[00:00:00] Speaker 1: Saturer le terrain, c'est certain qu'il y sera parvenu Donald Trump, bonjour Bruno Darou, et notamment en politique étrangère. Alors, un an après le retour de Donald Trump au pouvoir, peut-on voir émerger une politique, une méthode diplomatique Trump ?
[00:00:17] Speaker 2: Écoutez, c'est une question qu'on n'arrête pas de se poser. Vous savez, on dit souvent « Ah, Trump, il est imprévisible, on ne sait pas ce qu'il va faire, c'est inattendu, etc. » Bon, sur le fond, on va y revenir, mais sur la forme, il y a quand même une méthode Trump, qui n'est pas très élégante, qui est une méthode de menace, d'intimidation, de déstabilisation de la personne ou de l'État qui est perçu comme un adversaire. Alors, on l'a vu notamment, ces dernières heures, on va y revenir aussi, ce qu'il a fait vis-à-vis d'Emmanuel Macron. Mais évidemment, l'épisode le plus tristement célèbre, ça a été ce rendez-vous avec Volodymyr Zelensky. C'était à la fin du mois de février de l'an dernier, dans le bureau Oval, à la Maison-Blanche. Il y a toute la méthode Trump là-dedans, c'est-à-dire un accueil courtois, poli, mais où déjà, il y a une ou deux petites vacheries, si vous me passez l'expression, qui est glissée. Et puis, voilà, le spectacle commence dans le bureau Oval. C'est le vice-président Jay Levens qui est à l'attaque et Trump qui enchaîne en reprochant Volodymyr Zelensky de ne pas suffisamment remercier le président, Trump, pour l'aide apportée à l'Ukraine. Il y a toute la méthode de Trump, le manque d'élégance, la brutalité et le fait que ça se passe, évidemment, devant les caméras de télévision. Ça aussi, c'est délibéré. Mathieu Mabin en parlait. Une forme de saturation médiatique. D'ailleurs, à la fin de la séquence dans le bureau Oval, Donald Trump a dit devant les caméras « Ah, ben ça va faire un très bon moment de télévision ». Et c'est ça aussi, le spectacle compte autant.
[00:01:56] Speaker 1: – Alors voilà pour le spectacle. Maintenant, si on essaie de définir une ligne directrice de cette diplomatie Trump 2.
[00:02:04] Speaker 2: – D'abord, ce qu'on peut noter, c'est qu'il n'y a plus vraiment de silo. C'est-à-dire, avant, il y avait, même si parfois ça se rejoignait un peu, mais enfin, il y avait la politique économique, la politique intérieure, la politique étrangère. Là, Trump, il mélange tout et il casse, évidemment, les côtes de la diplomatie traditionnelle. Il mélange tout parce que, en fait, ça part d'une réflexion sur la politique intérieure, c'est-à-dire « America first », l'Amérique d'abord. Il le projette à la fois sur un plan intérieur, mais aussi à l'extérieur, c'est-à-dire qu'il va faire et uniquement faire ce qui sert, ce qui laisse y mettre les intérêts des États-Unis. Et il utilise, ça aussi c'est assez nouveau, un outil assez essentiel comme moyen de pression. Contre les récalcitrants, c'est un outil plutôt économique avec les fameux tarifs douaniers. Donc on est très loin de tout ce qui se faisait traditionnellement en diplomatie. Alors, cette ligne d'électrice, on peut la définir comme impérialiste, voire néocolonialiste, pour essayer de maintenir, parce qu'il y a quand même, en toile de fond, cette inquiétude sourde, essayer de maintenir quand même la prédominance des États-Unis sur la scène mondiale, rester le number one, le numéro un sur... la scène mondiale. Alors, pourtant, Trump expliquait dans sa campagne, et même depuis, qu'avec lui, les États-Unis ne seraient plus les gendarmes du monde. Bon, alors depuis un an, on l'a vu quand même agir beaucoup sur la scène internationale. Alors est-il isolationniste ? Est-il interventionniste ? Ben en fait, ni l'un ni l'autre. Il n'est pas isolationniste, parce qu'il s'occupe des affaires du monde. Il n'est pas interventionniste au sens classique du terme, parce qu'il refuse, et ça c'est une constante chez lui, il faut le reconnaître, il refuse d'envoyer des GIs dans tel ou tel pays, dans un pays où le nombre de vétérans qui sont revenus abîmer des conflits comme l'Afghanistan ou l'Irak, ce nombre est important, c'est aussi d'ailleurs un poids électoral. Donc du coup, Donald Trump, c'est une politique impérialiste plutôt néocolonialiste, on va dire, avec des coups, des bombardements ciblés contre l'Iran, ou par exemple, la capture du président Maduro. Alors, sans se soucier le moins du monde du droit international, et encore moins de la charte. Des Nations Unies, qui pourtant avaient été rédigées en grande partie en 1945 par les Etats-Unis.
[00:04:28] Speaker 1: Maintenant, si on vient au rapport qu'entretient Donald Trump avec le vieux continent, est-ce qu'on peut parler chez lui d'une détestation ?
[00:04:36] Speaker 2: Eh bien écoutez, Pauline, si vous voulez savoir ce que Donald Trump pense de l'Europe, et encore plus précisément de l'Union Européenne, je vous propose d'écouter cet extrait.
[00:04:47] Speaker 3: L'Union Européenne a été créée pour nuire aux Etats-Unis. Soyons honnêtes. Nuire aux Etats-Unis. C'est son but. Et ils ont bien réussi. Mais maintenant, je suis président.
[00:05:00] Speaker 2: Voilà, c'est clair. Et encore la traduction « screw up » en anglais, « nuire à », est polie. Je ne vous donnerai pas la vraie traduction, car nous, nous sommes vraiment polis. En fait, avec ce commentaire, ce sont 80 ans de relations très étroites quand même entre Américains et Européens, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui tout simplement sont renvoyés aux oubliettes de l'histoire. Pendant cette très longue période quand même, les Européens étaient les alliés des Etats-Unis, et ils avaient via l'OTAN la garantie que s'il y avait une crise sérieuse, les Etats-Unis seraient là pour agir, protéger les Européens. Donald Trump s'est terminé. Non seulement les Européens ne sont plus considérés comme des alliés, mais considérés comme des concurrents, et voire donc même comme des pays hostiles qui cherchent à nuire aux Américains. En fait, Donald Trump pense qu'une Union Européenne trop forte, avec 450 millions d'habitants, une puissance économique très importante... Une Union Européenne trop punie, eh bien ce serait un danger. Et c'est là qu'il rejoint Vladimir Poutine, parce que le président russe pense à peu près la même chose. Donc du coup, l'Europe se retrouve dans une position où elle est critiquée par Moscou, ce qui est attendu, par Washington, ce qui l'est moins, et les deux cherchent à diviser l'Europe, à l'affaiblir pour qu'elle ne soit pas trop puissante. Alors, cette évolution n'est pas tout à fait nouvelle. Avec Biden et avant ça Obama, l'Europe déjà n'était plus une priorité des Etats-Unis. L'étrangère américaine s'était réorientée sur la zone Asie-Pacifique avec le grand rival, la Chine. Cette constante-là, elle demeure. Mais Biden et Obama, ils considéraient quand même que les Européens étaient des alliés. Il y avait une sorte d'indifférence polie, mais l'OTAN fonctionnait comme jadis. Avec Donald Trump, c'est terminé. Non seulement ce n'est pas de l'indifférence, c'est de l'hostilité, d'autant plus qu'il y a un élément idéologique dans cette agression contre l'Europe. En fait, Donald Trump n'aime pas l'Europe telle qu'elle est actuellement. Il aimerait bien que soient portés à la tête des pays européens des dirigeants comme Viktor Orban. Et c'est ce qu'a dit d'ailleurs Jay Devens il y a 11 mois. En fait, c'est l'Europe libérale, l'Europe woke. Alors voilà, ça c'est un fantasme de Donald Trump. L'Europe décadente presque, sur un mode poutinien, il le pense. Eh bien, tout ça, ça doit cesser et il faut encourager les différents pays européens à élire des dirigeants nationaux populistes en ligne avec les Américains.
[00:07:22] Speaker 1: Jay Devens et son discours de Munich, ce sera le sujet d'ailleurs de notre grand format à partir de 10h avec mes invités. D'un mot, dernier exemple, il n'y a pas quelques instants de cette hostilité de Trump à l'égard de ses alliés européens, la publication d'un message privé que lui a envoyé le président Trump.
[00:07:39] Speaker 2: Et là, on en revient à la méthode Donald Trump, déstabiliser, mettre mal à l'aise. Donc là, il publie un texto que lui a envoyé Emmanuel Macron. Voilà, on le voit là à l'écran. Bon, qui était destiné à rester privé entre les deux dirigeants. Il le publie pour montrer quoi ? Pour montrer qu'Emmanuel Macron, eh bien, essaye quand même d'organiser un dîner avec lui. Il lui dit qu'on peut faire de grandes choses. Cela dit, dans le texto, Emmanuel Macron dit aussi, je ne comprends pas ce que tu fais sur le Groenland. Donc, il y a une forme quand même de résistance. Mais il fait ça, vous voyez, de manière assez cynique pour, un, l'humilier, un peu le mettre mal à l'aise. Elisa a été obligée de réagir d'ailleurs. Et puis, auparavant, Donald Trump s'était exprimé sur le fait qu'Emmanuel Macron, c'est pour ça aussi d'ailleurs qu'il publie le SMS, ne voulait pas faire partie de son fameux conseil de la paix. Donald Trump a dit, s'il ne le veut pas, ce n'est pas grave du moment qu'il n'est pas hostile. De toute façon, dans quelques mois, il n'est plus en fonction élégance quand il nous tient.
[00:08:36] Speaker 1: Et s'il continue de s'entêter, le président français, selon Donald Trump, ce sera 200% droit de douane sur le champagne et les vins. La menace, on y reviendra dans un instant. Merci beaucoup Bruno.
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