France’s Youth Drug Use Shifts Toward New Risks (Full Transcript)

Traditional teen use declines, but nitrous oxide and synthetics rise—experts urge information, mental-health support, and prevention over repression.
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[00:00:00] Speaker 1: Un jeune sur deux en France a expérimenté une drogue avant la fin du lycée. Recrudescence du narcotrafic offre cibles diversifiées et nouveaux usages. Nous avons voulu nous arrêter sur le rapport que la jeunesse française entretient avec les drogues. Qui est concerné ? Que consomme-t-on et pour quels risques ? Mais surtout, les jeunes sont-ils tous égaux face à l'addiction ? On s'interrogera sur la pertinence des discours officiels sur les consommateurs. Finalement, nos modèles de prévention sont-ils à la page et efficaces ? Sans banaliser ni alarmer, au micro, nous faisons dialoguer aujourd'hui éducateurs, anciens consommateurs et sociologues. Une jeunesse française face à la drogue, c'est maintenant. Bonjour à tous.

[00:00:38] Speaker 2: Bonjour.

[00:00:38] Speaker 1: Bienvenue, donc on est au FGO Barbara qui a la gentillesse de nous accueillir ici à Barbès. Nous recevons aujourd'hui Marie-Joffrey Roustide, sociologue et politiste à l'Inserm, qui dirige notamment le programme Sciences Sociales, Drogues et Sociétés de l'EHESS. Vous défendez une approche nuancée et sociale des questions liées à la consommation de drogue, plutôt qu'une approche répressive. Avec vous, nous allons analyser les dynamiques actuelles. Aboubakar Sakanoko est référent insertion dans le 91, quotidiennement au contact de la jeunesse. Mais c'est à Grigny, quartier de la Grande Bande, que vous avez grandi. Vous y lancez votre média indépendant, Disons-nous-les-choses, un lieu de parole libre pour les invisibles. En général, c'est vous qui posez les questions, mais aujourd'hui, on va prendre le temps de vous écouter. ALB Mentality, c'est pas un groupe de rap, c'est le nom d'un collectif avec donc Anas, Ryan, Aziz et Abdel Samad, il en manquait un aujourd'hui. ALB pour Arrêtons la Bédave, arrêter de fumer, du cannabis, du shit, une démarche que vous entreprenez ensemble à quatre, pour vous d'abord, puis qui devient un mouvement sur les réseaux de sensibilisation adressée aux autres, à ceux qui galèrent.

[00:01:39] Speaker 3: J'ai commencé à 14 ans, j'ai arrêté à mes 23 ans. Quand il y J'arrivais du vide, je roulais un jour, jusqu'à ce qu'après c'est devenu une addiction.

[00:01:48] Speaker 1: Arrête-toi, Béthove . Vous faites des millions de vues, vous abordez aussi la question du ballon, une addiction qui n'a rien à voir avec le foot, qui est en plein essor et qui fait des ravages. Et Arnaud Dalbis est le président de l'association Stop Ballon, engagé contre les dangers du protoxyde d'azote, justement, ce gaz hilarant que l'on peut trouver dans le commerce, qui se consomme dans des ballons, mais qui n'a rien de festif. Pour preuve, vous avez ouvert un centre de rééducation à Mantes-la-Jolie. Accidents graves, atteintes neurologiques pouvant mener au handicap, troubles cardiaques et psychiatriques. Vous connaissez mieux que personne les conséquences de l'usage détourné. De ce gaz, place au débat. Et une question d'abord. D'après vos observations de terrain aujourd'hui, est-ce que consommer de la drogue quand on est jeune, c'est devenu normal ? Aboubakar.

[00:02:31] Speaker 4: Oulala, sacrée question. Sacrée question. Moi, je dirais juste qu'à chaque époque, ces nouvelles drogues ou ces drogues expérimentales. Et malheureusement, bien sûr, l'usage de la drogue a été... Aujourd'hui, a été banalisé, dans différents domaines, dans différents lieux, dans le monde artistique, consommer... Comment dire ? Des substances douces.

[00:02:57] Speaker 1: C'est un monde que vous connaissez bien. Peut-être du monde du rap.

[00:03:01] Speaker 4: Du monde du rap ou même de la musique en général. Et malheureusement, aujourd'hui, On se rend compte qu'il y a une jeunesse qui a traversé ce qu'on n'a pas traversé, c'est-à-dire le Covid, et qui aujourd'hui expérimente des nouvelles drogues, dont une drogue qu'on pourrait appeler le protoxyde d'azote et les ballons, comme on pourrait le dire.

[00:03:23] Speaker 1: Vous observez un avant-après-Covid, vous dites ?

[00:03:25] Speaker 4: Franchement, j'observe avant et après Covid et c'est dommage qu'il n'y ait pas assez d'études qui aient été faites sur l'impact du Covid sur la psychologie de la jeunesse.

[00:03:37] Speaker 1: Ok, on va peut-être en parler après, mais j'aimerais avoir votre réaction justement sur ce passage obligé. Est-ce que vous voyez ça comme un passage obligé ? Vous êtes encore tout jeune de contact avec la drogue.

[00:03:48] Speaker 2: La drogue, oui, je pense qu'aujourd'hui, ça a été banalisé, en vrai. Moi, je te dirais que dans un groupe de jeunes, maintenant, ce qui n'est pas normal, c'est de ne pas consommer de la drogue. C'est mauvais, mais maintenant, c'est comme ça que les jeunes réfléchissent. Je ne sais pas, peut-être qu'ils veulent juste impressionner au début ou c'est de la curiosité ou...

[00:04:11] Speaker 1: Vous savez pas, mais vous avez vécu ça, donc vous devez savoir, vous devez avoir au moins votre réponse pour vous-même.

[00:04:17] Speaker 2: Oui, pour moi-même, je dirais que j'étais très mal accompagné à ce moment-là. On m'a fait croire que la drogue, ça allait me faire oublier mes problèmes. Et j'ai testé. Mais je pense que pour chaque personne, c'est une raison différente. Mais on se laisse tous influencer par notre entourage ou par quelque chose.

[00:04:38] Speaker 1: Ryan aussi, c'était beaucoup l'entourage pour vous ?

[00:04:41] Speaker 5: Franchement, moi, j'ai envie de dire que l'entourage, les fréquentations, c'est la première raison du fait qu'on tombe dans une addiction. Dans le sens où si quand j'avais été jeune, j'avais été entouré de personnes qui, quand on a eu l'âge légal pour aller à la salle, 16 ans je crois, à partir de l'âge de 16 ans, on serait souvent allé à la salle, on se serait motivé tous ensemble à aller faire du sport, à se surpasser. Je pense que là, j'en serais pas là aujourd'hui. Dans tout ce qu'on fait, c'est les fréquentations. C'est soit on te pousse, soit on te tire vers le bas, c'est tout.

[00:05:14] Speaker 1: Monsieur Dalbis, justement sur cette question, vous observez des personnes qui, les jeunes qui arrivent, peut-être pas que des jeunes d'ailleurs, dans vos cliniques. Quel est le profil en fait aujourd'hui des personnes qui sont arrivées à ce degré-là de consommation, c'est-à-dire avec une incidence grave sur la santé ?

[00:05:29] Speaker 6: Alors au fil du temps, le profil a vraiment changé. C'est-à-dire qu'au début, on avait des patients qui étaient plutôt dans la trentaine et puis qui consommaient de manière assez régulière. Et de plus en plus, on s'est aperçu que la tranche d'âge diminuait de jour en jour. C'est-à-dire qu'on avait des 25 ans, des 20 ans, et maintenant, on a des patients de l'ordre de 18 ans, 16 ans, qui consomment de manière fréquente et importante le protoxyde d'azote. De plus en plus de filles. Avant, c'était une consommation assez masculine. Et depuis quelques années, assez récemment, on voit énormément de jeunes filles qui arrivent avec des problèmes neurologiques et de mobilité. Donc c'est vraiment le spectre des consommateurs évolue vraiment très rapidement.

[00:06:13] Speaker 1: Et comment vous expliquez que ce soit essentiellement des jeunes filles ?

[00:06:16] Speaker 6: C'est pas essentiellement des jeunes filles, mais les jeunes filles étaient plutôt en dehors de ça, parce que le fait de consommer de la drogue, c'est se montrer, faire le malin avec les copains, c'est subir une pression sociale, c'est dire bon allez je vais faire comme les autres, je vais fumer avec les copains, etc. Et souvent les filles étaient un petit peu en dehors du jeu. Et de plus en plus, les filles sont intégrées dans ce type de phénomène social et elles consomment de plus en plus, ce qu'on voyait beaucoup moins avant.

[00:06:42] Speaker 1: Et est-ce que c'est peut-être aussi le côté presque enfantin, le produit d'appel, ce ballon qui se trouve dans le commerce ? Est-ce que c'est ça qui en fait aussi le succès ? On a l'impression que c'est anodin.

[00:06:52] Speaker 6: Le problème de la consommation du protoxyque, d'abord c'est en vente légale, première chose, donc vous pouvez acheter, vous balader dans la rue avec une bonbonne, il ne va rien vous arriver, donc c'est facile. Ça n'a pas d'odeur, c'est un color, un inodore, donc personne ne s'aperçoit que vous consommez dans votre réseau familial. Et c'est vrai que c'est une drogue facile, facile à consommer, facile à se procurer. Vous n'avez pas besoin d'aller dans les réseaux mafieux pour vous en procurer. Et c'est ce qui a fait que c'était un produit accessible relativement facilement. Et c'est ce qui a fait un petit peu que ça a dégénéré un peu dans tous les sens.

[00:07:23] Speaker 1: Je voudrais simplement revenir avec vous sur justement cette banalisation. Là, on entend le discours, ça s'est banalisé ces dernières années. Vous, en tant que sociologue, quelle approche vous avez de cette question de la banalisation de la drogue, notamment pour la jeunesse ?

[00:07:37] Speaker 7: Dans les études en population générale, qui sont menées soit par l'INSERM, mon organisme, soit par l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives, on voit des choses un petit peu différentes, mais là, c'est au niveau de la population française, on voit plutôt une diminution de la consommation de substances chez les jeunes, quand on regarde le cannabis, l'alcool et le tabac. Par exemple, pour le cannabis, les dernières enquêtes montrent que chez les jeunes à l'âge de 16 ans, ces dix dernières années, la consommation de cannabis, elle a été divisée par trois. En revanche, ce qu'on voit, c'est ce que vous avez tous un peu évoqué, c'est l'apparition de nouvelles substances. Donc, il y a une augmentation extrêmement importante du protoxyde d'azote, il y a une augmentation très importante des drogues de synthèse également. Et par exemple, on dit que globalement, il y a une baisse de la consommation de cannabis. Mais par contre, il y a une augmentation des cannabinoïdes de synthèse. Donc en fait, des formes de cannabis qui sont beaucoup plus dangereuses qu'avant. Et puis surtout, il y a des différences aussi en fonction du genre ou en fonction des milieux sociaux. Donc comme le disait monsieur tout à l'heure, les jeunes femmes, avant, consommaient beaucoup moins parce que les comportements d'usage de drogue, c'est très genré. et donc en fait c'est plutôt associé à des valeurs viriles et puis une femme qui consomme des substances c'est souvent plus mal vu socialement qu'un homme. C'est la même chose pour l'alcool que pour le cannabis ou pour le tabac. Mais aujourd'hui comme les normes de genre elles ont tendance à être un peu les mêmes pour les hommes et les femmes ça amène à une augmentation de la consommation de substances chez les jeunes filles. Donc en fait on a de moins en moins de différence. Avant on avait essentiellement des garçons qui consommaient, des jeunes garçons Et maintenant, on voit aussi beaucoup de jeunes filles, mais plutôt sur les nouvelles substances, donc le protoxyde d'azote, les cannabinoïdes de synthèse. Par contre, moins d'alcool, moins de tabac et moins de cannabis de manière générale. Et puis après, ce qui peut jouer aussi, c'est le milieu social. C'est-à-dire que ce qu'on voit dans les études disponibles, c'est que les jeunes qui viennent de milieux sociaux favorisés, par exemple, vont beaucoup plus expérimenter, c'est-à-dire consommer une ou deux fois ou occasionnellement des drogues parce que leurs parents ont plus d'argent et donc ils ont plus d'argent de poche pour acheter des drogues pour expérimenter. Mais par contre, les jeunes qui sont en difficulté, on les voit plus fréquemment parmi les jeunes qui viennent des quartiers, de milieux sociaux plus défavorisés. Donc il y a des inégalités sociales également dans le rapport à la consommation.

[00:10:12] Speaker 1: Tout à fait, et donc avec peut-être plus de probabilité pour un usage problématique de ces substances quand on vient d'un milieu défavorisé ?

[00:10:18] Speaker 7: Oui, alors pour des raisons qui ont été expliquées par des études sociologiques. D'abord, comme c'était évoqué par Monsieur tout à l'heure, en fait, il y a la question des fréquentations mais il y a la question du niveau d'information aussi. Et donc les deux jouent. Alors, ça ne veut pas dire que quand on vient d'un quartier populaire, on a des mauvaises fréquentations, ça ne veut pas du tout dire ça, mais ça veut dire que quand on vient d'un quartier aisé, on a une pression des pères, donc des amis, pour réussir socialement. C'est-à-dire qu'on vient dans un milieu où on a son père qui est avocat, des gens polytechniciens dans la famille, donc il y a des attentes très fortes sur les études qui doivent être faites. Donc, en fait, un jeune issu d'un milieu social favorisé qui va commencer à consommer, quand il commence à perdre le contrôle, il y a ses amis, sa famille, qui vont être très inquiets par rapport à la question des études et au fait de ne pas réussir à avoir ce même niveau social. Donc il y a une pression qui s'exerce par les pères à ce niveau-là. Le deuxième élément, c'est qu'aussi, quand vous venez d'un milieu social favorisé, vos parents, ils ont de l'argent pour vous orienter vers la bonne clinique où vous allez pouvoir vous soigner, ou vers le médecin de famille qui va pouvoir vous prendre en charge. Et donc la prévention, les messages de prévention sont plus diffusés à ce niveau-là. Donc en fait, ce n'est pas que les fréquentations seraient mauvaises comme dans les quartiers populaires, c'est plutôt une question de pression des pairs et, effectivement, d'accès à des réseaux de médecins qui font toute la différence. Justement, sur cette question, ça vous fait réagir ?

[00:11:57] Speaker 1: Parlons peut-être d'un privilège par rapport à l'addiction.

[00:12:03] Speaker 5: Oui, justement. Sur l'inégalité sociale, je suis d'accord sur un point. C'est qu'on a une approche différente par rapport à quelqu'un qui fume, il habite dans le 16ème, son père c'est un procureur de la République, et par rapport à quelqu'un qui habite dans un quartier, on va dire son père il est ouvrier, il y a une approche différente dans le sens où ils ne vont pas fumer pour les mêmes raisons. Je ne dis pas que forcément on habite dans le 16ème, on n'a pas de problème, on a tous des problèmes, on vit tous des épreuves à des degrés différents par rapport à sa classe sociale, par rapport à son environnement, mais il y a la différence d'inégalité aussi à prendre en compte dans la consommation. Dans le sens où demain, t'habites dans le 16ème, t'auras pas de problème d'argent, tu vas pas réfléchir à comment faire plus d'argent demain, à comment sortir ta famille, aider tes parents à partir, par exemple, au bled voir leur famille. Il y a plein de choses à prendre en compte qu'on prendra pas en compte chez la personne qui habite dans le 16ème, dans le sens où il sera bien financièrement. Donc là, à partir de ce moment-là, une fois qu'on fume, et moi, personnellement, j'ai fait aussi... J'ai eu cette expérience dans le sens où j'ai fumé au moment de ma vie où j'étais bien mentalement, et j'ai fumé au moment de ma vie où je n'étais pas bien. Et j'ai vu que quand j'ai fumé en n'étant pas bien mentalement, ça m'a beaucoup plus impacté que lorsque j'étais bien.

[00:13:25] Speaker 1: Mais ce que vous dites, c'est que vous avez eu... Comment dire ? Vous avez eu l'impression que ça vous aiderait à régler des problèmes ? ou c'était pour faire oublier des problèmes ?

[00:13:34] Speaker 5: Justement, malheureusement, ce qu'on fait croire, c'est que fumer, ça va t'aider à oublier tes problèmes, mais jamais de la vie. Ça va juste te mettre dans une sphère où tes problèmes seront encore là, mais tu seras déconnecté de la vie réelle. Mais tes problèmes seront encore là, ça n'est pas là le sujet. Mais le vrai sujet, c'est justement par rapport à l'approche qu'on a en venant d'un quartier et en venant d'un endroit un peu plus aisé. L'approche, elle est totalement différente. Par exemple, moi, je sais que j'ai beaucoup parlé... Je vous ai dit que j'étais en école de commerce, ça veut dire que j'ai eu l'occasion de fréquenter pas mal de différentes classes sociales. Et moi, j'habite dans un quartier. Quand je parle avec mes potes... Quand je parle avec mes potes, on est posés et tout, je vois la différence que quand je parlais avec un camarade d'amour de ma classe qui habitait dans le 16e, en EI, lui, quand il fumait, c'était enjoy, c'était... Ouais... Demain, je vais en soirée, nanani, je vais prendre un petit bout, nanani. Alors que quand je parle avec un pote à moi de mon quartier avec fumée, putain, c'est de la merde, j'ai envie d'arrêter. Ça me bloque, nanani, mais j'arrive pas à trouver la bonne porte de sortie. Alors que, tu vois, tu ressens vraiment cette différence de...

[00:14:46] Speaker 1: C'est la partie récréative, en fait. On dit qu'il y a une consommation qui peut être récréative. Pour vous, c'est très vite que vous sortez de ce récréatif.

[00:14:52] Speaker 5: Exactement, c'est plus de la récré... C'est plus de la récré. C'est la fin de la récré. Désolé, je vais pas beaucoup utiliser de mots scientifiques, les gars, parce que j'ai pas assez de...

[00:15:04] Speaker 1: On se comprend très bien.

[00:15:05] Speaker 5: On va essayer de vous expliquer avec nos mots qu'on utilise.

[00:15:08] Speaker 1: Oubacar, oui, je voudrais faire réagir à Oubacar là-dessus. Vous êtes d'accord justement sur cette perception, cette façon-là ? C'est ce que vous observez aussi, avec les jeunes que vous accompagnez ?

[00:15:17] Speaker 4: C'est ce qu'on observe, c'est ce que j'observe. C'est-à-dire que, comme je l'évoquais tout à l'heure, à chaque époque, c'est une nouvelle drogue. Il y a, dans les années 70-80, les jeunes issus des quartiers populaires, consommer de la colle. Après, malheureusement, il y a le crack qui est arrivé, qui est un dérivé d'une autre drogue. Les jeunes dans le 16e, dans les années 70-80, consommaient de la drogue plus chère que dans les quartiers, donc de la cocaïne. Et on se rend compte qu'aujourd'hui, ce qui se passe avec ce qu'on appelle le ballon, c'est que c'est un usage qui a été détourné. Et c'est, comment dire, c'est une drogue qui est facile, enfin entre guillemets, un peu plus facile à consommer. Et pour bon dire, sur ce que tu dis depuis tout à l'heure, et sur ce que dit madame un jeune issu des quartiers, il va, comment dire, il va noyer, malheureusement, du fait de sa condition sociale, il va plus noyer son chagrin, ses problèmes, et plus être affondant qu'un jeune issu d'un quartier favorisé qui, lui, ça va être un peu plus festif, ça va être un peu plus... Parce que voilà, il y a tout un recadrage qui va avec, il y a les moyens financiers...

[00:16:19] Speaker 7: Les conditions de vie ?

[00:16:20] Speaker 4: Voilà, les conditions de vie, c'est ça.

[00:16:22] Speaker 7: conditions de vie, comme vous l'évoquiez tout à l'heure, c'est-à-dire que quand on a des conditions de vie très favorables, qu'on est aidé à la maison, qu'on n'a pas à se soucier des questions économiques, les produits ne vont pas remplir les mêmes fonctions. Donc ça, ça joue un rôle important.

[00:16:42] Speaker 4: Après c'est vrai que généralement, après c'est des études que j'ai lues, que les jeunes en règle en tout cas en France, ou peut-être dans le monde, consomment moins de drogues et fuent moins et boivent moins que... Depuis 10 ans.

[00:16:55] Speaker 1: Mais avec plus d'usages problématiques quand il y a de l'usage.

[00:16:59] Speaker 7: C'est ça aussi qu'il faut soulever. Parce qu'en fait, il y a aussi un point sur lequel je ne suis pas revenue qui est important, que vous aviez évoqué tout à l'heure, c'est la question du Covid. Donc avec le Covid, en fait, pendant la période Covid, les jeunes ont moins consommé de substances de manière générale parce qu'ils avaient moins d'occasion de se voir. ce qu'on appelle, dans notre langage, les occasions de sociabilité. Mais par contre, ce qu'on a vu, c'est que ceux qui avaient des usages problématiques avaient des usages encore plus problématiques. Et avec le Covid, ce qu'on voit, c'est aussi une détérioration de la santé mentale. On a peut-être moins de jeunes qui consomment des substances en général, mais par contre, on a beaucoup de jeunes aujourd'hui qui vont très mal, et en particulier les jeunes filles. Donc ça fait écho à ce que disait monsieur. Donc la baisse de la consommation, en parallèle, on a vu également une détérioration de la santé mentale.

[00:17:55] Speaker 5: Justement, moi je vais juste rajouter un petit truc sur ce qu'elle a dit. Et franchement, ce mot-là, c'est ce que je voulais. C'est la santé mentale. Pour moi, quand on parle d'addiction, on a la mauvaise problématique. Ouais, lui il fume. Ça veut dire que c'est pas bien, c'est pas quelqu'un à fréquenter. Alors qu'en soi, pourquoi il a fumé ? C'est ça la question qu'on doit se poser, c'est pourquoi cette personne a été amenée à fumer ? Et généralement, quand on va revenir en arrière, certaines personnes, c'est parce qu'ils ont développé un certain traumatisme et du coup, au lieu de chercher le problème à régler cette plaie, on va plus justement se mettre dans quelque chose qui est plus facile, l'addiction. Ce qui va nous mettre dans un monde parallèle et oublier cette plaie mais forcément, la plaie elle est toujours là quand tu Et c'est ça qui fait, après, que tu vas refumer pour oublier, tu vas revenir, tu vas refumer. Mais malheureusement, c'est sur ça qu'on doit se concentrer, c'est sur la santé mentale. Et je pense que maintenant, en France, les jeunes, c'est vraiment... C'est une dinguerie. La santé mentale, chez la jeunesse en France, c'est vraiment une dinguerie. On ne se rend pas compte de comment les jeunes sont impactés avec tout ce qui se passe.

[00:19:04] Speaker 1: On va vous poser la question. Vous allez bien, tous les trois ? C'est à la mode.

[00:19:08] Speaker 5: Vous voulez que je vous réponde sincèrement ? Je sais pas, je sais pas. Moi, j'ai une blessure en moi, mais il y a un truc que j'ai appris, c'est qu'au début, je voulais oublier cette blessure, je voulais la refermer. Mais malheureusement, ce n'est pas possible. Donc, cette blessure, j'ai appris à vivre avec. Et justement, c'est ça, la différence. Au lieu d'oublier, il faut apprendre à vivre avec. Et quand tu apprends à vivre avec, c'est tout autre. C'est une toute autre vision que tu auras de la vie en soi. Et voilà.

[00:19:36] Speaker 1: Pour continuer sur la santé mentale, je vais rebondir avec M. Dalbis. Est-ce que c'est une approche que vous prenez en compte aussi à la clinique de l'Oiseau Bleu, là où des jeunes sont rééduqués après des problèmes du protoxyde d'azote ?

[00:19:51] Speaker 6: L'Oiseau Blanc.

[00:19:52] Speaker 1: L'Oiseau Blanc . L'Oiseau Blanc, pardon . C'est pas grave.

[00:19:55] Speaker 6: Non, non, effectivement. Donc le premier critère d'admission à notre établissement, effectivement, souvent, c'est des problèmes de locomoteurs, des problèmes d'équilibre, des problèmes de... les gamins ne peuvent plus marcher, on leur met des déambulateurs et des cannes. Ça, c'est le premier aspect. Mais on s'aperçoit très rapidement que le côté psychologique est extrêmement important. Donc, on est en train de mettre en place avec un neuropsychologue un suivi psychologique parce que ce n'est pas simplement un problème de corps, un problème de mobilité. Il y a aussi un problème mental qui est extrêmement important à régler. Donc, de plus en plus, on va être obligé de s'occuper effectivement des problèmes de mobilité et des problèmes de santé physique, neurologiques et autres, mais également des problèmes mentaux. Ça va être un paramètre extrêmement important dans l'avenir.

[00:20:37] Speaker 1: Est-ce que vous notez justement des points communs entre les personnes qui arrivent, peut-être des parcours, des incidents de parcours, ce genre de choses, ou c'est le tout venant ?

[00:20:46] Speaker 6: Il n'y a pas de règle. Tout à l'heure, on parlait d'environnement social pour la consommation des drogues. Je pense que ce n'est pas un problème social. Dans tous les milieux, il y a des problèmes. Vous allez dans des clubs sportifs, dans des clubs festifs, n'importe où, c'est vraiment la consommation du protoxyde, là je parle un peu plus du protoxyde, c'est vraiment, c'est vraiment, il n'y a vraiment, c'est pas sectorisé, c'est pas sectorisé, c'est ouvert entre guillemets malheureusement à tout le monde. Et on s'aperçoit que de plus en plus, on a une banalisation de la prise par un manque d'information. Et vraiment le travail de notre association, c'est ce sur quoi nous travaillons beaucoup, c'est pas la prévention, c'est pas la répression, c'est pas tout ça, c'est pas notre boulot, notre travail c'est vraiment l'information, l'information du public consommateur, des jeunes, et l'information des adultes. Parce que j'étais extrêmement surpris au cours de mes nombreuses interventions, la méconnaissance du public pour ce produit. Tout le monde pense que c'est un gaz hilarant comme l'hélium, ça rend la voie bizarre, mais en fait c'est beaucoup plus profond que ça et beaucoup plus dangereux que ça. Donc vraiment la première chose c'est informer. Et tous les consommateurs, jeunes ou moins jeunes, qui en consomment, il y en a un sur dix, il y en a un sur dix qui sont conscients des risques encourus. Et vraiment quand on en prend entre quatre yeux et qu'on leur explique vraiment ce qui va se passer, qu'on leur montre leurs camarades qui sont en fauteuil roulant, ça les fait quand même réfléchir. Donc c'est vraiment sur l'information qu'on est en train vraiment de baser notre action.

[00:22:06] Speaker 2: Moi je voulais juste confirmer ce qu'il disait par rapport à l'information, c'est très très important parce que moi je vais le dire par exemple, j'ai déjà consommé du protoxyde d'azote, une fois ça date de 3-4 ans, et en fait j'en ai consommé et je savais pas ce que c'était. On me l'a mis sous la main, et voilà, je n'étais pas informé du coup. C'était juste pour confirmer que le manque d'informations, ça pousse les jeunes à consommer des drogues.

[00:22:38] Speaker 1: Qu'est-ce qui se dit sur ce produit autour de vous, justement ? Parce que ça crée de l'hilarité, etc. Qu'est-ce qui se dit ? Comment on vous le propose ? On dit que c'est génial, l'effet rapide, ce sera vite oublié. Oui, allez-y alors, peut-être, allez-y.

[00:22:50] Speaker 8: Moi, je n'en ai jamais fait, mais j'ai vu des gens autour de moi en faire. Et quand je vois leur état, je me dis mais... Qu'est-ce que c'est que ça ? Pourquoi ils font ça ? Ils marchent de travers comme s'ils étaient bourrés, il y en a qui n'aiment même pas l'équilibre, ou il y en a où ils vont regarder le ciel, ils n'ont plus parlé pendant 30 secondes, ils vont revenir et faire un ballon. Et je me dis mais c'est... Pourquoi ?

[00:23:15] Speaker 1: Avec des consommations qui peuvent aller très loin, donc des bonbonnes, c'est 3 kilos, ça paraît dingue, et il y en a qui sont... Est-ce qu'il y a une addiction là-dessus ?

[00:23:23] Speaker 6: Ce qui est impressionnant sur les producteurs, c'est qu'au début, c'était un gaz utilisé dans l'agroalimentaire pour des fonctions bien précises. Là, on a vu des fabricants de ce produit qui se sont mis à fournir des bouteilles de 2 litres, absolument incroyables, avec des dessins pour attirer les jeunes, avec des tas de produits additifs pour donner un meilleur goût. Ce qui est absolument ahurissant, c'est que les producteurs, les sociétés qui produisent ça, je ne sais pas si elles ont conscience des dégâts qu'elles font, Mais je trouve ça absolument insensé que l'on autorise toujours la production de ce type de produit et la commercialisation. Donc l'État est en train d'essayer de régler le problème avec des lois, etc. et j'en suis vraiment très content. Mais c'est vraiment les producteurs, c'est la prochaine étape. L'information, c'est vraiment la chose sur laquelle il va falloir vraiment travailler. Et ensuite, c'est d'aller voir, au niveau des producteurs, qu'est-ce qui se passe.

[00:24:14] Speaker 1: Justement, et je pense que ça t'intergiverse un peu, vous dites que des lois sont en train d'être votées, etc. mais j'ai cru comprendre qu'entre le Sénat et l'Assemblée Nationale, ils n'étaient pas d'accord déjà sur la démarche à adopter, entre dépénalisation du détournement du gaz ou interdiction complète à la vente. Qu'est-ce que vous demandez, vous, sur un produit comme ça ?

[00:24:32] Speaker 6: Alors effectivement, il y a des mesures qui vont pour augmenter les sanctions pour les consommateurs et autres, etc. Mais bon, de tout dire, ce n'est pas mon combat. On n'est pas là pour faire de la répression. Mon combat, c'est de faire de l'information. C'est vraiment ce qu'il faut faire. Il faut vraiment avertir les gens des dangers auxquels ils s'exposent. mais en ce qui concerne les consommateurs, les lois qui doivent passer. Alors, le gouvernement, je pense, a des problèmes parce qu'il y a une initiation dans le milieu agroalimentaire pour faire la chantilly, etc. Mais il faut simplement encadrer. Moi, j'ai géré des établissements de soins. On achetait des bonbonnes de protoxyde pour les blocs opératoires, pour les phases de pré-anesthésie. Et bien, on avait un protocole d'achat. On achetait une bonbonne, elle était référencée. Une fois qu'on a fini avec la bonbonne, on la rendait, elle était consignée. On avait une nouvelle bonbonne, donc tout était encadré et bien organisé. Et je pense que pour le milieu agroalimentaire, on pourrait faire la même chose. Les gens, ils ont besoin d'acheter 100 bonbonnes, et bien ils achètent les bonbonnes, on leur donne un quota, ils rentrent des bouteilles vides, on leur donne des neuves, etc. Donc je pense qu'il y a un encadrement à faire qui peut être fait, pas facilement, mais qui peut être tout à fait envisagé.

[00:25:33] Speaker 1: Et vous craignez pas qu'une interdiction, même partielle, puisse créer du trafic, à ce moment-là, de bonbonnes ? C'est-à-dire, on rentre encore dans autre chose, quoi.

[00:25:41] Speaker 6: Oui, mais ça, on ne pourra pas l'éviter. Il faut démarrer quelque part, ça, c'est certain. Mais aujourd'hui, il y a un trafic qui se crée. Alors le problème du protoxyde, c'est un produit qui est quasi libre. Mais il y a un trafic qui se crée. Donc maintenant, il y a des dealers, il y a des rabatteurs. C'est comme toutes les autres formes de drogue. Donc il y a tout un milieu financier qui se crée autour de ça. Et je pense que c'est là où il faut mettre le holà rapidement.

[00:26:03] Speaker 5: Après, moi, j'ai envie justement par rapport au ballon. Vous savez, c'est quoi la transition qui a fait que ça a explosé ? C'est quand on a rajouté les ballons en boîte de nuit dans les endroits festifs. Et c'est ça, justement, pour moi, c'est ça qui a fait que les femmes, elles ont eu plus cette approche au ballon. C'est quand ça s'est transformé en moment festif. Parce que maintenant, une bonbonne en boîte de nuit, ça se vend à 100 euros, la bonbonne, je crois.

[00:26:28] Speaker 6: C'est exactement ça. Il y a effectivement une banalisation complète. C'est-à-dire qu'il y a des boîtes de nuit, vous prenez un whisky, on vous donne un ballon gratuit. Ou à l'entrée de la boîte, pour mettre tout le monde de bonne humeur, on distribue des ballons pour que les gens soient dans un esprit festif et consomment plus d'alcool derrière. Donc il y a tout un réseau qui s'est mis, mais une fois de plus, c'est le manque d'informations parce que les trois quarts des gens qui prennent des ballons, mais ils n'ont même pas conscience de ce qui va leur arriver. On est vraiment impressionné dans les réunions qu'on peut avoir. On fait beaucoup d'interventions dans les collèges, donc on a démarré une phase d'intervention dans les collèges et une phase d'intervention avec les parents d'élèves. Et quand on s'adresse aux parents d'élèves, parce qu'il faut plus des consciences de ce qui se passe au niveau de leurs enfants, mais les gens, ils nous regardent avec des yeux ronds en se disant, mais de quoi ils parlent ? Ils ne sont absolument pas au courant de la toxicité de ce produit.

[00:27:14] Speaker 1: Est-ce que vous pouvez nous décrire rapidement, résumer les quelques effets qui peuvent arriver au bout de combien de temps ?

[00:27:20] Speaker 6: Alors, il n'y a pas de règle. Les effets nocifs et les effets sur le corps, ça peut arriver très rapidement. La première prise de ballon, deux ou trois prises de ballon, et vous pouvez déjà avoir des effets extrêmement compliqués. Ou alors, vous pouvez en prendre pendant un an, deux ans, trois ans, quatre ans, mais un jour ou l'autre, ça vous rattrape. Un jour ou l'autre, il vous arrivera quelque chose. Donc ça démarre par des petits fourmillements dans les bras, un petit peu de perte d'équilibre. Et puis le lendemain, ça va mieux. Donc on se dit, c'est pas grave. Et puis on en reprend pendant une semaine ou deux. Et puis quinze jours après, on a du mal à bouger la jambe un matin. Alors on se dit, tiens, c'est parce que je suis mal réveillé. Vous voyez, on banalise, on banalise les symptômes, mais on s'en aperçoit pas. Et les symptômes, ils sont croissants. C'est-à-dire qu'ils sont de plus en plus. Un jour, c'est les deux jambes que vous ne pourrez plus bouger. et puis ça ira mieux le lendemain. Et le surlendemain, vous ne bougerez plus les jambes, mais elles ne bougeront plus du tout. Donc à ce moment-là, vous allez commencer à penser à consulter. Vous voyez, mais c'est déjà trop tard, c'est déjà trop tard. Donc je pense qu'il faut vraiment... Il n'y a pas de règle, il n'y a pas de règle, il n'y a pas de règle. Ça peut être instantané ou ça peut prendre un an, deux ans, trois ans, quatre ans.

[00:28:19] Speaker 1: Marie-Geoffrey Roustide, la sociologue que vous êtes, comment prend-elle en compte justement ces nouvelles pratiques ? Est-ce que vous les intégrez tout de suite justement dans vos chiffres, dans vos études ?

[00:28:28] Speaker 7: Oui, dans les études, alors le protoxyde d'azote, avant, on avait très peu de données parce que c'était très peu consommé, mais maintenant, par exemple, Santé publique France, qui met en place le baromètre santé des enquêtes en population générale, pose des questions sur le protoxyde d'azote. Dans les centres antipoison aussi, on voit qu'il y a de plus en plus d'accidents liés au protoxyde d'azote. Et donc, c'est grâce aux données qui sont présentes aussi dans les centres antipoison et tous les accidents qu'il y a eu ces dernières années qu'on voit qu'il y a de plus en plus de consommation par le biais de ces accidents. Mais moi, je voudrais revenir sur l'information et les représentations aussi. Je pense que le... Enfin, vous l'avez déjà évoqué, mais le problème, c'est la terminologie. C'est-à-dire que pour le protoxyde azote, on parle de ballon. On a parlé pendant des années aussi de gaz hilarant. Et donc, le fait d'utiliser ces termes, ça faisait que c'était un produit qui, pendant longtemps, a été considéré comme complètement inoffensif. Souvent, par exemple, je vois, en tout cas quand on discute avec des parents, ils ont très peur du cannabis parce que c'est une drogue qui est interdite, qui est considérée comme un produit stupéfiant, alors que pour eux, l'alcool, le protoxyde azote, ça pose aucun problème. Et donc, voilà, il y a vraiment un travail à faire sur les représentations sociales. Comme quoi l'interdiction officielle joue quand même sur la façon dont c'est perçu ? Alors joue sur la dangerosité qu'on a du produit, le fait d'interdire et de réguler et d'ailleurs c'est pour ça que pour le... enfin moi je trouve que le meilleur exemple de politique publique c'est le tabac parce qu'en fait le tabac n'est pas... c'est pas un produit qui donne lieu à des sanctions, on ne va pas aller en prison parce qu'on consomme du tabac, mais par contre il y a eu beaucoup de campagnes d'information qui ont été faites pour montrer que c'est un produit dangereux, parce qu'en fait le tabac est est directement impliquée dans le cancer du poumon et on a une augmentation des cancers du poumon en France liés au tabac. Il y a 80 000 morts par an liés au tabac. C'est vraiment un produit qui est extrêmement nocif et on a vu, grâce à la loi Evin, grâce au fait de réguler la consommation de tabac et de mettre en place des campagnes d'information, on a eu une chute spectaculaire en France de la consommation de tabac. Les jeunes consomment beaucoup moins de tabac qu'auparavant. Sans l'interdire donc. Sans pour autant mettre en place de sanctions ou de répression. Mais par contre, aujourd'hui, quand vous achetez un paquet de tabac, il y a des messages d'information. Moi, dans ma génération, on fumait dans les hôpitaux, on fumait dans les... Dans les agieux. On fumait partout. Et donc, en fait, il n'y avait aucune information, le tabac s'était considéré comme un produit glamour, il y avait de la publicité. Donc, en fait, la régulation, en tout cas, ce que les études scientifiques montrent, c'est que réguler les substances sans pour autant punir les consommateurs, ça fonctionne mieux que la répression, c'est-à-dire mettre les usagers de drogue, les usagers de substances en prison, ça, ça ne résout rien et ça ne fait pas baisser le niveau de consommation, par ailleurs.

[00:31:37] Speaker 1: Pour rebondir sur ce que vous venez de dire, le 18 novembre dernier, cinq jours après l'assassinat de Mehdi qui est sassé à Marseille sur fond de guerre entre trafiquants, Emmanuel Macron déclare « Acheter de la cocaïne ou du cannabis, de fait, signifie être complice et donner du financement à des réseaux de criminalité organisés ». Donc si j'aborde ça, c'est pour essayer de voir aussi dans quelle mesure la culpabilisation peut fonctionner aussi auprès des consommateurs et je voudrais peut-être vous faire réagir là-dessus. Vous aviez entendu cette déclaration ?

[00:32:05] Speaker 8: Non, du tout, je ne l'ai pas entendu.

[00:32:07] Speaker 1: – D'accord, est-ce que vous, quand vous mettez à fumer, vous avez conscience que vous participez à une économie du narcotrafic et dans quelle mesure vous le vivez, bien ou mal ?

[00:32:18] Speaker 5: – J'ai envie de vous dire que si Macron il a dit ça, si on fume, on est coupable, c'est que lui aussi il est coupable, dans le sens où, après on va rentrer dans un débat… – La responsabilité de l'État vous voulez dire ?

[00:32:30] Speaker 7: – La responsabilité de l'État. – Vous allez vous rejoindre je pense là-dessus. Oui, moi je pense que responsabiliser le consommateur peut être intéressant si on entend responsabilité au sens de faire prendre conscience d'eux. Par contre, responsabiliser au sens de criminaliser, mettre en prison, rendre coupable, ça, ça n'a pas de sens. Moi, je pense qu'il y a une forte responsabilité de l'État, puisque tout l'argent qui est mis dans la prévention, par exemple, est insuffisant. Donc, je pense que tout l'argent qu'on met aujourd'hui dans la répression des consommateurs pourrait être mis dans la prévention. Par ailleurs, sur la répression, il y a des inégalités très fortes, puisque, par exemple, les amendes forfaitaires, qui sont les mesures qui sont mises en place en France, on sait que la majorité d'entre elles ne sont pas payées. Et pour avoir une amende forfaitaire, il faut être contrôlé par la police. Et ce qu'on sait, ça, les études sociologiques le montrent, c'est que les personnes qui vont être contrôlées par la police, ce sont les jeunes qui sont racisés, issus des quartiers défavorisés, et ce ne sont pas les jeunes issus des quartiers populaires, et ce ne sont pas les jeunes issus du 16e, qui eux, comme on le disait tout à l'heure, consomment plus de manière occasionnelle, eux ne sont pas contrôlés, ils sont jamais... Quand vous êtes blanc, quand vous êtes un homme blanc, vous n'êtes jamais contrôlé. Quand vous êtes une femme blanche, vous n'êtes jamais contrôlé par la police. Donc vous avez très peu de risque d'avoir une amende forfaitaire. Donc ça recrée la répression des inégalités sociales. Par ailleurs, moi, je pense, parce que je viens d'une génération... Je suis née au tout début des années 70. Et donc il y avait dans les années 70 de l'argent qui était mis dans les banlieues avec des maisons pour les jeunes. Il y avait beaucoup de mixité sociale. Moi, dans les écoles que j'ai fréquentées, il y avait de la mixité sociale. Et donc il y avait des jeunes de quartiers favorisés ou de quartiers défavorisés qui étaient dans les mêmes écoles. Aujourd'hui, on manque vraiment d'un investissement de l'État pour remettre de l'argent dans les quartiers populaires, pour que les jeunes des quartiers populaires puissent faire du sport, vous parliez d'aller à la salle, qu'il y ait des maisons des jeunes et de la culture, qu'il y ait aussi du soutien scolaire, parce qu'en fait, alors moi j'ai des collègues sociologues qui travaillent à Marseille et qui travaillent auprès de jeunes des quartiers populaires, Et en fait, la plupart des jeunes qui sont par exemple guetteurs, qui font des petits boulots dans le cadre du trafic, c'est pas leur choix premier. S'ils avaient la possibilité de devenir avocats, médecins, journalistes, ils préféraient avoir ces métiers-là plutôt que d'être guetteurs et de risquer de se prendre une balle. Donc en fait, il y a beaucoup d'argent qui est mis dans la répression et qui pourrait être réinvesti très utilement à la fois dans l'insertion sociale, dans la réhabilitation des quartiers populaires et dans la prévention. Donc c'est pour ça qu'il y a une responsabilité de l'État à ce niveau-là et puis il y a aussi une responsabilité de l'État, c'est ce qu'ont fait les Italiens, c'est-à-dire sur le fait de s'attaquer à l'argent qui circule en lien avec le blanchiment de l'argent en fait. Et la répression sur le consommateur, le culpabiliser, les études montrent que ça ne sert à rien. Et par ailleurs, quand les gens consomment et qu'ils ont honte de leur consommation ou qu'ils culpabilisent, ils vont hésiter à aller vers les soins, donc ils vont rester dans leurs addictions et ils ne seront pas soignés correctement.

[00:36:02] Speaker 1: Aboubakar Sakanoko, vous connaissez très bien le terrain. Est-ce que ça vous parle, le constat qui est fait ?

[00:36:09] Speaker 4: Ça me parle, parce que ça m'évoque le fait que les métiers les plus... Parmi les métiers les plus utiles en France, les métiers du social, ce sont les métiers les moins bien payés, c'est les métiers à travers lesquels il y a des restrictions budgétaires par rapport aux projets, par rapport aux accompagnements de la jeunesse. Et moi, depuis tout à l'heure, je loue toutes vos actions, même cette émission, même le travail que vous faites, parce qu'il n'y a vraiment pas assez de sensibilisation concernant ce protoxyde d'azote. C'est un vrai problème de santé, de société. Et bien, pour faire un parallèle avec le tabac, en fait, il faudrait des campagnes. C'est pour ça que ce que vous faites, vous, par le biais des réseaux sociaux, c'est très important. C'est-à-dire, moi, j'ai vu déjà des gens sur les réseaux sociaux. J'avais un jeune que je suivais sur TikTok et carrément, il avait subi les conséquences du protoxyde d'azote et il l'exprimait. Il avait dit qu'au niveau facial, il avait eu des paralysies. Moi, j'ai des jeunes que je suis dans le cadre de mon travail avec mon équipe, qui ont eu des crises cardiaques, fauteuils roulants, ils marchent avec des béquilles. Il faudrait beaucoup plus de sensibilisation sur le plan national, sur les conséquences.

[00:37:26] Speaker 1: Vous êtes père de famille, vous en parlez aussi avec d'autres parents de votre génération ou c'est un peu méconnu ? Après, vous vous êtes un peu au fait. Les mamans, les papas, ils arrivent à comprendre ce qu'il se passe ou...

[00:37:40] Speaker 4: En fait, on est dans la génération, comment dire, on est dans cette époque là où il y a trop d'informations en fait. Donc le protoxyde d'azote passe à côté en fait. Il y a tellement d'informations, il y a tellement de... Les réseaux sociaux, c'est marrant parce qu'on n'a jamais été aussi connectés virtuellement, mais on n'a jamais été aussi éloignés humainement, enfin en tout cas au niveau des liens. On est moins lié avec les gens de nos familles, on est moins lié aujourd'hui, alors qu'on est super connecté. Et il y a un surplus d'informations, et notamment l'information du protoxyde d'azote, sur les conséquences.

[00:38:16] Speaker 1: – Vous vous dites qu'on a du mal à comprendre ce qui se passe aussi dans la vie des jeunes, c'est ça ?

[00:38:21] Speaker 4: – C'est ça, exactement, c'est ça.

[00:38:22] Speaker 1: – Sachant qu'aussi ce qui est intéressant, peut-être que vous l'avez observé, mais vous êtes, je vous considère encore comme des jeunes, vous êtes très ciblé même, vous êtes très ciblé sur les réseaux sociaux, vous êtes la cible de campagne marketing de ces produits-là. Vous les voyez passer, vous ? Des pubs pour le protoxyde d'azote, pour une peuf, c'est-à-dire une cigarette électronique avec des cannabinoïdes...

[00:38:41] Speaker 8: – Non, moi, généralement, les pubs que je vois, les pubs que je vois, par exemple, les gens qui essayent de sensibiliser par rapport à la drogue, c'est des vieux. Des vieux qui parlent à des jeunes. Moi, franchement, j'ai 17 ans, il y a un vieux, il me parle, il me dit « Hey, faut pas fumer ». Ok, toi, je m'en vais, je vais fumer.

[00:38:57] Speaker 1: – C'est dommage, mais soit. – Ouais, mais même si son message, il est bon.

[00:39:00] Speaker 8: Mais c'est bien quand c'est un jeune qui parle à un autre jeune. Faut savoir... Faut parler la langue du jeune, en fait. Faut parler comme lui, faut trouver les bons mots qui vont le choquer. Ça veut dire que les pubs... Par exemple, on a tous vu des pubs... Accident de la route, c'est un papa, c'est une fille, il a regardé son téléphone, hop, accident... Ça, OK, c'est choquant quand on le regarde, mais après, je zappe, ça y est, je m'en fous. Mais...

[00:39:25] Speaker 1: Alors qu'est-ce qu'il fait ? Parce qu'à ce moment-là, vous estimez que votre parole à vous pèse plus. qu'est-ce qui fait, selon vous, qu'elle pèse plus ?

[00:39:31] Speaker 5: C'est même pas ça. Moi, je vais vous dire pourquoi. Vas-y, vas-y. Nous, de base, nos vidéos, c'est pas de la prévention. Au début, on voulait juste combler le vide qu'on avait. On faisait ça avec le cœur, quoi. Et au final, on voit que ça marche, et les gens, ils viennent, ils nous disent maintenant, il y a des mentalités où on a besoin. Justement, nous aussi, on nous appelle pour intervenir, faire de la prévention.

[00:39:52] Speaker 1: Il y a une forte demande.

[00:39:53] Speaker 5: On s'était dit, les gars, il y a un truc à faire. La jeunesse, ça va venir, et en vrai, pas que les jeunes. parce que nous on pense que les jeunes mais franchement on reçoit beaucoup de messages de pères de famille, d'anciens qui nous disent merci grâce à vous nanani. De maman aussi. De maman et franchement c'est ça nous touche et nous on pensait pas avoir un aussi grand impact que ça.

[00:40:13] Speaker 1: Si on rembobine un peu le déclencheur de l'arrêt pour vous de la BDAV comme vous dites c'est quoi ?

[00:40:20] Speaker 8: Moi je vais vous répondre franchement comme tout le monde ici on a été engrainé et pour arrêter, on s'est ingrénés aussi. On s'est ingrénés à quatre.

[00:40:28] Speaker 1: Pourquoi vous dites, un beau matin, tous ensemble, ça suffit ?

[00:40:31] Speaker 8: Parce qu'en fait, on se fréquentait tout le temps, tous les jours, on faisait les mêmes choses, comme des robots. Comme des robots. Vous êtes lassés. C'était une routine. On avait besoin de sortir de cette routine, parce qu'on grandissait, on voit les gens autour de nous, ils avancent, nous, on est là, on stagne. On s'est dit, les gars, il faut arrêter. C'est maintenant, il faut arrêter, les gars. Et... Le jour où...

[00:40:50] Speaker 1: Vous aviez des modèles, justement, autour de vous, qui avaient arrêté, qui avaient réussi ? ou sont-ils manqués de modèles, un peu ?

[00:40:55] Speaker 8: Après, chacun a ses propres modèles. Mes modèles, c'est mes parents, mes grands frères, t'as vu ? Ils ont avancé dans leur vie, ils ont leur famille. J'ai envie de finir comme eux. Moi, c'est ça, mes modèles. Après, c'est ses parents, c'est ses parents. Chacun a ses modèles, mais... Les modèles qu'on a, ça...

[00:41:12] Speaker 1: Est-ce qu'il y a des anti-modèles, des gens à qui vous voulez pas ressembler, justement, aussi, que vous avez peut-être vu évoluer dans ce...

[00:41:19] Speaker 5: Il y en a beaucoup, mais par respect, on va pas dire qui c'est. Mais il y en a pas mal. Et je pense qu'il y en a dans tous les quartiers des modèles comme ça à qui on ne veut pas ressembler, mais malheureusement, on fait tout pour le ressembler.

[00:41:32] Speaker 1: Et on pense qu'on gère ?

[00:41:35] Speaker 5: Et justement, quand on dit « tranquille, je gère », c'est là où tu ne gères plus rien, mon frère.

[00:41:40] Speaker 4: Justement, je voudrais rebondir sur ce que vous dites. Vous êtes en lien direct avec votre génération, tu vois. C'est-à-dire, en fait, vous avez de grandes responsabilités. Vous êtes des Spiderman.

[00:41:48] Speaker 1: C'est une de mes questions, effectivement. Il y a une petite pression aussi, déjà, pour ne pas retomber, et puis pour assurer, par rapport à tous ces gens qui vous suivent aujourd'hui. Non ?

[00:41:58] Speaker 5: Justement, nous, par rapport à ça, vu que je vous dis, nous, au début, quand on a fait des choses, on ne les a pas faites pour les gens, on les a faites pour nous, et moi, surtout pour ma famille, parce qu'on va dire que nous, on a un petit problème chez nous, c'est qu'on n'a pas ce dialogue direct avec nos parents, dans le sens où on n'arrive pas à ouvrir nos cœurs à nos parents. Ça veut dire qu'il y a des choses que je n'arrivais pas à leur dire en face et j'essayais de les transmettre en vidéo, tu vois ou pas ? Donc, il y a eu ce petit truc aussi qui a fait que, mais c'est vraiment avec le temps qu'on a compris l'impact qu'on avait.

[00:42:29] Speaker 1: C'est très intéressant parce que je pense que ce n'était peut-être pas évident aussi de vous assumer comme fumeur aux yeux de tout le monde. Là, il y a quand même une preuve de courage aussi.

[00:42:37] Speaker 5: Vous savez que moi, j'ai fumé 4 ans et pendant 4 ans, personne ne savait que je fumais. C'est après que j'ai arrêté de fumer, les gens se sont sus. Ça m'a envoyé des messages, « Ah ouais, tu fumes, bâtard . » Ça m'a envoyé des messages en disant que je fumais.

[00:42:47] Speaker 1: Donc c'était caché. Abdel Samad, pour vous aussi ?

[00:42:50] Speaker 2: Après, moi, je vous mens pas. Personnellement, mes parents savaient que je fumais. Ça veut dire que pour moi, il n'y avait que mes parents. Dès qu'ils ont su, je le cachais pas. Donc je m'en foutais un peu. Mais, par exemple, on a beaucoup été aussi aidés par ceux qui regardent nos vidéos. On les a aidés, comme ils ont pu nous aider en retour. parce que c'est vrai que, comme tu as dit, quand tu vois qu'il y a des millions de vues, ils voient tout ce que tu as arrêté, tout ça déjà, c'est dur de retomber dedans, parce que, en quelque sorte, c'est un engagement entre nous et eux.

[00:43:25] Speaker 1: J'aimerais qu'on prenne un petit peu de hauteur pour terminer et parler peut-être d'exemples aussi qu'il y a à l'étranger. Déjà, première question, monsieur Dalbis, est-ce que le protoxyde d'azote, c'est un problème qui est spécifiquement français, ou est-ce que vous avez une idée de ce qui se passe peut-être dans les pays européens à l'extérieur ?

[00:43:40] Speaker 6: Ah non, non, pas du tout, c'est un problème mondial en fait. Non, non, non, c'est pas du tout spécifique à la France, il n'y a pas plus de consommateurs ici qu'ailleurs. Donc c'est vraiment quelque chose qui gangrène toutes les sociétés, tous les pays, toutes les classes sociales. C'est extrêmement large, le spectre est extrêmement large.

[00:43:53] Speaker 1: Et avec des modèles peut-être de prévention à suivre ou vous observez un peu ce qui se passe ?

[00:44:00] Speaker 6: Alors il y a effectivement quelques pays qui sont un peu en avance sur nous en termes de prévention, en termes surtout d'information. En France, les premiers cas ont été détectés aux alentours des années 2017. C'est là où il y a les premiers, finalement. Bon, il ne s'est rien passé. Depuis 2017, on sent vraiment une consommation croissante, croissante, croissante. Et de 2017 à maintenant, c'est une explosion. Donc vraiment, c'est une drogue qui a, c'est une consommation qui a vraiment évolué de manière extrêmement, un petit peu insidieuse au départ. Oui, très lentement. Et ensuite, ça s'est accéléré. Mais alors, ça s'est accéléré dans les trois ou quatre dernières années. Je pense que la consommation a dû être multipliée par dix. Et je pense que le tort, effectivement, de nos dirigeants, c'est de ne pas avoir pris en considération ce problème. Et c'est que depuis 2017 à 2026, il ne s'est pas passé grand-chose, il ne s'est pas passé grand-chose. Alors, il y a eu des petites actions, on a parlé de répression, des amendes, etc. Mais il n'y a pas eu de véritable campagne d'information. Donc je pense qu'aujourd'hui, le gouvernement, qui va peut-être essayer de se rattraper par le biais d'une loi, par le biais de différentes actions, maintenant, je pense que c'est rentré dans la conscience collective et tout le monde sait qu'il faut vraiment faire quelque chose. Donc je pense que maintenant les choses vont s'accélérer. Mais il a fallu taper dans la fourmilière, il a fallu secouer un peu le cocotier, il a fallu qu'il y ait des associations comme nos amis qui s'occupent de tout ça, pour que vraiment les gens prennent conscience du phénomène. Et c'est un phénomène social, c'est un phénomène de santé publique, mais c'est également un problème financier. Parce que le coût sociétal, le coût sociétal de la consommation du protoxyde, c'est monstrueux. On se rend pas compte de ce qui va se passer, mais ça va être une explosion financière. Parce que les patients que l'on reçoit dans l'établissement, on arrive à les sauver un peu, on recommence à les faire marcher, mais la société va les porter pendant 10 ans, 20 ans avec un fauteuil roulant, un déambulateur. Donc, le coût pour la société est énorme. Et je pense qu'il y a vraiment de gros moyens à mettre dans la formation, dans la prévention, pour vraiment stopper ce phénomène le plus rapidement possible.

[00:45:49] Speaker 1: Merci, Marie-Geoffrey Roustide, vous êtes membre du Conseil scientifique de l'Agence de l'Union européenne sur les drogues. Est-ce que vous voyez peut-être des modes d'action à l'étranger dont nous pourrions nous inspirer ?

[00:45:59] Speaker 7: — Alors oui, il y a plein de modèles de politique publique qui fonctionnent mieux que ce qu'on a mis en place en France. Parce que – voilà – j'ai dit tout à l'heure qu'on a une baisse des consommations en France. Mais on reste quand même parmi les pays qui consomment le plus, en particulier du cannabis. Il y a plusieurs modèles qui sont intéressants. Par exemple, il y a un modèle qui est très intéressant. C'est le modèle islandais. Et donc en fait, il y a quelques années, en Islande, c'était le pays d'Europe où il y avait les niveaux de consommation de cannabis, d'alcool et de tabac les plus élevés. Et puis le gouvernement islandais avait une politique répressive, comme la France. Et ils ont dit qu'en fait, il faut qu'on travaille sur pourquoi les gens consomment un peu tout ce dont on a parlé aujourd'hui. Donc au lieu de dire « On va mettre plus d'argent sur la répression », ce que fait la France, l'Islande a dit « Mais en fait, on va donner des incitations aux familles ». Et donc ils ont donné de l'argent aux familles pour qu'elles puissent faire des activités sportives, des activités culturelles avec leurs enfants. Et donc le fait de mettre en place vraiment cette culture de la prévention et le fait de créer des environnements de vie où les gens auront moins besoin de consommer pour oublier une vie difficile, eh ben ça a apporté ses fruits. Et aujourd'hui, l'Islande a considérablement fait baisser la consommation de drogue chez les jeunes parce qu'ils ont eu des activités pour s'occuper et donc le sentiment d'être plus heureux et d'avoir moins besoin de consommer pour oublier une vie difficile, ce que vous avez évoqué tout à l'heure les uns et les autres. Donc je trouve que ce modèle islandais, c'est-à-dire, voilà, investir beaucoup d'argent sur créer des environnements favorables, ça, ça peut être un modèle intéressant. Et puis il y a aussi au Québec, où là, bon, ils ont décidé de légaliser le cannabis, mais pour les plus de 21 ans. Donc l'accès n'est pas possible pour les moins de 21 ans, parce que c'est chez les plus jeunes que les produits sont les plus dangereux parce que le cerveau n'est pas encore arrivé à maturité. Et l'argent de la vente du cannabis, donc qui est fait par l'État maintenant, est réinvesti dans la prévention et il développe beaucoup tout ce qu'on appelle compétence psychosociale. C'est des programmes de prévention pour les jeunes pour leur apprendre à dire non et à résister à la pression par les pères. Parce que quand on est jeune, alors quand on est moins jeune aussi pour l'alcool, mais quand on est jeune, on consomme aussi parfois du cannabis, de l'alcool ou du protoxyde d'azote parce que les autres consomment et qu'on veut être comme tout le monde et qu'on n'a pas envie de se faire remarquer. Voilà, alors ça existe aussi chez les plus vieux. Quand vous ne consommez pas d'alcool en France, tout le monde vous pose la question « Pourquoi tu ne consommes pas d'alcool ? » etc. Ça bouge un peu là-dessus. Ça commence à bouger chez les plus jeunes. Ça, c'est au Québec. Au Québec, voilà. Alors, ça existe aussi un peu en France, mais au Québec, ils l'ont vraiment développé très fortement. Donc voilà un peu les modèles, je pense, qui pourraient inspirer la France.

[00:49:07] Speaker 1: – Un dernier mot, sans faire le débat sur la dépénalisation, mais si vous avez un point de vue arrêté sur la question, ça peut nous intéresser. Dépénalisation sur le cannabis, par exemple.

[00:49:16] Speaker 5: – J'ai plus été déjà attiré par l'Islande, comment l'Islande ont géré le truc, dans le sens où ils ont donné de l'argent aux familles pour justement... Pour combler un vide. Et justement, pourquoi on fume ? La fumée, au bout d'un moment, ça devient quoi ? Ça devient une habitude. Et cette habitude, une habitude, c'est quoi ? Ça se remplace. Ça veut dire, en vrai, de vrai, personnellement, moi, comment j'ai surpassé cette envie de fumer ? C'est vraiment avec ALB. Nous, le vide, justement, on l'a comblé avec l'entrepreneuriat. On a vu qu'un soir, on n'avait plus le temps de fumer. et tu pensais même plus à fumer.

[00:49:54] Speaker 1: Alors, le mot de la fin, Abdel Samad, qu'est-ce que vous diriez à un jeune qui pense justement maîtriser sa consommation, peu importe ce que c'est ?

[00:50:00] Speaker 2: Alors, je pense qu'en vrai, t'auras beau contrôler ta consommation pendant un moment, un jour ou l'autre, tu perdras le contrôle. Si tes potes, tu sens que tu dois fumer pour t'intégrer dans ton groupe de potes, c'est que c'est pas les bons potes. C'est tout, moi, c'est...

[00:50:22] Speaker 5: Un dernier mot, tout dernier mot. Deux choses à dire, moi. Deux phrases simples. Première phrase. Si tu dis, t'inquiète, je gère, c'est que t'es dedans. Sache-le. Si tu dis ça, c'est que t'es dedans. Et deuxième phrase, plus tu fumes... C'est quelqu'un qui l'avait dit, mais je sais plus c'est qui. Plus tu fumes à côté de chez toi, plus t'es accro. Parce qu'au début, quand tu commences à fumer, on fume... Des fois, on change de ville pour fumer. Et après, avec le temps, plus tu prends de la confiance, plus tu te rapproches. Une fois que tu fumes en boîte chez toi, c'est fini, mon frère.

[00:50:49] Speaker 1: Merci, donc c'est un signe à surveiller. Merci beaucoup à tous pour ce débat, c'était très intéressant. Merci pour vos éclairages et à très bientôt sur France 24.

ai AI Insights
Arow Summary
A France 24 panel discusses youth drug use in France, noting that while overall use of alcohol, tobacco, and cannabis among teens has declined, new substances (notably nitrous oxide “balloons” and synthetic cannabinoids) are rising and causing severe harm. Guests—sociologist Marie Jauffret-Roustide, educator Aboubakar Sakanoko, members of the ALB (Arrêtons la Bédave) youth collective, and Stop Ballon president Arnaud Dalbis—debate normalization, peer influence, mental health, social inequality, and the limits of punitive policies. They stress that problematic use is linked to trauma, deteriorating mental health post‑Covid, lack of information, and unequal access to support and healthcare. Nitrous oxide is described as legally accessible, odorless, heavily marketed, and capable of causing rapid neurological damage; the association prioritizes public information and better regulation of supply chains. The sociologist criticizes consumer criminalization and highlights unequal policing; she advocates investment in prevention, youth services, and social supports, citing Iceland’s family/activity-focused prevention and Quebec’s regulated cannabis model with reinvestment in prevention and psychosocial skills.
Arow Title
French Youth, Drugs, and Prevention: Beyond Repression
Arow Keywords
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Arow Key Takeaways
  • Traditional teen use of alcohol, tobacco, and cannabis has decreased in France, but new substances like nitrous oxide and synthetic drugs are increasing.
  • Nitrous oxide is particularly risky due to legal availability, ease of concealment, and rapidly escalating neurological and mobility complications.
  • Peer influence, social environment, and especially mental health/trauma are central drivers of problematic use.
  • Covid reduced social occasions and overall use, but worsened mental health and intensified problematic consumption for some.
  • Social inequality shapes pathways: affluent youth may experiment more, while disadvantaged youth face higher risks of harmful patterns and fewer support resources.
  • Information and realistic messaging (including youth-to-youth communication) are seen as more effective than shame, moralizing, or repression.
  • Punitive approaches can reinforce inequalities (via selective policing) and deter people from seeking care.
  • Policy models emphasized: Iceland’s investment in family activities and supportive environments; Quebec’s regulation and reinvestment in prevention and psychosocial skills.
  • Effective responses require funding for youth services, sports/culture access, mental-health care, and targeted public information campaigns.
  • Regulation of nitrous oxide production/marketing and controlled distribution (quotas, traceability) is proposed to curb abuse while allowing legitimate uses.
Arow Sentiments
Neutral: The discussion balances concern about severe harms (especially nitrous oxide injuries) with evidence-based nuance about declining traditional substance use, focusing on structural causes and pragmatic prevention rather than alarmism or moralizing.
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