[00:00:00] Speaker 1: Et pour en parler avec nous en direct de Beyrouth, Joseph Baout, professeur de sciences politiques, directeur de l'Institut Issam Fares de politique publique et d'affaires internationales à l'Université américaine de Beyrouth. Bonjour Joseph Baout. La Russie dispose toujours de forces en Syrie, notamment dans le port de Tartus et sur la base aérienne de Latakia sur la côte méditerranéenne. C'est non négociable pour Moscou ?
[00:00:24] Speaker 2: En fait, d'abord bonsoir et merci de me recevoir. Non, la présence russe en Syrie est aujourd'hui probablement au cœur des négociations qui ont eu lieu ce matin et qui auront lieu demain entre le président Chalas et le président Poutine, mais ce ne sont pas du tout les seuls points ou les seuls, disons, points d'achoppement. Il y a plusieurs choses sous-jacentes à cette visite de Chalas. D'abord, qui vient quelques jours après une victoire commune. C'est une victoire commune assez éclatante, assez forte, assez décisive du pouvoir à Damas contre les Kurdes au nord-est, dans le nord-est. Et c'est un peu ce à quoi faisait référence le président Poutine dans sa déclaration ou dans son échange avec le président Chalas lorsqu'il a parlé de l'unité territoriale de la Syrie. Le risque pour le pouvoir central à Damas est de ne pas pouvoir refaire l'unité de ce pays. Et une grande partie de ce risque vient d'être éteint avec la conquête, ce qu'on peut appeler la débandade des forces. La débandade des forces kurdes dans le nord-est. Il reste encore le sud de la Syrie où le pouvoir central fait face à, disons, une sorte de fronte druse plus ou moins appuyée en souens par Israël. Et l'un des buts, je crois, du président syrien est d'obtenir peut-être une sorte d'entre-gens russe connaissant les relations assez bonnes entre Poutine et Netanyahou, c'est-à-dire peut-être le déploiement d'une force d'intervention russe au sud de la Syrie qui garantirait cette région. Et qui rassurait Israël. Enfin, il y a non seulement la présence militaire russe, c'est-à-dire ce que vous disiez, les bases de Kameshli, de Hmeimim, la base aérienne, et de Tartus, la base navale, mais il y a toute la présence historique russe en Syrie. Vous savez que la Syrie a été un pays allié de l'Union soviétique depuis les années 60. Cette alliance était très forte. La Syrie reste restée jusqu'à la chute du régime de Bachar el-Assad. C'est un point central dans l'échiquier. Des forces et du déploiement non seulement militaire, mais diplomatique russe dans toute la zone du Moyen-Orient. Il y a beaucoup d'argent aussi qui est en jeu, puisque la Russie et l'Union soviétique ont encore sur la Syrie une dette dithyrambique. Je crois aussi que ça a été un des points de négociation. Donc tout ça est mis dans un panier, je dirais, qui vise à sécuriser peut-être ce qui reste un peu, ou ce qui pourrait rester, de présence russe en Syrie, tout en sachant que ce pays est aujourd'hui, une sorte de condominium partagé, où le pouvoir se partage entre la Turquie au nord et certains pays du Golfe au sud.
[00:03:01] Speaker 1: Pourquoi, d'après vous, la Russie appuie-t-elle l'offensive des forces armées syriennes contre les Kurdes ?
[00:03:07] Speaker 2: Alors, elle ne les a pas vraiment appuyées, puisque les Kurdes sont quand même une carte qui reste assez précieuse pour Moscou. Mais c'est un tout petit peu le parallèle qu'on peut faire avec la position américaine. Frappant quand même de voir que les Russes et les Américains ont eu un tout petit peu la même posture. Vous savez que le nord-est syrien est une zone donc contrôlée par les Kurdes, mais avec une forte protection à la fois russe dans une certaine partie, américaine dans l'autre partie, avec une petite présence française, puisque la France compte quelques 250 à 300 troupes, enfin soldats de force spéciale dans cette région. Tout ce monde-là soutenait jusqu'à il y a deux, trois semaines très fortement les Kurdes. Mais je pense que Chara a pu plaider, le président Chara a plaidé lors de sa dernière visite à la Maison-Blanche auprès de Donald Trump un lâchage relatif des Kurdes au nom de l'impératif de faire l'unité territoriale syrienne. Cette décision ne passe pas très bien au sein de l'administration américaine. Elle ne passe pas tout à fait très bien auprès de Moscou. Elle ne passe pas tout à fait très bien auprès de tous les Européens qui continuent à croire ou à percevoir que dans les Kurdes, il y a peut-être quelque chose. Il y a une présence à protéger, une présence à maintenir pour eux dans cette région de la Syrie qu'il faut le rappeler et la région pétrolière. Donc je crois qu'aujourd'hui, il y a eu une sorte de victoire arrachée par la Turquie à travers cette conquête territoriale. Mais je pense qu'il y a encore des négociations à venir à la fois avec les Américains, avec les Russes, avec la Turquie dans cette région, mais aussi avec d'autres parties prenantes qui continuent à considérer que la protection des Kurdes fait partie un tout petit peu de leur agenda politique.
[00:04:53] Speaker 1: – Quid du sort de Bachar Al-Assad réfugié à Moscou depuis sa chute à la fin 2024 ? Est-il vraiment un enjeu dans ces discussions entre Russes et Syriens ?
[00:05:02] Speaker 2: – Non, je crois qu'il ne l'est plus. Je crois qu'il ne l'est plus du tout. Lors de la dernière visite d'Oshara à Moscou en octobre, c'était un des premiers points qui a été avancé par le nouveau pouvoir en Syrie. La porte a été très très vite refermée. Elle l'a été depuis plusieurs fois, puisqu'il y a eu des déclarations répétées à tous les niveaux, à tous les échelons de la direction russe, disant que cette question n'était même pas abordable. Je crois qu'il ne l'a pas abordée cette fois pour ne pas recevoir une fin de non-recevoir, si l'on peut dire. Puisque pour Moscou, il s'agit là d'un point très symbolique et d'un point qui touche un tout petit peu aussi à l'aura et au prestige du pouvoir soviétique, du pouvoir russe. De l'absurde, c'est intéressant. C'est-à-dire que la Russie ne pourra pas livrer quand même un ancien allié qui s'est… réfugié chez elle, qu'elle a elle-même exfiltré à la veille de la chute de Damas, le faire envers un signal extrêmement désastreux de la Russie à l'égard de beaucoup de régimes dans le monde qu'elle continue de soutenir. Je crois que c'est une question qui est close. Ce qui ne veut pas dire que la Russie, à mon avis de façon très cruelle et cynique, ne fourbit pas pour un jour qui viendra quelque chose concernant le sort de Bachar el-Assad à Moscou même. Mais ça, on le verra. Un jour ou l'autre.
[00:06:23] Speaker 1: Merci Joseph Baout avec nous en direct de Beyrouth pour revenir sur cette visite du dirigeant Syriar Medalchara à Moscou aujourd'hui.
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