[00:00:01] Speaker 1: — Retour à l'essentiel. On va plus loin. Présent avec Patricia Lémonière. Bonjour, Patricia. Et Gauthier Rybinski. Bonjour, Gauthier. — Bonjour. — A-t-il présumé de ses forces Donald Trump en menaçant l'Europe de sanctions commerciales à cause du Groenland ? Le président américain a déclenché un lever de bouclier de ce côté-ci de l'Atlantique. Alors que les chefs d'État et de gouvernement se réuniront en urgence jeudi pour évaluer leur réponse, le Parlement européen gèle d'ores et déjà la ratification de l'accord commercial très contesté passé durant l'été entre la commission d'Ursula von der Leyen et Donald Trump. Exit les 15 % de taxes consenties sur les importations de biens européens aux États-Unis, tout comme les 750 milliards de dollars d'achats en énergie promis à Washington. Et si, en voulant pousser son avantage, le locataire de la Maison-Blanche prenait le risque de tout perdre, les gains accumulés depuis un an, jour pour jour, qu'il est revenu au pouvoir, retour sur cette année de relations tumultueuses entre l'homme fort de Washington et ses alliés européens, avec Franck Genoso pour France Télévise.
[00:00:59] Speaker 2: C'est un message qui raconte le sentiment de toute puissance de Donald Trump. Un SMS adressé le week-end dernier au Premier ministre norvégien est révélé par la presse américaine.
[00:01:08] Speaker 3: Vu que votre pays a décidé de ne pas me donner le prix Nobel de la paix, je ne me sens plus dans l'obligation de ne penser qu'à la paix. Le monde ne sera pas sûr tant que nous ne contrôlons pas le Groenland de façon complète et totale.
[00:01:21] Speaker 2: Intimider et contraindre, c'est la stratégie du président américain vis-à-vis de l'Europe. Pourtant, lorsqu'il croise les dirigeants européens... C'est un sacré malin, ça, je dois l'avouer. Il y a toujours au départ de la convivialité et même des amabilités. C'est une amie, nous nous entendons très bien. Mais dans les interviews, Donald Trump ne cache plus son mépris pour le vieux continent avec des mots sévères.
[00:01:48] Speaker 3: Je pense que l'Europe est faible.
[00:01:50] Speaker 2: Ils veulent tellement être politiquement corrects, je crois qu'ils sont perdus. Alors, l'Europe et l'Amérique sont-elles au bord de la rupture ? Un document semble en attester. Publié en novembre, il fixe la stratégie de la Maison-Blanche sur les grands dossiers internationaux. 33 pages, dont 2,5 seulement consacrées à l'Europe, avec une tonalité alarmante.
[00:02:12] Speaker 4: Les politiques migratoires transforment le continent. Si cette tendance continue, il sera méconnaissable d'ici 20 ans ou peut-être moins. Ce constat conduit à une volonté claire. Notre objectif devrait être d'aider l'Europe à corriger sa trajectoire.
[00:02:28] Speaker 2: Cette correction passe par une ingérence toujours plus grande dans les affaires européennes.
[00:02:33] Speaker 5: Ce que veut faire la Maison-Blanche de Donald Trump et cette nouvelle droite, c'est de remplacer les élites européennes actuelles avec lesquelles elles estiment qu'elles ne peuvent pas travailler, les élites qu'elles qualifient de libérales, gauche et droite confondues, avec une contre-élite européenne, nationaliste, populiste, qui soit alignée sur leur agenda.
[00:02:51] Speaker 2: Ce changement d'interlocuteur, un homme s'est donné pour mission de l'accélérer. J.D. Vance, le vice-président américain. Et dès son premier déplacement, il a sermonné les Européens. La menace qui m'inquiète le plus ne vient plus de la Russie ou de la Chine ou d'autres puissances extérieures.
[00:03:09] Speaker 3: Elle vient de l'intérieur de l'Europe, l'abandon par l'Europe de certaines de ses valeurs les plus fondamentales, des valeurs partagées par les Etats-Unis.
[00:03:21] Speaker 2: Objectif, peser sur les élections à venir en Europe, c'est l'un des objectifs de la présidentielle française de 2027.
[00:03:28] Speaker 6: La France a été critiquée au moment du premier procès de Marine Le Pen et on s'attend à ce qu'il y ait des critiques autour du procès en appel.
[00:03:38] Speaker 2: Ces attaques vis-à-vis de l'Europe sont-elles partagées par les Américains ? Nous avons posé la question en Virginie-Occidentale, où Donald Trump a remporté l'élection avec 70% des voix. Certains y soutiennent la ligne présidentielle.
[00:03:52] Speaker 4: L'Europe s'est perdue en chemin, à mon avis. Elle est devenue woke, extrêmement woke, et c'est problématique.
[00:03:59] Speaker 2: Mais la plupart des électeurs rencontrés critiquent le président sur cette question du rapport à l'Europe.
[00:04:07] Speaker 5: Les Européens sont des partenaires. Je ne vois pas de raison valable de se faire des ennemis là-bas.
[00:04:14] Speaker 7: En votant pour lui, je ne me doutais pas qu'il deviendrait si extrémiste.
[00:04:18] Speaker 2: On ne va pas prendre le contrôle du Groenland, franchement. Pour l'heure, le sort du Groenland est érigé en ligne rouge par les Américains. 75% d'entre eux se disent défavorables à l'idée d'annexer ce territoire.
[00:04:32] Speaker 1: Et le dernier coup de sang de Donald Trump, ce sont ses paroles prononcées devant des journalistes sur un aéroport de Floride avant d'embarquer pour Davos, où il doit prendre la parole demain, mercredi. Le président américain s'en est pris à Emmanuel Macron, coupable, selon lui, de ne pas vouloir entrer dans son Conseil de la paix. Écoutez.
[00:04:51] Speaker 8: Il a dit ça. Personne ne veut de lui, parce qu'il va bientôt quitter ses fonctions. Ce n'est pas grave. Ce que je ferai, c'est que s'il se montre hostile, je mettrai 200% de barrière douanière sur ses vins et ses champagnes, et il nous rejoindra. Mais il n'a pas besoin de nous rejoindre. Vous me transmettez peut-être son message de manière déformée. Mais s'il a vraiment dit ça, alors vous savez, il ne sera plus à son poste dans quelques mois.
[00:05:13] Speaker 3: Est-ce que vous avez aussi invité le président Poutine ?
[00:05:17] Speaker 8: Oui, il fait partie des dirigeants mondiaux. La réponse est oui.
[00:05:23] Speaker 1: Direction Washington, on retrouve Mathieu Mabin pour France 24. Mathieu, vous qui observez depuis un an maintenant le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, il y a une fixation de la part de Donald Trump et de son administration sur la France et la personne d'Emmanuel Macron.
[00:05:39] Speaker 7: Alors, oui et non. Oui, parce que dans cette manifestation d'opposition au projet américain au Groenland, la France a quand même pris le lead. En tout cas, sur le plan diplomatique, ça ne nous aura pas échappé. De la même manière que la France, s'était imposée parmi les Européens comme la voix dominante dans le dossier ukrainien, on s'en souvient. Ensuite, ce que voit Donald Trump quand il regarde vers l'Europe, c'est ce qui dépasse concrètement. C'est-à-dire, par exemple, un allié idéologique avec Giorgia Meloni, un interlocuteur économique avec le chancelier allemand, un suiveur diplomatique qui a eu, ces dernières années, un peu tendance à s'émanciper, c'est vrai, avec les Britanniques, vous les avez reconnus. Et enfin, une puissance militaire dotée, et possédant un système d'armée complet, et ça, c'est la France. La France première armée d'Europe et la France première à s'opposer aux projets américains au Groenland jusqu'à entraîner ses partenaires européens. C'est comme cela que Donald Trump voit les choses. Voilà donc ce qui peut justifier le fait que Donald Trump fasse effectivement une petite fixette sur son homologue français. Et à cela s'ajoute la facilité avec laquelle les deux hommes ont toujours échangé. Et ça n'est pas d'hier, puisque jusqu'à présent, Emmanuel Macron était parvenu non sans mal, il faut le reconnaître, et malgré un interlocuteur globalement affranchi de toutes les coutumes de savoir-vivre diplomatique, Emmanuel Macron était parvenu pourtant à maintenir un dialogue de plutôt bonne facture avec la Maison-Blanche. On le ressent d'ailleurs assez distinctement dans ce message révélé par Donald Trump.
[00:07:11] Speaker 1: Vous restez avec nous, Mathieu Mabin, Patricia Lémonière. Comment faut-il réagir face à ce Conseil pour la paix ?
[00:07:18] Speaker 9: Comment réagir face à ce Conseil pour la paix ? Alors, c'est ce que vient de dire Mathieu, c'est-à-dire qu'Emmanuel Macron incarne un pôle de résistance, j'ai envie de dire fragile, mais néanmoins un pôle de résistance, c'est-à-dire qu'il lui dit sur l'Ukraine, je ne veux pas de ta solution sur l'Ukraine, il faut avoir une solution où les Européens sont dedans, où tu nous accordes un soutien, etc. Et regarde, surtout, tu ne peux pas avoir confiance en Vladimir Poutine. Donc ça l'agace, parce qu'effectivement, ce que lui a dit le président français sur l'Ukraine, ça s'avère exact. Et pire, il a entraîné les autres Européens avec lui, avec cette force européenne sur le sol ukrainien, une fois la paix signée. Donc sur l'Ukraine, il l'a fortement agacé. Sur le Groenland, effectivement, il était le premier président à passer au Groenland sur la route du G7, et il réagit tout de suite, et il entraîne aussi une fois de plus avec lui une partie des Européens. Alors les Allemands, comme on le dit, sont très modérés puisqu'ils ont envoyé deux ou trois soldats et qu'ils les ont ramenés aussi rapidement qu'ils étaient partis. Donc la force d'Emmanuel Macron, on le voit encore là, à Davos aujourd'hui, où il dit, s'il le faut, on active le bazooka européen économique. On en reparlera sûrement et je n'élabore pas. Donc chaque fois, le président français, finalement, est à la manœuvre et à la riposte. C'est dans la tradition diplomatique française. La France a, depuis le général de Gaulle et depuis toujours, voulu mener comme elle le pouvait, avec des hauts et des bas. On a vu avec Sarkozy que ce n'était pas du tout ça. Au contraire, c'était le grand rapprochement. Mais avec une certaine indépendance par rapport aux élections, et une certaine indépendance par rapport aux États-Unis. Et là encore, c'est encore la France qui est là, puissance dotée, comme l'a dit le correspondant Mathieu à Washington. Et donc cet homme est en travers de sa route malgré tout. Et ce qui est encore plus agaçant pour le président Trump, j'en finirai par là, c'est qu'il ne répond pas à ses provocations. On l'a bien vu avec cette allusion, ce petit président, finalement, qui ne va même pas être élu, qui est déjà fini. Bon, à la limite, ça m'intéresse. Le président français n'a pas répondu. Et à la question qui lui était posée à Davos, qui était est-ce que l'Amérique est notre ennemie ? Il a dit, ou comment vous réagissez, est-ce que c'est une insulte, etc. Il a renvoyé la journée, c'est à vous de juger. Mais il est vrai qu'on peut avoir des alliés un peu différents. Donc il répond chaque fois avec... Pas du tout dans la confrontation. Et surtout, en répondant pas en son nom. En répondant chaque fois au nom de l'Europe. Et on sait très bien qu'il n'y a rien de tel qui agace le président Trump, c'est l'Europe. Donc le président français se présente en tant qu'européen, peut-être leader de l'Europe qu'il aimerait être, mais il se présente comme ça. Et c'est ce qui agace profondément, je pense, le président américain.
[00:10:38] Speaker 1: Donald Trump, en tant que président, Donald Trump en tout cas révélé, on l'a vu dans le reportage à l'instant, le contenu d'un message que lui a adressé Emmanuel Macron, message privé. Le contenu a d'ailleurs été confirmé par l'Elysée. Est-ce que c'est grave, Gauthier Rybinski ?
[00:10:52] Speaker 10: Oui, ça l'aurait été encore plus s'il y avait eu différence ou divergence entre le message privé et le message public. Là, il y a une certaine habilité dont on peut créditer effectivement le président français. C'est grave parce que, comme le disait Mathieu tout à l'heure, des usages sont percutés. Mais c'est plus que ça. C'est-à-dire que la volonté de nuire qu'exprime Donald Trump est une volonté à peine voilée. C'est-à-dire que là, par exemple, dans ce qui s'est passé, au fond, quel intérêt avait-il à divulguer ce message privé ? Quel intérêt pouvait-il avoir à finalement montrer, en quelque sorte, que Macron était pour une solution finalement inclusive, où on disait aux Russes, mais venez, aussi. Aux Ukrainiens également. Aux Danois pour le côté Groenland. Et aux Syriens aussi. Donc là, il y a une sorte de malveillance qui est destinée à rabaisser. Mais ça nous ramène à ce que disait Patricia à l'instant. Moi, je voudrais être d'accord avec vous. Je ne le suis pas énormément dans la mesure où je crains que ce qu'est fait Emmanuel Macron, et d'ailleurs pour maintenir une part de ce dialogue qu'il a instauré, qu'à un cas, malgré tout, je crois qu'il y a peut-être la manière, une façon d'entériner déjà ce que Donald Trump, ce à quoi Donald Trump procède si on part du principe qu'avec l'affaire du Groenland, il y a une manière de rétablir des zones d'influence. Et de dire à Poutine, nous ne vous embêterons pas sur la question ukrainienne, vous ne m'embêtez pas sur la question groenlandaise. Et au fond, alors là, on est d'accord, les pays européens qui peuvent être des cailloux dans la chaussure, eh bien, eux, on peut les rabaisser si nous arrivons à nous entendre. Il y aura des rivalités, mais on s'entendra comme on pouvait s'entendre sur un ordre du monde. Et j'ai peur que ce qui est dit, ce que fait actuellement Emmanuel Macron, c'est une manière de pâtir le moins possible de cette instauration, de cette construction d'un ordre qui rappelle un ancien.
[00:12:52] Speaker 1: Il y a une volonté d'Emmanuel Macron d'établir un lien bilatéral avec Trump ?
[00:12:56] Speaker 9: Non, je ne dis pas qu'il a raison de le faire. J'analyse ces faits. Si j'étais présidente de la République, ce qui ne se passerait pas, sûrement, je ne vous tiendrais pas à ces propos. Mais là, pour répondre à votre question, je crois qu'il veut surtout maintenir l'unité européenne. C'est-à-dire qu'il ne veut pas lui répondre et s'isoler au sein de l'Europe dans une confrontation directe avec Donald Trump. Parce que ça, on ne tient pas à la route. On ne tient pas une seconde. La France seule ne peut pas tenir. Donc, la France ne peut tenir que si elle est unie. Et donc, il ne se met pas moins à la route. Il ne se met pas... Moi, j'ai été insultée, je réponds à une insulte d'un président. Il répond, moi, européen, je pense que... On va se réunir, on va juger. Gardons le calme, dit-il. Donc, il renvoie à l'agitation trumpienne. Il prend son contre-pied, mais un peu à la marge. Ceci dit, c'est fondamental, ce qui va se passer jeudi soir à Bruxelles. Cette rencontre des Européens, au-delà de la suspension de l'accord qui a été déclenchée par le Parlement européen, ce qui va se passer à Bruxelles, c'est très important. Parce que là, c'est les leviers, finalement. Que va-t-on décider ? Va-t-on rester unis, un ? Et deux, sur quels leviers va-t-on s'appuyer ? Ou va-t-on juste dire, finalement, les parlementaires ont suspendu ? Voyons comment ce que le Parlement a fait marche.
[00:14:20] Speaker 1: Les Américains ont déjà perdu, semble-t-il, momentanément à ce stade, les bénéfices de cet accord léonin en leur faveur consenti par Ursula von der Leyen au milieu de l'été. Tout à fait.
[00:14:30] Speaker 10: Mais est-ce que, justement, la meilleure façon de maintenir cette unité qui semble se dessiner européenne, sur le plan européen, est-ce que ce n'est pas pour un Emmanuel Macron et sa recherche de leadership que de proposer aux autres Européens, à travers ce message qu'il a adressé à Trump, quelque chose qui soit de l'ordre du tiède ? Précisément pour ne pas braquer ceux qui seraient hésitants pour agir de manière ferme à Bruxelles jeudi soir.
[00:14:55] Speaker 1: Mathieu Mabin, que traduit le contenu de ce message ? Certains y ont vu. Même si l'Élysée l'a validé. Sur le fond, une forme de déférence envers Donald Trump de la part d'Emmanuel Macron.
[00:15:07] Speaker 7: Non, je n'utiliserai pas le terme de déférence. Ça traduit tout simplement chez le président de la République le fait qu'il a cerné la personnalité du président américain. Et c'est suffisamment rare, en tout cas chez les leaders internationaux, pour être souligné. Avec Donald Trump, il n'y a pas d'autre choix, si on veut avancer, que d'accepter le réel. Or, le réel, c'est quoi ? Donald Trump est à la tête de la première puissance économique mondiale. Quelle scoop . Qui se trouve aussi être la première puissance militaire mondiale. Encore un scoop, vous me l'accorderez. Ce qui fait que, concrètement, personne sur la planète ne peut durablement tenir tête à un président américain. Mais ce n'est pas vraiment nouveau, depuis 1945. Ça, c'est la réalité à laquelle se colle Emmanuel Macron. Il ne s'agit donc pas de défier bêtement Goliath parce que l'Europe n'est tout simplement pas David. Emmanuel Macron est parfaitement conscient de cette réalité. Ensuite, l'autre réalité, c'est que, ni les Européens, ni les Américains, ne peuvent se permettre le luxe de divorcer. Il faut bien en être conscient. Toutes les chancelleries en sont parfaitement conscientes que le pacte occidental est la seule garantie de pouvoir faire bloquer un jour face à l'autre bloc, le bloc chinois, qui, soit dit en passant, doit regarder ses querelles avec attention, voire même avec amusement.
[00:16:25] Speaker 1: Une surprise, tout de même, enfin, en tout cas, ce n'est peut-être pas votre avis, Patricia Alemonia, je voulais vous interroger à ce sujet, le fait que, dans ce message, ce bref message adressé à Donald Trump, Emmanuel Macron semble épouser désormais la proposition trumpienne de réhabiliter la Russie auprès du G7, ce qui n'est pas son discours officiel.
[00:16:42] Speaker 9: Alors, si, puisqu'il a dit qu'il pouvait parler, qu'il serait temps que les Européens se remettent à discuter, à converser avec les Russes, puisque les Américains ne devaient pas rester les seuls à le faire. Ça, ça a été dit, ça a été entériné. Donc, il a dit... Quand on regarde bien le message, c'est avec les Russes à la marge. C'est très important, à la marge. Ça ne veut pas dire Vladimir Poutine dans la salle. Ça veut dire les envoyés spéciaux. Ça veut dire, aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe au sommet de Davos ? Il y a des Russes et des Américains qui se rencontrent... Mais c'est informel. Oui, mais qui continuent à négocier dans notre dos, sans nous. Ils négocient des accords économiques... Comme ils négocient en Floride. Mais là, c'est à Davos, sous notre nez. Oui. Je veux dire, ce n'est pas en Floride, loin de chez nous. Là, c'est carrément à notre barbe. Donc, si vous voulez, aujourd'hui, soit on se fait complètement marcher sur les pieds, effectivement, soit on dit, nous aussi, on peut voir Medvedev. Nous, c'est plutôt pas Medvedev. Vous m'avez compris, le conseiller spécial de Poutine. Oui.
[00:17:45] Speaker 1: On peut voir Sergei Lavrov, le ministre des Affaires étrangères... Non, pas Lavrov, mais... Biscoff. Voilà.
[00:17:50] Speaker 9: Donc, on peut... Biscoff, le porte-parole... On peut discuter avec les envoyés spéciaux. Les envoyés spéciaux de Poutine, comme le font les Américains. Et donc, c'est pour ça qu'il l'a dit, à la marge. Donc, ce n'est pas un crime de l'Esse-Majesté. Et c'était dans un cadre d'une réunion du G7 qui n'aura, de toute façon, pour l'instant, pas lieu.
[00:18:10] Speaker 1: Ça vous a surpris, vous, Gauthier Evinci ? Parce qu'on imagine, quand même, la venue à Paris d'Émissaire russe ne passerait pas inaperçue. Ce serait, quand même, en soi, un événement. Dans le contexte actuel, non ?
[00:18:19] Speaker 10: Oui, bien sûr. Moi, ça ne me surprend pas, à outre mesure. Puisque, voyez-vous, l'idée qu'il faut en passer par, finalement, une partie des fourches codines ou une autre, qu'elles soient russes ou américaines, puisque, comme vous le disiez très justement, l'Europe n'est que l'Europe, il y a là quelque chose qui, me semble-t-il, est de nature à faire admettre ou à faire avaler à un certain nombre de publics, qu'ils soient européens ou autres, le fait qu'à un moment ou un autre, il va falloir laisser tomber certaines personnes, certaines populations ou certains pays, en disant, écoutez, par exemple... Ah, pour vous, Emmanuel Macron, il en est là, aujourd'hui ? Le lâchage des Ukrainiens ? Pas forcément. J'ai dit qu'il était en train d'entériner un partage du monde qui pouvait conduire à cette manière, mais avec des garanties, par exemple. En train de dire à Trump, cher ami, nous nous entendons sur plein de choses. Et puis, on peut s'entendre sur des garanties vis-à-vis des Ukrainiens. Et puis, à ce moment-là, on laissera Poutine faire des élections, par exemple. Vous voyez, ce sont les ferments.
[00:19:19] Speaker 1: Ça peut être une habileté qui souscrit aux objectifs européens. Espérons-le. Emmanuel Macron, qui a pris en tout cas la parole à Davos ce mardi, vous l'avez dit, Patricia, un jour donc avant Donald Trump, qui, lui, s'exprimera demain, le président français appelle l'Europe à ne pas se laisser impressionner par les menaces de Donald Trump et à refuser la vassalisation. Écoutez.
[00:19:41] Speaker 11: Sans gouvernance collective, la coopération cède la place à une concurrence brutale, notamment de la part des États-Unis d'Amérique, à travers des accords commerciaux qui minent nos intérêts en termes d'export, qui exigent des concessions, qui minent nos investissements, et qui, ouvertement, ont pour but d'affaiblir et de subordonner l'Europe, le tout combiné à une accumulation de nouveaux droits de douane qui sont fondamentalement inacceptables, d'autant plus quand ils sont utilisés comme levier contre la souveraineté territoriale.
[00:20:06] Speaker 1: Quels effets, Patricia, peuvent avoir ces appels répétés d'Emmanuel Macron au multilatéralisme et à la concertation ? Est-ce que ça va agir sur les Américains ? Là, il a quand même parlé de brutalité aujourd'hui. Les mots étaient quand même forts.
[00:20:20] Speaker 9: Oui, les mots... Dans toute l'Europe, les mots sont forts aujourd'hui.
[00:20:25] Speaker 1: Brutalité à propos de Donald Trump.
[00:20:27] Speaker 9: Voilà, brutalité à propos de Donald Trump. Le chancelier Marx a eu des mots aussi peu amènes par rapport au président Trump. Et même le très prudent Keir Starmer aussi a commencé à dire que ça a commencé un peu à suffire.
[00:20:40] Speaker 1: Le Premier ministre britannique.
[00:20:42] Speaker 9: Voilà, le britannique. Donc on voit bien que les Allemands et les Britanniques sont dans une position intermédiaire, mais ils commencent aussi, comme le président français, à trouver que cette brutalité va trop loin. Pour l'instant, seul Giorgia Meloni dans les États qui comptent. Parce que s'il y a quelque chose qui doit bouger, il faut une union, une unité entre le Royaume-Uni qui est hors UE, mais le Royaume-Uni qui compte, l'Allemagne, la France, l'Italie. Effectivement. Et la Pologne, mais bon... Et la Pologne, il y a la marche, mais on sait que c'est les pays qui sont sur le front de l'Est. Et les pays qui sont sur le front de l'Est, ils ont d'autres préoccupations qui sont russes et qui sont donc très orientés vers la défense américaine et ne sont pas sortis de cette idée que les États-Unis sont toujours là en protecteur. Donc dans ce noyau dur, la France occupe une position ferme et centrale et les deux autres sont en train d'évoluer.
[00:21:43] Speaker 1: Emmanuel Macron a pointé une situation folle, ce sont ces termes où l'Union européenne pourrait donc avoir à utiliser pour la première fois contre les États-Unis. Vous y croyez, Gauthier Rybinski ? La France semble très en pointe sur le sujet. Est-ce qu'il arrivera, Emmanuel Macron, à entraîner les autres Européens ? C'est pas avec le Mercosur ?
[00:22:02] Speaker 10: Oui. C'est difficile d'y croire dans l'immédiat, même si je pense qu'on a un peu trop tendance à y voir une panacée universelle dans ces mesures anti-coercition, parce qu'il n'est pas certain d'une part qu'elle ne soit pas pénalisante pour l'Europe elle-même et que finalement, à partir du moment où elles organisent un certain nombre de restrictions, voire, pourquoi pas, on peut parler de boycott de produits américains... Concrètement, pour qu'on comprenne, il faut dire fermer l'Europe en partie aux investissements et aux produits américains. Est-ce que ça veut dire, de l'autre côté, que l'Europe a les moyens de remplacer ces investissements, de remplacer un certain nombre de choses, de la même manière... Et se priver peut-être aussi des géants du net qui aujourd'hui sont quasiment en situation monopolistique ou oligopolistique. Les États-Unis, avec leurs droits de douane, essayent de favoriser leurs propres entreprises, mais que les propres entreprises américaines, ça n'est pas le tout de les protéger par des droits de douane, il faut aussi qu'elles soient au niveau de la productivité, qu'elles soient au diapason. Donc là, il n'est pas certain que ça soit quelque chose de particulièrement adroit, sauf quand on entend les Américains comme Scott Pessett en arrivant à Davos qui dit qu'il serait particulièrement malvenu que les Européens agissent de la sorte. Donc là, il y a peut-être une tentation parce qu'on se dit, tiens, ça fait mal, on peut mordre.
[00:23:19] Speaker 9: Il y a d'autres moyens, des moyens financiers. La Banque Centrale, on détient une partie de la dette américaine. Si on annonce, si la Banque Centrale annonce que finalement on va modifier nos réserves, qu'est-ce qui se passe ? C'est la crise financière aux États-Unis et il y a une chose qui fera reculer Donald Trump, j'espère que Mathieu Mabin sera d'accord avec moi, il ne va pas me dire que je dis une grosse énormité, c'est la finance. Le krach qui a eu lieu après l'annonce des droits de douane faramineux, c'est les financiers qui ont fait reculer Donald Trump.
[00:23:55] Speaker 1: Justement, on voulait parler du Groenland mais on va parler effectivement de cet aspect-là avec vous Mathieu Mabin. On le voit, les marchés sont fébriles aujourd'hui. Régulièrement, ces derniers jours, on nous alerte sur le fait que les investisseurs surveillent de près ces nouvelles menaces de Donald Trump sur les droits de douane. Est-ce qu'effectivement, il y a là un risque de stabilité pour la finance ? Pas en l'état.
[00:24:19] Speaker 7: Je ne peux qu'abonder en fait dans le sens de ce qui a été formulé sur votre plateau. J'ai envie de dire que le seul indicateur qui compte ici, c'est effectivement les marchés financiers et c'est d'ailleurs Donald Trump ne s'y trompe pas, il a lui-même les yeux braqués sur les marchés et leur obéit au doigt et à l'œil. Maintenant, ce qui est absolument intéressant c'est de voir comment ces fameux marchés financiers ont réagi au cours de l'année écoulée. Vous vous souvenez des prédictions qui ont été faites lorsque Donald Trump a brandi des fameux panneaux dans les jardins de la Maison Blanche avec l'ensemble des sanctions financières, appelons-les comme ça, et ces droits de douane absolument faramineux imposés à ceux qui encore la veille étaient ses partenaires commerciaux pour la majorité d'entre eux. Les prédictions de l'époque étaient plus que sombres. Il faut bien reconnaître que la réalité a fait mentir ces prédictions. Finalement, la santé économique des États-Unis au cours de l'année écoulée n'a pas été aussi catastrophique que ce que l'on a bien voulu, souvent, nous annoncer en tout cas de votre côté de l'Atlantique. Ici, on est bien obligé de reconnaître que les marchés ont plutôt suivi Donald Trump, ont plutôt manifesté leur confiance à la politique menée par Donald Trump contre toute attente, je vous l'accorde, mais la réalité est celle-là, avec quelques chiffres qui viennent consolider ce constat. Des chiffres de la croissance qui sont tout à fait corrects. Nous interrogeons encore il y a moins de 24 heures le public américain en allant à sa rencontre dans les rues de Washington et notamment en ciblant tout particulièrement le milieu de la finance. Chacun s'accorde à dire ici par exemple que les retraites américaines, le fameux 401K américain, se portent extrêmement bien. C'est ça les indicateurs sur lesquels les Américains en tout cas ont les yeux rivés.
[00:26:07] Speaker 1: Merci Mathieu Mabin, voilà ce qu'on pouvait dire alors que nous célébrons d'une certaine manière aujourd'hui l'anniversaire du retour à la Maison Blanche de Donald Trump. Célébrer c'est peut-être un mot un peu fort, nous marquons le coup à notre manière et lui aussi d'ailleurs avec les propos peu amènes qu'il a tenus à l'égard d'Emmanuel Macron. On va en reparler dans un instant dans la suite de L'Essentiel. Merci Patricia Lémonia, merci à vous Gautier Rybinski. On va plus loin, c'est terminé. Retour dans un instant.
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