[00:00:00] Speaker 1: Générique Bienvenue dans le débat, il est consacré à l'Iran. Alors que l'escalade verbale entre Washington et Téhéran a atteint des sommets pendant le week-end, le guide suprême Ali Khamenei a mis en garde contre une guerre régionale si les Etats-Unis mettent à exécution leur menace d'intervention militaire. Mais l'Iran a appelé aujourd'hui à l'ouverture de discussions avec Washington sur le dossier nucléaire. Hier dimanche, Donald Trump a déclaré espérer conclure un accord avec l'Iran. Au même moment, quatre ressortissants étrangers ont été arrêtés en Iran justement pour leur participation présumée aux émeutes en janvier. Samedi, une explosion survenue dans un immeuble résidentiel de Bandar Abbas, un port du sud de l'Iran, est restée inexpliquée plusieurs heures avant que les pompiers annoncent qu'il s'agissait d'une fuite de gaz. Alors on va revenir sur les scénarios possibles dans cette partie de bras de fer entre Trump et Khamenei, où en sont les négociations, quels sont les risques d'une guerre régionale. On va revenir sur cette explosion de samedi et faire un bilan de la répression et puis quid de l'Europe alors que le Parlement iranien vient de placer les armées européennes comme groupe terroriste. On en parle tout de suite avec mes invités. Mariam Pirzadeh est avec nous ce soir. Bonsoir Mariam, rédactrice en chef à France 24, ancienne correspondante de France 24 en Iran. Bienvenue, Georges Malbrunot est avec nous ce soir. Bonsoir. Bienvenue, grand reporter au Figaro, co-auteur de MBS, confidentiel, c'est aux éditions, Michel Laffont. Bienvenue donc, David Rigouleros, bonsoir, rédacteur en chef de la revue Orient stratégique, chercheur spécialiste du Moyen-Orient et rattaché à l'Institut français d'analyse stratégique. Vous avez dirigé la République islamique d'Iran en crise systémique, c'est aux éditions de l'Armatan. Rina Bassiste est avec nous ce soir. Bonsoir Rina, rédactrice pour Almonitor et correspondante pour la radio israélienne Cannes. Pression s'accentue donc depuis janvier sur Téhéran après la répression contre la contestation. Trump menace de frapper l'Iran tout en évoquant des négociations. Et le président iranien, donc lui, justement, évoque maintenant des pourparlers avec les Etats-Unis. Steve Whitcoff pourrait justement rencontrer le chef de la diplomatie iranienne dès vendredi. On fait un point en image avec Nicolas Chavantin.
[00:02:20] Speaker 2: Après avoir fait planer la menace d'une guerre régionale, Téhéran joue l'apaisement. Et ouvre la porte à deux possibles négociations.
[00:02:30] Speaker 3: À ce stade, divers points ont été abordés. Et nous examinons et finalisons actuellement les détails de chaque étape du processus diplomatique que nous espérons conclure dans les prochains jours.
[00:02:42] Speaker 2: Le président Massoud Pézechkian a même ordonné l'ouverture de pourparlers avec les Etats-Unis. Selon plusieurs sources, une rencontre pourrait avoir lieu ce vendredi à Istanbul entre l'émissaire américain Steve Whitcoff. Steve Whitcoff est le chef de la diplomatie iranienne Abbas Harakshi. Au cœur des tensions, le programme nucléaire de la République islamique. Washington accuse le régime de chercher à se doter de l'arme atomique, ce que Téhéran dément fermement. Des discussions s'étaient tenues au printemps dernier, mais avaient à choper sur l'enrichissement d'uranium avant que la guerre des 12 jours de juin dernier ne retarde le programme. De son côté, Donald Trump continue de souffler le chaud et le froid.
[00:03:23] Speaker 3: « Nous avons les points. » « Nous avons les points. » « Nous avons les plus grands, les plus puissants navires du monde là-bas. Nous sommes très proches. Quelques jours, j'espère qu'on va trouver un accord. »
[00:03:32] Speaker 2: Une dizaine de navires américains stationnent toujours dans le Golfe, le signe qu'une intervention militaire n'est pas exclue à ce jour. La pression se maintient sur l'Iran après la répression sanglante de la contestation contre le régime. Lundi, Téhéran a convoqué les ambassadeurs des pays européens après que ces derniers ont désigné les gardiens de la révolution comme organisation. Il y a eu une réaction terroriste.
[00:03:57] Speaker 1: Georges Malbrunaud, guerre ou négociation ? On entend dire maintenant qu'il va y avoir des discussions peut-être entre Steve Whitkoff et le chef de la diplomatie iranienne vendredi en Turquie, selon le site Axios.
[00:04:08] Speaker 4: « Aujourd'hui, on est plutôt, pour les jours qui viennent, sur un mode, je dirais, de négociation puisque, de part et d'autre, vous avez eu une activité diplomatique intense. La Région est allée à Moscou. Les pays arabes voisins ont fait beaucoup pression. La Turquie également. Et on a appris, donc, que Whitkoff et Arakci allaient se voir vendredi. Parce que je crois que, de part et d'autre, et pas uniquement de part et d'autre, il n'y a que des mauvaises solutions. Il y a des mauvaises solutions, évidemment, pour les manifestants. Aujourd'hui, il n'y a plus de manifestations. Et il y a un risque que ces manifestants, vous avez vu, Donald Trump ne parle plus d'eux. Donc, il y a un risque qu'ils soient abandonnés. Il y a une mauvaise solution pour Donald Trump qui voudrait une frappe courte et décisive, mais elle n'existe pas.
[00:04:49] Speaker 1: Pourquoi vous dites qu'elle n'existe pas ? Elle est calculée comme n'existant.
[00:04:53] Speaker 4: Une frappe courte et décisive qui n'entraînerait pas un enlisement militaire. Je crois que la hiérarchie militaire américaine lui l'a dit à Donald Trump. Ça n'existait pas. Et côté gouvernement république islamique, eh bien, vous avez une situation où vous êtes sous pression. Et donc, il n'y a pas grand-chose d'autre à faire que d'accepter, probablement, des négociations. Et on va voir, ce qui va être très important, c'est le format. Est-ce qu'on met uniquement le nucléaire comme les Turcs ont demandé aux Américains ? Ou est-ce qu'on met tout ? Et là, auquel cas, on s'acheminera vers un échec parce qu'on ne peut pas tout mettre dans le même rang de négociations. Mais si on commence par le nucléaire, avec peut-être une possibilité de... Les Iraniennes, elles ne sont pas forcément opposées. Le transfert des 400 kilos d'uranium en Richine à l'étranger contre une certaine levée des sanctions, voilà. Mais on verra au cours des jours prochains, on verra vendredi, si on est dans ce scénario-là ou si on est simplement dans un scénario, je dirais, de demande maximale et auquel cas, on va vers l'échec.
[00:06:00] Speaker 1: – Mariam, oui, parce que pour l'instant, on était plutôt dans des négociations avec des demandes maximales de Trump, c'est-à-dire arrêt total de l'enrichissement d'uranium en Iran, limitation du programme de missiles balistiques et fin du soutien à ces proxys. Donc là, c'était maximaliste et totalement inacceptable pour les Iraniens.
[00:06:16] Speaker 5: – Mais c'est exactement les mêmes demandes qu'il y avait sur la table il y a 10 ans au moment de l'accord sur le nucléaire iranien. Et justement, les chancelleries occidentales, au moment de la signature à Vienne en juillet 2015, disaient en off, on n'a pas du tout réussi à les faire plier sur l'ingérence iranienne dans la région. Et donc, il y a eu plusieurs rangs de négociations secrètes, notamment via le canal d'Oman, et il y a même des conseillers de Donald Trump qui se sont rendus compte que c'était pratiquement le même accord qu'avait signé Barack Obama. Donald Trump, il sort de cet accord en 2018, et depuis, il a une obsession, c'est refaire un accord avec la République islamique. Mais pardonnez-moi, mais c'est illisible la position de Donald Trump. On n'est pas dans l'Iran de 2015. On est dans un Iran où il y a eu des milliers, des dizaines de milliers de morts. Donc effectivement, quand les manifestants en Iran sortent contre le régime le jeudi 8 janvier et le vendredi 9 janvier, c'est vraiment pour demander la fin de la République islamique, en ayant deux appels en tête, celui de Reza Pahlavi, le fils du dernier Shah d'Iran, qui dit « je suis là, l'aide arrive », et Donald Trump qui dit « reprenez vos institutions, l'aide arrive ». Et là, aujourd'hui, de négocier le nucléaire avec ce régime-là, mais énormément. Aujourd'hui, quand on parle avec des Iraniens, moi, tous ceux avec qui je parle me disent « quand est-ce qu'il va frapper ? ». Quand est-ce qu'il va frapper ? Ils n'attendent que ça. Et aujourd'hui, d'entendre dire qu'il va y avoir des négociations à Istanbul, c'est une double trahison pour eux, parce qu'ils se sont déjà sentis abandonnés après les 8 et le 9 janvier, et ils se sentent une nouvelle fois abandonnés par Donald Trump, qui a quand même soufflé le chaud et le froid depuis trois semaines sur la position iranienne. En tout cas, une chose est sûre, c'est que les manifestants en Iran pour la liberté aient le cadet de ses soucis, et ça, c'est une illustration de ça.
[00:07:52] Speaker 1: Mais on ne peut pas dire que l'intervention militaire soit totalement exclue ce soir de la part des États-Unis, David Rigoulet-Rose.
[00:07:59] Speaker 6: Ah non, non, elle est loin d'être exclue. Alors effectivement, il y a une communication, on va dire, inflationniste sur les ouvertures de négociations potentielles, puisque de part et d'autre, en réalité, les deux parties ont intérêt à gagner du temps momentanément, pour des raisons différentes. Les Iraniens, c'est parce qu'ils sont acculés, que ça leur permet d'évaluer. La situation est de gagner du temps par rapport à la pression qui est du côté des Américains. Il y a deux aspects qui rentrent en ligne de compte. D'abord, tout le dispositif n'était pas complété, notamment le dispositif des batteries anti-missiles. Il y a le système TAD, notamment, et il n'est pas prêt. Il n'était pas complété, il n'était pas achevé. Il y avait déjà des TAD, etc. Mais là, il faut. C'est aussi les autres pays arabes. C'est pour ça que d'ailleurs, les pays arabes avaient, avaient dit au moment où ça s'était, on avait évoqué une frappe. Oh là là, pas maintenant. Israël aussi.
[00:08:57] Speaker 1: Mais parce que la frappe pourrait justement arriver sur la base militaire au Qatar ou ailleurs.
[00:09:01] Speaker 6: À l'époque, il n'y avait pas la défense anti-missiles qui va, qui va être complétée. Puisque les systèmes TAD et PAC-3 Patriote arrivent. Donc tous les pays qui sont, qui vont être sous le feu potentiel, sont un peu rassurés. D'ailleurs, ça a justifié le changement de pied du ministre de la Défense, le saoudien qui, en privé, aurait dit que si, si après tout ce dispositif, il se passait rien, ça allait renforcer l'Iran. Donc ça veut dire que tout le monde s'attend quand même à quelque chose, parce que tout peu de gens ont dit quand même, ça a été démenti. Oui, oui, publiquement, ça a été démenti. Mais je peux s'interroger quand même sur le off. Et en tout cas, peu de d'acteurs croient à la finalisation d'un accord.
[00:09:48] Speaker 1: Rina Bassiste, Israël, Witkoff sera en Israël demain. Donc on imagine bien qu'ils ne vont pas parler que de Gaza, mais aussi de l'Iran. Quelle est la position d'Israël ? Parce qu'il y a quelques semaines, on avait l'impression que Israël ne voulait plus d'intervention militaire. Est-ce qu'aujourd'hui, il serait plus prêt ?
[00:10:03] Speaker 7: Je ne crois pas qu'Israël ne voulait plus. C'est comme David a dit tout à l'heure. Israël n'était pas prête à estimer que peut-être la défense aérienne n'était pas à 100% en place. Donc il fallait attendre un petit peu. Donc c'est plus ou moins les mêmes raisons maintenant. Georges a bien expliqué les différents scénarios. Parce qu'on a le scénario de l'attaque, mais on a aussi le scénario des négociations. Mais dans les négociations, qu'est-ce qu'on négocie ? Si on ne négocie que le nucléaire, là Israël est extrêmement inquiète. Et ce n'est pas par hasard qu'il y avait plusieurs chefs des agences de sécurité israéliennes qui sont rendus à Washington ces dernières deux semaines. Il y avait le chef de Mossad, David Barnier. Il y avait le chef de renseignement militaire, Shlomi Binder. Il y avait aussi ce vendredi le chef d'État, le chef de l'armée, Eyal Zamir. D'abord, pour dire aux Américains, regardez, si vous tapez, il y a de telles et telles cibles qui nous intéressent, Israël. D'abord, bien sûr, la question des missiles balistiques. Ça, c'est la priorité israélienne pour l'instant. Et pareil pour le cas des négociations. Là aussi, s'il vous plaît, les Américains, ne faites pas la même erreur, justement, de focaliser seulement sur le programme nucléaire. Il y a aussi la question des missiles balistiques. Et il y a aussi la question des proxys, qui est aussi intéressante. Et bien sûr, il ne faut pas oublier, ça, ce n'est peut-être pas le rôle des Israéliens de dire, mais la question des manifestants. Est-ce que ça ne va pas être partie de ces négociations ? Pour l'instant, on s'interroge sur la question. Un mot, justement.
[00:11:46] Speaker 1: L'Iran, elle doit... Elle a le doigt sur la gâchette. En tout cas, c'est ce qu'ont dit les autorités iraniennes. Georges Malbruno, est-ce que, justement, c'est un problème de calibrage qui expliquerait une absence tout de suite d'une intervention militaire ? Est-ce que les Iraniens, cette fois, sont plus préparés à une offensive militaire américano-israélienne ? Parce qu'on n'a que, par exemple, en juin dernier.
[00:12:07] Speaker 4: Oui. Alors, on a le doigt sur la gâchette. Bon, ça fait partie de la rhétorique iranienne.
[00:12:11] Speaker 1: Il y avait une vraie escalade dans la rhétorique.
[00:12:13] Speaker 4: Oui, il y avait une vraie escalade. Mais il faut se souvenir, quand même, qu'en 2020, lorsque les Américains ont assassiné... Qassem Soleimani, ils n'ont rien fait. Et que, l'an dernier, vous vous souvenez, ils n'ont pas fait grand-chose. Donc, il faut faire attention à la rhétorique.
[00:12:25] Speaker 1: Parce que c'était ciblé, disons. Et ça pourrait être aussi quelque chose de ciblé, si jamais ils intervenaient.
[00:12:29] Speaker 4: Ensuite, ce qui est vrai, c'est que l'Iran, depuis juin, a réapprovisionné ses stocks de missiles balistiques, a reconstruit quelques installations nucléaires. Et donc, effectivement, ils sont davantage prêts...
[00:12:40] Speaker 1: Est-ce qu'ils ont enrichi l'uranium en plus ou pas ?
[00:12:42] Speaker 4: Non, non. A priori, non. A priori, non. Je vous le dis. Donc, c'est balistique. C'est pour ça que le dossier du nucléaire... Et je pense qu'ils ont raison, les Américains, de le mettre en top priorité. Parce que... Et c'est ce que les Turcs leur ont dit. Leur ont dit, commençons par régler dossier par dossier. Sinon, si on met un package global, alors là, c'est la voie pavée vers un échec. Parce que les Iraniens peuvent faire un geste sur le nucléaire en échange de quelques compensations économiques. C'est important, y compris pour le peuple, même s'ils ne veulent plus dans leur grande majorité de la République islamique.
[00:13:14] Speaker 1: Donc, une levée parcelle des sanctions, par exemple.
[00:13:16] Speaker 4: En tout cas, c'est ce qu'ils souhaiteraient. C'est très à terme. Mais si on met le nucléaire, le balistique, les proxys... Les proxys qui sont déjà quand même bien affaiblis. Là, effectivement, il n'y aura pas de négociation. Au bout de quelques heures, on va vers un échec. Donc, voilà.
[00:13:30] Speaker 1: Mais Vizkov, il espère que la négociation aboutira, dans le fond.
[00:13:33] Speaker 4: Probablement, probablement. Mais je pense que les Américains vont y aller prudemment. Et ils l'ont dit, quand même. Ils l'ont dit aussi qu'on est revenus plutôt sur une négociation. D'abord, sur le nucléaire. Donald Trump a parlé de nucléaire. Après, ça ne veut pas dire qu'il n'y aura pas d'autres dossiers. Le balistique est très important pour les pays arabes autour. Mais pour l'instant, je crois qu'il hiérarchise, je dirais, les priorités, dans l'espoir de trouver un accord.
[00:13:56] Speaker 1: Et vous disiez, Mariam, que les Iraniens, eux, le peuple, souhaiteraient une intervention parce que la répression du régime a été terrible. On se souvient de l'arrestation d'Erfan Soltani, qui était devenu l'un des visages de cette révolution. Il a été libéré samedi sous caution. C'est ce qu'a déclaré son avocat. On va d'abord voir son portrait en images avec Nicolas Chamontin.
[00:14:17] Speaker 2: Son visage a fait le tour du monde le mois dernier. Erfan Soltani, 26 ans, est à présent libre grâce au paiement d'une caution d'environ 10 000 euros, selon son avocat.
[00:14:30] Speaker 8: Il a été libéré samedi et a récupéré ses effets personnels.
[00:14:35] Speaker 2: Le jeune homme est devenu malgré lui l'un des symboles de la révolte du peuple iranien. Arrêté le 10 janvier alors qu'il manifestait contre le régime, il était détenu depuis dans une prison près de Téhéran. Quelques jours plus tard, les Etats-Unis et plusieurs ONG craignaient son exécution. Une éventualité écartée par la justice iranienne, qui dit le poursuivre pour propagande contre le système et rassemblement contre la sécurité nationale. Des chefs d'accusation passibles d'une simple peine de prison. Mais sur France 24, l'une de ses proches l'assure. Erfan Soltani n'est pas un homme violent.
[00:15:11] Speaker 7: Erfan Soltani est un homme gentil.
[00:15:15] Speaker 9: C'est un jeune homme gentil. Gentil et généreux.
[00:15:19] Speaker 7: Je pense que son visage reflète son âme.
[00:15:25] Speaker 9: S'il est allé manifester, c'est parce que c'est un droit que chaque citoyen dans le monde devrait avoir.
[00:15:33] Speaker 2: De nombreux manifestants restent enfermés dans les geôles de la République islamique. Selon une ONG basée aux Etats-Unis, plus de 42 000 personnes ont été arrêtées en un mois de rassemblement. Estime à 20 000 le nombre de personnes tuées par le régime.
[00:15:50] Speaker 1: Mariam, Erfan Soltani a été libéré sous caution. Donc ça ne veut pas dire qu'il ne sera pas condamné ?
[00:15:55] Speaker 5: Non.
[00:15:56] Speaker 1: C'est ça qu'il faut aussi préciser. C'est quoi le message du régime quand ils font cette délibération ?
[00:16:02] Speaker 5: Erfan Soltani était devenu un peu un emblème. Parce qu'effectivement, c'est un des premiers où on a appris sa condamnation, son arrestation. Son visage a été utilisé par le secrétariat. Son visage a été utilisé par le secrétariat. Il a été utilisé par le département d'État américain et Donald Trump. C'est-à-dire que le département d'État américain a un compte sur Twitter, X, anciennement Twitter, en perçant pour s'adresser aux Iraniens. Et il y avait la photo d'Erfan Soltani. Il y avait effectivement de très grandes craintes sur le fait qu'il soit exécuté. Mais encore une fois, c'est un système qui est totalement opaque. L'autorité judiciaire, c'est une autorité judiciaire qui dépend directement du guide suprême, Ali Khamenei. Et tous les messages qu'il a eus, de toute façon, depuis le début des manifestations et au moment de la répression, c'est quand même de dire, il a quand même dit, il y a des centaines de milliers d'Iraniens qui ont donné leur vie pour la République islamique. S'il y a des milliers d'autres qui doivent la donner, ils la donneront. Donc, c'est un message qui va dans le sens où la dureté sécuritaire est en place, la répression sécuritaire, la répression pénitentiaire et judiciaire est en place, tout comme le procureur général de la République islamique. Aujourd'hui, parce que Erfan Soltani, c'est différent, mais il y a combien ? Il y a des dizaines de milliers de personnes qui ont été arrêtées, et si des personnes sont pendues à l'aube, on ne le saura pas, parce que là, aujourd'hui, l'agence qui... Donc, c'est une communication de la part du régime ? Bien sûr, il y a une agence qui s'appelle Mizan, qui, en général, annonce les pendaisons, annonce les exécutions. Là, elle est très silencieuse. Il ne faut pas oublier que l'année dernière, l'Iran a exécuté 1 400 personnes en un an. C'est un record mondial. Donc, aujourd'hui, il y a des dizaines de milliers de personnes qui sont en train... qui sont emprisonnées. Il y en a plein. Dont les familles n'ont aucune nouvelle. Depuis deux semaines, on ne sait pas où ils sont. Il y a des exécutions sommaires qui ont eu lieu dans les hôpitaux, qui ont eu lieu dehors, qui ont sûrement eu lieu en prison, et ça, on ne le sait pas du tout. Donc, Erfan Soltani, c'est un message pour dire, voilà... Vous savez, ce que Georges disait, c'est la rhétorique... David disait la rhétorique du régime, et Georges aussi. Au moment où Donald Trump dit qu'on négociait avec les Américains, ça avance bien, au même moment, au Parlement iranien, il y avait tous les parlementaires, même le Mollah, qui étaient en avis militaire, en habit kaki, et qui criaient à mort les États-Unis. Vous voyez, c'est ça, en fait, c'est qu'à la fois, ils sont complètement accueillis... Et ils ont arrêté quatre ressortissants étrangers dont on ne connaît pas la nationalité en même temps. C'est toujours le même mode opératoire. Et d'ailleurs, c'est souvent les Irano, les citoyens iraniens avec une autre nationalité européenne qui sont extrêmement en danger, et là, ils se mettent à arrêter de plus en plus d'étrangers parce que ça reste des monnaies d'échange. N'oublions pas qu'on a deux ressortissants français qui sont encore emprisonnés en Iran à l'ambassade de France. Enfin, ils ne peuvent pas sortir, ils ne sont pas emprisonnés. Ils sont sortis de prison, mais ils sont en résidence surveillée à l'ambassade de France. C'était Cholera et Jacques Paris. Donc ça, c'est un moyen d'échange et de pression sur les chancelleries occidentales.
[00:18:44] Speaker 1: Il y a eu une explosion également, vous voulez y revenir une petite minute, David Rigoulet-Rose, qui est survenue samedi dans un immeuble résidentiel de Bandar Abbas, donc c'est un port du sud de l'Iran, sur le Golfe. Elle est restée inexpliquée. Ensuite, on a dit que c'était une fuite de gaz. Finalement, est-ce qu'on connaît l'origine de cette explosion ? Quelques jours après, deux jours après ?
[00:19:04] Speaker 6: Pour les fuites de gaz, les Iraniens font souvent de l'humour en disant à chaque fois qu'ils évoquent le caractère dysfonctionnel de l'acheminement du gaz en Iran. Pour expliquer, un peu sur le mode de l'humour, le fait que c'est pour masquer vraisemblablement des causes qui ne sont pas forcément accidentelles. Et en l'occurrence, l'immeuble n'aurait pas été relié au gaz. Celui-là, en tout cas. Ah, donc il faut évacuer la fuite de gaz. Cela dit, ça a fait spéculer, ça a suscité des rumeurs, notamment de l'éventuelle présence du chef de la marine des passes d'Aran. Justement, Tankziri, l'amiral Tankziri.
[00:19:40] Speaker 5: Et Irani aussi, Shah Amirani.
[00:19:42] Speaker 6: Et ça, puisqu'il y a des vidéos qui font état de la sortie d'un militaire justement sur un brancard dont on ne connaît pas l'identité. Donc, il y a eu effectivement quelque chose. Le port de bord d'Arabas, c'est quand même le QG de la marine des passes d'Aran dans le Golfe. Il y a un précédent, en avril 2025. C'est quand il y avait eu une énorme explosion, toujours inexpliquée officiellement, dans le port. Et vraisemblablement, c'était une explosion d'un stock en provenance de la Chine de perchlorate de sodium, qui est un carburant qui alimente les missiles, justement. Donc, évidemment, ça suscite beaucoup d'interprétations. Qui en serait à l'origine ?
[00:20:21] Speaker 1: Il y a des experts qui le disent le Mossad.
[00:20:23] Speaker 4: Oui, ça peut être le Mossad, mais on n'en sait rien. Ce qui est intéressant, c'est que c'est intervenu le lendemain du jour où les Iraniens ont annoncé des manoeuvres navales avec la Russie et la Chine. Et hier, les mêmes... Les Iraniens ont annulé ces manoeuvres navales. Donc, ça fait partie, comme on disait tout à l'heure, de part et d'autre... C'est le narratif. C'est le narratif pré-guerre, pré-négociation, etc. Mais plutôt dans un sens, là, on est dans un sens... Les Israéliens ont tout de suite dit, je ne sais pas s'il faut les croire, ça n'est pas nous, etc. Voilà, on est plutôt aujourd'hui dans une posture, on prépare des négociations, pour quel but, je n'en sais rien, mais on est plutôt dans cette posture-là.
[00:21:04] Speaker 5: Il y avait une journaliste qui était en direct, devant l'immeuble, et on voit sur les broncages, comme le disait très bien David, des militaires avec un habit vert et possiblement des gardiens de la Révolution. Ben, Darabosse, ce n'est pas n'importe quelle ville. Et d'ailleurs, il y a eu sept autres explosions en Iran. Il y a eu à Roms... À Vaz. À Vaz, qui est à la frontière avec l'Irak, qui a été un gros foyer de contestation, là, ces dernières semaines, d'ailleurs, par ailleurs, qui est près des champs pétrolifères. Il y a eu à Tabriz. Il y a eu plein d'explosions très, très étranges.
[00:21:31] Speaker 6: Ça fait partie de la guerre de l'ombre. Rouillard. C'est vraiment la guerre de l'ombre.
[00:21:36] Speaker 5: Ben, c'est une guerre de pressurisation. On sait très bien que le Mossad est très présent sur le territoire iranien. Et là, ça ressemble quand même fortement... Voilà, on n'a pas la certitude, mais aux frappes de drones qu'il y a eu au mois de juin pendant la guerre des Deux Jours en Iran.
[00:21:50] Speaker 7: Oui, c'est vrai que ça ressemble beaucoup aux motos opérales de Mossad, mais quand même, moi, je serais un peu prudent parce que est-ce que vraiment Israël aurait lancé une telle opération avant que les présidents américains prennent une décision sur l'Irak ? Je ne suis pas sûre s'il va frapper ou pas. Je ne suis pas tout à fait sûre parce que dans une telle situation, il faudra quand même que les Israéliens demandent la permission aux États-Unis pour ne pas gâcher tous les trucs parce que si vraiment ça aurait été une opération réussie et si vraiment il y avait des gros titres que ces commandants très importants étaient tués et après ça, les Iraniens ripostent d'une telle ou telle façon, Washington aurait pu dire à Israël qu'il faut cacher tous les préparatifs. Moi, j'ai des doutes si c'était vraiment les Mossad. Le résultat opérationnel
[00:22:42] Speaker 4: est quand même limité. J'abonde un peu dans le sens d'Orima. Le résultat opérationnel est quand même assez mince.
[00:22:50] Speaker 5: Ça peut être un moyen de pression.
[00:22:52] Speaker 6: On ne peut pas exclure aussi une cause interne. Il y a une effervescence en ce moment en Iran. Il y a des tensions très fortes. On le voit entre les membres du Netzam, du système, avec des accusations très violentes, l'endroit des anciens réformateurs, etc. On ne peut pas exclure qu'il y ait des acteurs qui soient proprement internes qui participent aussi à cette tension.
[00:23:14] Speaker 1: Est-ce que justement ce que disait Mariam il y a une seconde, cette volonté de la plupart des Iraniens qu'il y ait une frappe, est-ce que ça pourrait pousser les États-Unis à la mener à un moment donné quand le parapluie sera prêt ?
[00:23:30] Speaker 4: C'est toute la question de savoir quel est l'objectif final de Donald Trump. Aujourd'hui, on voit bien que l'objectif final ce n'est pas le changement de régime. Il n'a pas adoubé Reza, pas la vie.
[00:23:40] Speaker 1: Il a dit à un moment donné attendez, on arrive.
[00:23:44] Speaker 4: On n'est pas arrivés, on négocie. Aujourd'hui, il y a un risque que les Iraniens se retrouvent comme les Irakiens chiites en 1991. Vous vous souvenez lorsque Saddam avait envahi le Koweït, tout le monde les avait encouragés à se rebeller, 13 des 16 provinces de l'Irak étaient tombées. Ils ont décidé de monter sur Bagdad. Les Américains les ont lâchés. Donc il y a un vrai risque que les Iraniens soient abandonnés. J'espère que ce ne sera pas le cas. Mais aujourd'hui, on est dans une phase diplomatique. Ça ne veut pas dire, comme ça a été dit, que demain, Donald Trump n'a pas rengainé. Ce qui est sûr, quand on appelle, moi j'appelle des contacts aux Émirats Arabes Unis à la base française, on dit qu'on n'a aucun signe d'une attaque militaire prochaine. Il n'y a pas d'annonce, il n'y a pas de préparatif, etc. Donc on est dans une phase de pré-négociation. Mais ces négociations, si elles n'aboutissent pas, il faudra bien que Donald Trump, quand même, il délivre quelque chose. Simplement, il est face à la quadrature du cercle, parce que, comme je vous l'ai dit, une frappe... Lui, il peut frapper, il l'a frappé déjà, mais il ne veut pas de frappe longue. Or, il ne va pas renverser le régime avec une frappe courte et décisive.
[00:24:48] Speaker 1: C'est ça, mais que peut-il frapper ? Mariam, lorsque les Iraniens disent qu'ils souhaitent une frappe, est-ce qu'ils ne pensent pas aux conséquences aussi d'un embrasement régional, d'un régime qui, finalement, ne va pas basculer ? Parce qu'en fait, ce n'est pas
[00:25:02] Speaker 5: l'évaluation du risque, ce n'est pas évident. Vous savez, il y a plus de six mois, au moment de la guerre des douze jours, il y a beaucoup d'Iraniens qui étaient contre cette guerre avec Israël, parce qu'il y a eu un choc, il y a eu une scédération. Et aujourd'hui, ils pensent l'inverse. Ils demandent des frappes. Et donc, je demandais à des Iraniens pourquoi, maintenant, vous avez changé la vie. Au risque de penser à l'Irak, à l'époque, de dégâts que ça peut faire, etc. Il y a un Iranien qui m'a dit... Parce qu'entre-temps, il y a eu au moins 20 000 morts tués par Ali Khamenei ou Benjamin Netanyahou. Finalement, ça ne fait plus de différence. Ils en sont à ce niveau de désespoir. Ils n'ont pas peur d'un conflit qui pourrait s'embraser ? Ils ne pensent pas. Pour eux, il y a eu une urgence. Ils ont été lâchés. Ils ont manifesté à main-nue contre le régime. On leur a tiré dessus avec de la kalachnikov, avec des armes de guerre. Et plus les arrestations, plus... On a parlé de toute l'horreur de cette répression. Et donc, aujourd'hui, ils sont dans un tel niveau de désespoir qu'eux, ils s'imaginent que les frappes, elles vont être ciblées sur, par exemple, la maison Beterra Bari, là où habite Ali Khamenei, mais qui est dans un bunker, qui est dans un tunnel. Vous savez, le Beterra Bari, c'est une ville dans la ville, en fait, à Téhéran, et qui a des kilomètres et des kilomètres de tunnels qui ont été construits. Ou alors des quartiers de Bassidji qui ont réprimé les manifestants. Et eux, ils imaginent que ça va être des frappes ciblées. Et quand vous leur dites... Une frappe ciblée n'implique pas le renversement du régime. Mais parce qu'eux, dans une urgence, ils se sentent complètement abandonnés. Quand ils manifestent et que Donald Trump leur dit « Allez-y, l'aide arrive », ils y croient. Les images qu'on voit et qui arrivent après le rétablissement d'Internet, regardez, il y avait des millions de personnes dans les rues d'Iran, parce qu'ils y ont cru, en fait. Et aujourd'hui, la violence de la répression, la brutalité, le nombre de morts, c'est sans commune mesure, en 47 ans, un des plus grands massacres qui a été commis en Iran. Enfin, c'est le plus grand massacre qui a été commis en Iran. Le plus grand, et de ces dernières années, dans la région.
[00:26:52] Speaker 1: Et cette demande, justement, du peuple iranien, vous pensez qu'elle pourrait influer, tout de même, sur une décision de Trump, finale ? C'est pas ça qui sera
[00:27:00] Speaker 6: un facteur décisionnel pour Trump. D'autant que les pays aux alentours ne souhaitent pas vraiment cette frappe. Oui, en revanche, ce qui est certain, c'est que ça rentre dans les paramètres, c'est-à-dire pour la fragilité du régime. Et donc, effectivement, à la base, il n'est pas pour un changement de régime sur le mode irakien, mais ça n'exclut pas qu'il soit pour un changement de régime sous une autre forme, c'est-à-dire une implosion, un régime collapse, pour que ça s'effondre de l'intérieur et qu'émerge...
[00:27:28] Speaker 1: Et ce qu'il pourrait provoquer, c'est une frappe sur Meneye, éventuellement, une frappe sur des gardiens de la Révolution, une frappe...
[00:27:34] Speaker 4: Des frappes longues, des frappes, une campagne longue.
[00:27:36] Speaker 6: Ça ne peut pas être une campagne courte. Lui, il a demandé des frappes décisives. Il ne veut pas de campagne longue. Ça ne peut pas être une campagne courte. Oui, mais le problème, c'est que comme il a présenté un ultimatum en termes de... un package, justement, il n'a pas dissocié aujourd'hui, et on peut se demander pourquoi, si vraiment il y avait une négociation qui était souhaitée, il n'a pas dissocié la question du nucléaire du balistique. En réalité, il veut un... On ne sait pas. Par rapport, justement, il a le syndrome... D'abord, il a le syndrome de la ligne rouge d'Obama. Il a le syndrome TACO. Il ne veut pas passer pour celui qui se dégonfle. Et il s'est beaucoup engagé, quand même. Donc, il a mis la barre très très haut. Ça va être très difficile de négocier quelque chose au rabais. Et donc, s'il souhaite éviter une opération militaire, il faudrait quand même qu'il obtienne quelque chose de très substantiel. Et on ne voit pas très bien comment les Iraniens seraient prêts à céder sur deux points. Ils ont toujours refusé. Et la limitation du programme balistique, qui est une ligne rouge pour eux.
[00:28:36] Speaker 5: Ce n'était pas dans l'accord du nucléaire.
[00:28:38] Speaker 6: Il était périphérique dans la résolution 2231. Donc, on va revenir à une négociation purement nucléaire.
[00:28:44] Speaker 4: C'est ce que les Turcs disent.
[00:28:46] Speaker 6: Le problème, c'est que ce ne serait plus un accord paramétrique sur le nucléaire. Ça veut dire que ce serait un accord systémique sur un ensemble de paramètres. Et mettre la barre aussi haut, on ne voit pas comment les Iraniens pourront accepter.
[00:28:58] Speaker 7: Rina Bassiste. Oui. Pour les Israéliens, il y a justement deux opportunités manquées. D'abord, après la guerre des 12 jours, c'est là où il fallait avoir des négociations
[00:29:08] Speaker 1: extrêmement...
[00:29:10] Speaker 7: D'abord, il n'y avait pas ces négociations extrêmement dures pour vraiment forcer la main aux Iraniens pour arriver à un bon accord, entre guillemets. Y compris la question balistique, voilà, juin dernier. Et comme Maria m'a bien dit, là, il y avait aussi une occasion manquée, une opportunité manquée, parce qu'il fallait agir très vite, très rapidement, après que les démonstrations ont commencé. Là, on a l'impression que cette dynamique, ces moments, côté américain, comme ils n'ont pas réagi tout de suite, là, ils ne sont plus très intéressés. Donc, Trump dit, on va voir comment les Iraniens vont réagir, qu'est-ce qu'ils vont nous dire. Tout ce dynamique, tout ce momentum, est un peu raté.
[00:29:54] Speaker 5: Il a remercié le guide, quand même, Donald Trump. Ça, les Iraniens n'oublient pas. Donc, il dit, voilà, on va négocier, je remercie le guide pour ça. Il a quand même dit, à la Maison Blanche, en fait, j'ai su, les policiers se sont défendus. Il a repris le narratif du régime. Donc, il est allé, il a fait vraiment un volte-face entre l'aide arrive et les policiers se sont défendus face aux manifestants.
[00:30:20] Speaker 1: Alors, que va lui dire Netanyahou
[00:30:22] Speaker 7: demain à Witkoff ? D'abord, les Israéliens ont les yeux ouverts. Ils comprennent bien que maintenant, il y aura d'abord des négociations. Peut-être une frappe après, si les négociations échouent. Ça, c'est possible. Donc, d'abord, insister, insister, insister sur la question des missiles balistiques. Soit négociations, soit attaques, mais de toute façon que ça sera un cible. Après aussi, si on va vraiment vers les négociations, je crois que pour Israël, les zéros d'enrichissement, comme c'était bien dit, il y aura les 400 kg qui vont les garder. Est-ce que vraiment on fait confiance à M. Poutine de les garder ? Moi, je ne suis pas tout à fait sûre. Parce que c'est ça qui est négocié, que les 400 kg d'uranium sont en Russie. Mais il y a cette proposition qui a été mise sur la table et d'ailleurs, je trouve ça extrêmement étonnant. Personne en Europe, personne en France, même en Ukraine, personne n'a réagi en disant est-ce que c'est vraiment
[00:31:22] Speaker 1: une bonne idée de laisser le président russe qui a 100 kg ?
[00:31:26] Speaker 4: Oui, c'est des idées qui ont été évoquées déjà depuis un certain temps. Par les Turcs, par d'autres, par des anciens responsables iraniens Il y a les Émirats, le Qatar, les Turcs, les Égyptiens. Je crois que l'élément déterminant ça va être est-ce qu'on séquence ou est-ce qu'on met tout un package ? Si on met tout dans un paquet, je ne vois pas le guide suprême qui a 86 ans, qui a quand même aujourd'hui, qui est le facteur de blocage, autant capituler, non. Alors qu'en revanche sur le nucléaire, qu'est-ce qu'il a rapporté au régime iranien ? Le nucléaire, rien. Il a coûté énormément d'argent, il n'a pas sanctuarisé le régime et le régime des millions d'Iraniens Donc s'ils sont un petit peu, s'il leur reste une once de rationalité et non pas d'instinct suicidaire, ce qui n'était pas leur cage qu'à maintenant, ils sont quand même acculés à négocier parce qu'ils sont quand même très affaiblis même si sur le plan sécuritaire, effectivement, c'est la répression.
[00:32:26] Speaker 1: Ce qui est intéressant quand même, c'est ironique de se dire que Trump est en train de négocier avec les Iraniens sur le nucléaire alors qu'il est sorti de l'accord sur le nucléaire qui est un accord multilatéral puisqu'il y avait la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, les Etats-Unis, l'Iran.
[00:32:42] Speaker 5: C'est assez ironique de se dire qu'il va se retrouver en négociation sur le nucléaire. Mais vraiment, l'accord qu'on s'est négocié ressemblait beaucoup à l'accord qu'a négocié Barack Obama. Lui, il veut son deal, Trump. On peut tout à fait imaginer qu'il rêve d'une rencontre avec Ali Khamenei. Comme il est tellement imprévisible, il veut son moment historique. Khamenei, peut-être pas. En revanche,
[00:33:06] Speaker 4: si je peux me permettre, Barack Obama, les Iraniens, Khamenei, en 2015, j'étais à Téhéran lorsqu'il a été signé, Khamenei ne voulait pas de société américaine en ville après. Aujourd'hui, parce qu'ils sont affaiblis, les Iraniens sont prêts à accepter les sociétés américaines si jamais il y a un accord. Et ça, vous connaissez très bien Trump, c'est un business man. L'Iran est un pays riche. Tout ça va être évoqué, je pense.
[00:33:30] Speaker 1: L'Europe. Le Parlement iranien qui a placé les armées européennes comme groupe terroriste. On va écouter Jean-Noël Barraud qui a estimé que l'Iran devait se résoudre à des concessions majeures.
[00:33:42] Speaker 10: On va écouter le chef de la diplomatie française. Les Etats-Unis se sont mis en situation de frapper l'Iran. Ils ont proposé à l'Iran des négociations dont l'Iran doit impérativement se saisir. C'est-à-dire à des concessions majeures et à un changement radical de posture.
[00:33:58] Speaker 1: La France n'a aucune légitimité ni légale ni morale pour intervenir ou commenter un processus diplomatique. C'est le porte-parole iranien qui l'a dit, David Rigoulet-Rose. On place les armées européennes en disant qu'elles sont groupe terroriste et on dit surtout que la France n'a plus rien à faire dans les négociations. Quel est l'objectif d'exclure les Européens de toute négociation possible ? De toute façon,
[00:34:24] Speaker 6: il y a un grief préalable, c'est le rétablissement du snapback dont la France était partie prenante avec le Royaume-Uni et l'Allemagne.
[00:34:32] Speaker 1: Et après le classement
[00:34:34] Speaker 6: sur la liste des terroristes. Il faut reconnaître qu'on a passé un seuil. Autant il y avait des pays qui l'avaient déjà fait, les Etats-Unis, le Canada, etc. De placer les gardiens de la révolution
[00:34:48] Speaker 1: sur la liste des terroristes.
[00:34:50] Speaker 6: Mais là, ce sont les 27. Il fallait l'unanimité. Ce qui jusqu'à présent n'avait pas pu être envisagé. Il y avait des blocages notamment de trois pays, la France, l'Espagne et l'Italie. Il se trouve que dernièrement, les trois se sont ralliés à l'idée de ce classement. Concrètement, ça ne va pas changer grand chose parce que de toute façon, en termes de sanctions, il y a déjà des sanctions personnelles. C'est pour ça que c'est pris comme un affront pour les Iraniens. Symboliquement, ça revient à classer, les pays sont dans la même situation que les pays d'Iran, Daech, etc. Donc ça veut dire que c'est d'une certaine manière acté le fait que l'Iran est un état paria. Et pour la fierté nationale iranienne,
[00:35:34] Speaker 7: c'est une humiliation. D'où le snapback. Oui, je crois aussi que c'est très important, pourquoi ? Parce que pendant des années et des années, c'était surtout la France qui a chapeauté cette approche. Il ne fallait pas forcer les Iraniens. Il fallait être gentil avec Téhéran.
[00:35:52] Speaker 4: Sur le nucléaire, on a toujours été à la pointe du glaive, je vous rappelle un télégramme diplomatique américain de 2010.
[00:35:58] Speaker 7: Il y a une dizaine d'années, mais depuis, il n'y avait pas vraiment de résultats à ça. Donc les Français, peut-être à raison, ils ont dit qu'on a des prisonniers français, on ne peut pas trop dire aux Iraniens. Là, il y a quand même un signe extrêmement fort pour reconnaître. C'est vrai, les Iraniens, ils sont peut-être les maîtres du monde des négociations. Ça ne veut pas dire que tous les Européens doivent plier automatiquement. Et ça, c'est aussi une leçon, je pense, pour les Américains, parce que là aussi, comme Georges l'a bien expliqué, ça sera des négociations extrêmement dures. Les Iraniens, malgré tout ce qu'on a infligé, la guerre des 12 jours, les sanctions, tout ça, ils ne sont pas d'accord à plier. Mais il faudra quand même une posture forte pour entrer dans ces négociations.
[00:36:49] Speaker 1: Georges Valbrunor, c'est une posture forte. Adopter la France et les pays européens ou finalement...
[00:36:53] Speaker 4: Oui, oui, parce que, comme David l'a dit, les gardiens, c'est 70% de l'économie, c'est la garde prétorienne. Donc ça veut dire que globalement, vous placez 70% du régime comme une entité terroriste. Donc c'est difficile après, même si on veut continuer. C'est très symbolique, mais on veut continuer de négocier.
[00:37:10] Speaker 1: Donc on va essayer, parce que l'Afrique doit négocier la libération encore, justement, des deux...
[00:37:14] Speaker 4: Laissez-moi terminer ce que je voulais dire. J'ai appelé ensuite l'ambassade d'Italie, après. Ce qui a été frappant, et on l'a vu encore aujourd'hui et hier, c'est que le niveau, par exemple, des ambassadeurs européens ont été reçus, admonestés par un directeur général au ministère des Affaires étrangères iranien. Donc ce n'est pas le ministre qui les a reçus, qui les a admonestés, etc. Donc l'Iran aussi, parce qu'elle est consciente qu'ils sont quand même très affaiblis, n'en fait pas des tonnes sur ce vote effectivement important. Pour l'instant, on est plutôt à dire, voilà, bon, c'est pas bien. On va vous mettre sur les organisations terroristes. Bon, j'ai appelé le ministère de la Défense. Les soldats français de la Finule, on n'a pas rehaussé la sécurité. La base française à Abu Dhabi non plus. Je pense que les Iraniens, le régime iranien a d'autres chats à fouetter aujourd'hui que d'aller attaquer, etc. Mais pour eux, effectivement, c'est une... Mais on verra qui sont les quatre nouveaux étrangers qui ont été détenus. Voilà, ça ne va pas changer énormément, je dirais, le mode opératoire iranien.
[00:38:15] Speaker 1: Ça ne change pas le processus de négociation entre la France et l'Iran sur la libération de Cécile Collère et Jacques Paris.
[00:38:20] Speaker 4: La question, justement, au Quai d'Orsay, on dit, ou à l'Elysée, ce sont deux dossiers qui sont compartimentés. Il faut l'espérer que, justement, mi-février, lorsque l'Iranienne sera rentrée en Iran, eh bien, on récupérera nos deux dotages. On verra si ces deux dossiers sont vraiment compartimentés parce que je crois que le procureur général de la justice iranienne a été mis aussi sur la liste des organisations terroristes. C'est quand même la justice qui négocie. Donc, moi, je suis un petit peu sceptique. On le verra mi-février.
[00:38:46] Speaker 1: – Mariam Kherzadeh, sur, justement, ces négociations sur la libération de Cécile Collère et Jacques Paris, qui sont donc, en ce moment, à l'ambassade de France, à Téhéran, et qui ne peuvent pas encore rentrer en France.
[00:38:56] Speaker 5: – Qui regardent ça de loin, évidemment, ça doit être difficile pour eux. C'est les échos qu'on a. Bien sûr, c'est ce qui explique le retard, effectivement, de Jean-Noël Barraud, enfin, de la France à s'exprimer sur ça. Mais pour revenir sur ce que vous parlez de la République islamique, elle est sensible à ça. Il y a eu une libération d'otages qui a été faite avec le retrait d'une plainte à la Cour internationale de justice. Donc, ils sont très sensibles à ça, à ce qu'on pense de Abbas Harachi, qui est invité au Forum économique de Davos. Il a été désinvité. Alors, lui, il dit, oui, c'est sous pression des Israéliens. En fait, c'est faux, parce qu'il y avait des plaintes qui avaient été déposées et que le Forum économique de Davos, après la répression, ne pouvait plus inviter un représentant iranien. – Mais t'as dit, on n'y était même pas. – Non, mais ils sont extrêmement sensibles à ça. Et pensez au Gardin de la Révolution, il y a beaucoup d'articles qui sortent en ce moment sur la fortune de Mosh Taba Khamenei, le fils du guide. On parle de 100 millions de dollars d'actifs à Londres. – Il y a. – À Londres, mais en tout, c'est des milliards. En fait, vous avez 10% des Gardins de la Révolution qui se partagent la part du gâteau. Vous savez, les Gardins de la Révolution, je vais employer un mot, c'est une mafia. C'est-à-dire qu'ils sont tous guidés par des appétits économiques individuels et donc il y a des rivalités, mais il y a 10% de ces Gardins de la Révolution qui se sont enrichis avec les sanctions et qui sont devenus millionnaires, milliardaires. Dans un article très bien documenté du Figaro, on parlait d'un intermédiaire, Ali Ansari, c'est très intéressant son cas. Il a des banques en Iran, il a injecté de l'argent parmi les Gardins de la Révolution. Et ces Gardins de la Révolution, ils ont investi en Europe, ils ont investi aux Etats-Unis. Leurs enfants sont ici. Et Ali Larijani, qui avait sa fille, je m'arrête là, qui était dans un institut de consommer le levier à Atlanta, elle a été renvoyée. Et ça, ils sont sensibles à ce genre de choses.
[00:40:36] Speaker 1: – Et ça, c'est l'impact de ces décisions européennes. – Oui, ils ont des prête-noms.
[00:40:40] Speaker 4: Donc les gardiens, ils ne vont pas venir passer leurs vacances à Paris, le chef, etc. Mais ils sont sensibles. Et c'est pour ça que je pense qu'ils n'ont pas, aujourd'hui, quand vous interrogez un diplomate, ils disent non, c'est un directeur général. Ça veut dire qu'eux-mêmes, leur réponse a été modérée. Parce qu'ils ne sont pas en capacité. Je pense que ce n'est pas leur priorité. Leur priorité, c'est de voir comment ils vont arriver de s'en sortir. Est-ce qu'ils vont pouvoir négocier ou pas ?
[00:41:04] Speaker 1: – Frappera ou frappera pas ?
[00:41:06] Speaker 6: – Je me garderai bien de…
[00:41:08] Speaker 1: – Personne ne le sait.
[00:41:10] Speaker 6: – Non, mais compte tenu, on va dire, du contexte et du paradigme qui se met en place, là, vu les exigences qui sont formulées et les refus de l'autre côté, on imagine mal que ça puisse bien finir.
[00:41:25] Speaker 1: – Vous êtes d'accord, Georges ? – Ah, j'ai plus le temps, on me dit.
[00:41:28] Speaker 4: – Moi, il n'y aura pas de frappe cette semaine, je pense. Mais la semaine prochaine, retrouvons-nous.
[00:41:32] Speaker 1: – Merci beaucoup, Mariam Pirzadeh, Georges Malbrun, Auréna Bassis, David Rigolero d'avoir participé à cette émission. Merci à vous tous de nous avoir suivis. Vous la retrouvez sur YouTube et sur les réseaux sociaux. À demain. – Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501
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