[00:00:00] Speaker 1: France 24, LCP, Public Sénat, présente.
[00:00:17] Speaker 2: Bienvenue au Parlement européen de Bruxelles, où l'on s'interroge plus que jamais sur l'attitude à tenir vis-à-vis de l'oncle Sam, ou on devrait dire d'ailleurs Daddy Trump. Certes, la tension est redescendue après l'inquiétante escalade du président américain sur le Groenland, mais l'épisode n'est peut-être pas clos, tant le contenu du fameux accord conclu à Davos reste opaque. Il a laissé des traces, en tout cas Emmanuel Macron a appelé à un réveil stratégique pour les 27, alors que la première ministre danoise pense qu'il faut une Europe capable de se défendre.
[00:00:51] Speaker 1: Seulement au dernier conseil extraordinaire des chefs d'État convoqués le 22 janvier dernier, on a constaté des nuances. Sur cette question d'une défense européenne, le secrétaire général de l'OTAN, lui, a mis en garde les Européens contre toute tentation de divorce. Écoutez.
[00:01:08] Speaker 3: Si quelqu'un pense encore ici que l'Union européenne ou l'Europe dans son ensemble peut se défendre sans les États-Unis, continuez à rêver, vous ne pouvez pas, nous ne pouvons pas, nous avons besoin les uns des autres.
[00:01:18] Speaker 1: Alors, jusqu'où devons-nous et pouvons-nous nous émanciper des États-Unis ? Faut-il en particulier s'empresser de ressigner l'accord commercial déséquilibré avec l'administration de Donald Trump ?
[00:01:29] Speaker 2: Pour en parler, nous recevons aujourd'hui trois eurodéputés. Rasmus Norquist, bonjour. Vous êtes danois, vous siégez au sein du groupe des Verts, ici au Parlement européen, très concerné forcément par la question. Avec nous aussi une croate, Zeljana Zovko, du Parti populaire européen, le groupe majoritaire à droite de l'hémicycle. Donc, vous êtes d'ailleurs négociatrice pour la fameuse question de cet accord commercial qui a été gelé au Parlement européen.
[00:01:53] Speaker 1: Enfin avec nous, Bernard Guetta, bonjour, eurodéputé français du groupe Renew, Bernard Guetta, après cette folle quinzaine de jours qui a vu l'Europe et son allié américain au bord de la rupture, quel bilan est-ce que vous tirez ? Est-ce que vous diriez que plus rien ne sera jamais comme avant ?
[00:02:09] Speaker 4: Le bilan le plus certain, c'est que quand l'Europe montre ses muscles, qu'elle dit non à Donald Trump à propos de la question de sa volonté d'annexer le Groenland. Ce président a reculé. Je vous rappelle qu'il avait commencé par... Je n'exclus pas d'envoyer mes forces armées, puis il est passé, j'augmente mes droits de douane, puis il est passé à la demande d'ouverture d'une négociation. On ne sait pas très bien sur quoi d'ailleurs, mais d'une demande d'ouverture de négociation. Nous, entre temps, nous avions envoyé des petits contingents, évidemment tout à fait symboliques, de deux, trois hommes, une dizaine d'hommes, mais le message était parfaitement clair. Le message était... Cette terre groenlandaise, danoise, européenne, nous la défendrons comme une terre groenlandaise, danoise et européenne, et si vous nous imposiez, dans un coup de folie, dans un coup de folie, si vous nous imposiez de la défendre par les armes, nous le ferions. Eh bien, Donald Trump a reçu le message.
[00:03:19] Speaker 2: Madame Zofko, vous êtes d'accord avec cette analyse ? C'est la fermeté, en effet, peut-être l'envoi des troupes, mais aussi, après tout, la menace d'utiliser, le fameux bazooka commercial pour répondre aux droits de douane qui a marché, ou au contraire, le maintien du dialogue, vous diriez quoi ?
[00:03:34] Speaker 5: J'étais à Groenland, ça fait quatre ans, avec la mission du comité des affaires étrangères. Nous étions à Copenhagen et à Groenland, et nous étions très conscients des problèmes de la sécurité que Groenland, un jour, peut poser stratégiquement avec les États-Unis. Avec les facilités de défendre sa territoire, le territoire de l'Union européenne aussi, et des États-Unis, avec les menaces que la Chine et la Russie posent là-bas, comme les Européens. Donc, vous dites comme Donald Trump. C'est vrai qu'il y a une urgence Groenland. Il fallait utiliser plutôt les voies diplomatiques pour calmer et apaiser l'atmosphère. Le message était envoyé à Donald Trump, qu'on ne peut pas, qu'on ne peut pas menacer. Il fallait s'engager plutôt un peu à huis clos sur les concerts.
[00:04:32] Speaker 2: À huis clos avec Donald Trump qui tweet tous les deux jours, c'est compliqué, même toutes les deux heures.
[00:04:37] Speaker 1: Ce qu'a fait le secrétaire général de l'OTAN, au final, on a un accord avec le président américain dont on ne sait pas grand-chose, un accord verbal le 21 janvier à Davos, Rasmus Nordqvist. Votre gouvernement danois et puis les Groenlandais en sont-ils contents ? Savez-vous ce qu'il y a dedans ?
[00:04:55] Speaker 6: Je sais. Je sais aussi peu. Que tout le monde d'autre que Rutte et bien peu d'autres. Non, mais je veux juste être très clair sur la question de sécurité à Groenland. Il y a un accord de 1951 entre le Danemark et les Etats-Unis. Il y a un accord sur la sécurité. Alors, toutes ces questions qu'il y a une difficulté de défendre le territoire, on a des accords. Alors, l'histoire qu'il a commencé, Donald Trump, a très peu à faire avec la sécurité. Et c'est pour cela que c'était très fort de l'Europe de montrer que oui, on est prêt. Les Français, les Allemands, les Andais, les Danois, d'aller défendre. Et c'est ça ce qu'on a fait avec très peu. C'était simple politiquement. Et c'est ça ce qu'il a compris. C'est que nous, on est unis contre ce qu'il fait, lui.
[00:05:45] Speaker 2: Vous êtes content des Européens. C'est bien. C'est à noter sur notre plateau. Il y en a un qui est content cette semaine des Européens. Mais il n'y en a pas un.
[00:05:52] Speaker 5: Il y en a deux.
[00:05:53] Speaker 2: Il y en a deux. Emmanuel Macron, dit qu'il faut davantage de défense et d'autonomie stratégique depuis des années maintenant. Mais quand le secrétaire général de l'OTAN, Marc Rutte, qui a négocié justement avec Donald Trump, affirme que l'Europe ne peut rien faire sans les Américains, en tout cas ne peut pas faire de défense sans les Américains, c'est un peu vrai pour l'instant dans les faits.
[00:06:13] Speaker 4: Oui, dans l'instant, oui. Évidemment. Nous n'avons pas de défense commune et nous n'en aurons pas avant au minimum 7 ans, 7-8 ans. Et plus probablement 10. Et plus probablement 10 parce qu'il faut une décennie pour constituer une défense, qu'elle soit commune ou pas commune d'ailleurs. Mais en l'occurrence, elle est commune et il faudra une décennie. Mais vous savez, Marc Rutte m'a beaucoup surpris. Pourquoi ? Parce qu'il dit vous, les Européens, ou nous, les Européens, d'ailleurs parce qu'il oublie un peu qu'il est Européen lui-même.
[00:06:50] Speaker 2: Il est un landais ancien Premier ministre. Exactement.
[00:06:52] Speaker 4: Vous, les Européens, vous ne pouvez rien, sans les Etats-Unis. Ben oui, ce n'est pas faux, mais le problème, la situation réelle que M. Rutte devrait voir et dénoncer, c'est que les Etats-Unis ne veulent plus défendre l'Union Européenne ou en tout cas, qu'ils font peser un énorme doute sur leur volonté de nous défendre et spécifiquement d'appliquer, si besoin était, l'article 5, c'est-à-dire l'ouverture du parapluie nucléaire américain. Et je ne comprends pas qu'on puisse dire vous, les Européens, vous êtes fous de vouloir vous séparer des Etats-Unis. Aujourd'hui, ce sont les Etats-Unis qui veulent se séparer de nous et pas nous qui voulons nous séparer des Etats-Unis.
[00:07:44] Speaker 1: Justement, Zetlana Zovko, vous avez une position traditionnellement plutôt atlantiste, mais vous avez dû lire, comme beaucoup d'Européens, ces quelques lignes de la nouvelle stratégie de défense nationale, nationale américaine. Je cite, « Tandis que les forces américaines se concentrent sur la défense de leur territoire et de la région indo-pacifique, nos alliés et partenaires assumeront la responsabilité de leur propre défense avec un soutien essentiel mais plus limité de la part des forces américaines. » C'est l'annonce claire d'un désengagement ?
[00:08:14] Speaker 5: Oui, mais cette annonce était venue depuis Obama, ce n'est pas Donald Trump. Depuis Obama, cette direction a été prise par les Etats-Unis et, comme je l'ai dit, avant, ils avaient des soucis sur notre compréhension qu'ils se dégagent, se désengagent d'Afrique du Nord, de tous les champs stratégiques que l'Union européenne a pensé qu'on aurait la sécurité des Etats-Unis et nous n'étions pas d'accord sur notre défense commune. Il y avait un grand désaccord et même, on ne peut pas nier les problèmes que les Etats-Unis font face à l'Union européenne. Mais ils nous disent aussi qu'il faut être matures dans nos propres décisions.
[00:09:06] Speaker 2: Alors, regardons ce sondage publié justement par le Grand Continent qui a interrogé les Européens sur qui doit assumer la défense de l'Europe. Alors, seulement les Européens par eux-mêmes, 73%, avec les Etats-Unis, 22%. Vous, je le rappelle, au Danemark, vous étiez le pays le plus attentiste et le plus otanien de l'Union européenne avec le plus grand nombre de morts, d'ailleurs, en Afghanistan, contrairement à ce qu'a affirmé le président Donald Trump. Et désormais, vous détestez ce président et vous voulez une défense autonome, a dit votre Premier ministre.
[00:09:43] Speaker 6: C'est les conséquences de la réalité aujourd'hui. Je veux dire, ce n'est pas nous qui avons pris une autre décision, c'est les Etats-Unis qui ont pris la décision. Et là, maintenant, les conséquences, c'est vrai, c'est que l'Europe doit travailler vers une défense à nous-mêmes parce qu'on ne peut pas compter sur les Etats-Unis. Quand on a un président qui a quand même, même s'il n'a rien fait, il a dit qu'il ne voulait pas nier de prendre des forces contre un allié. C'est quand même ce qu'il a dit. Je veux dire, il y a une conséquence de ça et c'est que l'Europe doit, bien sûr, monter ses tables et travailler sur une défense à nous-mêmes.
[00:10:24] Speaker 1: Alors, quelle attitude adopter face à cet allié américain qui n'en est plus tout à fait un, Bernard Guetta ? Regardons ce sondage sur aussi l'attitude souhaitée de l'Union européenne face au gouvernement américain. Opposition, 46 %, compromis, 44 % et 10 % des Européens seraient pour un alignement. La fermeté ou le dialogue dans cette confrontation aussi commerciale, d'ailleurs, sur les droits de douane, quelle est la bonne méthode, Bernard Guetta ?
[00:10:51] Speaker 4: Écoutez, la bonne méthode, c'est de dialoguer mais de dire très fermement. C'est tout. Je ne vois pas pourquoi un dialogue devrait être, je ne sais pas, humiliant, mou. Non, bien sûr que c'est un dialogue, bien sûr qu'il faut dialoguer. Mais, si vous me permettez, je voudrais revenir sur un point soulevé ou rappelé par ma collègue Zofko à l'instant. Il est tout à fait vrai, vous avez tout à fait raison, de rappeler que les avertissements de la France américains sur leur volonté de se retirer ou en tout cas de s'éloigner du continent européen datent non seulement d'Obama mais en vérité de Bush, du petit Bush, pas le père, du petit Bush, c'est-à-dire de 25 ans. C'est-à-dire de 25 ans. Or, la totalité des Européens, pardonnez-moi de le dire, à l'exception de la France, n'ont pas voulu en tout cas entendre ça. N'ont pas voulu entendre ça. Et maintenant, on arrive à Trump qui, en vérité, se fiche complètement, contrairement à ses prédécesseurs, du sort de l'Europe. Et en vérité, il voudrait même, il aime tellement les Européens, l'Europe, qu'il préférerait qu'il y ait 27 Europes qu'une seule Europe, l'Union Européenne. Qu'est-ce qu'on doit faire ? Eh bien, on doit faire on doit, évidemment, constituer une défense européenne. Il y aura des bagarres et il y en a déjà plein sur l'avion de combat, le machin, mais bien sûr qu'il y aura des bagarres incessantes, évidemment, et c'est inévitable. On veut constituer une industrie pan-européenne de défense, évidemment, que les intérêts divergent, naturellement. Mais, on y arrivera parce que il faut y arriver.
[00:12:48] Speaker 2: Alors, parlons justement de la ratification de l'accord commercial qui a été conclu entre la Commission et, et les Etats-Unis et qui avait été suspendu pendant tout cet épisode groenlandais par le Parlement européen. Mais la majorité des chefs d'État européens plaident pour que cet accord soit ratifié par un vote des eurodéputés. Écoutons tout de suite le président du Conseil européen, M. Costa.
[00:13:11] Speaker 7: Nous devons désormais nous concentrer sur la mise en œuvre de l'accord commercial. L'objectif reste la stabilisation effective des relations commerciales et la stabilisation entre l'Union européenne et les Etats-Unis.
[00:13:27] Speaker 2: Ce n'est pas un peu prématuré, justement, de vouloir renouer comme ça les liens ? Trump peut encore changer d'avis ? Rien n'est définitif dans l'accord du Groenland qu'on ne connaît pas ?
[00:13:36] Speaker 5: Mais qu'est-ce qu'on veut ici faire ? 45% de notre GDP vient d'export. Et si on interrompt les relations avec les Etats-Unis et si on met ça en risque, je pense que c'est très irresponsable envers les employeurs, envers les industries européennes. Si on veut que Bruxelles et l'Union européenne fonctionnent, on doit faire un export. On doit aider nos employeurs. On doit aider à la, je ne sais pas, à la production de champagne, à la production des matériaux Vous plaidez pour une normalisation, on l'a compris. Non, non, non.
[00:14:20] Speaker 6: Je crois que ce qui est important, là-bas, c'est qu'on reste un peu calme. Oui, la situation a été désamorcée, c'est ce qui est arrivé. Mais il n'y a que quelques jours que Trump, il a voulu mettre des tarifs en plus sur certains pays qui a dit qu'il voulait acheter une pays. Je veux dire, c'est un territoire, c'est un pays qui appartient à un peuple. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut acheter comme une maison de campagne. Alors là, il faut rester calme et ne pas aller tout de suite à signer un accord. Il faut rester calme. Il faut rester calme, avoir un dialogue, bien sûr, ouvert, mais aussi rester très ferme et 27 côtés l'un de l'autre parce que c'est la seule chose qu'ils comprennent.
[00:15:03] Speaker 2: Donc, pas d'accord commercial la semaine prochaine au Parlement européen. Votez tout de suite. Et pour vous, oui.
[00:15:09] Speaker 5: on va discuter sur la négociation. Moi, je suis rapporteure, je suis pour ça mon groupe PPE et pour ça, j'espère qu'on va trouver la voie de raison dans ce Parlement. Pour séparer les négociations des accords commerciaux avec séparer des sujets de sécurité qu'on voit maintenant qui se négocient en Danemark. qui l'a mélangé ? Non, mais pas nous. Non, non, non. C'est pas nous. C'est pas le Parlement européen qu'il faut faire ça. Vous avez eu la position de conseil et on suit aussi la voie de raison pour nos emplois, pour nos employés, pour notre industrie.
[00:15:54] Speaker 2: On vote vite ce texte.
[00:15:55] Speaker 4: Je pense qu'il n'y a aucune raison de se précipiter, de se ruer. Je suis absolument partisan, rassurez-vous, de signer que le Parlement ratifie l'accord qui a été passé entre les Etats-Unis et l'Union européenne cet été. Il faut le faire. Mais il faut le faire à la condition que les Etats-Unis le veuillent. Vous rappeliez des chiffres tout à l'heure que les Etats-Unis ont fait des chiffres qui ont été absolument exacts sur l'importance du commerce transatlantique. Mais ce commerce transatlantique, il est tout aussi important pour les Etats-Unis que pour nous. Et ce ne sont pas les Européens jamais, jamais qui ont ébranlé la force de ce commerce transatlantique. C'est le président Trump. Alors, à lui de calmer un peu le jeu.
[00:16:49] Speaker 2: Merci à vous. Merci. On va continuer à parler beaucoup de ce sujet. Je sens dans les semaines qui viennent.
[00:16:55] Speaker 1: Merci à tous et bonne suite de programmes sur nos chaînes.
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