Frenchman describes ICE detention amid Minneapolis anger (Full Transcript)

Julien Perreira recounts a month in U.S. immigration detention after a visa issue, as Minneapolis protests call for ICE to leave and courts refuse a halt.
Download Transcript (DOCX)
Speakers
add Add new speaker

[00:00:00] Speaker 1: Et donc comme convenu direction les Etats-Unis pour débuter votre journal où la colère contre l'Aïs, la police de l'immigration ne retombe pas à Minneapolis. Notamment des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de la ville. C'était ce vendredi, ils ont continué d'exiger le retrait des agents fédéraux de l'immigration du Minnesota et donc de la ville de Minneapolis. Après la mort, on le rappelle, d'Alex Pretty et de René Goode, deux citoyens américains, abattus par des policiers de la police anti-immigration. Et un juge fédéral a pourtant douché les espoirs des manifestants, rejetant la demande des autorités démocrates de suspendre les opérations de l'Aïs dans la ville. On va justement parler de la pratique de l'Aïs, de cette police de l'immigration. Avec vous, Julien Perreira, bonjour. Bonjour. Vous êtes l'un des premiers concernés par la pratique de l'Aïs. Vous êtes naturellement français, vous êtes manager d'un club de tennis aux Etats-Unis, dans le Connecticut, il me semble bien. Dans le Connecticut, oui. Dans le Connecticut, vous avez été, vous, justement. Détenu pendant un mois par la police de l'immigration. Est-ce que vous pouvez d'abord nous raconter votre parcours, comment ça s'est déroulé pour vous ?

[00:01:06] Speaker 2: Alors du coup, moi, je vais raconter un peu toute l'histoire. Je suis arrivé aux Etats-Unis en 2017, en tant qu'étudiant. J'étais à l'université et je jouais au tennis en même temps pour l'université. Du coup, j'ai eu mon bachelor, j'ai eu mon MBA, tout ça en six ans. Et puis, on a eu une année de travail illégal. Donc, j'ai fait une année de travail illégalement. Et après cette année-là, on m'a proposé un emploi. Avec un renouvellement de visa, un avocat. Du coup, j'ai dit oui. On a fait toutes les démarches. De mon côté, en tout cas, j'ai fait toutes les démarches. Et un jour, le 3 mars 2025, mon employeur m'appelle. Il me dit, il y a un petit problème administratif avec ton visa. Tu dois partir aujourd'hui. Et du coup, je lui réponds, partir aujourd'hui. J'ai toute ma vie aux Etats-Unis, ici. On va essayer de faire tout dans la légalité. Mais aujourd'hui, c'est... C'est très compliqué. Partir pour la France, ce n'était pas une option. C'était trop tard, de toute manière. Du coup, la dernière option, c'était de partir à Montréal, au Canada.

[00:02:07] Speaker 1: Donc, vous deviez remonter jusqu'au Canada, renouveler votre visa, pour ensuite rentrer sur le territoire. C'est ça.

[00:02:11] Speaker 2: Il fallait partir du territoire pour pouvoir le renouveler correctement et puis re-rentrer. Donc, on a essayé de prendre l'avion d'abord pour aller à Montréal. Ce n'était pas possible parce qu'il faut un visa et il n'est pas faisable sur le même jour. Du coup, la deuxième option, c'était de conduire à Montréal avec ma voiture et d'y aller.

[00:02:28] Speaker 1: Et ce qui s'est passé, c'est que vous avez été du coup arrêté à la frontière canado-américaine par cette police de l'immigration, justement ?

[00:02:36] Speaker 2: C'est ça. Donc, en fait, j'essaie de passer du côté canadien. Et c'est là où les officiers canadiens me disent « Écoutez, votre session de visa est un peu compliquée. On ne va pas prendre le risque de vous laisser passer, surtout avec la voiture. » Donc, ils me remettent du côté américain. Et j'essaie d'expliquer ma situation aux officiers américains qui, très clairement, n'en ont rien à faire. Rien à faire, du coup. Enfin, je leur dis juste « Écoutez, messieurs, j'essaie de quitter le pays. Je veux juste prendre un vol et partir du pays. Je veux essayer de faire tout dans la légalité. Je ne veux pas rentrer illégalement dans le pays. » Et ils me placent en détention provisoire pendant trois jours.

[00:03:11] Speaker 1: Donc là, c'était à la frontière, toujours canado-américaine ? C'est ça.

[00:03:14] Speaker 2: À la CBP, la Custom Board of Patrol.

[00:03:16] Speaker 1: Et ensuite, comment ça se déroule pour vous ? Centre de détention provisoire pendant trois jours ? Et qu'est-ce qu'on vous dit ? On vous dit qu'il faut que vous allez être expulsé du pays ?

[00:03:23] Speaker 2: Du coup, on me dit « Ouais, on va attendre la décision du juge. C'est soit vous pouvez prendre un vol et partir sans problème des États-Unis, soit on va vous placer avec un centre de détention ICE, le Federal Detention Center. Et du coup, c'est trois jours en centre de détention provisoire où il n'y a pas de douche, on dort par terre quasiment, lumière tout le temps allumée, pas de fenêtres, très peu à manger.

[00:03:45] Speaker 1: Donc des conditions spartiates. Et donc là, après, ils prennent la décision de vous placer dans un Federal Detention Center. C'est bien ça ?

[00:03:52] Speaker 2: C'est bien ça. Du coup, à Batavia, c'est juste à côté de Buffalo, dans l'État de New York. Du coup, on me sort de ma cellule. On commence à me mettre des menottes au niveau des mains, des hanches, des pieds. Et je leur dis, enfin, je comprends, OK, il y a un souci avec mon visa, mais je ne suis pas non plus un criminel, quoi. Ils me disent très clairement « C'est la procédure. On va faire comme la procédure nous dit. » Bon, ben OK. Et c'est là qu'on me place, oui, après, dans un centre de détention à Batavia, oui.

[00:04:17] Speaker 1: Et alors, du coup, c'est là que vous vous retrouvez avec des personnes sans papier, pour certaines, de nationalités très différentes. Et là, vous avez pu constater la misère aussi, l'extrême détresse aussi de ces gens qui doivent être expulsés par la police, par les autorités américaines.

[00:04:35] Speaker 2: Oui, c'est ça. Du coup, je me suis toujours considéré plutôt chanceux dans l'histoire, comparé à d'autres détenus qui avaient vraiment très peu de leur côté, quoi. J'ai quand même la chance que le consulat, que j'avais un avocat, certains détenus n'avaient pas d'accès au consulat, pas d'avocat, ne parlaient même pas anglais. Pas espagnol non plus. Donc, certains, c'était très compliqué, oui. Il y avait certains détenus qui étaient là depuis un, deux, trois, même cinq ans. J'ai vu cinq ans, une fois.

[00:05:05] Speaker 1: Cinq ans dans le même centre de détention ?

[00:05:06] Speaker 2: Dans le même centre, oui. C'était un érythréen. Il était en grève de la faim. Il était au bout du bout, quoi. Il n'en pouvait plus.

[00:05:13] Speaker 1: Et donc, du coup, vous, vous aviez... Il savait que vous étiez français. Vous aviez votre passeport. Vous avez pu contacter un avocat. Malgré ça, c'était toujours très compliqué.

[00:05:22] Speaker 2: J'avais déjà un avocat avant, celui qui était déjà sur mon renouvellement. Même avec tout ça, c'est très compliqué. Les communications sont très limitées. On n'a plus de téléphone. On n'a plus rien, en fait. Donc, on a un téléphone pénitentiaire. On doit mettre de l'argent. Et c'est là où, pareil, j'ai encore de la chance. J'ai une famille qui peut me permettre de mettre de l'argent sur mon compte téléphone. Mais si on vient d'un pays très pauvre, c'est pas possible. C'est pas possible.

[00:05:48] Speaker 1: Et vous avez remarqué une différence de traitement de la part des agents de ces centres pénitentiaires en fonction des nationalités ?

[00:05:53] Speaker 2: Oui. Je pense très clairement que mon cas a été... C'est un peu expédié parce que je suis nationalité française. Il y a des nationalités, par exemple, les Russes, les Chinois, les Érythréens, les Vénézuéliens. C'est très compliqué. C'est très compliqué de... Ils disent de vouloir les éjecter très rapidement, mais c'est pas le cas. C'est pas le cas. Les Turcs aussi.

[00:06:14] Speaker 1: Vous sentez qu'il y a des consignes des administrations fédérales de cibler certaines nationalités, mais en tout cas de faire plus attention à certaines nationalités ?

[00:06:22] Speaker 2: Oui, ils font plus attention à certaines nationalités. Ça, c'est sûr. Après, s'il y a des consignes, je ne sais pas, mais peut-être que c'est naturellement fait avec les préjugés de certains gardes, de certains... Mais s'il y a des consignes, ça, je ne sais pas, non.

[00:06:35] Speaker 1: Et qu'en est-il maintenant pour vous ? Est-ce que vous, vous pouvez retourner désormais aux États-Unis ou pas ?

[00:06:39] Speaker 2: Alors non, j'ai une interdiction de territoire. On ne sait pas exactement si c'est trois ans ou cinq ans. J'ai une interdiction de territoire où je ne peux pas revenir.

[00:06:46] Speaker 1: Donc, c'est-à-dire qu'une fois que vous avez... Et comment ça s'est conclu pour vous, cette histoire ? Vous êtes donc resté un mois au total, finalement ? C'est ça. Vous avez pu sortir librement et reprendre un avion pour la France ?

[00:06:57] Speaker 2: Alors, du coup, j'ai été libéré sous caution, avec une caution de 5 000 dollars. Et en fait, j'ai fait deux centres de détention. Une à Batavia, New York, et un à San Diego. En fait, on a été transférés. Et j'ai été libéré...

[00:07:11] Speaker 1: Donc, à l'autre bout du pays, près de la frontière mexicaine.

[00:07:14] Speaker 2: Oui, alors que je vivais à New York, avec un bracelet électronique. Et sans papier, on m'avait confisqué mon passeport, mes papiers d'identité. J'avais plus d'argent. Donc, être libéré à San Diego, alors qu'on vit à New York, et sans papier, sans rien, c'est pas simple.

[00:07:31] Speaker 1: Du coup, qu'est-ce que vous avez pu... Après, une fois que vous avez été libéré de San Diego, vous avez pu repasser par New York, récupérer vos effets personnels, et ensuite...

[00:07:38] Speaker 2: C'est ça. Du coup, j'ai été chanceux que, la nuit où j'ai été libéré, une association et le consul m'ont hébergé une nuit pour repartir à New York. J'ai dû passer devant un autre tribunal, encore une fois, pour soit défendre mon cas, soit dire... Que, bah non, je veux partir aux Etats-Unis, je paye mon vol et je pars. Et du coup, ils m'ont laissé en tout 15 jours après ce jugement.

[00:07:59] Speaker 1: Et donc, vous, vous avez gardé le silence sur votre détention, sur votre parcours, et c'est dans la foulée de ce que vous avez vu, des pratiques de cette police de l'immigration, plus que controversée, qui a abattu deux citoyens américains, dans les rues, que vous avez décidé de prendre la parole.

[00:08:14] Speaker 2: Oui, c'est ça. J'ai essayé d'en parler pendant l'été, en juin ou en juillet. C'était pas forcément un sujet d'actualité ici, je pense, mais... Non, en voyant ce qui se passe en ce moment, c'est... J'ai pensé, en fait, à plus raconter ce qui se passe à l'intérieur, la misère qu'il peut y avoir à l'intérieur. Des vidéos, on peut en voir sur Twitter, dans la rue, ce qui se passe. Tout le monde le sait un peu déjà. Et puis, c'est surtout pour... J'ai beaucoup d'amis, qui sont encore aux Etats-Unis, en fait. Je me dis que c'est bien de faire comprendre aux gens ce qui se passe vraiment, et les dérives qu'il y a aussi, avec cette police d'immigration.

[00:08:51] Speaker 1: Donc, pour vous, maintenant, votre vie se fera en France. Vous n'avez pas l'intention de retourner, pour l'instant, aux Etats-Unis, en tout cas ?

[00:08:56] Speaker 2: Pour l'instant, non. Pas dans les 3 à 5 ans, en tout cas. Mais peut-être un jour. J'espère bien revoir mes amis. C'est un très beau pays. J'espère y retourner un jour. Mais en ce moment, non, c'est pas possible.

[00:09:05] Speaker 1: En tout cas, on vous le souhaite. Merci à vous d'être passé nous voir ce midi sur France 24 et d'avoir raconté votre histoire en prise avec la police de l'immigration. Merci beaucoup, Julien Perret, d'être venu nous voir ce midi sur France 24.

ai AI Insights
Arow Summary
In Minneapolis, protests continue against ICE after two American citizens were shot by immigration police; a federal judge rejected local Democratic officials’ request to suspend ICE operations. A French national, Julien Perreira, recounts being detained by U.S. immigration authorities for about a month in 2025 after a visa issue while trying to exit to Canada to renew his status. He describes harsh conditions in short-term border detention and later in ICE detention centers, including restraints, limited communication, and severe hardship for detainees without lawyers, consular access, or resources. He notes perceived differences in processing by nationality, long detentions for some (including years), and his own release on a $5,000 bond, transfer across the country, and eventual departure with an entry ban of uncertain length (3–5 years). He speaks out to highlight abuses and conditions inside detention facilities and to warn friends still in the U.S.
Arow Title
French tennis manager recounts month-long ICE detention
Arow Keywords
ICE Remove
Minneapolis protests Remove
immigration enforcement Remove
detention centers Remove
visa renewal Remove
CBP Remove
Batavia detention Remove
San Diego transfer Remove
bond Remove
entry ban Remove
consular assistance Remove
human rights Remove
Arow Key Takeaways
  • Protests in Minneapolis demand ICE withdrawal after fatal shootings involving immigration police; courts declined to halt operations.
  • A visa-status complication at the Canada border can trigger CBP custody and transfer to ICE detention.
  • Short-term border detention conditions described as extremely harsh (sleeping on the floor, constant light, minimal food).
  • ICE detention can involve restraints, limited phone access, and significant barriers to legal/consular help.
  • Resource disparities (money for phone calls, access to lawyers/consulates, language) heavily affect detainees’ outcomes.
  • Some nationalities may face longer or more complex processing, and some detainees remain held for years.
  • Release may occur on bond, but transfers and lack of documents can leave people stranded far from home.
  • The speaker now faces a 3–5 year U.S. entry ban and chose to speak publicly to expose conditions inside facilities.
Arow Sentiments
Negative: The tone is dominated by anger and concern over immigration policing, describing deaths, harsh detention conditions, lack of due process resources, and prolonged confinement for vulnerable detainees.
Arow Enter your query
{{ secondsToHumanTime(time) }}
Back
Forward
{{ Math.round(speed * 100) / 100 }}x
{{ secondsToHumanTime(duration) }}
close
New speaker
Add speaker
close
Edit speaker
Save changes
close
Share Transcript