Goma a year on: M23 rule, cash crisis, coltan stakes (Full Transcript)

France 24 interview details Goma’s security, banking shutdown, M23 parallel governance, Rwanda’s role, mining revenues, and faltering diplomacy.
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[00:00:00] Speaker 1: Bonjour Romain Gras, merci d'être sur France 24. Vous êtes journaliste chez Jeune Afrique, spécialiste de la région des Grands Lacs. Vous aviez d'ailleurs couvert la chute de Goma il y a pile un an, vous étiez rendu sur place. Et vous avez ressorti un article aujourd'hui, un an après la chute de Goma. On va le voir ici, les rebelles sans racines et la paix sans lise. D'abord, que connaît-on des conditions de vie dans lesquelles vivent les habitants de Goma un an après ?

[00:00:24] Speaker 2: Je pense qu'il faut se reprojeter déjà sur ce qu'était la ville au lendemain de l'entrée des rebelles du M23, où toute la population est plongée dans une grande incertitude. Elle ne sait pas, parce qu'elle a le souvenir de ce qui s'est passé en 2012, avec une prise très éphémère de la ville par les rebelles. Donc à ce moment-là, elle ne sait pas si ces nouveaux maîtres de la ville sont amenés à durer. Donc je pense qu'aujourd'hui, il y a deux axes sur lesquels la population se positionne. Celui de l'insécurité, il y avait une très forte insécurité à Goma avant l'entrée en ville des rebelles. Il y a le sentiment... Après beaucoup de mois de fragilité, que du point de vue de l'insécurité en ville, ça s'est légèrement amélioré. En revanche, s'il y a un véritable obstacle aujourd'hui pour les rebelles, c'est celui de la normalisation de la vie économique à l'intérieur de Goma, qui reste à l'arrêt, notamment du fait de la fermeture des banques commerciales.

[00:01:13] Speaker 1: Voulue par Kinshasa, ce que disait Lidovic, finalement, Goma est coupé du système bancaire congolais. Et concrètement, ça veut dire qu'il n'y a pas de banque, qu'il n'y a pas de liquidité sur place ?

[00:01:22] Speaker 2: Il n'y a pas de banque ouverte à Kinshasa. Depuis le lendemain de l'entrée des rebelles... À Goma. À Goma, pardon, excusez-moi. Parce qu'effectivement, la banque centrale a coupé son antenne locale. Donc ça a entraîné la fermeture des banques commerciales. Et c'est un lever de pression que Kinshasa exerce pour que ces agences ne rouvrent pas. Parce qu'elle sait que ça asphyxie aussi les rebelles. Mais ça retombe sur les civils. Ça retombe sur les civils. Il y a eu une vraie difficulté, il y a eu une pénurie de cash à Goma au tout début de l'occupation de la ville. Et maintenant, pour s'en procurer, il y a soit le développement des systèmes de mobile, mais moyennant un certain nombre de taxes. Ou alors le fait d'aller de l'autre côté de la frontière à Giseni. Ou dans des zones gouvernementales à Beni ou Butembo.

[00:02:01] Speaker 1: Voilà, c'est le système D pour les habitants de Goma. Comment est-ce que la ville est administrée ? Est-ce qu'on le sait ? Il y a une administration parallèle à celle de Kinshasa ?

[00:02:09] Speaker 2: Je pense que c'est ce qu'on essaye de raconter dans l'article qui est paru ce matin. C'est qu'à la différence de 2012, le M23 a essayé de mettre en place une administration parallèle. Dont la face la plus visible, c'est la mise en place de gouverneurs provinciaux. Mais ça va jusqu'au... Au niveau des villages, c'est des maires, des bourgmestres, des magistrats qui ont été nommés tout au long de l'année. Des nominations évidemment qui sont contestées par Kinshasa. Mais qui témoignent d'une volonté d'instaurer un système qui est destiné à perdurer. Avec une police aussi qui a été créée l'été dernier ? Une police, des recrutements aussi dans l'armée. Il y a la volonté du côté des rebelles de mettre en forme une nouvelle administration, qu'elle soit politique ou militaire. Il y a des camps de formation qui ont été mis en place. Soit dans l'ancien camp militaire de Rumangabo ou dans d'autres endroits. Où l'AFC dit former entre octobre et novembre, elle a vanté la formation d'environ 17 000 nouvelles recrues. Mais ces chiffres sont quasi impossibles à vérifier indépendamment. Et surtout, on ne sait pas ce que ces nouvelles recrues font réellement sur le terrain.

[00:03:12] Speaker 1: Est-ce que l'armée congolaise tente de reprendre la main ? Ou c'est inimaginable en l'état pour l'instant ?

[00:03:17] Speaker 2: Ça semble difficilement imaginable. La chute de Goma a suivi de la chute de Bukavu. On... Je pense... Acter la débâcle de l'armée sur ce théâtre d'opération. Ça s'est vu au fait qu'il y a une enquête qui a été ouverte à Kinshasa sur justement la débâcle de l'armée congolaise dans l'Est. Ça a mené à l'arrestation de beaucoup de généraux. Donc il y a une forme de fragilité de l'appareil militaire congolais qui s'est accentuée après la prise de ces deux villes. Aujourd'hui, c'est difficile d'imaginer, au-delà des capacités aériennes de l'armée congolaise, d'imaginer une véritable opération qui permette de reprendre du terrain sur ce qui a été conquis au cours d'années.

[00:03:57] Speaker 1: Qu'est-ce qu'on sait de la présence de soldats rwandais sur le terrain ? Est-ce que leur présence est avérée ou pas ?

[00:04:04] Speaker 2: Oui, la présence de soldats rwandais, je pense qu'elle ne fait plus vraiment de doute. Elle a été massive pendant la conquête de la ville de Goma et de Bukavu. Les rapports d'experts de l'ONU ont expliqué qu'elle s'était réduite par la suite. Mais il y a toujours une présence militaire qui a été maintenue. Et c'est notamment ce qui a rendu possible la dernière offensive qu'on a vue récemment au mois de décembre sur la ville d'Ouvira.

[00:04:29] Speaker 1: Oui, et donc ce retrait par la suite. Comment est-ce que vous pouvez expliquer aujourd'hui que le M23 soit resté, arrive à tenir la ville depuis un an ? Quelle est sa force ?

[00:04:41] Speaker 2: Moi, je pense qu'il y a déjà eu le fait qu'ils ont profité de l'enlisement des différents processus diplomatiques. Il y a eu des initiatives qui se sont multipliées, mais qui ont eu du mal à produire des résultats. Et à la différence de 2012, la pression internationale a peut-être été mieux absorbée d'une certaine manière, à la fois par le M23 et par le Rwanda, ce qui a laissé du temps aux rebelles pour s'enraciner par la présence d'une administration parallèle, notamment sur les territoires qu'elle contrôle. Donc ça déjà, je pense que ça explique qu'aujourd'hui, il y ait peut-être une présence qui ait pu tenir à la différence de 2012.

[00:05:13] Speaker 1: Et puis aussi, il y a ces mines et ces lieux stratégiques que le groupe tient. Comme Ludovic le disait, les mines de Coltan. Les mines de Coltan, dont les mines de Roubaïa, qui fournit entre 15 et 20% du coltan mondial. Ça, c'est le carburant de la guerre ?

[00:05:28] Speaker 2: C'est définitivement une manne financière extrêmement précieuse pour la rébellion. Je crois qu'au début de l'année dernière, pour la simple mine de Roubaïa, puisque c'est celle dont on parle, le groupe d'experts de l'ONU estimait que son exploitation, c'était environ 800 000 dollars par mois de revenus générés. Depuis, ils ont étendu leur contrôle à d'autres localités minières stratégiques, au Sud Kivu notamment, N'Zibira, qui était un gros hub de commerce de mines. Donc ils ont étendu leur emprise sur toute une série de sites stratégiques qui, dans une période d'incertitude économique avec la fermeture des banques, constituent une manne financière assez précieuse.

[00:06:07] Speaker 1: J'ai écouté sur RFI ce matin Zobel Behalal, qui est expert pour l'initiative mondiale contre le crime organisé transnational. Il expliquait que les exportations rwandaises de coltan sur la période de janvier à juin, donc les exportations rwandaises, sont 200% supérieures à ce que c'était sur la même période de 2024. Ça veut dire que le Rwanda est le principal bénéficiaire de ces ressources tirées par le M23 ?

[00:06:30] Speaker 2: Tous les rapports, notamment les rapports de l'ONU, expliquent qu'il y a une corrélation entre l'extension territoriale du M23 et l'augmentation du trafic transfrontalier avec plusieurs pays, dont le Rwanda est l'un des principaux acteurs. Mais c'était déjà... Bon, ça s'est intensifié, mais c'est une situation qui préexistait déjà à la chute de Goma.

[00:06:48] Speaker 1: On parlait de ces négociations et cet accord cadre qui a été signé l'été dernier en présence de Tshisekedi Kagame et donc de Donald Trump. Que penser de cette agitation finalement diplomatique ? Puisqu'on le voit, ça ne donne rien.

[00:07:05] Speaker 2: Je pense que 2025 au moins a permis l'émergence de processus diplomatiques qui ont suscité dans un premier temps de l'espoir, notamment du fait du poids des États qui se sont mis derrière, le Qatar et les États-Unis. Deux pays qui en apparence ont les moyens de faire pression sur les acteurs. Sauf que le contre-coup, c'est qu'on a voulu justement faire avancer à marche forcée des processus, pas contre la volonté de leurs participants, mais contre la dynamique du conflit en cours. Et qu'on a bien vu ce qui s'est passé à Washington au bout de ces négociations. On a signé un accord de paix dans un contexte d'expansion militaire, ou du moins à la veille de la prise d'Ouvira. Donc ça montre, si vous voulez, la déconnexion entre les processus diplomatiques et la réalité du terrain militaire qui a eu lieu tout au long de l'année 2025.

[00:07:50] Speaker 1: Mais ça veut dire qu'on pourrait aller un peu plus loin avec Donald Trump ? Est-ce qu'il pourrait mettre la pression sur le Rwanda aujourd'hui ?

[00:07:57] Speaker 2: Moi je pense que l'une des principales données qui pourra peut-être changer les choses dans les prochains mois, c'est quel est le degré d'impliquement politique et diplomatique que les Américains sont prêts à maintenir sur l'année à venir. Ils ont dit qu'ils étaient, après la chute d'Ouvira notamment, qu'ils étaient prêts à prendre des mesures contre ceux qui font obstacle et qui décrédibilisent d'une certaine manière l'accord de paix signé sous l'égide de Donald Trump. Quelle forme ça va prendre ? Est-ce que c'est des sanctions ? Est-ce que c'est de la pression politique, diplomatique ? C'est l'une des grosses variables d'ajustement, je pense, qu'on va devoir observer dans les prochains mois.

[00:08:30] Speaker 1: Un dernier mot sur l'Angola qui a relancé les négociations et qui prône le dialogue national inter-congolais. Pourquoi ? Qu'est-ce que ça changerait ?

[00:08:37] Speaker 2: C'était l'un des angles morts des processus. C'est-à-dire qu'il y avait le processus entre les deux. C'est-à-dire qu'il y avait le processus entre la RDC et le Rwanda, le processus entre l'AFC et les autorités congolaises. Mais il y a la question du dialogue national qui est un peu un angle mort de toute cette crise depuis le début. Le pouvoir congolais veut garder la main sur le timing de ce dialogue. Il dit qu'il n'est pas opposé mais qu'il veut garder la main sur le timing et d'une certaine manière sur les acteurs. L'Angola, après le camouflet de l'échec de son processus, s'investit. Je pense que ça a en partie à voir avec le fait que le mandat à l'Union africaine de Joao Lourenço s'est annoncé. Il s'achève en février. Et aussi au fait sans doute que les rebelles se rapprochent du Katanga qui est une zone minière stratégique pour toute la sous-région. Maintenant il faut voir si ce dialogue peut aboutir, sous quel timing et surtout avec quels acteurs.

[00:09:23] Speaker 1: Lisez Jeune Afrique, un an après la chute de Goma, les rebelles sans racines et la paix sans lise. Merci beaucoup Romain Gras de nous avoir éclairé sur la situation RDC un an après la chute de Goma.

ai AI Insights
Arow Summary
Interview on France 24 with Jeune Afrique journalist Romain Gras assessing Goma (DRC) one year after its capture by M23. Security in the city is perceived as slightly improved compared with the pre-capture period, but the economy remains severely disrupted due to Kinshasa-driven closure of the central bank branch and commercial banks, causing cash shortages and forcing residents to rely on mobile money (with fees/taxes) or cross-border access to cash in Rwanda (Gisenyi) or government-held towns (Beni/Butembo). Unlike 2012, M23 has attempted to entrench control by building a parallel administration (provincial governors down to mayors/bourgmestres/magistrates), creating a police force, recruiting and training fighters (claims of ~17,000 recruits are unverifiable), and consolidating territorial governance. The Congolese army is portrayed as weakened after the fall of Goma and Bukavu, with investigations and arrests of generals; a near-term military reconquest appears unlikely beyond limited air capabilities. Rwandan troop presence is described as no longer in doubt—massive during the conquest and reduced afterward but still significant, enabling later offensives such as toward Uvira in December. M23’s staying power is linked to stalled/fragmented diplomatic processes and better absorption of international pressure by M23/Rwanda, buying time for entrenchment. Control of strategic mines, especially coltan at Rubaya (estimated by UN experts at about $800k/month) and other sites, provides crucial financing; reported surges in Rwanda’s coltan exports correlate with M23 territorial expansion and cross-border trafficking. Diplomatically, 2025 saw high-profile initiatives (Qatar, US) and a Trump-linked peace agreement, but talks are criticized as disconnected from battlefield realities (signed amid ongoing expansion, near Uvira’s fall). A key variable is the degree of sustained US pressure (possible sanctions/political measures). Angola’s push for an inter-Congolese national dialogue is framed as an overlooked component; its motives include salvaging its mediation role, Lourenço’s AU timeline, and concern as rebels approach Katanga’s strategic mining zone.
Arow Title
Goma one year after M23 capture: security up, economy choked
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Arow Key Takeaways
  • Security in Goma is perceived as slightly better than before M23 entered, but daily life remains strained by economic paralysis.
  • Kinshasa’s closure of banking operations in Goma has produced cash scarcity, pushing civilians toward costly mobile money or cross-border cash access.
  • M23 has sought to entrench power by building a parallel civil and security administration, unlike its brief 2012 occupation.
  • FARDC’s capacity to retake territory is currently limited; the post-defeat institutional crisis is evidenced by investigations and arrests of senior officers.
  • Rwandan military involvement is widely considered confirmed; though reduced after initial conquest, it remains operationally significant.
  • Control of coltan and other mining hubs provides major financing; UN estimates place Rubaya revenues around $800k/month, and Rwanda’s export spikes track M23 expansion.
  • Diplomatic agreements in 2025 have been out of sync with military realities, with negotiations proceeding even as M23 advanced.
  • Future conflict dynamics may hinge on whether the US sustains pressure (sanctions or other measures) on spoilers.
  • Angola is promoting an inter-Congolese dialogue to address an ‘angle mort’ of prior processes; timing and participant selection remain contentious.
Arow Sentiments
Neutral: The tone is analytical and fact-focused, mixing cautious observations (slight security improvement) with concern over economic strangulation, military weakness, and resource-driven conflict. No celebratory or overtly condemnatory language dominates; it emphasizes uncertainties and variables (verification of recruit numbers, future US pressure).
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