[00:00:00] Speaker 1: Bonjour Audrey, vous nous parlez aujourd'hui de ce rapport de l'ONU, il compare les ressources mondiales en eau à un patrimoine financier proche de la banqueroute.
[00:00:11] Speaker 2: Oui, ce rapport s'intitule, vous allez le voir, la faillite mondiale de l'eau et il est plus qu'inquiétant puisqu'il nous dit ceci, les termes stress hydrique ou crise de l'eau ne suffisent plus à décrire la situation. Les auteurs alertent sur le fait que la ressource a été si dégradée qu'on ne va pas pouvoir revenir à l'état antérieur, on ne pourra pas récupérer le patrimoine en eau douce qui fut jadis le nôtre. Écoutez les explications du directeur de l'Université des Nations Unies pour l'eau, l'environnement et la santé qui a commandé ce rapport. Concrètement, il s'agit de la combinaison de l'insolvabilité et de l'irréversibilité. L'insolvabilité signifie que nous prélevons et polluons au-delà des apports renouvelables et que nous avons besoin de l'eau pour la production de l'eau. L'irréversibilité signifie que nous avons endommagé des éléments clés du capital naturel lié à l'eau, les aquifères, les zones humides, les sols, les rivières, les lacs et les glaciers, d'une manière qui n'est pas réaliste à inverser à l'échelle humaine ou dont la restauration serait d'un coût prohibitif. Source aussi vitale que l'eau, vous l'aurez compris, quelques chiffres maintenant tirés de ce rapport pour comprendre pourquoi ces auteurs parlent de banqueroute. 70% des nappes phréatiques utilisées pour l'eau potable et l'irrigation connaissent un déclin à long terme. 30% de la masse glaciaire mondiale a disparu depuis 1970, ce sont des réservoirs d'eau, les masses glaciaires. Et 410 millions d'hectares de zones humides, soit presque la superficie de l'Union Européenne, se sont asséchées depuis la même période.
[00:01:42] Speaker 1: Les menaces qui pèsent sur l'eau douce sont nombreuses, Audrey ?
[00:01:45] Speaker 2: Oui, elles sont de plusieurs ordres. Déjà, le réchauffement climatique a plusieurs conséquences. Il conduit à l'assèchement des zones humides, des cours d'eau, rivières et fleuves. Il a également entraîné la fonte des glaciers, qui servent de château d'eau pour des centaines de millions de personnes, notamment dans le sous-continent indien. En conduisant à une hausse du niveau des océans, le changement climatique va aussi entraîner une pénétration des eaux salées dans les nappes phréatiques, proches du littoral, et donc la perte de ces ressources en eau douce. Ensuite, la surexploitation de la ressource en eau également. On pense que la ressource infinie, elle ne l'est pas. L'intelligence artificielle, par exemple, devrait, selon l'ONU, consommer cette année, plus d'eau au niveau mondial qu'un pays comme le Danemark. C'est de l'eau gâchée pour des besoins, vous en conviendrez, qui ne sont pas vitaux. Plus compliqué, il y a le refroidissement des centrales nucléaires. En pompant aussi dans les nappes phréatiques, au-delà de leur seuil de renouvellement, pour l'agriculture, pour l'industrie ou autre, on les abîme irrémédiablement. Pour filer la métaphore bancaire de ce rapport, on creuse là un découvert au-delà de la possibilité de revenir en positif. Enfin, il y a les pollutions, aux pesticides, aux polluants éternels, aux hydrocarbures, avec la fracturation hydraulique. qui rendent impropres à la consommation humaine une ressource pourtant essentielle.
[00:02:58] Speaker 1: Bon, à part nous faire très peur, il sert à quoi ce rapport ?
[00:03:00] Speaker 2: Eh bien, déjà, faire peur, c'est utile. Ça sert à mobiliser les énergies pour se sortir d'une situation qui est, vous en conviendrez, très dangereuse. Ensuite, ce rapport fait évidemment des recommandations à destination des responsables politiques qui vont devoir prendre des décisions très importantes. Et encore une fois, là, je vais laisser la parole à Kaveh Madani. Nous devons protéger le capital restant. Nous devons défendre... Donner la priorité à la prévention de nouveaux dommages à nos économies restantes, à savoir les écosystèmes qui sont encore fonctionnels dans le monde entier. Et nous devons également dissocier la croissance de l'eau. Nous devons nous éloigner de l'hypothèse selon laquelle la prospérité économique nécessite des prélèvements d'eau toujours plus importants. Nous devons agir car la faillite hydrique est une question de justice et de sécurité. Si nous continuons à gérer ces échecs comme des crises temporaires, avec des solutions à court terme, nous ne ferons qu'aggraver les dommages écologiques et alimenter les conflits sociaux. Alors, je vais résumer les recommandations de ce rapport qui figure dans sa conclusion. Tenter d'arrêter d'abîmer la ressource en protégeant les nappes et cours d'eau de la pollution. Limiter, évidemment, le réchauffement climatique. Faire des plans de gestion du manque à très long terme. Transformer les infrastructures qui utilisent de l'eau pour gérer le manque. S'assurer que la ressource est équitablement partagée à l'échelle mondiale plutôt que de laisser faire ce qui conduira inévitablement à la réchauffement climatique. C'est ce que nous devons faire. C'est ce que nous devons faire inévitablement à des guerres de l'eau. Tout ça fera l'objet de discussions lors de la prochaine conférence de l'ONU sur l'eau. Ce sera du 2 au 4 décembre prochain aux Émirats Arabes Unis. C'est un pays dont la ressource en eau dépend déjà beaucoup des usines de dessalement. Ce qui consomme de l'énergie et pose d'autres problèmes.
[00:04:41] Speaker 1: Merci beaucoup Audrey pour tous ces éléments.
We’re Ready to Help
Call or Book a Meeting Now