Why more Jewish Israelis are learning Arabic now (Full Transcript)

Enrollments in Arabic courses rise after conflicts, driven by security concerns, daily coexistence, and Mizrahi heritage reconnection in Israel.
Download Transcript (DOCX)
Speakers
add Add new speaker

[00:00:00] Speaker 1: Allez dans le tour du monde ce vendredi, cap sur l'état hébreu, on va s'intéresser à l'apprentissage de la langue arabe. Une minorité de juifs israéliens maîtrise la langue ou apprend cette langue en dehors du cadre militaire. Sofiane Aubin de la rédaction du web est avec nous. Bonjour Sofiane, merci d'être là. Vous vous êtes intéressée à ce phénomène, vous signez d'ailleurs un article en ce sens. D'abord cette première question Sofiane, quelle place occupe la langue arabe au sein de la population juive d'Israël ?

[00:00:24] Speaker 2: Bonjour Neva, je vous propose d'abord de faire parler les derniers chiffres dont on dispose, sujet peu documenté, il date de 2015. Alors première information, 10% des juifs israéliens affirmaient comprendre et parler l'arabe, 2,6% disaient pouvoir lire le journal en arabe, 1% disaient pouvoir lire de la littérature arabe. Dans la vie, il y a ce qu'on dit, il y a ce qu'on fait. Dans la réalité, 0% des juifs israéliens à peu près lisaient vraiment de la littérature arabe. Alors, mais aujourd'hui l'arabe aurait plus que jamais, le vent en poupe. En tout cas, c'est ce que nous affirme la direction de l'institut Madrasa, une énorme structure d'enseignement, 150 000 inscrits aujourd'hui. Ils ont bien voulu partager avec moi l'évolution du nombre d'étudiants. Et alors, il y a deux gros pics qui m'ont interpellé. D'abord 2021, année de guerre avec le Hamas, heure historique entre juifs et arabes à l'intérieur des frontières israéliennes. Et là, jusqu'à 300 inscriptions en arabe par jour. Deuxième pic, dans les mois qui ont suivi les massacres du 7 octobre 2023.

[00:01:24] Speaker 1: Est-ce que ça, on peut l'expliquer, Sofiane ?

[00:01:27] Speaker 2: Eh bien, on peut l'expliquer d'abord par un proverbe chinois, Nabiya. « Connais ton ennemi ». « Zouensu », l'art de la guerre. Et ce phénomène, on l'a constaté sous d'autres cieux. J'ai pu parler à l'ancienne directrice du département d'arabe de Sciences Po Paris, Roudgou Richard, et elle n'est pas surprise. Déjà en France, on avait constaté une montée en flèche des vocations pour l'arabe dans la foulée des attentats de 2015. Et la langue arabe, c'est une arme israélienne. Prenez l'espion, le fameux espion israélien Eli Cohen dans les années 60. Il parlait si bien l'arabe, il a tellement réussi à duper son monde qu'il est devenu le conseiller spécial du ministre de la Défense syrien et il aurait vraisemblablement joué un rôle clé dans la conquête israélienne du Golan en 67. Alors, est-ce que tous les Israéliens à qui j'ai parlé veulent devenir espions ? Non, pas vraiment, même à vrai dire, pas du tout. Il faut dire que le désir d'apprendre l'arabe est très multifactoriel et beaucoup de gens me disent, surtout dans les villes mixtes, moi j'ai envie de parler arabe parce que j'aimerais bien parler à mon voisin, parce que je suis médecin, je suis psy, je suis commerçant et j'ai besoin de parler avec certaines personnes en arabe. Il y a une réalité qu'on a tendance à oublier, c'est que 20% des citoyens israéliens sont des arabes et d'ailleurs l'arabe était une langue officielle d'Israël jusqu'en 2018.

[00:02:44] Speaker 1: Et vous le rappelez d'ailleurs dans votre article vers lequel je renvoie, il y a environ la moitié de la population juive, et vous allez confirmer ce que je dis, d'Israël qui est originaire justement du monde arabe.

[00:02:55] Speaker 2: Tout à fait, les juifs misraïmes, on dit en hébreu, et lorsque ces populations se sont installées en Israël dans les années 50, beaucoup parlaient arabe évidemment, sans surprise, sauf que ce lien s'est étiolé. Si on prend les petits-enfants de cette génération-là, une fois de plus en 2015, on se rend compte que seulement 1,3% parlaient l'arabe, sauf qu'aujourd'hui on constate en Israël un désir de reconnexion à cet univers oriental. Et par exemple, si vous prenez un jeune israélien, je ne sais pas, d'origine judéo-iraquienne, peut-être que pour lui, l'arabe, ça sera perçu comme la langue de l'ennemi, mais dans son histoire familiale, c'est aussi la langue de mamie, si j'ose dire. Et pour ces gens-là, l'arabe, ce n'est pas tant un pas vers l'autre qu'un retour à soi. Et je crois que la chanteuse Netta Al-Khayam, elle est originaire d'une famille qui vient de Tinerir, au Maroc, le dit et le résume assez bien, ma langue juive, c'est l'arabe.

[00:03:45] Speaker 1: Et quel effet a eu justement cet octobre 2023, alors du coup, Sofiane, sur cet intérêt pour la langue arabe ?

[00:03:51] Speaker 2: D'abord, beaucoup de souffrance, beaucoup de douleur, un peu de confusion, parce que l'arabe, c'est la langue qui est parlée par les assaillants du Hamas quand ils tuent et quand ils violent des civils ce jour-là. Un homme à qui j'ai parlé s'était lancé dans l'arabe quelques semaines avant et il confie ce jour-là à son professeur, c'est difficile d'apprendre la langue de gens qui, ce jour-là, n'ont pas considéré l'autre comme un être humain. Un autre homme, je vous invite à découvrir son témoignage, Eran pleure aussi, et il pleure parce qu'il pressent déjà l'océan de souffrance qui va déferler sur Gaza, et en fait, il pleure parce que, pour lui, la souffrance palestinienne, ce n'est pas un étendard, une opinion, un argument politique, non, il vit des amitiés en arabe avec des palestiniens, il a donc un accès intime, in situ, si vous voulez, à cette souffrance, et cet ancien militaire qui a été déployé à Gaza et au Liban conclura sans doute mieux que moi, je le cite, oui, certes, on peut apprendre l'arabe pour gagner des guerres, ou alors pour écouter, et enfin, réhumaniser l'autre.

[00:04:46] Speaker 1: C'est le mot de la fin, merci beaucoup, Sofiane, merci pour cette chronique, ces témoignages, et je renvoie à votre... vers votre article, il est sur le site de France 24, on va pouvoir peut-être le réafficher, vous allez nous en rappeler le titre de cet article pour qu'on le retrouve facilement ?

[00:05:00] Speaker 2: Tout à fait, parler arabe quand on est juif et se réélire après, c'est tout.

[00:05:03] Speaker 1: Merci beaucoup, Sofiane, et place.

ai AI Insights
Arow Summary
In a France 24 segment, journalist Sofiane Aubin discusses the limited but growing interest among Jewish Israelis in learning Arabic outside military contexts. Citing 2015 data, only about 10% reported speaking/understanding Arabic, with very small shares able to read Arabic media or literature. An online institute, Madrasa, reports 150,000 learners and surges in enrollment during periods of conflict—especially in 2021 and after the October 7, 2023 attacks. Motivations vary: some view Arabic as a strategic tool (“know your enemy”), while others learn it for everyday coexistence in mixed cities and for professional needs, given that around 20% of Israeli citizens are Arab and Arabic was an official language until 2018. For Mizrahi Jews with roots in Arab countries, learning Arabic can also be a cultural reconnection—“the language of grandma.” After Oct. 7, learners describe emotional conflict: Arabic is associated with perpetrators’ speech, yet for others it enables empathy, friendship, and “rehumanizing the other.”
Arow Title
Jewish Israelis learning Arabic: between security, coexistence, and identity
Arow Keywords
Israel Remove
Arabic language Remove
Jewish Israelis Remove
Madrasa institute Remove
Mizrahi Jews Remove
October 7 2023 Remove
2021 Israel–Hamas conflict Remove
coexistence Remove
identity Remove
language learning Remove
France 24 Remove
Eli Cohen Remove
Arow Key Takeaways
  • Arabic proficiency among Jewish Israelis has historically been low, especially for reading media and literature.
  • Interest in learning Arabic appears to spike during and after major conflicts, as seen in 2021 and post–Oct. 7, 2023.
  • Motivations are diverse: intelligence/security, practical communication in mixed cities and workplaces, and cultural/heritage reconnection for Mizrahi Jews.
  • Arabic’s presence in Israel is structurally significant (about 20% Arab citizens; official-language status until 2018).
  • After Oct. 7, learning Arabic can be emotionally fraught but also viewed as a path to listening, maintaining relationships, and rehumanizing the other.
Arow Sentiments
Neutral: The discussion balances painful post–Oct. 7 emotions and security framing with motivations of coexistence, professional communication, cultural reconnection, and empathy, resulting in an overall mixed but analytically neutral tone.
Arow Enter your query
{{ secondsToHumanTime(time) }}
Back
Forward
{{ Math.round(speed * 100) / 100 }}x
{{ secondsToHumanTime(duration) }}
close
New speaker
Add speaker
close
Edit speaker
Save changes
close
Share Transcript