[00:00:00] Speaker 1: — C'est l'heure de l'Info & Co avec Christophe Dansette. Bonjour, Christophe. — Bonjour, Damien. — Et on s'intéresse ce matin, Christophe, à TikTok, puisqu'à partir d'aujourd'hui, la maison mère change de main aux États-Unis.
[00:00:13] Speaker 2: — On arrive au bras de fer, au bout d'un bras de fer emblématique de la guerre technologique entre les États-Unis et la Chine. TikTok aux États-Unis devient effectivement, sauf coup de théâtre, officiellement une entité américaine. Après la signature d'un accord il y a un mois, la maison mère chinoise, ByteDance, accepte de restructurer totalement ses activités américaines pour répondre aux exigences de Washington. Et c'est une nouvelle entité qui est créée, TikTok-USDS Joint Venture, qui prend la main, une entité avec une gouvernance et un contrôle majoritairement américain, de proche de Donald Trump. Il y a d'abord Oracle, le groupe dirigé par Larry Ellison, cinquième fortune mondiale, très proche de Donald Trump, qui devient pilier de la sécurité et de l'hébergement des données. Il y a aussi le fonds spécialisé dans la tech, Silver Lake, ou encore un autre fonds, MGX, qui est un fonds d'Abu Dhabi, dont la proximité avec le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, n'est pas un secret. Ils possèdent chacun 15% des parts, avec d'autres partenaires. Ils prennent donc la main sur la nouvelle structure, pendant que ByteDance, le groupe chinois, conserve une participation minoritaire en dessous de 20% sous ce seuil autorisé par la loi américaine. Cette nouvelle entité, elle, est valorisée 14 milliards de dollars.
[00:01:31] Speaker 1: Est-ce que ça change quelque chose concrètement pour les utilisateurs américains de TikTok ?
[00:01:35] Speaker 2: Alors la réponse, c'est non. TikTok ne disparaît pas. Rien ne change en réalité en surface. L'implication reste la même. Mais c'est en coulisses que ça change beaucoup. Les données des utilisateurs américains sont stockées, supervisées aux États-Unis et plus en Chine. Ça, c'était le point le plus important. La modération, la recommandation des contenus passent à l'extérieur. C'est-à-dire que les données des utilisateurs américains sont stockées, supervisées aux États-Unis et plus en Chine. Les espaces, elles aussi sous contrôle américain, les espaces publicitaires, les services d'e-shopping sont également gérés par l'entité américaine. Et puis, il y a l'algorithme qui est le nerf de la guerre, qui pourrait évoluer, d'être davantage américanisé. Encore une fois, je vous rappelle que ce sont des proches de Donald Trump qui contrôlent désormais l'application. A noter que ça ne concerne que les États-Unis, mais que, hasard un peu du calendrier, hier, on a appris qu'au Canada, le réseau va pouvoir continuer d'opérer sous sa maison mère. La justice a annulé hier soir une décision fédérale datant de novembre 2024, ordonnant l'interdiction des activités canadiennes de TikTok. Le gouvernement canadien va devoir réexaminer ce dossier, mais il faut dire qu'il s'est récemment rapproché de la Chine. On voit sur les images que Mark Carney était en Chine il y a quelques jours.
[00:02:45] Speaker 1: Et pour les utilisateurs européens ?
[00:02:47] Speaker 2: Pour eux, rien ne change, puisque, encore une fois, cette nouvelle structure ne concerne que les États-Unis. En Europe, TikTok est déjà soumis au RGPD. RGPD, c'est-à-dire les règles très strictes sur les données, la protection des utilisateurs, et puis à l'ensemble des réglementations européennes sur la tech, le Digital Service Act, le Digital Market Act. Concrètement, ça signifie qu'en principe, les données des utilisateurs européens sont stockées en Europe, notamment en Irlande et en Norvège. Je dis en principe parce que TikTok a tout de même écopé l'année dernière d'une amende de plus de 500 millions d'euros de la part de l'autorité irlandaise pour la protection des données, faute d'avoir pu démontrer que ces données n'étaient pas accessibles depuis la Chine. Et puis, en France, le réseau est dans le viseur des autorités en raison de son effet redouté sur le mental des adolescents. La CNIL et l'Arcom ont alerté sur le manque de transparence des algorithmes et le risque d'addiction de TikTok. Une commission d'enquête du Sénat a auditionné des psychologues et des spécialistes du numérique. Il n'est pas question en France de forcer à vendre le groupe, mais plutôt à imposer. Peut-être un âge minimal pour accéder aux réseaux sociaux de manière générale. Le sujet, d'ailleurs, sera débattu à l'Assemblée nationale la semaine prochaine.
[00:04:03] Speaker 1: Alors pourquoi cette tentative de contrôle, en tout cas de surveillance, de la part des États-Unis, de la part des Européens ?
[00:04:09] Speaker 2: Parce que si on regarde les chiffres, TikTok, c'est absolument énorme. Ce n'est pas une simple application de divertissement. Il y a 170 millions d'utilisateurs aux États-Unis. C'est encore plus en Europe, plus de 200 millions, donc près de 28 millions en France. Plus d'un milliard de vidéos vues par jour. C'est absolument immense, avec un pouvoir d'influence colossal. Et tout ça avec un contrôle des données qui parfois suspère. Rappelons d'ailleurs que TikTok en Chine n'est pas accessible, en tout cas pas comme tel. Là-bas, l'application, elle est remplacée par Douyin, qui est une version distincte, qui est beaucoup plus contrôlée, avec un algorithme conçu pour prioriser les contenus jugés sains par les autorités. Merci beaucoup.
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