[00:00:00] Speaker 1: C'était il y a tout juste un an, le 20 janvier 2025, dans le froid hivernal de Washington. Regardez, Donald Trump prêtait serment pour un second mandat. Une cérémonie exceptionnellement à l'intérieur du Capitole, en raison des moins 10 degrés à l'extérieur. Et à l'image de ces températures glaciales, certains diront un an à la Maison-Blanche, mais un temps ressenti bien plus long. Toute cette journée sur France 24, on fait le bilan de cette première année au pouvoir, notamment ce matin avec notre correspondant à Washington. Jonathan, bonsoir. Mathieu, Mabin, on va voir passer en revue cette première année de Donald Trump. Un début de mandat, en tout cas, qui semble bien différent du premier.
[00:00:41] Speaker 2: Oui, absolument, et je vous confirme absolument votre formule sur le temps ressenti. Alors, soyons parfaitement clairs, la différence entre les deux mandats est tout à fait nette. Si Donald Trump est bien le même homme qu'en 2017, il n'est en revanche pas du tout le même président. Lors du premier mandat, Donald Trump avançait. En rupture, on s'en souvient, souvent seul d'ailleurs, face à une administration plutôt réticente et un peu surprise. Un congrès relativement instable et un appareil fédéral largement hostile, disons-le, des fonctionnaires qui ne voulaient pas de lui. La somme des sujets qu'il n'avait pas anticipés et sa faible maîtrise, il faut le rappeler, des appareils et des institutions, son manque de culture générale dans le domaine institutionnel, tout simplement, et sa connaissance de la République américaine ont suscité, chez lui, de profondes frustrations, on s'en souvient, et le sentiment, à l'époque, de ne pas pouvoir avancer. Au point, souvenez-vous, d'avoir même jalousé un temps les prérogatives d'un président de la République française. Aujourd'hui, il gouverne en terrain beaucoup plus balisé. Tout a changé, son équipe est préparée, idéologiquement alignée et les priorités ont été définies en amont pendant toute la durée de son absence du pouvoir. Quatre années interminables pour Donald Trump. Le style reste offensif, ça c'est clair, mais la méthode est plus structurée. Les décrets étaient prêts à l'emploi le jour même de l'investiture, on s'en souvient, on était ensemble il y a un an. Les nominations ont été rapides également et la chaîne de décisions raccourcie, considérablement raccourcie. Autre différence majeure, le rapport de force. Donald Trump agit désormais avec l'expérience du pouvoir, une connaissance plus fine également des leviers institutionnels et une volonté assumée d'imprimer une transformation professionnelle. C'est-à-dire une volonté profonde et durable de la nation américaine, là où le premier mandat relevait davantage du choc et de l'improvisation, il faut bien le dire. Donald Trump a sans doute été un peu surpris de gagner en 2016, comme il a été surpris de perdre en 2020. Alors en 2024, quand il a à nouveau emporté la victoire, il avait fait ce qu'il fallait pour ne plus être pris de court.
[00:02:51] Speaker 1: Mathieu, on vient de l'évoquer, la liste est longue, mais quels sont les principaux chantiers à retenir de cette première année de Donald Trump à la Maison-Blanche ?
[00:02:58] Speaker 2: Alors, ce qui caractérise incontestablement cette mandature, c'est le tempo tout simplement, qui est effectivement très soutenu, on l'a dit. Trois grands blocs se dégagent néanmoins. Prenons d'abord l'État fédéral, la structure elle-même, la réforme de l'administration, la recentralisation de l'exécutif, la remise en cause de l'autonomie de certaines agences également, qu'on pense évidemment à USAID et le drame qu'ont vécu ses fonctionnaires, à la CIA, au FBI. Ça a clairement été une révolution qui s'est traduite par des milliers de licenciements, on s'en souvient, des licenciements de fonctionnaires et des réformes structurelles profondes, dont l'administration ne revient toujours pas d'ailleurs. Ensuite, l'économie, un protectionnisme relativement assumé, cette pression sur les partenaires commerciaux également, avec cette politique de taxes douanières à laquelle bien peu croyaient, mais qui, contre toute attente, a sans doute commencé à produire quelques effets malgré tout. Et puis, il y a la réindustrialisation et cette politique énergétique favorable aux hydrocarbures, évidemment, qui, elle aussi, se traduit par quelques résultats. Et enfin, la politique étrangère, comment ne pas en parler, cette approche transactionnelle qu'on a vue à Gaza, notamment la remise en cause des équilibres multilatéraux et les exigences accrues vis-à-vis des alliés. On est au cœur du dossier aujourd'hui, avec le Groenland. L'objectif est clair, agir vite, occuper le terrain, saturer le terrain. Et les journalistes, au passage, ce terrain politique saturé en permanence et imposer une lecture présidentielle du pouvoir, tout simplement, quitte à bousculer les usages et les contre-pouvoirs, bien entendu.
[00:04:42] Speaker 1: Sa lecture du monde, mais aussi de son pays, d'une manière générale, en termes de politique intérieure, Donald Trump, il essaie de refaçonner la société américaine.
[00:04:53] Speaker 2: Oui, on appelle ça la guerre culturelle. Cette guerre culturelle est centrale dans ce second mandat. C'est d'ailleurs, sans doute, avec un peu de recul, les promesses qu'il a formulées dans ce domaine qui ont participé à garantir son retour dans le bureau ovale. Elle a d'abord visé les universités, accusé de militantisme, encore une fois, durant la crise à Gaza, de militantisme idéologique, ce qui est partiellement vrai, avec des coupes budgétaires très brutales, des pressions sur les profs, des programmes également, et sur la gouvernance, sur les professeurs eux-mêmes. Elle touche aussi les institutions fédérales, la diversité, l'inclusion, tous ces sujets qui étaient si chers à la précédente administration, à Joe Biden notamment, les politiques de genre qui sont explicitement remises en cause. Dans le monde de la culture et des médias publics, le tableau n'est pas beaucoup plus joyeux. L'administration cherche encore à reprendre la main sur les financements et les lignes éditoriales. Et même si le bras de fer... ... est engagé, les journalistes qui exercent dans ce pays n'ont sans doute encore pas vu la moitié du projet présidentiel. Les résistances sont partiellement fortes, selon les domaines et les régions, et les médias, selon qu'ils sont publics ou privés notamment, dans le domaine judiciaire également, mais Donald Trump parle à son électorat en donnant le sentiment d'une reconquête culturelle, tout simplement, au-delà des seuls résultats concrets. Et concrètement, ça fonctionne. Il n'y a pas d'autre chose que de dire que la politique de Donald Trump, pendant un an, n'avait sans doute pas mesuré à quel point la carte blanche libérale, parfois donnée, c'est vrai, aux enseignants, avait pu jeter le trouble chez les parents d'élèves, voire chez les élèves eux-mêmes.
[00:06:37] Speaker 1: Mathieu, comment tout cela, comment la politique de Donald Trump, pendant un an, est perçue par l'opinion publique aux Etats-Unis ?
[00:06:45] Speaker 2: Alors, malgré l'agitation, la base électorale de Donald Trump, cette base traditionnelle qui s'est consolidée avec les années, reste largement fidèle. Il n'y a pas d'autre mot. Elle perçoit Donald Trump comme un président qui agit, un président en action, comment pourrait-il voir autrement, qui tient ses promesses également, et qui affronte les élites. Quelqu'un qui fait ce qu'il dit et qui dit ce qu'il fait. Les indicateurs montrent une mobilisation plutôt intacte chez les électeurs les plus engagés, en tout cas. En revanche, s'il y a un risque, il se situe ailleurs. L'électorat, chez l'électorat modéré, notamment, indépendant, qui pourrait finir par... se lasser de la conflictualité permanente qu'impose la Maison-Blanche. Pour les élections de mi-mandat, le président peut compter sur un socle solide, on l'a compris, mais pas sur une victoire automatique. Il n'y a absolument rien d'acquis à ce stade, en tout cas. Tout dépendra de l'état de l'économie, de l'inflation et de la capacité de l'opposition à transformer le rejet du style Trump en alternative crédible. Pour le moment, cette opposition n'y est pas parvenue, soyons bien clairs. Pour le moment... Donald Trump a réussi le pari de la croissance. L'inflation est à peu près maîtrisée, même si les consommateurs ne le ressentent pas vraiment encore dans le prix des produits de consommation courante, en tout cas. Ils ont quand même déjà vu une différence favorable dans les prix du carburant à la pompe, la baisse des taux d'intérêt également, ou encore la santé de leur plan d'épargne retraite. Attention, ça ne garantit pas une victoire dans un an, mais c'est déjà un bilan plus prometteur que tout. Tous ses prédécesseurs avant lui, en tout cas à ce stade du mandat. Mathieu Mabin, depuis Washington, pour France 24. Merci beaucoup.
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