Senegal seeks names for migrants lost at sea (Full Transcript)

Twenty years after 2006, the Atlantic route still kills. Activists and families fight anonymous burials, legal limbo, and silence around the missing.
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[00:00:00] Speaker 1: Ce matin, le navire du sauvetage maritime est saturé de la proue à la poule.

[00:00:14] Speaker 2: C'est un anniversaire que personne ne célébrera, et notamment pas au Sénégal. C'était il y a 20 ans, la crise migratoire de 2006. A l'époque, des centaines de pirogues clandestines tentaient la traversée depuis les côtes sénégalaises vers les îles Canaries, avec un terrible slogan « Par ça ou par Saxe, Barcelone ou la mort ». Un slogan devenu réalité pour des milliers de disparus, engloutis dans les flots de l'exode. 20 ans plus tard, la crise est loin d'être résolue. Bien au contraire, 2024 détient le triste record du plus grand nombre de morts sur la route atlantique. Plus de 10 000 décès. Un chiffre qui dépasse même celui de 2006. Et pour la majorité de ces victimes, la tragédie est anonyme. Faute de moyens et de réelles volontés politiques, les naufragés ne sont presque jamais identifiés. Même pour les corps retrouvés au Sénégal, enterrés à la hâte dans des fosses communes et qui laissent derrière eux des milliers de familles incapables de faire leur deuil. Mais face à ce silence, des voix s'élèvent. Des associations et proches se mobilisent sur le terrain ou sur les réseaux sociaux. Pour rendre un nom aux morts et briser le cycle de l'exil. Puis retour au Sénégal, l'ombre des disparus de la migration. C'est un reportage de Sarah Sacco et Simon Martin.

[00:01:44] Speaker 3: Nous tous, on a eu des amis ou bien des connaissances qui sont perdues dans la mer.

[00:01:52] Speaker 1: ...

[00:01:52] Speaker 3: ... ... ... ... En 2006, Saliou Diouf vivait ici, à Yarrar, banlieue côtière de Dakar,

[00:02:13] Speaker 4: devenu l'un des grands points de départ de la crise migratoire. Faute d'argent, il n'avait pu tenter cette traversée risquée, dont il rêvait pourtant, comme une grande... ... 20 ans, et des milliers de morts plus tard, l'ancienne aspirant à la migration voit l'histoire se répéter au Sénégal.

[00:02:33] Speaker 3: Aujourd'hui même, on est en train de pleurer ces mêmes disparus. Parce que c'est un phénomène qui n'est jamais toujours pas érodiqué. Jusqu'à aujourd'hui, on peut juste compter des chiffres, mais pas des personnes. Et il n'y a aucun retour, aucune initiative aussi de nos autorités pour chercher des moyens, au moins quand il y a eu des neuf phrases, pour identifier les gens qui sont morts. ...

[00:02:52] Speaker 4: Devenu depuis travailleur humanitaire, Salyou consacre aujourd'hui sa vie à ses victimes de la migration. Elles qui, depuis 20 ans, sont les grandes oubliées du récit national et des politiques successives. ...

[00:03:06] Speaker 3: ... ... ... ... ... ...

[00:03:24] Speaker 4: Une blessure encore à vif dans la société sénégalaise, dont Salyou a fait son cheval de bataille.

[00:03:31] Speaker 3: ... ...

[00:03:33] Speaker 4: Avec son association, le militant a créé une caravane du souvenir, forme de convoi mémoriel. La quatrième édition s'apprête à prendre la route.

[00:03:44] Speaker 3: ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ...

[00:03:53] Speaker 1: ... ... ... ... ... ... ... ... ...

[00:03:53] Speaker 4: ... Ils sont une trentaine de membres, activistes, artistes ou anciens migrants, à parcourir le pays. Leurs armes pour ce périple, quelques enceintes et des affiches pour montrer la réalité du drame migratoire.

[00:04:07] Speaker 3: C'est des messages que nous avons imprimés ici. On peut, tu vois, documenter.

[00:04:17] Speaker 4: Comme cette banderole, longue de plusieurs dizaines de mètres, recensant sur les dernières années, les cas de mort en mer.

[00:04:25] Speaker 5: Tu vois, non-même, ça veut dire que c'est une grande personne, tu vois. Non-même, inclusive, un enfant.

[00:04:34] Speaker 4: En tout, 66 000 disparus de différentes nationalités, parmi eux, des milliers de Sénégalais. Face aux lacunes du recensement, difficile de donner un nombre précis selon sa lieu.

[00:04:47] Speaker 3: On est une organisation qui est contre les chiffres, quoi, parce qu'on ne peut pas compter des personnes. Nous, on se dit que ce ne sont pas des chiffres, ce sont des êtres humains. C'est ça, même, l'idée de l'initiative de la caravane, pour promouvoir le droit à l'identité de ces personnes qui disparaissent, mais aussi le droit à la famille de savoir, quoi.

[00:05:07] Speaker 4: Pendant 10 jours, Saliou et son équipe vont sillonner le pays à la recherche des proches de ces disparus, de 2006 comme d'aujourd'hui. Un combat pour unir ces familles, victimes oubliées de la migration, délaissées depuis 20 ans. En 2006, un slogan s'était imposé. Barça ou Barça, littéralement Barcelone ou la mort. Une devise qui ne tenait pas compte de ceux qui restent et doivent vivre avec le deuil et l'absence de réponse. À Thiaroy-sur-Mer, chaque maison ou presque cache l'histoire de disparus, poussés sur l'océan par la pauvreté de la ville.

[00:05:49] Speaker 1: Ici, on a... Même pas de salle de bain, mais c'est comme ça.

[00:05:54] Speaker 4: Dans cette maison de 2 pièces, où vivent aujourd'hui une dizaine de personnes, le deuil fait partie des murs. Il y a 20 ans, le fils de Majiguen décide, contre son avis, de tenter la traversée vers les Canaries.

[00:06:10] Speaker 6: Je lui ai dit que pour aller en Espagne, il fallait prendre l'avion, mais il n'avait pas l'argent. Il m'a répondu... Il m'a répondu qu'il allait prendre la pirogue. Je lui ai dit que je ne le permettrais pas. J'ai tout fait pour l'en empêcher.

[00:06:28] Speaker 4: Depuis ce jour, elle n'a plus jamais eu la moindre nouvelle de son fils. Et personne ne sait ce qui est arrivé à son embarcation. Des deuils impossibles qui rongent des milliers de familles au Sénégal. Car, faute de preuves et de corps, certaines refusent l'inéluctable et se mettent en quête de traces de leurs proches.

[00:06:59] Speaker 7: Allez, comment tu vas ? Ça va bien ?

[00:07:02] Speaker 4: Moustapha est le fondateur de la page Facebook Trouver ou perdu, qui compte aujourd'hui plus de 200 000 membres. Avec 13 autres bénévoles, il se relaie pour filtrer les centaines de publications et répondre à leurs auteurs.

[00:07:15] Speaker 7: Tu vois ? Donc tout ça, c'est des messages qu'on doit traiter. Aujourd'hui.

[00:07:21] Speaker 4: Environ 1500 disparitions sont signalées chaque année sur le groupe, dont la moitié liées à la migration. Des cas rarement résolus à cause des naufrages, mais pas seulement.

[00:07:32] Speaker 7: Quand une personne est en mer depuis plusieurs jours, par exemple, il s'avère que son ravitaillement est fini. Même pas d'eau pour boire. Donc facilement, on peut perdre la tête. Il y a des gens qui pensent que leur enfant est mort en mer. Alors que pourtant, l'enfant est arrivé, mais a perdu la tête. Il ne peut pas se rappeler. C'est que j'habitais ici. Voici mon nom, le nom de mon papa, de ma maman, et ainsi de suite. C'est des cas qu'on a eu aussi à avoir.

[00:07:57] Speaker 4: Ne restent alors que des publications sans réponse, traces numériques de ces drames silencieux.

[00:08:05] Speaker 8: Ces personnes ont quitté Barney le 31 octobre 2023 à bord d'une pirogue de 173 personnes. Merci de contacter leurs sœurs si vous les avez vues quelque part.

[00:08:15] Speaker 9: C'est mon frère. Il s'appelle Alenias. En février 2006, il a pris une pirogue à Tiaroy pour l'Espagne. Si vous avez la moindre information, aidez-nous.

[00:08:30] Speaker 4: Nous retrouvons la caravane du souvenir à peine arrivée à Socon, à l'ouest du pays, leur troisième destination cette année. Comme à chaque arrêt, Saliou et son équipe vont devoir lever un tabou.

[00:08:42] Speaker 3: L'important, c'est qu'il faut que les familles osent en parler pour au moins porter une lutte. On va probablement régler certaines questions. Parce que nous, comme on dit, on ne peut pas faire la quête à leur place où nous, on peut juste accompagner.

[00:08:57] Speaker 4: Et pour cela, il faut d'abord les retrouver. Faute de registre et face au silence dans lequel beaucoup sont emmurés, l'association a développé sa propre méthode.

[00:09:08] Speaker 3: D'abord, on part visiter les délégués de quartier, les imams, souvent les chefs religieux, pour leur parler un peu de la situation qui nous a amenés ici. Bon, leur parler de l'idée de la caravane.

[00:09:19] Speaker 4: Tout au long de la journée, les activistes multiplient les rencontres d'un bout à l'autre de la ville. Une recherche, mais aussi un travail pédagogique pour sensibiliser ces leaders communautaires.

[00:09:31] Speaker 3: Quand on a fait la caravane, on est partis à Mourgou, on a trouvé une famille bohémienne, 13 personnes mouillées qui viennent d'égal. Il est important que, par exemple, aujourd'hui, on crée une source bohémienne. Ça va parler de ça.

[00:09:42] Speaker 10: C'est très important, ce qu'ils m'ont appris aujourd'hui. Et c'est nous qui sommes sur le terrain. Nous allons pouvoir en parler et transmettre le message.

[00:09:58] Speaker 4: Après plusieurs heures de recherche, Salyou et son équipe remontent finalement jusqu'à une première famille. Le cousin de Mohamed a pris une pirogue en secret il y a huit mois. Après huit jours sans nouvelles, un autre membre de sa famille, qui était sur la même pirogue, lui a raconté le drame.

[00:10:19] Speaker 1: C'était une pirogue qui transportait 148 personnes. Vous avez dû en entendre parler. Il était monté dedans, mais dans la pirogue, il faisait trop chaud. Alors il est monté sur le côté pour avoir de l'air. Et à ce moment-là, une vague l'a fait tomber à la mer. Il m'a aussi expliqué, les gens qui meurent de faim ou d'autres choses, les corps sont aussi jetés à la mer.

[00:10:43] Speaker 4: Un témoignage précieux, enregistré par les membres de l'association pour recouper les informations. Et peut-être apporter des réponses à d'autres familles. En quatre ans de caravane, le groupe a mené des enquêtes similaires aux quatre coins du pays, parfois avec des résultats inattendus.

[00:11:05] Speaker 3: On a découvert une fosse commune à Kafountine. Je pense que c'est bien maintenant, quand on découvre une fosse commune, de se poser des questions par rapport à comment est faite la gestion des personnes qui disparaissent au Sénégal.

[00:11:19] Speaker 4: Pour se rendre sur le site, il faut d'abord s'enfoncer dans les bolons, ces bras de mer entourés de mangroves et de forêts. Des lieux difficiles d'accès, zone de départ connue de la route vers les Canaries.

[00:11:35] Speaker 11: C'est en 2022 qu'on avait trouvé une pirogue dans le bolon de Kassel, qui avait pris le feu. On avait trouvé des morts.

[00:11:44] Speaker 4: Ce jour-là, sous le regard des autorités restées à quai, Mathias et d'autres pêcheurs partent en urgence chercher les corps. Ils en retrouvent 15, même s'ils étaient probablement bien plus nombreux, selon les rares survivants. Des anonymes ensevelis sommairement dans cette forêt, près du lieu du naufrage.

[00:12:03] Speaker 11: Oui, le piqué là, c'est là qu'on avait enterré les gens qui sont morts. On a le clôturé avec une mûre peut-être. On n'a pas les moyens, c'est pour cela qu'on a mis le piqué là.

[00:12:15] Speaker 4: Quatre bouts de bois qui marquent leur surface. Seules sépultures. Une trace rongée par le temps, bien fine aux yeux de Mathias, face à la gravité du drame.

[00:12:25] Speaker 11: Je ne trouve pas ça normal, parce que là, bientôt les piquets vont partir. S'il n'y a pas les piquets là, quand tu vas revenir ici, je vais pouvoir te montrer que c'est là. Je pense qu'on ne peut pas oublier, il ne faut pas qu'on oublie.

[00:12:37] Speaker 4: Même le chemin d'accès, en pleine brousse, n'est maintenu ouvert que par Mathias et quelques habitants. Sur ce site, l'association de Saliou veut créer un mémorial, en l'honneur des disparus de la migration, chose qui n'existe pas encore au Sénégal. Mais la mémoire n'est pas le seul défi qui persiste. Devant la loi sénégalaise, beaucoup de cas restent en suspens, piégeant les proches dans un flou juridique, parfois lourd de conséquences. Le mari d'Ami Faye a disparu en mer il y a 5 ans. Depuis remariée, elle n'a jamais été reconnue propriétaire de la maison qui lui a laissé, faute de documents précis.

[00:13:30] Speaker 12: Si je ne change pas les papiers à mon nom, on peut me déloger à tout moment. Et dans ce cas-là, où est-ce que j'irai avec mes enfants ? C'est pour qu'il n'y ait pas de problème et pour les protéger que je suis là.

[00:13:42] Speaker 4: Avec l'aide de la Croix-Rouge, Ami tente d'obtenir un certificat de décès. Une démarche qui intimide encore largement les familles.

[00:13:51] Speaker 13: Il y a des gens qui refusent de témoigner. C'est des problèmes de coutume, d'ignorance peut-être, et de retenue des populations par rapport à ça. Parce que nous n'avons pas l'habitude souvent d'aller vers les forces de l'ordre ou bien la loi pour s'exprimer.

[00:14:08] Speaker 4: Certains s'imaginent être complices d'un délit et craignent des représailles de la justice. Des peurs injustifiées rassurent les magistrats.

[00:14:17] Speaker 14: Le tribunal est disposé à les accompagner pour justement que toutes les questions liées, en tout cas les questions juridiques, soient traitées de la meilleure des façons. Mais le tribunal attend d'être saisi pour pouvoir statuer sur ces questions-là. Le tribunal n'a pas un pouvoir d'auto-saisine.

[00:14:39] Speaker 4: Aujourd'hui, peu de familles ont encore passé le cap. Dans tout le pays, une seule femme appartient. Pour l'instant, réussie à obtenir un certificat de décès pour son mari. De quoi l'aider un peu à surmonter ce drame et assurer l'avenir de ses enfants.

[00:14:58] Speaker 15: Je veux qu'on donne à mes enfants l'héritage qui leur revient de droit et pouvoir déménager avec eux. Car nous ne sommes pas ici chez nous.

[00:15:12] Speaker 6: C'est le diable, c'est tout ce qu'on a. C'est le diable, c'est tout ce qu'on a.

[00:15:16] Speaker 4: Une page qui se tourne pour Fatou, mais pas encore pour le reste du Sénégal. Associations et militants le savent, ces absents n'ont pas fini de hanter le pays.

[00:15:32] Speaker 3: On ne peut pas les enterrer parce qu'ils ne sont pas là. Mais quand même, qu'on puisse faire la prière que nous faisons pour tous nos disparus, pour tous nos morts. C'est une dernière manière de rendre la dignité.

[00:15:42] Speaker 4: Une blessure qui continue de se perpétuer. En 2024, 10 000 hommes, femmes et enfants ont à nouveau disparu sur la route atlantique.

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Arow Summary
A report revisits Senegal’s 2006 migration crisis toward the Canary Islands and shows how, 20 years later, the Atlantic route remains deadly, with 2024 recording over 10,000 deaths. Many victims remain unidentified; bodies found in Senegal are often buried quickly in mass graves, leaving families without answers and unable to grieve or resolve legal matters. Activists like Saliou Diouf organize a “caravan of remembrance” to locate families, collect testimonies, and demand identification and dignity for the missing. A large Facebook group also helps families search for loved ones, though most cases remain unresolved. The story highlights the social trauma, community taboos, lack of official registries, and legal limbo (e.g., obtaining death certificates) that haunt relatives, while associations push for memorials and institutional support.
Arow Title
Senegal: the shadow of the missing on the Atlantic route
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Arow Key Takeaways
  • The Atlantic route from Senegal to the Canary Islands remains one of the deadliest migration paths, with 2024 a record year for fatalities.
  • Thousands of victims are never identified, perpetuating anonymous tragedy and preventing families from mourning or obtaining closure.
  • Civil-society initiatives—like Saliou Diouf’s caravan—work to document cases, connect families, and advocate for the right to identity for the dead and answers for relatives.
  • Online communities such as the “Trouver ou perdu” Facebook group have become key tools for tracing missing people, though success is limited.
  • There is a significant gap in institutional response: lack of registries, limited forensic capacity, and insufficient political will to investigate shipwrecks and manage remains.
  • Disappearances create serious legal consequences for spouses and children, making death certification and inheritance/property rights difficult.
  • Communities face taboos and fear of legal repercussions, which discourages reporting and testimony; courts say they can act only when formally petitioned.
  • Grassroots actors call for memorialization and dignified burials to break the silence and acknowledge the human cost beyond statistics.
Arow Sentiments
Negative: The tone is mournful and urgent, emphasizing mass death at sea, anonymous burials, unresolved disappearances, and the prolonged suffering of families, tempered only by determined activism and solidarity.
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