Angoulême boycott sparks decentralized comics festivals (Full Transcript)

Angoulême 2026 is canceled amid boycott over governance and VSS handling; creators launch free, inclusive “fêtes interconnectées” and push labor reforms.
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[00:00:14] Speaker 1: C'est l'un des rendez-vous de la BD les plus importants au monde, le festival d'Angoulême qui réunit tous les ans autrices, auteurs, éditeurs et lecteurs passionnés. Mais cette année, l'édition 2026 n'aura pas lieu en cause. Un boycott massif du secteur sur fond, d'accusations de management opaques et une gestion jugée défaillante des violences sexistes et sexuelles. Mais pendant que le modèle historique vacille, c'est une toute autre histoire qui s'écrit dans le monde de la BD, partout en France mais aussi en Belgique et en Espagne où des fêtes interconnectées, gratuites et autogérées s'organisent à l'initiative du collectif Girl's Code, équivalent féminin et non binaire de boycott dont nous recevons de membres actifs. Aujourd'hui, Blanche Sabat et Marie-Paul Noël, bonjour à toutes les deux. Merci d'être avec nous, bienvenue sur ce plateau. Je commence avec vous Blanche Sabat, vous êtes autrice de BD, militante féministe. Vous signez un essai en forme de manifeste qui s'appelle la bataille culturelle, c'est aux éditions Casterman. Le festival d'Angoulême, c'est le cœur battant, le cœur symbolique de la BD en France. Son annulation a été vécue comme une déflagration à Angoulême. Qu'est-ce que ça nous dit selon vous de l'état de la bande dessinée en France ?

[00:01:31] Speaker 2: Ça dit deux choses. Déjà, c'est le constat d'un problème. Il y a un énorme problème sur comment sont considérés les travailleurs et les travailleuses de la bande dessinée, sur la santé de ce secteur-là culturel, un énorme ras-le-bol, des revendications qui ne sont pas écoutées depuis des années. Mais le corollaire de ça et de cette mobilisation qui, à notre sens, est vraiment victorieuse, qui est vraiment victorieuse, qui est vraiment victorieuse, qui est vraiment victorieuse, qui est vraiment victorieuse, c'est qu'on est capable de se mobiliser, on est capable de s'organiser et on est capable d'obtenir des victoires d'étape extrêmement importantes, de rappeler le rapport de force, de dire en fait on ne peut pas créer un événement sur le dos des travailleurs et des travailleuses de la BD tout en ignorant complètement leurs revendications, leurs souffrances au travail. Donc voilà, il y a un problème, mais il y a aussi des réponses collectives organisées hyper réjouissantes comme les fêtes interconnectées.

[00:02:12] Speaker 1: Emma, et vous, Marie-Paul Noël, vous saluez finalement cette annulation ? C'est vraiment un point de rupture dans l'histoire de la BD en France ?

[00:02:19] Speaker 3: Oui, c'est hyper important. C'est absolument inédit, c'est-à-dire que… Hors Covid ? Hors Covid, bien évidemment, mais une mobilisation d'une profession de travailleurs et de travailleuses qui sont même assez isolées, puisqu'ils travaillent majoritairement chez eux, et qui ne sont pas forcément politisés non plus. Mais de plus en plus, ça fait 10 ans qu'en fait chaque année, il y a des menaces de boycott, et que cette année, tout le monde était vraiment choqué de toutes les révélations qui sont parues en début janvier l'année dernière, qui ont mobilisé toute la profession et qui ont mené à cette révélation. Donc cette victoire, nous, on vit vraiment comme une victoire de cette annulation.

[00:02:54] Speaker 1: Donc on va parler de ces fêtes interconnectées que vous avez organisées avec votre collectif Girl's Code suite à cette annulation, ces fêtes interconnectées qui se déroulent exactement aux mêmes dates que le festival d'Angoulême, tel qu'il aurait dû se tenir. Ces fêtes interconnectées, on n'a pas de hiérarchie, pas de billetterie, mais des expositions, des rencontres, des dédicaces, des tables rondes. Je crois que le programme s'est construit en quelques semaines seulement. Sur quelle charte s'est-il construit et comment vous avez relevé ce défi pour tenir ces délais qui paraissent impossibles ?

[00:03:29] Speaker 3: C'est une mobilisation de 300 auteurices. En un mois et demi, effectivement, on a écrit une charte dans laquelle il était important pour nous d'indiquer que c'était une fête, qu'elle était inclusive, bienveillante, qu'il y avait des valeurs à respecter. En fait, toutes les choses qu'on aurait aimé voir pendant le festival d'Angoulême, qui n'ont jamais apparu, et ça nous semblait vraiment important de célébrer la bande dessinée au même date au final qu'aurait dû se tenir l'édition, parce qu'en fait, on aime la bande dessinée, on aime Angoulême, et on n'est pas un substitut non plus au festival d'Angoulême.

[00:04:00] Speaker 1: Alors, je précise que le off se tient toujours, le grand off du festival d'Angoulême. Au cœur de ce boycott qui a mené à cette annulation, il y a ces accusations de violences sexistes et sexuelles au sein du festival, et cette tribune signée donc par 285 auteurs. Il y a eu des révélations dans le journal L'Humanité. Vous le disiez tout à l'heure, Marie-Paul Noël, les menaces de boycott, elles existent depuis 10 ans. Alors pourquoi est-ce qu'il a fallu attendre 2026 ? Pourquoi un réveil si tardif, Blanche Sabat ?

[00:04:32] Speaker 2: Pour moi, les révélations sur l'affaire Chloé, dans le journal L'Humanité notamment... Faites préciser qui est Chloé, d'ailleurs, qui parle en son nom. Voilà, c'est ça, qui est Élise. Qui... Il y a eu des révélations dans L'Humanité. Il y a eu des révélations dans L'Humanité. Une salariée du festival d'Angoulême avait été licenciée suite à sa plainte déposée pour violences sexuelles, pour viols précisément. Ça a été, je pense, la goutte d'eau, le point de rupture pour beaucoup de monde. C'est-à-dire qu'en fait, pour passer la seconde dans ce mouvement, j'ai envie de dire qu'il fallait que les femmes et les personnes queer se mobilisent, et ça, ça a été l'acte... la violation de trop, on va dire, de nos droits, de notre dignité. Et donc, il y a eu un double regard où on s'est constitué en même temps en tant que travailleur et travailleuse, en tant que travailleur et travailleuse de la bande dessinée qui était malmenée dans le travail, et aussi en tant que personne minorisée. Et c'est aussi pour ça que dans la charte, il y a un aussi gros accent sur l'inclusivité qui ne se borne pas aux questions de violences sexistes et sexuelles, mais qui parle aussi des questions de validisme, des questions d'antiracisme. Et donc ça a été vraiment juste la preuve par l'exemple que ce festival, c'était tout ce qu'on ne voulait plus voir. Et donc du coup, les fêtes interconnectées se sont construites en miroir en disant qu'est-ce qu'on voudrait voir, à quoi on aimerait que ça ressemble.

[00:05:45] Speaker 1: Alors justement, des débats sont prévus au cours de ces fêtes interconnectées. C'était très important pour vous de les organiser. Des débats, des tables rondes autour du sexisme et de toute forme de violence, effectivement, dans le monde de la BD. Marie-Paul Noël, vous, vous dirigez donc un festival. Très concrètement, qu'est-ce qu'il faut changer demain pour protéger les auteurs, les autrices, les salariés et les bénévoles dans ce monde-là ?

[00:06:07] Speaker 3: Déjà, respecter les droits des personnes, les droits des travailleuses et des travailleurs. Pour ça, il faut... Il faut mettre un point d'honneur à mettre en avant le travail de personnes minorisées, les femmes, les autrices. Ça, c'est hyper important. Ça a quelque chose... Je suis tout juste rentrée dans la présidence de ce festival. Mais pour moi, déjà, mettre en avant le travail de ces personnes est primordial. Rémunérer aussi. En fait, c'est du travail. Le temps de promotion, venir un week-end, faire des dédicaces pour les auteuries, c'est des moments qui ne passent pas en famille. C'est des moments sur lesquels ils ne peuvent pas travailler aussi.

[00:06:39] Speaker 1: Ce n'est pas le cas actuellement, les auteurs.

[00:06:41] Speaker 3: Alors, c'est variable en fonction des festivals. Le festival Longoulême faisait partie d'un dispositif de dédicaces mis en place par certains pouvoirs publics. Néanmoins, la majorité des festivals n'ont pas forcément les moyens. Donc, c'est aussi un coût. Et ça, on en est conscient. Mais j'ai fait le choix d'inviter un tout petit peu moins d'autrices et pouvoir les rémunérer pour que mon budget ne souffre pas trop du coût que cela représente.

[00:07:04] Speaker 1: Oui, vous parlez donc du festival de Pérouse-Carrac. Derrière toutes ces questions des violences, il y a aussi celle du travail que vous venez d'évoquer pour tous. Vous êtes auteure et autrice, des revenus faibles, une dépendance aussi au festival pour exister, et des artistes, des auteurs qui parfois cumulent. Blanche Saba, vous êtes autrice à succès. Vous êtes aussi militante. Est-ce que vous diriez que même quand on réussit, c'est-à-dire quand on est reconnu dans le monde de la bande dessinée, on reste, quoi qu'il arrive, dans une forme de précarité ?

[00:07:34] Speaker 2: En fait, oui, nécessairement, parce que ce n'est pas parce qu'on a eu un succès qu'on va pouvoir vivre dessus toute notre vie. Le succès, il faut très rapidement le répliquer. On veut pouvoir être serein, sereine et pouvoir pérenniser nos revenus. Et puis, il y a aussi la question du vent qui tourne, malheureusement. Et avec la droitisation de l'espace politique et médiatique, être une autrice militante, c'est nécessairement précarisant, parce qu'on ne sait pas quand est-ce que nos idées vont arrêter de trouver des personnes qui sont à même de vouloir les publier et les diffuser. Donc, en fait, il y a aussi une question de pouvoir avoir le temps d'enchaîner des projets. Pour pouvoir sécuriser ses revenus, pérenniser ses revenus. Et c'est un temps qu'on n'a pas tous et toutes, malheureusement.

[00:08:17] Speaker 1: Mais ça, ça pourrait s'appliquer à tout secteur culturel. Je pense au cinéma, à la littérature. Qu'est-ce qui fait la spécificité vraiment du monde de la bande dessinée sur ce sujet-là ?

[00:08:26] Speaker 2: Malheureusement, les exemples que vous venez de citer, souvent, ils ont droit soit à l'intermittence du spectacle, soit à un régime de chômage auquel les artistes auteuristes dont nous faisons partie n'ont pas droit. C'est-à-dire qu'on travaille au même titre, mais on n'est pas reconnus comme travailleurs et comme travailleuses. Et c'est ça qui est un énorme problème.

[00:08:41] Speaker 3: Et pourtant, on cotise à la CSG, donc on est solidaires avec le reste de la population active. Mais néanmoins, on n'a pas le droit à l'assurance chômage et on a une discontinuité de revenus. C'est-à-dire que c'est pour ça qu'on enchaîne les projets.

[00:08:52] Speaker 1: Donc c'est tout le modèle, finalement, qu'il faut repenser. Exactement. Le statut qu'il faut réformer.

[00:08:56] Speaker 3: Et c'est pour ça qu'on a une proposition de loi qu'on travaille depuis plusieurs années qui s'appelle la continuité de revenus, qui est un peu l'équivalent de l'intermittence, pour donner un exemple concret. Et du coup, ça nous permettrait de décupler notre créativité. D'avoir un revenu de base qui permettrait justement aux artistes de ne plus avoir à courir les festivals, de ne plus devoir postuler à plein de résidences pour pouvoir avoir des revenus qui leur permettent de créer des livres.

[00:09:23] Speaker 1: Alors justement, reste désormais à savoir comment s'organisera la suite du festival de la BD. Car l'édition 2027, je parle d'Angoulême bien sûr, en l'état, doit toujours être organisée par cette fameuse société 9e Art Plus que vous boycottez, mais qui assure vouloir une solution apaisée. Une solution de transition. Est-ce que vous avez confiance ?

[00:09:44] Speaker 3: Étant donné la conférence de presse qu'il y a eu hier matin, l'apaisement n'est pas du tout dans leur projet apparemment, puisqu'ils disent que les pouvoirs publics à Angoulême ont repris complètement le pouvoir, ont pris la main et ont fait un coup de force pour l'édition 2027. Effectivement, eux étaient encore liés par contrat, mais comme toute l'interprofession ne veut plus de 9e Art Plus à la tête du festival d'Angoulême, les pouvoirs publics avaient pris le relais pour essayer d'apaiser les choses et avoir un dialogue et tenter de faire une édition 2027. A ce stade, c'est la fin du festival d'Angoulême.

[00:10:18] Speaker 2: Confiance en 9e Art Plus ? Pas du tout. Confiance dans notre capacité à s'organiser, à créer des alternatives et à faire advenir une fête, de quelque manière que ce soit, de la BD en dépit de tout ça ? Oui, ça absolument. Et je pense que c'est aussi celle de prouver par l'exemple qu'on en est capable. Et que ça peut peut-être aussi... affaiblir l'ultra-dépendance à cet événement qui avait tendance à centraliser, à être l'événement de l'année, à être un enjeu de publicité ou financier, que des auteurs-autrices, en dépit de toutes les critiques qui étaient faites, ne pouvaient pas se permettre de rater. Peut-être qu'on assiste aussi au début d'autre chose, au début d'une nouvelle manière de faire un festival de BD.

[00:11:00] Speaker 1: C'est ce que vous êtes en train d'écrire, une nouvelle page actuellement, donc un monde de la BD qui sort de sa bulle avec cet autre récit qui est en train de s'écrire grâce à vous deux. Notamment, merci pour cet échange. Donc, les fêtes interconnectées de la BD, c'est jusqu'au 1er février, dans une quinzaine de villes, dont Marseille, Paris, Bordeaux, mais aussi Bruxelles ou encore Barcelone. En Espagne, autre symbole très fort, l'illustratrice Anouk Ricard, grand prix d'Angoulême 2025, qui soutient, elle aussi, votre boycott. La rétrospective qui devait lui être consacrée à Angoulême, comme c'est le cas traditionnellement, n'aura donc pas lieu cette année. Elle a décidé d'exposer ailleurs, à Marseille. À la salle polyvalente de l'Artichaut, dans le cadre, justement, de ces fêtes interconnectées, au programme canevas, tricots, tapis, céramique, objets hybrides. Bref, une autre manière encore de raconter la bande dessinée. Je vous propose de se quitter avec quelques images. Merci à toutes les deux. Merci à vous de nous avoir suivis. Et je vous dis à très vite sur France 24. Sous-titrage ST' 501

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Arow Summary
The discussion covers the cancellation of the 2026 Angoulême International Comics Festival due to a massive industry boycott amid allegations of opaque management and poor handling of sexist and sexual violence cases. Guests Blanche Sabat and Marie‑Paul Noël frame the cancellation as both evidence of deep structural problems in the comics sector—precarious labor conditions, lack of recognition of authors as workers, and failures of care toward minoritized people—and as a collective victory showing new organizing power. They describe “fêtes interconnectées,” free, self-managed, non-hierarchical events across France, Belgium, and Spain organized by the collective Girl’s Code, guided by a charter emphasizing inclusivity, safety, anti-racism, and anti-ableism. The conversation highlights the need to pay creators for festival labor, improve protections for staff/volunteers, and reform artists’ social protections through a proposed “continuity of income” scheme akin to intermittency. They express distrust toward the current Angoulême organizer (9e Art Plus) and suggest the crisis may catalyze a decentralized, alternative model for celebrating comics.
Arow Title
Angoulême 2026 canceled: boycott, VSS allegations, and a new decentralized comics festival model
Arow Keywords
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Arow Key Takeaways
  • Angoulême 2026 was canceled after an unprecedented, profession-wide boycott citing opaque governance and mishandling of sexist and sexual violence.
  • The cancellation is framed as both a symptom of systemic labor precarity in comics and a significant collective victory demonstrating new organizing capacity.
  • Girl’s Code organized rapid, free, self-managed “interconnected parties” across multiple cities as a celebratory, values-driven alternative rather than a replacement.
  • A charter for the events emphasizes inclusivity, safety, and broader anti-discrimination principles (including anti-racism and anti-ableism).
  • Festival participation is labor and should be remunerated; some organizers are choosing fewer guests to pay them properly.
  • Comics creators contribute to social solidarity (e.g., CSG) yet lack unemployment protections; income discontinuity drives constant project-chasing.
  • A proposed “continuity of income” law aims to provide a safety net similar to intermittent status, potentially boosting creative freedom.
  • Speakers express no trust in 9e Art Plus and suggest Angoulême’s future may hinge on governance change and reduced centralization.
  • The crisis may trigger a new, decentralized model for comics celebration across regions and countries.
Arow Sentiments
Neutral: The tone is critical of institutional management and the handling of violence, but also optimistic and energized about collective organizing and alternative, inclusive events. It balances denunciation with constructive proposals.
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