Valentin Henault on arrest and jail in India (Full Transcript)

A French journalist describes reporting on Dalits, arrest at a Gorakhpur protest, brutal prison conditions, and claims of politicized justice in India.
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[00:00:00] Speaker 1: Place maintenant à l'invité de cœur de l'info. On va parler de l'Inde ce soir, de sa société et notamment de sa hiérarchie sociale, vieille de plusieurs millénaires, qui divise la population en castes, à l'origine d'inégalités criantes à l'encontre de ceux qui sont à la base de cette échelle sociale, les dalits, dites aussi les intouchables. Ils représenteraient les deux tiers de la population indienne et leurs conditions de vie sont particulièrement difficiles. Et encore plus quand on est une femme, outre les discriminations, celles-ci sont aussi régulièrement victimes de viols, voire d'assassinats en toute impunité. Et c'est sur cette réalité très crue qu'un jeune journaliste français, réalisateur de documentaires, voulait enquêter un travail qu'il a conduit tout droit en prison, où il a connu des conditions de détention extrêmes. Et ce journaliste est notre invité justement ce soir, Valentin Henault. Bonsoir Valentin, auteur donc de « J'avais un rêve indien dans l'enfer » de la prison de Gorakpur. Qui vient de paraître aux éditions Bûcher-Chastel. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation ce soir sur France 24. Alors on commence par le début. Il y a donc un peu plus de deux ans, c'était en 2023, vous vous rendez en Inde pour deux mois environ, pour réaliser justement un documentaire sur les dalits, des familles dalits au Jharkhand, au Bihar et en Outar Pradesh. Donc on va voir apparaître sous peu une carte des états que vous avez visités pour réaliser cette enquête. Vous rencontrez à l'époque beaucoup de monde dans de nombreux villages et alors votre vision, disons, idéalisée de l'Inde s'évapore et vous êtes confronté à la dure réalité du pays.

[00:01:33] Speaker 2: Oui, je suivais une dame qui s'appelle Sima Gautam et qui est une activiste dalite, qui elle-même a subi des violences graves au cours de sa vie. Sa mère a été assassinée. On est dans des cadres de violences extrêmes et qui essayait de faire en sorte que les crimes qui sont commis en Outar Pradesh, soient punis.

[00:01:53] Speaker 1: Et on la voit ici, justement.

[00:01:55] Speaker 2: Oui, c'est elle dans une de ces... Elle part en campagne dans les villages un petit peu partout en Inde pour essayer de convaincre les dalits, donc les intouchables, qui appartiennent à la plus basse caste, de se révolter et de réclamer des conditions de vie meilleures.

[00:02:12] Speaker 1: Et donc, vous avez suivi cette activiste. Vous interrogez aussi de nombreuses personnes dalites. Votre vol retour est prévu en octobre. En octobre 2023, vous espérez donc retourner en France pour trouver des financements pour réaliser un documentaire à ce sujet. Or, le 10 octobre, si je ne me trompe pas, vous participez à une manifestation, justement, dans cette ville de Gorakpour, dans l'Outar Pradesh. Une manifestation qui ne plaît pas, évidemment, aux autorités.

[00:02:37] Speaker 2: Oui, qui ne plaît pas aux autorités, je ne sais pas, parce que c'est une manifestation, mais c'était quelque chose de très pacifique. C'était quelques milliers de paysans, surtout des femmes, qui étaient venues faire un sit-in devant la préfecture de Gorakpour, qui étaient là et qui prenaient la parole. C'était quelque chose d'organisé, de déclaré. C'est aussi pour ça que j'y suis allé, sans trop de crainte. Et j'ai eu tort.

[00:02:59] Speaker 1: Et qu'est-ce qui se passe alors ? Vous êtes alors arrêté ?

[00:03:03] Speaker 2: Oui, tout va très, très vite. Je me montre, au départ, simplement. Et mon arrivée crée une espèce d'effervescence.

[00:03:11] Speaker 1: Parce que vous êtes vu comme un étranger qui peut éventuellement porter la parole de ces dalites, c'est ça, à l'étranger ?

[00:03:18] Speaker 2: Oui, le fonctionnement. Je suis arrivé, les dalites qui étaient sur la scène en train d'intervenir ont aussi profité de mon arrivée. Ils ont dit « Nous avons notre partenaire étranger, le monde entier est avec nous ». Tout le monde se lève pour m'applaudir. Et du coup, je deviens le centre des regards, un petit peu malgré moi. Et oui, 20 minutes plus tard, je suis entouré par une dizaine de policiers inquiets. Des policiers inquiets qui se demandent pourquoi je suis là. Il y a tout de suite une suspicion, une présomption de culpabilité, je pense.

[00:03:49] Speaker 1: Alors justement, on va visionner une image de cette arrestation que vous nous avez transmise. Et c'est d'ailleurs votre carte blanche du jour, une image qui va apparaître à l'instant. On vous voit d'ailleurs sourire. Qu'est-ce que vous ressentez à ce moment-là ?

[00:04:05] Speaker 2: Là, ça fait 30 heures que je suis au poste de police et que je comprends qu'à moitié ce qui se passe. On est toujours à me dire « Vous sortez dans 5 minutes, vous sortez dans 5 minutes ». Donc on m'entretient dans cette idée que je vais bientôt sortir. Et en même temps, on prend mes empreintes, on me mesure, on constitue une fiche. Donc je sens bien qu'ils sont en train de me mentir. Et là, ils me prétendent qu'on va faire une photo pour pouvoir me présenter à un juge. Et moi, je comprends que c'est une photo qu'on va mettre dans les médias. C'est ça le but. Parce qu'ils veulent tous être sur la photo pour montrer qu'ils ont arrêté un dangereux terroriste étranger. Et du coup, je me dis qu'il y a un peu de provocation peut-être au bout de la fatigue. Et puis je me dis que je vais essayer de désamorcer leur propagande en apparaissant comme tout sauf quelqu'un de dangereux. Détendu, quoi. Comme quelqu'un de détendu et de souriant. À la limite, un bonnet qu'on n'a pas de raison d'arrêter.

[00:04:59] Speaker 1: Oui, je comprends. Qu'est-ce que vous parlez de terroriste étranger ? Qu'est-ce qu'on vous reproche, du coup, assez rapidement ?

[00:05:07] Speaker 2: Au début d'être là, dans les interrogatoires, pourquoi êtes-vous à Gorakpour ? Qu'est-ce que vous faites à Gorakpour ? Il y avait cette idée que ma simple présence, c'était quelque chose de douteux. Mais on ne va pas me dire, en fait, ce qu'on me reproche. Jusqu'à ce que j'aille en prison, je ne sais pas du tout ce qu'on me reproche. Deux jours après, à l'intérieur de la prison, je vois des journaux arriver. Et dans les journaux, il y a des doubles pages avec mon portrait qui détaillent absolument tout le contenu de mon sac, la moindre brosse à dents, et qui parlent d'un complot présumé qui aurait été héroïquement arrêté par les policiers de Gorakpour. Et donc là, on commence dans la prison à me... Je commence à entendre des gens, à mon passage, dire que je suis terroriste. Et là, je commence à avoir très peur. Je me dis, si on m'accuse vraiment de terrorisme, je suis dans un... C'est un gros problème. Je ne vais pas sortir bientôt.

[00:05:53] Speaker 1: On vous accuse d'être à la tête d'une conspiration internationale. Il y a une méfiance, généralement, disons, à l'encontre des journalistes étrangers qui sont présents dans le pays ?

[00:06:04] Speaker 2: Je pense qu'il y a une méfiance. Et dans mon cas, il y a plus qu'une méfiance, c'est qu'il y a une instrumentalisation. Ils vont utiliser mon cas pour montrer qu'on ne se laisse pas faire, pour aussi jeter le discrédit sur le mouvement d'Alit. En sous-entendant qu'il est piloté de l'extérieur, que ce n'est pas un vrai mouvement indien, mais que c'est quelque chose qui est fait pour semer la discorde dans la ville de Gorakpour.

[00:06:25] Speaker 1: Et on vous accuse aussi d'être, disons, un membre ou même un leader de la guérilla naxalite, cette rébellion maoïste née dans les années 60 en Inde et qui s'érige justement en défenseur des soukastes et notamment des adivasis, ces aborigènes indiens. C'est le fait de s'intéresser aux soukastes qui leur posent problème ?

[00:06:46] Speaker 2: Oui, c'est le fait de s'intéresser aux soukastes. Alors cette accusation de maoïste urbain, c'est quelque chose qu'on va faire peser contre beaucoup d'activistes. C'est presque un réflexe dès qu'on veut discréditer quelqu'un et sous-entendre qu'il n'est pas dans l'idéologie pro-hindou et pro-régime. Donc je pense que ça fait partie d'un vocabulaire. On était dans une inflation de suppositions, tout était permis.

[00:07:13] Speaker 1: Et les naxalites qui avaient été érigées il y a... Disons maintenant comme la menace numéro 1 par le Premier ministre Narendra Modi pour l'Inde elle-même. Et là, du coup, vous réalisez que vous risquez gros.

[00:07:28] Speaker 2: Oui, surtout qu'il y a des lois spéciales qui sont passées dans les dernières années en Inde, des lois de sédition, des lois antiterroristes et qui sont dérogatoires au régime juridique qui déjà n'est pas très protecteur des libertés. Et sur ces bases-là, il y a beaucoup de journalistes qui sont en prison depuis 3-4 ans. En détention provisoire, sans avoir de procès. Donc je sais que c'est quelque chose de possible. Et je me dis, ça commence à chauffer, ça peut s'appliquer à moi. Il se trouve que finalement, ce dont on va m'accuser, c'est de financement illégal.

[00:08:00] Speaker 1: Vous êtes donc incarcéré dans quelles conditions ?

[00:08:04] Speaker 2: Alors la prison est immense. C'est une prison de 3000 détenus. On n'est pas dans des cellules, on est dans des grandes baraques. C'est le mot qu'ils utilisent, baraque. De 200 personnes. Il y a des écuries. Il n'y a rien. C'est du béton avec un sol en béton. Alors les uns ou les autres peuvent avoir un drap ou peuvent avoir un oreiller. Et la première nuit, je suis dans la baraque la plus peuplée. Je n'ai même pas la place de me retourner ni à gauche ni à droite. Je suis obligé de dormir sur le côté. J'ai le souffle de chacun des détenus et leur ronflement dans mes oreilles. Il n'y a absolument aucun espace. Après, je vais aller dans une autre baraque, celle des capes psychiatriques.

[00:08:42] Speaker 1: Dans le pavillon des fous ?

[00:08:44] Speaker 2: Dans le pavillon des fous, oui. Je vais me muter là-bas. C'est plutôt une...

[00:08:48] Speaker 1: Des gens qui sont devenus fous à cause de la prison ?

[00:08:50] Speaker 2: Il doit y en avoir, oui. Qu'ils l'étaient aussi. Parce que je pense que c'est facile de rejeter la responsabilité sur les capes psychiatriques. Et que c'est aussi une façon de régler des affaires de crime. Malheureusement, de faire porter la responsabilité à des gens faibles ou fragiles.

[00:09:07] Speaker 1: Et en prison, vous rencontrez aussi beaucoup de personnes condamnées pour des histoires de mœurs. Parfois à des peines très longues. Des journalistes. Des indiens aussi. Une justice qui discrimine les bascastes. Et qui les envoie en prison pour des motifs parfois pas réels.

[00:09:24] Speaker 2: Oui. Pas que les bascastes. Les minorités, en général. Les musulmans. Alors, on a énormément d'adolescents musulmans en prison. Qui sont des jeunes garçons naïfs de 17 ans, de 18 ans. Qui ont eu le malheur d'avoir une histoire d'amour. Soit avec une jeune fille hindoue. Soit avec une jeune fille d'une autre caste, quand c'est des dalites. Donc, cet instrument-là. Alors, on les accuse de kidnappings, de harcèlement sexuel. Donc, c'est une façon de discréditer, oui, les dalites, les musulmans. Et ensuite, beaucoup d'opposants politiques qui sont pris dans des affaires prétextes. Et moi, j'avais notamment un compagnon de cellule dans le livre. Je l'appelle le spectre. Parce qu'il est là depuis 10 ans. Et il est arrivé à un état spectral. Où il n'arrive plus vraiment à articuler. Et lui, a eu le malheur de dénoncer Yogi Adityanath. Qui est le gouverneur de l'Ottar Pradesh. Et qui est...

[00:10:14] Speaker 1: Alors, effectivement, ce Yogi Adityanath dont on va voir une photo. C'est un moine fanatique. Dont le fief est justement ce village de Gorakhpur. Il est très lié à l'extrême droite hindoue. Et lié aussi à Narendra Modi.

[00:10:30] Speaker 2: Oui, c'est un grand homme du régime. Certains disent qu'il est plus puissant que Narendra Modi. Certains disent que c'est son successeur. Et c'est quelqu'un qui a énormément d'influence. Et qui est dans la surenchère. Et qui fait régner dans sa province d'Ottar Pradesh une violence extrême.

[00:10:46] Speaker 1: Et ses discriminations ?

[00:10:48] Speaker 2: Discriminations en particulier contre les musulmans. Et en second lieu, contre les Dalits, contre les Basquats. C'est un tacour. Les tacours, c'est une caste de guerriers. Il n'a plus grand-chose de guerriers, manifestement. Mais c'est eux qui ont le plus de pouvoir en Ottar Pradesh. Et qui sont dans tous les postes de pouvoir. Parce qu'un fonctionnement mafieux, les castes, au niveau du gouvernement.

[00:11:11] Speaker 1: Comment est-ce que vous en sortez ?

[00:11:14] Speaker 2: Comment est-ce que j'en sors ? Au début, j'en sors sur bail. C'est-à-dire sous caution. Parce qu'un juge d'instruction me libère. Je pense que j'ai eu énormément de chance. Parce que tout le monde n'arrêtait pas de me répéter dans la prison que personne ne sortait jamais à ce stade-là. Quand vous y êtes, en général, vous y êtes pour longtemps. La seule façon de sortir, même sous caution, c'est en appel. La première cour ne va jamais vous libérer. Moi, si. Elle m'a libéré. La juge est venue me voir en prison. Je pense qu'elle a dû prendre ce cas un peu à bras-le-corps. L'ambassade française aussi ? Non, l'ambassade jamais. L'ambassade ne m'a apporté aucune aide. Ni même une aide minimale pour le fait de trouver un avocat.

[00:12:03] Speaker 1: Pourquoi, selon vous ?

[00:12:05] Speaker 2: En partie par incompétence. Parce qu'il y a un système de remplacement des consuls. Et des ambassadeurs. Le consul, quand il est arrivé, il était là depuis deux mois. Je pense sincèrement qu'il ne connaissait pas la façon dont fonctionnait le système judiciaire indien. Qu'il n'avait pas de contact, de numéro d'avocat. Et ensuite, pour ne pas se fâcher avec les Indiens. J'ai senti une peur de se fâcher avec l'Inde. Moi, je leur demandais à la fin, juste de lever un avis de recherche qui m'aurait permis de sortir quand déjà l'affaire judiciaire était finie. Ils refusaient de contacter les autorités indiennes par peur de les braquer. Donc, il y avait cette idée qu'utiliser même un tout petit peu de crédit pour moi, c'était quelque chose qui leur serait défavorable. La vraie raison, je pense qu'on entretient de façade des relations très amicales avec l'Inde. Mais c'est des relations surtout économiques, de vente d'armes. Je pense que les droits humains d'un petit journaliste comme moi, ça ne rentrait pas en ligne de compte. Ça ne faisait pas le poids.

[00:13:03] Speaker 1: Et donc, les circonstances de la sortie de prison ?

[00:13:06] Speaker 2: Les circonstances de la sortie de prison, libérée sous caution. Et ensuite, perdu en Inde. En Inde, sans passeport, visa annulée. Donc, errant. Errant, impossible de même aller dans un hôtel. Je devais me cacher, sinon ils m'auraient mis dans un centre de rétention. Alors, un centre de rétention, c'est encore pire qu'une prison, je crois. Mais les conditions de ce que j'en ai entendu. Je me suis retrouvé face à une alternative. Alors, soit rester des années, comme ça, en espérant qu'un jour, quelque chose de positif arrive. Soit plaider coupable. Et j'ai décidé de plaider coupable. Alors, je ne sais toujours pas de quoi j'ai plaidé coupable, mais plaider coupable. Et il y a eu un arrangement entre mes avocats et le juge qui incluait un pot de vin. Alors, je ne sais pas exactement comment. Et je suis arrivé à un moment à Gorakpour. On m'a dit de me lever. Le juge m'a demandé si je confessais mon crime. J'ai confessé mon crime.

[00:14:00] Speaker 1: Donc, crime, à leurs yeux, c'est de porter la parole et les histoires, justement, de ces Dalits. C'est un sujet véritablement tabou. On sait que le pays est très mal classé dans le classement RSF de la liberté de la presse. Mais ça fait partie des... des sujets les plus tabous en Inde.

[00:14:13] Speaker 2: Oui, oui. Puis, il y a cette idée que... Je ne sais pas si c'est tellement un sujet tabou en Inde. Parce qu'en Inde, de caste, on en parle tout le temps. Il y a des statuts pour les castes. Il y a des partis politiques qui sont liés à certaines castes. Donc, je ne pense pas que ce soit un tabou en Inde. En Inde, ça peut donner lieu à du clientélisme. C'est quand même un sujet qui est sur la table. C'est à l'étranger que c'est quelque chose qui ne doit pas être... Je pense qu'il y a vraiment une diplomatie indienne, un soft power qui est basé sur le yoga, sur cette espèce d'image d'une Inde spirituelle. Spirituelle, médiatrice, qui peut faire le pont entre les nations. Et que... Et de plus grande démocratie au monde aussi. Cette idée, oui, de plus grande démocratie au monde, ce qui ne veut pas dire grand-chose. Et puis, ce n'est plus vraiment une démocratie. Mais je pense qu'ils font tout pour que les journalistes étrangers ne puissent pas couvrir et présenter cette image d'une Inde extrêmement inégalitaire. Et violente aussi. Violente et quasiment fascisante. Parce que le projet d'Indutva, le projet hindouiste que porte Narendra Modi, c'est un projet de pureté, c'est un projet de milice aussi, de milice de la jeunesse. Donc, c'est un projet extrêmement dangereux et dystopique.

[00:15:17] Speaker 1: Donc, l'Indutva, justement, ce nationalisme hindou déployé par Narendra Modi depuis plus de dix ans maintenant, justifie aussi cette... Vous avez commencé à en parler, mais cette politique discriminatoire à l'encontre de la population musulmane. Vous diriez que ce sont même des citoyens de seconde zone aujourd'hui ?

[00:15:34] Speaker 2: Oui, c'est plus que des citoyens de seconde zone. Je crois qu'on fait tout pour... Moi, ça, je l'ai vu surtout depuis la première... Enfin, j'ai vu au sein de la prison comment les détenus musulmans étaient tous isolés dans une seule baraque et n'avaient pas le droit de prier au vu et au su de tout le monde. Mais effectivement, on fait tout pour que les musulmans ne puissent pas se marier avec des femmes hindous et pour que les musulmans ne puissent pas s'installer dans des quartiers hindous. Donc, il y a des logiques de ségrégation. Et ensuite, dans le discours public, on instrumentalise l'ennemi intérieur. Voilà, c'est ça. Cinquième colonne, c'est l'ennemi intérieur.

[00:16:13] Speaker 1: Et parallèlement à ces discriminations dont sont victimes les minorités, notamment les musulmans, il y a depuis plusieurs années maintenant une véritable mainmise sur tous les pouvoirs, notamment le judiciaire, par le pouvoir central. Justement, est-ce qu'on peut encore parler de première démocratie au monde ?

[00:16:31] Speaker 2: Je ne pense pas. La mainmise, elle est claire. Moi, je l'ai vue depuis la prison. Celui qui conteste va se retrouver en prison. Il va se retrouver en prison pour des faits très graves et il va ensuite mettre une vie à prouver qu'il n'est pas coupable. Donc, le fait que la machine judiciaire, que la prison, la justice soient utilisées pour faire taire, c'est une certitude. Et à grande échelle.

[00:16:58] Speaker 1: Merci beaucoup, Valentin Henault, d'avoir témoigné ce soir sur France 24, sur votre expérience glaçante de la prison en Inde. Et je rappelle donc votre livre qui vient de paraître, « J'avais un rêve indien dans l'enfer de la prison de Gorakpur » aux éditions Buche. Chastel, merci encore d'être venu nous voir. Cet entretien est à retrouver sur notre site internet et nos réseaux sociaux. Restez avec nous.

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Arow Summary
In a France 24 interview, French journalist and documentary filmmaker Valentin Henault recounts traveling to India in 2023 to report on Dalits and caste-based violence alongside Dalit activist Sima Gautam. After attending a peaceful sit-in protest in Gorakhpur (Uttar Pradesh), he was arrested, held for roughly 30 hours at a police station, and then incarcerated in the overcrowded Gorakhpur prison under a media narrative portraying him as a dangerous foreign conspirator, even hinting at links to Naxalite insurgency. He describes harsh detention conditions, systemic discrimination in the justice system targeting Dalits, Muslims, and political opponents, and the use of sedition/anti-terror laws to keep people in long pretrial detention. Ultimately he says he was accused of illegal financing, released on bail, left without passport and with a canceled visa, and felt compelled to plead guilty via an arrangement involving bribery to exit the country. Henault criticizes the lack of effective support from the French embassy and argues India’s international image management and Hindutva politics contribute to repression, discrimination, and shrinking press freedom.
Arow Title
French Journalist Detained in India After Reporting on Dalits
Arow Keywords
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Arow Key Takeaways
  • Henault traveled to India to document Dalit lives and caste-based violence, following activist Sima Gautam.
  • He was arrested after appearing at a peaceful, declared sit-in protest in Gorakhpur and became a propaganda target as a ‘foreign conspirator’.
  • Media reports amplified suspicions, with insinuations of terrorism or Naxalite links before formal charges were clear.
  • He describes extreme overcrowding and degrading conditions in Gorakhpur prison, including transfer to a psychiatric ward.
  • He alleges the justice system is used to target Dalits, Muslims, and dissidents via fabricated morality or security charges and prolonged pretrial detention.
  • Released on bail but stranded without documents, he says he pleaded guilty through a deal involving bribery to leave India.
  • He criticizes French consular response as ineffective and overly cautious to avoid diplomatic friction.
  • He argues Hindutva politics and image management contribute to repression and declining press freedom in India.
Arow Sentiments
Negative: The tone is grave and critical, focusing on alleged arbitrary arrest, harsh prison conditions, systemic discrimination against minorities, politicized justice, and inadequate consular support.
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