pas non plus une figure de premier plan qui bénéficie d'une... Côte de notoriété extrêmement forte dans le pays. Il essaye de se mettre un petit peu à distance de la France Insoumise et là, Jean-Luc Mélenchon vient en s'invitant sur ce meeting, parce que je crois que la démarche, elle est plutôt venue de Jean-Luc Mélenchon, de repolitiser, de réétiqueter ce scrutin pour des raisons qui lui sont propres. On voit la campagne de Sarah Knafo à Paris aussi, qui essaye de se tenir à distance de l'étiquette reconquête. Donc, il y a une espèce d'ambivalence entre deux blocs, qu'on appelle parfois deux blocs populistes ou deux blocs de radicalité, de prendre au sérieux ce scrutin, de ne pas l'enjamber, d'en faire un axe important, notamment en préparation des échéances qui vont venir après. Et en même temps, un certain nombre de candidats, assez marqués par une radicalité, de se tenir à distance de leurs étiquettes. Et c'est assez intéressant à observer.

[00:04:09] Speaker 1: Le bloc central, lui, incarné par Sébastien Lecornu, par exemple, il a annoncé sa candidature à Vernon dans l'heure. C'est sa ville natale. C'était quoi le but ? C'est redorer ainsi l'image du gouvernement ?

[00:04:22] Speaker 2: Alors, ça peut être redorer effectivement l'image du gouvernement. Ça peut être trouver une assise de confiance. On sait que dans tous les baromètres d'opinion aujourd'hui, la figure du maire, la figure institutionnelle du conseil municipal, c'est un des rares socles de confiance qui font, alors pas forcément consensus dans l'opinion, mais qui bénéficient de taux importants. Autour de 60-65% des Français disent avoir confiance dans leur maire, confiance dans leur conseil municipal, dans les baromètres de confiance, qui devraient plutôt parfois s'appeler baromètres de défiance qu'on connaît. Ce sont des scores qui sont élevés. Donc, forcément, pour lui comme pour d'autres, c'est un enjeu important. Et puis, lui, c'est ce qu'il dit, c'est chez moi. Donc, c'est aussi une affaire d'attache territoriale. Sébastien Lecornu, il bénéficie d'un certain nombre de points d'image qui sont intéressants à observer. On verra ce que ça donne dans la préparation de l'élection présidentielle. En termes de confiance, en termes de sentiments d'humilité, c'est la partition qu'il a jouée depuis maintenant quelques mois, de jouer le moine soldat, de ne pas trop se montrer en communication politique, sur les plateaux de télévision, etc. Donc là aussi, c'est pour pouvoir bénéficier, peut-être, pour l'avenir aussi, d'un ancrage local, en plus de celui, peut-être, du parti.

[00:05:29] Speaker 1: Vous parliez de la présidentielle. On passe de 2026 à 2027. La semaine dernière, une partie de la gauche a annoncé la tenue d'une primaire en octobre prochain. Mais ce sera sans LFI, sans le Parti communiste et sans place publiquée de Raphaël Glucksmann. On sait déjà que parmi les candidats, il y aura la députée de Seine-Saint-Denis, Clémentine Autain, le président du mouvement Debout, François Ruffin, le socialiste Olivier Faure, l'écologiste Marine Tondelier. Et à ce propos, est-ce que cette primaire peut vraiment être un point de vue pour l'avenir de la gauche, ou bien elle représente plutôt un risque de division ?

[00:06:00] Speaker 2: Alors, le paradoxe, c'est que cette primaire qui se veut effectivement une primaire d'union est aussi le témoin de la désunion de la gauche. Puisque ce n'est pas une primaire de la gauche entière, mais c'est une primaire qui vient déjà à un peu plus d'un an de l'élection présidentielle, s'encoder, se glisser entre deux forces politiques qui tentent de se structurer à gauche. Jean-Luc Mélenchon, sur un aspect plutôt de la gauche, qui est un peu plus radical, populiste, à gauche. Et puis Raphaël Glucksmann, sur un espace plutôt centriste, plutôt social-démocrate, qui viserait à réunir un certain nombre d'électeurs, peut-être déçus du macronisme, et en même temps un petit peu attentif au caractère répulsif de Jean-Luc Mélenchon. Donc il ne pourrait pas aller sur ce vote. Cette primaire-là, en réalité, l'intérêt qu'elle a, ou plutôt la spécificité qu'elle a, c'est de soulever la question de l'espace politique. Quel est réellement aujourd'hui l'espace politique pour une candidature tondelier, hautain, ruffin, fort, peu importe, au milieu des deux pôles Mélenchon-Glucksmann ? Jean-Luc Mélenchon sait faire une campagne présidentielle. Ce n'est pas sa première. Il sait gérer les temps de sa campagne.

[00:07:13] Speaker 1: Pourquoi il ne veut pas se soumettre à cette primaire ?

[00:07:16] Speaker 2: Parce que je pense qu'il estime que sa légitimité, fort de son score à l'élection présidentielle de 2022, et son espace politique lui permettent de ne pas avoir à passer par une primaire qui lui coûterait peut-être beaucoup plus en termes de perte de leadership qu'il n'aurait à gagner à s'y confronter. Il n'a pas besoin de ça aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon, à tel point, je pense, qu'un certain nombre d'électeurs qui pourront aller voter à cette primaire de la gauche dite unie pourront au final voter Mélenchon par une forme de dynamique de vote utile, que je n'exclus pas du tout, qui est à nouveau un vote utile pour Jean-Luc Mélenchon, même si les circonstances sont un petit peu différentes. Le connaissant en termes politiques, sachant son habileté à mener une campagne, à rattraper un certain nombre d'électeurs qui peuvent, les années précédant le scrutin, s'en éloigner, marquer leurs doutes, mais il sait très bien, à ce moment-là, les mobiliser, voire verrouiller ce vote-là. Donc, la question de cette primaire-là, est-ce qu'elle ira effectivement au bout, et du devenir du candidat qui remportera cette primaire-là, c'est encore des points d'incertitude qui sont très importants aujourd'hui à gauche, ça ne garantit rien. Et le vainqueur de cette primaire-là n'est absolument pas garanti, pour la simple et bonne raison que déjà, la candidature de Raphaël Glucksmann est probablement beaucoup plus fragile qu'elle n'apparaît actuellement. Il est donné, dans les enquêtes d'opinion, entre 11, 12, 13, voire parfois 14% d'intention de vote. Le chemin jusqu'à l'élection présidentielle est long. On a vu qu'il y a un certain nombre de choses qui ne se sont pas très bien passées pour Raphaël Glucksmann, et encore une fois, son devenir dépend beaucoup de ce qui se passera au centre, et au centre-droit aussi, et de l'éventuelle concurrence qu'il pourra y avoir. Donc, effectivement, cette primaire-là, on va la suivre de près. Maintenant, je crois qu'il faut être très prudent sur ce qu'elle pourra augurer comme grand rapport de force politique à gauche.

[00:09:00] Speaker 1: On revient à une actualité beaucoup plus proche de nous pour terminer l'adoption du budget 2026. On en voit enfin le bout. Après un dernier recours vendredi au 49.3, Sébastien Lecornu va s'exposer à nouveau ce lundi à deux motions de censure issues de la France Insoumise et du Rassemblement National. Le rejet à prévoir de ces motions vaudra alors pour adoption définitive du budget de l'État. C'en est donc terminé dans quelques heures, dans quelques jours de ce budget. On en a parlé pendant des mois. Plus de 350 heures de discussion au Parlement. Est-ce qu'on en a tiré des leçons pour l'année prochaine où ce sera rebelote dans quelques mois ?

[00:09:39] Speaker 2: Il y a de fortes chances que les débats soient reconduits. Alors, je pense que là, on tourne une page qui commençait à être urgent de pouvoir tourner. Évidemment, c'était des enjeux absolument centraux pour la conduite de l'État. Du point de vue plutôt de l'analyse, de ce que ça a pu avoir comme effet dans l'opinion, c'est, je pense, d'abord une forme de technicisation de la politique à laquelle on a assisté pendant des mois qui, effectivement, c'est en même temps utile et en même temps, le penchant est un peu irrémédiable. Forcément, vous allez vous engager, et c'est ce qu'on a eu l'occasion de constater dans des débats extrêmement techniques sur des articles.

[00:10:20] Speaker 1: On est tous devenus constitutionnels.

[00:10:21] Speaker 2: On est tous devenus, effectivement, un peu constitutionnels. On est tous devenus constitutionnalistes. Et ça, malheureusement, on pourrait se dire que ça apporte énormément de compétences techniques dans la population française. Le problème, c'est que souvent, on constate plutôt que la population française et les Français se lassent un petit peu de ces débats-là, qui sont en même temps une machine à dépolitiser, en même temps qu'ils sont centraux. Donc c'est pour ça qu'en général, on essaye de leur donner une forme de vernis politique. Et là, la crise institutionnelle s'étend à ce point-là cristallisée. Il a fallu, pardon, trouver des portes de sortie, justement, avec des systèmes d'alliances, etc. Maintenant, on va voir et on revient à ce qu'on se disait à l'instant, sur les prochains scrutins. Quels sont les rapports de force politique qui vont se construire à partir de ça ? On a beaucoup commenté le soutien du Parti Socialiste, ou en tout cas, son appétence à pouvoir discuter. Est-ce qu'il va en payer le prix, j'allais dire, d'un aspect négatif, c'est-à-dire sanctionné par des électeurs ? Est-ce qu'au contraire, ça va être une forme de maturité qui va lui être reconnue ? C'est les enjeux qu'on va pouvoir analyser dans les mois qui viennent.

[00:11:20] Speaker 1: Et que l'on suivra avec beaucoup d'intérêt tous les dimanches dans l'Essentiel politique. Merci à vous, Adrien Broch, d'avoir été notre invité. Tout de suite, c'est le Journal de l'Afrique, présenté par Fatima Tawane, et on se retrouve juste après.

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Arow Summary
Interview on French politics with Adrien Broch (Viavoice) covering the early start of the March municipal election campaign, the unusually strong involvement of La France Insoumise (LFI) and Jean-Luc Mélenchon (e.g., Roubaix) and candidates’ ambivalence about party labels. It also discusses Sébastien Lecornu’s bid for mayor of Vernon as a search for local legitimacy and trust. The segment then turns to 2027: a left-wing primary announced for October excludes LFI, the Communist Party, and an unclear Raphaël Glucksmann, highlighting left fragmentation and questions about the viable political space between Mélenchon and Glucksmann. Finally, it addresses the near-final adoption of the 2026 budget after repeated 49.3 use and expected failed no-confidence motions, noting the technicization of politics, public fatigue, and uncertain electoral consequences, especially for the Socialist Party’s posture.
Arow Title
French municipal race heats up; left primary divides; 2026 budget ends
Arow Keywords
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Arow Key Takeaways
  • LFI and RN are treating municipal elections more seriously than in past cycles, seeking local anchors and credibility.
  • Populist/radical parties face an ambivalence: investing locally while some candidates try to downplay party labels.
  • Lecornu’s municipal bid leverages high public trust in mayors and reinforces territorial roots alongside a low-profile ‘soldier-monk’ image.
  • The proposed left primary is simultaneously a unity attempt and proof of disunity, occurring between the Mélenchon and Glucksmann poles.
  • Mélenchon avoids the primary to protect leadership and because he can rely on a later ‘useful vote’ dynamic.
  • Glucksmann’s polling strength is fragile and depends on broader center/center-right competition; the primary’s winner has no guarantee of dominance.
  • The 2026 budget saga illustrates growing technicization of politics, which can depoliticize debates and fatigue the public.
  • How the Socialist Party’s compromise posture is judged—maturity vs. betrayal—may reshape coming electoral balances.
Arow Sentiments
Neutral: Analytical, explanatory tone focused on electoral strategy, institutional mechanics (49.3, censure motions), and party positioning; no strong emotional language beyond noting public fatigue and political tension.
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