Casadesus at 90: why music still matters to all (Full Transcript)

The French conductor reflects on unity, outreach, public culture funding and transmission ahead of his 90th birthday anniversary concert in Paris.
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[00:00:00] Speaker 1: À propos de s'envoler en restant sur terre, bonjour Jean-Claude Casatsu.

[00:00:04] Speaker 2: Bonjour.

[00:00:05] Speaker 1: Et merci beaucoup d'être sur ce plateau ce matin. Faut-il vous présenter, chef d'orchestre, fondateur de l'Orchestre National de Lille, vous fêtez vos 90 ans, vos 60 ans de carrière ce dimanche dans un concert exceptionnel, je vous vois tiquer, concert exceptionnel au Théâtre des Champs-Elysées, on va y revenir dans un instant. Je vous voyais écouter avec attention la revue de presse d'Hélène Frade. Je crois que quand vous étiez petit, vous rêviez d'être reporter.

[00:00:27] Speaker 2: Oui, j'avais envie d'envisager ça, et alors je suis effaré par le rythme de votre équipe, de cette dame formidable qui articule très bien et qui, boum, time is money.

[00:00:42] Speaker 1: Il est à l'image du monde, elle est à l'image du monde, cette revue de presse, dans ce rythme effréné. Qu'est-ce que l'état du monde vous inspire ?

[00:00:47] Speaker 2: Écoutez, l'état du monde m'inspire que la musique peut quelquefois en effet adoucir les mœurs, que c'est formidable de pouvoir constater. C'est que l'émotion qu'on éprouve, on la voit luire dans l'œil de l'autre. Je me suis efforcé, si vous voulez, d'abord dans la région où j'ai eu la chance de construire cet orchestre pendant des années, de convaincre des gens qui pensaient que, entre guillemets, la grande musique n'était pas pour eux, d'essayer de les convaincre, et je crois que j'y suis parvenu dans une large mesure, qu'ils avaient le droit du plus favorisé au plus démuni à cette émotion irremplaçable.

[00:01:21] Speaker 1: Vous avez souvent dit que l'une des questions de votre vie, c'est celle de la place, en fonction de l'artiste dans la société, vous qui êtes d'une famille de la balle, comme on dit, entre les musiciens, les plasticiens, les comédiens, à quoi ils servent ces artistes, à quoi vous vous servez dans un monde qui ne va pas très bien ?

[00:01:40] Speaker 2: Écoutez, nous sommes les garants d'une part d'humanité, je crois, d'une dimension humaine qui malheureusement fait de plus en plus défaut dans, hélas, un grand nombre de parties de ce monde. Mais j'ai dirigé personnellement... En 35 pays, j'avais emmené mon orchestre également en Afrique, continent extraordinairement musical, mais qui est plus d'instinct et qui est plus de la musique votive que de la musique savante. Nous avions rencontré un accueil exceptionnel et je n'ai jamais rencontré d'opposition. Parce que la musique, il n'y a pas la subversion des mots, ça s'adresse directement à l'imaginaire. Comme une auberge un peu espagnole de la sensibilité, on y apporterait ce qu'on a de disponibilité. Puis il y a la transmission vers les enfants. C'est ça qui m'a beaucoup préoccupé.

[00:02:27] Speaker 1: On va y venir, bien sûr. Quelle place spécifique pour la musique ? Je voudrais qu'on écoute une archive, un concert que vous avez dirigé à Rabat en 2019 devant feu le pape François et le roi du Maroc. Un chant interreligieux qui rassemble trois interprètes, musulmans, juifs, chrétiens, dont votre fille Caroline. On écoute un extrait.

[00:02:45] Speaker 2: C'est bien enseigné.

[00:02:57] Speaker 1: Et ces trois interprètes qui se sont tenus la main, un concert comme ça, il dit que la musique précisément est politique ou apolitique ?

[00:03:25] Speaker 2: Vous savez... Le mot politique, c'est la vie dans la cité. Dans la cité, vous avez des diversités. Les diversités, c'est aussi une possibilité d'enrichissement. Et je dois dire que le roi du Maroc et le pape ont fait une œuvre extraordinairement humaine en considérant que l'œcuménisme, c'est la porte ouverte, en effet, à la tolérance. Et on a éprouvé... Vous savez, mon métier m'a permis de rencontrer dans le monde des personnages extraordinaires, de vivre des situations incroyables. Et ça, c'était un moment d'histoire avec beaucoup, beaucoup d'émotions.

[00:04:01] Speaker 1: À propos de politique, vous dites que chef d'orchestre, ce n'est pas juste agiter une baguette. Pour ceux qui ont douté encore, c'est bâtir un dessin musical et sociétal et éthique. Vous l'avez dit, vous avez joué dans les plus grandes salles du monde, dirigé les plus grandes formations. Vous avez emmené la musique classique là où elle n'est longtemps pas allée, dans les usines, dans les hôpitaux, dans les quartiers défavorisés. Vous avez emmené des publics qui n'allaient pas à la musique classique. Je pense au concert éducatif à Lille. Vous avez évoqué votre attitude. Vous avez évoqué votre attachement viscéral à ce nord. D'ailleurs, on va écouter un petit extrait, bien sûr, de vous à l'Orchestre national de Lille. Voilà, en répétition. Démocratiser, vous l'avez évoqué tout à l'heure. C'est l'engagement. C'est l'engagement de votre vie ?

[00:04:58] Speaker 2: Mais oui, parce que j'entends ça depuis 40 ans. Vous savez, la musique, c'est élitiste. Bien sûr que nous sommes élitistes. Mais qu'est-ce que c'est l'élite ? C'est le désir de partager en ce qui nous concerne. C'est l'élite du cœur, si vous voulez. C'est de partager ce qu'on a reçu. On ne pourrait pas vivre sans fonds publics et on doit avoir la responsabilité de se dire, puisqu'on a la chance d'être subventionné, ça doit profiter à la société dans son entier, dans son ensemble.

[00:05:27] Speaker 1: Les temps ont changé, bien sûr, mais dans les publics, dans les concerts, est-ce que vous trouvez que ceux qui viennent vous écouter ont changé ? C'est vrai que si on a la chance parfois d'aller voir des concerts, des concerts symphoniques, c'est relativement homogène encore aujourd'hui, même si ça a un peu avancé. Ça reste un public quand même particulier, non ?

[00:05:48] Speaker 2: Non, parce que vous savez, j'ai dirigé des enfants, j'ai éprouvé un grand nombre d'émotions. Je vais vous citer deux ou trois exemples. Un jour à Dunkerque, on fait un concert pour des enfants un peu défavorisés, qui étaient de quartier difficile. Et puis, je leur joue un adagio merveilleux de Beethoven. Et puis, on demande à un petit gosse qui avait les yeux fermés, comme ça. On lui dit, mais tu as les yeux fermés ? Et il dit, ah oui, ah oui, mais tu penses à quoi ? Et il dit, ce garçon qui était issu d'un milieu très pauvre, et il dit, je vois des sous qui volent. Et puis, une autre fois, on était à l'hôpital, dans un hôpital avec un petit autiste qui n'avait pas ouvert la bouche depuis sa naissance et qui avait des réactions violentes. On lui joue une valse viennoise et tout d'un coup, il se met à battre des mains et à sourire et à rire. Et les infirmières pleuraient parce qu'il n'avait jamais réussi à tirer un son de sa bouche. Alors, je veux dire, il n'y a pas que les poules qui pondent de bons oeufs grâce à Mozart et les vaches qui font du bon lait, paraît-il, mais la musique a des vertus thérapeutiques qu'on n'a pas encore totalement... Totalement éprouvées jusqu'au bout.

[00:06:57] Speaker 1: La culture, on le sait, bien qu'ici en France, il y ait une politique extraordinaire qu'on nous envie, elle est malmenée, c'est une variable d'ajustement bien souvent, dans des moments d'isette budgétaire, et ça, c'est dangereux ?

[00:07:10] Speaker 2: Mais oui, bien sûr, parce que, écoutez, ça s'adresse vraiment à la dimension humaine, ça s'adresse à... c'est quelque chose qui doit... La culture, en général, de toute façon, doit permettre un enrichissement, de mieux se connaître ses fédérateurs. Moi, je cite souvent cette phrase de Malraux qui m'a bouclé, qui m'a beaucoup guidé. On peut être tenté d'aimer que le mot art puisse donner à des gens le sens de la grandeur qu'ils ignorent en eux. Et je crois que jamais la culture ne doit servir de variable d'ajustement. Justement, c'est trop facile. Mais évidemment, il suffit de réduire, on se dit, à quoi ça sert ? Mais ça sert à nourrir la part d'humanité.

[00:07:48] Speaker 1: Pour revenir à vous, Jean-Claude Casatsu, 90 ans, faut-il le rappeler ? J'ai appelé ça par la presse, oui. Forme insolente, quel est le secret ?

[00:07:59] Speaker 2: La passion, tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort, a dit Nietzsche. Les épreuves et les avatars, je crois qu'on en éprouve tous. Et puis la transmission, le désir de voir luire dans l'œil de l'autre l'émotion qui vraiment nous agite.

[00:08:15] Speaker 1: À propos de transmission, ce concert, dimanche, concert anniversaire de vos 90 ans, je vais arrêter de le dire, et vos 60 ans de carrière avec l'orchestre Cologne, que vous connaissez bien, je crois que vous avez commencé avec eux. Et le Théâtre des Champs-Élysées parle pour ce concert d'une réunion de famille, parce que vous allez jouer avec votre petit-fils. On va regarder une petite vidéo. Musique Voilà, votre petit-fils, Thomas Equeneau, qui est pianiste, initialement pianiste de jazz, et qui s'est mis sur le tarot classique,

[00:09:09] Speaker 2: je crois. Écoutez, oui, oui, j'ai la joie d'avoir pu l'initier, d'avoir contribué à l'initier à la musique classique. Il le fait merveilleusement.

[00:09:18] Speaker 1: Est-ce qu'il y a plus grande joie que jouer en famille ?

[00:09:20] Speaker 2: Écoutez, quand on s'entend bien, qu'on s'aime bien, parce que vous avez des familles, vous avez les atrides, et puis vous avez aussi... ... Parce que ceux qui s'adorent, il peut y avoir des problèmes, mais l'art est un tel moyen de s'unir et de se rassembler, qu'en effet, quand vous avez la possibilité... Ma fille chanteuse, Caroline, son autre fils, David, a un orchestre de jazz magnifique. Thomas parcourt le monde, et ça n'est pas du népotisme, c'est parce que souvent, les gens se sont dit, ah oui, il a beaucoup de talent, son grand-père en a un petit peu, ça serait pas mal qu'on les réunisse. Donc voilà.

[00:09:55] Speaker 1: On sent la fierté. La fierté dans vos yeux, évidemment. Quand vous vous retournez forcément un peu sur cette vie, vous avez côtoyé Grostropovitch, Pierre Boulez, vous avez enregistré pour Brel, vous avez joué avec Youssou N'Dour, vous avez dirigé à Saint-Pétersbourg, à Alhambra, vous avez fait le batteur pour Lester Young, je l'ai appris en préparant cette émission. Quel sentiment vous habite ? C'est une gratitude de ce que la vie vous a...

[00:10:16] Speaker 2: Oui, je vais vous dire, la chance que j'ai eue, c'est de pouvoir aborder absolument tous les styles, que ce soit L'École est finie avec Sheila, ou que ce soit la première télévision de Johnny Hallyday, et en même temps des œuvres extraordinaires du répertoire, ça m'a permis de comprendre ce que les grands artistes, quelle que soit leur personnalité, pouvaient nous transmettre. Et donc, voilà, j'ai été à la fois timbalier, percussionniste, batteur, et en même temps, j'ai pratiqué mon métier de chef d'orchestre et qui m'a conduit dans le monde entier.

[00:10:48] Speaker 1: Ranger la baguette jamais, après le concert de dimanche, il y aura une grande tournée internationale qui vous emmènera, notamment au Japon, on en a vu des images, à l'instant en Lettonie, je crois, en fin d'année dernière.

[00:10:58] Speaker 2: À Budapest le mois prochain, ensuite à Erevan, ensuite dans les Pays-Baltes.

[00:11:03] Speaker 1: Eh bien, très bonne santé et très bonne forme pour cette année de concert. Merci infiniment, Jean-Claude Casanzu, d'être venu ce matin sur ce plateau. Dimanche, donc, si vous passez par Paris, réunion de famille avec Casanzu au Théâtre des Champs-Élysées. On se quitte pour mieux se retrouver dans un petit quart d'heure. On reprend le fil de ce rendez-vous d'info, tout de suite le grand format, les sports, et puis à 10h avec mes invités. On reviendra sur la révolte en Iran. À tout à l'heure.

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Arow Summary
Interview with French conductor Jean-Claude Casadesus, founder of the Orchestre National de Lille, reflecting on music’s role in society as he marks 90 years of age and 60 years of career with an anniversary concert at the Théâtre des Champs-Élysées. He argues that music humanizes, transcends words and divisions, and should be accessible to all regardless of social background. He recounts outreach concerts in factories, hospitals, and disadvantaged neighborhoods, citing moving examples of children and an autistic child reacting to Beethoven and a Viennese waltz. He defends public funding for culture as a social responsibility, warns against treating culture as a budget variable, and emphasizes transmission to younger generations. He also describes music’s capacity for interreligious and civic unity, referencing a 2019 Rabat concert symbolizing ecumenism and tolerance. Casadesus expresses gratitude for a diverse career spanning classical and popular music and highlights the joy of performing with family, including his pianist grandson.
Arow Title
Jean-Claude Casadesus: music as humanity, transmission, and unity
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Arow Key Takeaways
  • Music can soften social tensions by speaking directly to imagination beyond words.
  • Democratizing access to classical music is a civic and ethical commitment, not a marketing goal.
  • Publicly funded cultural institutions have a duty to serve the whole society, from privileged to disadvantaged.
  • Music shows potential therapeutic effects, illustrated through hospital and special-needs experiences.
  • Interfaith and intercultural performances can embody civic ‘politics’ understood as life in the city and tolerance.
  • Transmission to children and younger generations is central to sustaining culture.
  • Casadesus’ longevity is attributed to passion, resilience through hardships, and sharing emotion with others.
  • The anniversary concert is framed as a family reunion, highlighting music’s power to unite across generations.
Arow Sentiments
Positive: Warm, reflective, and hopeful tone focused on music’s unifying and therapeutic power, gratitude for a long career, and commitment to cultural access; concern appears mainly around budget cuts and global tensions.
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