[00:00:00] Speaker 1: Et cette relation entre la France et l'Algérie, on va en parler justement avec Emmanuel Alcaraz, notre invité, professeur agrégé d'histoire, chercheur attaché au laboratoire mesophiliste de Sciences Po Aix-en-Provence, auteur notamment de l'Afrique du Nord en mouvement entre mobilisation populaire et restauration autoritaire. Emmanuel Alcaraz, bonsoir, merci beaucoup d'être avec nous sur France 24. Tout d'abord, est-ce que ce type de mobilisation qu'on a vu ce soir au Bataclan, à Paris, peut aider à faire bouger les choses ?
[00:00:29] Speaker 2: Oui, ça peut aider à faire bouger les choses, surtout quand il y a une mobilisation internationale. Seulement, on ne voit pas les choses de la même manière à Alger qu'à Paris. Pour nous, c'est une question, du point de vue français, ça mérige la liberté de la presse, les droits de l'homme et tout ça. Mais du côté algérien, c'est une affaire de sécurité intérieure. Et en fait, Christophe Glaise, certes, en faisant son travail, en cherchant l'information, est perçu comme un acteur politique s'ingérant dans le jeu. Un acteur politique algérien, comme il est allé interviewer, certes, un responsable d'une équipe de football, mais qui est aussi un militant du MAC, le Mouvement pour l'autodétermination de la Camille, qui est considéré comme une organisation touristique en Algérie. Et donc, du point de vue algérien, du point de vue du droit algérien, il n'est pas plus vu comme un journaliste, mais comme un acteur politique qui a porté atteinte à la souveraineté algérienne, comme il est entré en Algérie avec un visa touristique. Mais non, avec un visa journalistique, comme il l'a reconnu à l'occasion de son procès.
[00:01:33] Speaker 1: Finalement, Christophe Glaise, c'est un peu une victime de cette crise diplomatique entre la France et l'Algérie. Une crise diplomatique qui s'est aggravée il y a deux ans, avec la reconnaissance par la France d'un plan d'autonomie pour le Sahara occidental. Est-ce qu'il est victime de ça avant tout, Christophe Glaise ?
[00:01:54] Speaker 2: Oui, il est victime. Avant cette reconnaissance, il y a eu de telles conséquences. Le point de déclenchement de cette crise franco-algérienne, c'est la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Puis après, tout s'est un peu entremêlé, politique intérieure, diplomatie, enjeux politiques intérieurs avec des instrumentalisations politiques, usage politique du passé. Et donc, oui, quelque part, il y a un petit peu le bouc émissaire de cette situation émissaire. C'est une situation évidemment complexe qui ne peut être vue que sur le temps long. Finalement, c'est la crise, c'est la plus grave crise franco-algérienne depuis 1962. Il y en avait eu une grave dans les années 70, suite à la nationalisation des hydrocarbures par le régime algérien. Mais là, on n'avait pas vu cela depuis très longtemps.
[00:02:47] Speaker 1: Ségolène Royal, la présidente de l'association France-Algérie, elle est sur place en Algérie cette semaine. Elle doit d'ailleurs rencontrer Christophe Glaise demain, vendredi. Mardi, elle a rencontré Christophe Glaise. Mardi, elle a rencontré le président Théboune. Elle dit qu'il se montre prêt au dialogue. Et dès que le respect et la considération seront au rendez-vous, comment interpréter ces mots du président algérien qui demande de la considération et du respect ?
[00:03:15] Speaker 2: Le président algérien, récemment, il a très mal vécu la mission complément d'enquête qui a été perçue de son point de vue comme attentatoire à l'honneur algérien. Enfin, vous savez, c'est un peu comme ça. Il y a eu des intérêts algériens. Et chaque petite micro-crise ou micro-événement, ça prend une tournure assez dure. Et sinon, à part ça, le président Théboune avait gracié Wolem Sensal pour... Il avait fait un geste humanitaire. Et si c'est vrai que si les choses étaient un petit peu apaisées, s'il n'y avait pas des instrumentalisations politiques, s'il n'y avait pas aussi un jeu médiatique un peu délétère, ça permettrait d'avancer aussi sur ce dossier.
[00:03:57] Speaker 1: La première de Christophe Gleize, on l'a entendu juste avant, elle a formulé une demande de grâce au président Théboune. Il n'y a toujours pas répondu. Est-ce qu'on peut s'attendre à une réponse positive dans les jours, les mois qui viennent ? Ou bien l'Algérie va garder Christophe Gleize comme moyen de pression vis-à-vis de la France ?
[00:04:19] Speaker 2: Je pense que ça... Je ne suis pas pressé qu'une hypothèse, mais je pense que ça va se débloquer dans les prochaines semaines. Je pense... Je pense que s'il n'y a plus ces tensions... Enfin, il y a des tensions à peu près tous les mois. Il y a eu l'affaire Amir Boukors, il y a eu l'affaire des jeux politiques un peu joués aussi par l'extrême droite, et aussi par la droite, par Bruno Rotaillot. Beaucoup de personnes instrumentalisent la relation franco-algérienne à des fins de politique intérieure. Mais finalement, si les choses sont plus calmes, une diplomatie normale pourrait reprendre. Évidemment, ça déboucherait sur une issue heureuse pour M. Gleize, ce que nous souhaitons tous.
[00:05:03] Speaker 1: Merci beaucoup, Emmanuel Alcaraz. Merci d'avoir été notre invité ce soir sur France 24.
We’re Ready to Help
Call or Book a Meeting Now