[00:00:00] Speaker 1: L'administration Trump a-t-elle outrepassé ses prérogatives en se passant d'une autorisation du Congrès quand elle a déclenché le 3 janvier dernier sa spectaculaire opération Absolute Resolve ? Cette nuit-là, à Caracas, les forces spéciales américaines enlèvent le président vénézuélien Nicolas Maduro ainsi que son épouse, puis l'emmènent aux Etats-Unis, où Nicolas Maduro est depuis écroué et inculpé pour narcotrafic. Ce mercredi, une audition au Sénat doit se pencher sur la question de la légalité de l'intervention. D'après le texte du discours qu'il devrait prononcer, Marco Rubio, le secrétaire d'Etat, va défendre l'opération tout en maintenant la pression sur la nouvelle présidente par intérim, Delcy Rodriguez. Celle-ci, toujours sous sanctions américaines, a déclaré mardi que les Etats-Unis ont commencé à débloquer des fonds vénézuéliens jusqu'ici gelés. Elle a aussi signé des accords pétroliers avec Washington, appelé à discuter avec l'opposition et libérer des prisonniers politiques, même si les chiffres avancés sont surestimés d'après des organisations de défense des droits de l'homme. « Ils m'ont interdit de faire une déclaration et mon fils est toujours là-bas. » En Colombie-Voisine, le président Gustavo Petro ne décolère pas depuis la capture de Nicolas Maduro. « Ils doivent le renvoyer et le faire juger par un tribunal vénézuélien, pas par un tribunal états-unien. » Même son de cloche pour le président brésilien en déplacement au Panama, Lula appelle au respect des souverainetés nationales.
[00:01:26] Speaker 2: « Il est important que le président... » Trump laisse le Venezuela s'occuper lui-même de sa souveraineté et de ses intérêts démocratiques.
[00:01:35] Speaker 1: En termes d'intérêts démocratiques, Nicolas Maduro-Guerra, député et fils du président déchu, l'a confirmé à l'Assemblée vénézuélienne. Aucune élection n'est pour l'heure envisagée.
[00:01:47] Speaker 3: Bonjour Edouard Dorios, merci d'avoir accepté l'invitation de France 24. Vous êtes docteur en sciences politiques à Sciences Po Paris, spécialiste du Venezuela. On verra tout à l'heure, évidemment, ce que donne cette audition. Marco Rubio devant le Sénat. Une chose est sûre, il aura à cœur de montrer que les choses vont dans la bonne direction et finalement que les États-Unis sortiront gagnants de cette séquence vénézuélienne.
[00:02:11] Speaker 4: Oui, ce que devrait dire Marco Rubio est que, comme l'opération n'a duré que très peu de temps et qu'elle a eu un objectif extrêmement précis, que l'opération en soi n'était pas une guerre, mais une intervention ponctuelle, c'est des détails de l'histoire dans le sens où, Marco Rubio a aidé, à travers cette intervention-là, à changer fondamentalement la donne politique à Caracas. Pourquoi ? On s'en demande et la question des pressions va venir après. Mais pourquoi est-ce qu'il l'a fait ? Quels sont ses objectifs ? Il reste encore extrêmement ouvert.
[00:02:48] Speaker 3: Sur la stratégie américaine au Venezuela, hier la présidente par intérim vénézuélienne, Delcy Rodriguez, a dit prévoir une hausse de 55% des investissements pétroliers. Après d'un milliard et demi de dollars en 2026, il faut déjà y voir une conséquence directe de cette pression américaine.
[00:03:07] Speaker 4: Alors, je pense que la plus grande nouvelle est la réforme de la loi d'hydrocarbures de 2006. C'est-à-dire maintenant, le Venezuela permet la participation étrangère dans l'industrie pétrolière à plus de 50%. C'est quelque chose que Maria Corina Machado, dans ses moments les plus forts, est fou de revenir sur le légat de Hugo Chavez, même pas elle l'avait proposé. Donc, on est vraiment dans un moment où le cadre légal est en train d'évoluer. Comment cela va se traduire en intervention spécifique dans le secteur pétrolier ? Je pense que pour l'instant, tout le monde a jeté des chiffres et aucun chiffre ne doit être cru pour l'instant. Mais là où il y a un changement, c'est la réforme de la loi d'hydrocarbures. Et nous sommes en train de revenir à un cadre légal similaire à celui, des années 90, qui était très décrié par la présidente, par intérim elle-même, comme étant extrêmement néolibérale.
[00:04:07] Speaker 3: La réforme est en cours, certes, mais on peut le rappeler, il faudrait beaucoup d'investissements et surtout probablement aussi 18 mois au moins pour remettre d'aplomb ce système productif vénézuélien.
[00:04:18] Speaker 4: Alors, le pétrole a cette caractéristique bizarre qui est qu'il est très physique. Vous avez raison de le souligner, les 18 mois. C'est le plus court délai qui va aller entre les premiers investissements et une augmentation significative dans la quantité de pétrole. Avec les pluies actuelles, si Chevron bouge les choses un peu, on pourrait avoir déjà vers la fin de l'année une augmentation de la quantité de pétrole de 20%. Et aussi, quelque chose qu'il faut souligner, c'est que pour l'instant, le Venezuela était en train de vendre son pétrole dans le marché noir à des prix réduits. Ce ne va plus se passer. Ce n'est plus le cas. Il va revendre à des bas prix au marché international. Du coup, on estime qu'il y aura de l'argent, de pétrodollars, qui vont venir dans les caisses de l'État vénézuélien. Ça, c'est vrai. Maintenant, le problème, c'est… Allez-y, je vous en prie. Non, non, non. J'étais juste en train de dire que le principal problème n'est pas celui de savoir combien d'argent on va investir ici et là. Ça, ça se verra, ça se fera. Si, ça doit se faire. Et comme vous avez raison de le dire, ça va être dans le moyen terme. Le principal problème est que tous les autres problèmes économiques qui empêchent la production de pétrole, la production pétrolière, c'est-à-dire l'investissement en énergie, c'est-à-dire le problème du taux de change au Venezuela et de la dévaluation, sont encore là. Et il n'y a pas encore dans le court terme assez de soutien économique pour changer la donne et permettre un investissement de masse au Venezuela.
[00:05:43] Speaker 3: Revenons à Marco Rubio. Il attend, on est d'accord, au Venezuela, une libération économique. Pas forcément politique, on est d'accord. C'est l'aspect pécunier qui, comme d'habitude, l'emporte avec l'administration Trump.
[00:05:55] Speaker 4: Oui, oui. Je pense que vous avez raison de le souligner. Maintenant, nous sommes dans un cadre de transition économique vers une plus grande libéralisation marquée par la loi d'hydrocarbures, mais aussi par une libéralisation du marché du travail. Il y a une loi qui est en train d'être passée au Parlement aujourd'hui même. Il y a eu des prisonniers politiques qui sont sortis de prison. Pas la grande majorité, mais ils sont dans la centaine. Et il y a quelques personnages politiques qui commencent à sortir de la clandestinité. Je pourrais vous dire... Je vais dire quelques noms, mais je pense qu'ils ne sont pas connus du grand public en France.
[00:06:30] Speaker 3: Merci beaucoup, Edouard Dorios, d'avoir accepté aujourd'hui l'invitation de France 24. Et on suivra tout à l'heure sur notre antenne cette audition au Sénat de Marco Rubio, chef de l'Assemblée nationale.
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