[00:00:02] Speaker 1: C'est l'heure du journal de l'Afrique, soyez les bienvenus sur France 24. À la ligne ce soir, Goma, un an après la chute, la capitale provinciale du Nord Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo, est toujours sous le contrôle de la FCM 23. C'est la première fois que des rebelles contrôlent la ville aussi longtemps. La vie a repris son cours, mais certains dénoncent un climat de répression. Reportage dès le début de ce journal. Où en sont les négociations de paix dans l'est de la RDC ? Washington, Doha, les efforts de la communauté internationale ont-ils fait avancer la paix ? L'accord de Washington est-il viable ? Autant de questions que nous poserons à notre invité, Christophe Rigaud, fondateur et directeur du site d'information Afrique-Arabia consacré à l'actualité en RDC. Et puis Ousmane Sonko, au Maroc, le Premier ministre sénégalais s'est rendu à Rabat dans le cadre d'une coopération économique. 17 accords ont été signés et la finale de la Cannes s'est encore invitée dans les débats. Les détails à suivre. Cela fait un an que les rebelles de la FCM23 ont pris le contrôle de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu. Depuis, la vie quotidienne a repris son cours, mais certaines voix dénoncent un climat de répression. Reportage.
[00:01:15] Speaker 2: Toitures éventrées, impacts de balles. Le quartier KMB à Goma porte encore les stigmates des combats, comme la maison de cet habitant.
[00:01:25] Speaker 3: Ce sont des balles ici. Des éclats de bombes. Et même à l'intérieur de la maison.
[00:01:36] Speaker 2: Il y a un an, l'armée congolaise, alliée à des milices locales et les rebelles de la FCM23, s'affronte en pleine ville. Prise au piège dans les combats, Augustin Basseme a été blessé à la jambe. Sa femme, tuée par un obus.
[00:01:52] Speaker 4: Je ne trouve plus le sommeil et je perds l'appétit lorsque je pense à ma femme et à ses jours de combat. Si on avait su que ça allait être... Grave, on aurait fui. On se disait juste que les soldats allaient se battre entre eux et que ça allait passer.
[00:02:05] Speaker 2: Un an plus tard, il est impossible de savoir combien de personnes ont été tuées à Goma. Témoin des violences, ces centaines de tombes d'habitants enterrés à la hâte. Sous le contrôle de la FCM23, Goma s'est imposé comme un symbole de la défaite militaire congolaise. Pour les rebelles qui affirment avoir libéré la ville, sa gestion doit être exemplaire. Et cela passe par le Salongo. Un travail obligatoire pour les hommes qui ramassent les déchets et réparent les routes.
[00:02:39] Speaker 3: Le mouvement nous a demandé de le faire. Et nous avons répondu à cet appel de faire le Salongo chaque samedi pour rendre la ville propre.
[00:02:47] Speaker 2: Goma fait peau neuve. Les marchés et les écoles sont ouverts. L'administration rebelle est fonctionnelle. Mais les banques restent fermées. Hors caméra, des habitants dénoncent une ville dirigée par la peur. Nombre d'acteurs de la société civile ont d'ailleurs fui, comme ce représentant du Nord Kivu venu à Kinshasa. Sur son téléphone, il dit recevoir beaucoup de vidéos de civils fouettés et tabassés.
[00:03:17] Speaker 5: La population est sous une souffrance atroce. De sorte qu'on y ajoute encore la terreur des rebelles qui arrêtent les forces, qui persécutent, qui recrutent des forces, les gènes, et les intégrer dans leurs rébellions. Alors, vous voyez que c'est une population qui vit du jour au jour sous le traumatisme.
[00:03:40] Speaker 2: La FCM 23 a toujours démenti ces accusations. Dans l'Est congolais, les exactions contre les civils ont atteint un niveau alarmant selon les humanitaires et sont commises par toutes les parties en conflit.
[00:03:53] Speaker 1: Mais ce soir, nous recevons sur notre plateau, une émission de la France. Christophe Rigaud, fondateur et directeur du site d'information Afrique-Arabia, consacré à l'actualité en République démocratique du Congo. Merci beaucoup d'être avec nous ce soir. Alors, quelle est la situation à Goma aujourd'hui, un an après la prise de Goma par les rebelles de la FCM 23 ?
[00:04:11] Speaker 6: Disons qu'un an après cette prise de Goma, le M23 n'a jamais occupé des territoires aussi vastes. Il reste maître du terrain militaire. L'armée congolaise n'a jamais pu reprendre le dessus. On a... On a aussi des processus de paix qui sont en panne. Washington avec une paix qui est très, très virtuelle. Le processus de Doha qui est vraiment moribond. Donc, on voit bien qu'on est dans une impasse militaire, diplomatique et avec un conflit qui semble s'enquister, qui semble s'installer dans la durée et où, en fait, cet état de guerre, c'est presque maintenant la normalité, un an après.
[00:04:52] Speaker 1: Alors, est-ce que les combats continuent, justement ?
[00:04:54] Speaker 6: Alors, oui, de manière assez sporadique, que ce soit dans le sud Kivu, mais aussi dans le nord Kivu. Maintenant, c'est vrai que depuis que le M23 s'est retiré de la ville d'Ouvira sous pression américaine, je dirais qu'il y a une certaine accalmie.
[00:05:12] Speaker 1: Alors, la situation économique, on l'a vu, semble compliquée puisqu'on a vu dans le reportage que les transactions bancaires, par exemple, n'ont pas lieu. Comment l'AFC M23 continue à maintenir une activité économique ?
[00:05:25] Speaker 6: Alors, il y a... Il faut savoir que depuis qu'elle occupe ces territoires, il y a une véritable administration parallèle qui s'est instaurée et qui est gérée par le M23, donc au niveau des administrations, d'un point de vue politique, il y a des maires, il y a des gouverneurs, mais aussi, évidemment, d'un point de vue économique. Alors, le problème des banques qui restent fermées est un vrai souci, quand même, et oblige les habitants de Goma, soit à passer la frontière côté Rwanda, utiliser des moyens de paiement électronique. Mais c'est vrai que, voilà, c'est une rébellion qui doit s'autofinancer. Alors, comment est-ce qu'elle s'autofinance ? D'abord, il y a la prise de sites miniers importants. On pense notamment à la mine de Roubaïa, une mine de coltan, où les Nations Unies estiment qu'elle rapporterait au M23 environ 800 000 dollars par mois. Mais depuis que le M23 est descendu au sud Kivu, d'autres sites miniers qui, maintenant, sont contrôlés par le M23, et puis, il y a toutes ces taxes routières sur les routes et aussi aux postes frontières qui permettent de financer cette rébellion qui s'est considérablement agrandie. Elle a énormément recruté pendant toute cette année. Je crois qu'on parlait, les Nations Unies parlaient environ de 5 000 combattants M23 en 2022. Là, il serait, selon Crisis Group, plus de 20 000. Donc, il faut aussi... Donc, il faut aussi... Il faut aussi payer, nourrir ces combattants.
[00:06:59] Speaker 1: Alors, on l'a vu aussi dans le reportage de nombreux habitants ayant quitté Goma, témoignent de cette répression, de ce climat de répression. Qu'est-ce qu'on en sait aujourd'hui ?
[00:07:08] Speaker 6: Alors, on n'en sait pas grand-chose. En fait, oui, il y a clairement des problèmes sécuritaires qui ont eu tendance, quand même, à diminuer sur Goma. Mais, effectivement, il y a une situation de tension avec, quand même, des rebelles qui ont fait partir les autorités officielles de force. Donc, un climat de peur pour savoir qui est de quel côté. Est-ce que vous êtes plutôt pour les rebelles ou est-ce que vous êtes encore pro-Kinshasa ? Et on a vu ces tensions, quand même, s'exacerber, notamment à Uvira, au moment de la prise d'Uvira, puisqu'il y avait, je dirais, là-dessus, des problèmes communautaires.
[00:07:47] Speaker 1: Alors, vous avez évoqué tout à l'heure les accords d'Ohaï de Washington. Alors, l'accord de Washington, notamment, depuis sa signature, une nouvelle ville est en train de se dérouler. Et, en fait, il y a eu des problèmes communautaires. Il est tombé Uvira pour revenir, ensuite, sous pression américaine, côté Kinshasa. La question qui se pose, c'est est-ce que, finalement, cet accord de Washington maintient un statu quo ? C'est-à-dire que les rebelles n'avancent pas plus, mais que Kinshasa ne récupère pas, pour autant, les territoires perdus ?
[00:08:12] Speaker 6: Exactement. En fait, depuis la signature, en fait, de ces accords, les seules actions de Washington concrètes sur le terrain, c'est, il y a plusieurs mois, le fait que l'M23 recule de la zone de Walikale. Il y avait une mine qui est avec des intérêts américains dans cette région. Et puis, la deuxième chose, c'est, effectivement, le retrait d'Uvira, puisque je crois que Washington avait été excessivement fâché, en fait, de la prise d'Uvira seulement quelques jours après la signature des accords de paix de Washington. Donc, c'est vrai que, pour le moment, sur le terrain, ce sont peut-être les deux seules actions concrètes de Washington, sur ce conflit.
[00:08:55] Speaker 1: Alors, on l'a compris, Washington maintient la pression. Kinshasa ne récupère pas, pour autant, ses territoires. Est-ce que l'armée congolaise, aujourd'hui, peut avancer davantage ? Est-ce qu'elle peut essayer, justement, de récupérer ses territoires perdus, comme Goma, qui est sous contrôle du M23 depuis un an ?
[00:09:10] Speaker 6: Écoutez, depuis 2022, elle n'a jamais pu récupérer aucun territoire conquis par le M23. La fameuse montée en puissance de l'armée congolaise promise par Félix Tshisekedi, c'est vrai qu'on l'attend, on l'attend toujours. Je crois qu'il y a eu des efforts du côté de l'armement, mais c'est vrai que, par exemple, au moment où le M23 s'est retiré de la ville d'Uvira, ce n'est pas l'armée congolaise qui a repris tout de suite le terrain, mais ce sont les Wazalendo, c'est-à-dire ces milices pro-gouvernementales qui ont réoccupé la ville. Donc, pour le moment, c'est vrai que ça semble très improbable qu'il y ait une solution militaire, que Kinshasa trouve une issue militaire à ce conflit. Donc, il n'y a qu'une issue diplomatique et politique qui, pour le moment, peut être récupérée.
[00:09:54] Speaker 1: Et qui ne peuvent venir que des Etats-Unis.
[00:09:56] Speaker 6: Et qui ne peuvent venir que des Etats-Unis. On a vu, en fait, que la seule pression qui a été concrète sur le terrain, avec des résultats concrets sur le terrain, c'est en fait l'implication de Washington.
[00:10:07] Speaker 1: Alors, on va faire un peu de politique fiction. Que peuvent faire les Etats-Unis demain pour mettre davantage de pression pour que Kinshasa récupère ses territoires et que la paix revienne dans l'Est ?
[00:10:16] Speaker 6: Alors, je pense que ça peut être des sanctions économiques, peut-être beaucoup plus fortes sur le Rwanda, parce que là, on l'a vu, maintenant, c'est clair, officiellement, le Rwanda a reconnu son engagement, quand même, aux côtés de la rébellion. Donc, on verra. La sous-secrétaire d'État américaine a eu des mots, quand même, assez forts, dernièrement, en disant que ceux qui menaçaient la paix feront face à leurs responsabilités. Voilà. Il n'y a que Washington. Actuellement, les Européens sont très absents. Les médiations... Les médiations africaines qui reviennent, en fait, dans cette histoire, elles avaient déjà échoué en 2024. Donc, pour le moment, personne n'y croit vraiment. Il n'y a que Washington. Maintenant, Donald Trump, il a plusieurs dossiers, quand même, sur le feu. Il y a le Venezuela, il y a le Groenland, il y a les taxes douanières. Il y a des problèmes internes. Voilà. Est-ce qu'il aura, je dirais, la présence d'esprit, en tous les cas, de forcer la main, de tordre le bras, il faut dire clairement les choses, au M23 et au Rwanda. Pour qu'ils se retirent, d'eux-mêmes, en fait, de ces territoires.
[00:11:28] Speaker 1: Merci beaucoup, Christophe Rigaud, fondateur et directeur du site d'Information Africa Arabia, consacré à l'actualité en République démocratique du Congo. Merci infiniment pour votre décryptage. Et on continuera, bien évidemment, à suivre l'actualité en RDC. Une dizaine de jours après la présidentielle en Ouganda, l'opposition est toujours persécutée. L'opposant Bobby Wine, contraint de fuir après un raid sur son domicile, a dénoncé l'agression de son épouse par une centaine de soldats. Une opération d'intimidation. Son épouse a pris la parole devant la presse, à partir de son hôpital.
[00:12:00] Speaker 7: Écoutez. Notre garde m'a appelée. Il m'a dit que ces hommes étaient de nouveau entrés par effraction, mais qu'ils étaient plus nombreux cette fois-ci et qu'ils ne portaient pas le même uniforme que le groupe qui venait habituellement. Il m'a dit qu'ils étaient nombreux et qu'il fallait que je me prépare. Un homme m'a attrapé les cheveux et il m'a soulevé. Nous avons des poteaux dans le salon. Il m'a frappé la tête contre le poteau et m'a lacéré la bouche. Puis, quand il m'a frappé, il m'a tiré vers le bas et m'a assise. Ensuite, il m'a poussé la tête et je suis tombée. Puis, ils se sont assis sur moi. Je pouvais sentir quatre corps assis sur moi. Le téléphone de Bobby est resté à la maison. Je l'ai allumé vendredi, donc je pense qu'ils ont capté le signal. Ils ont alors pensé qu'il était à la maison, mais il est parti. Ils sont venus me terroriser, me mettre dans cet état afin que mon mari ou qu'il soit en sorte de sa cachette. Je veux l'encourager à rester où il est. Je vais bien. Je peux prendre soin de moi-même.
[00:13:01] Speaker 1: Ousmane Sankoïta Rabah, le Premier ministre sénégalais, s'est rendu dans la capitale marocaine pour une commission mixte qu'il co-préside avec son homologue marocain Aziza Khanouch. L'occasion pour lui d'apaiser les tensions après la finale de la Coupe d'Afrique des Nations remportée par le Sénégal. Clémence Balaire.
[00:13:21] Speaker 8: C'est la première rencontre entre les autorités du Sénégal et celle du Maroc depuis la finale de la Cannes, haute en couleur. Lundi, le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sankoïta, s'est rendu à Rabah pour renforcer les liens bilatéraux entre les deux pays. Si le principal objectif de cette rencontre était de signer 17 accords de coopération dans les domaines de l'agriculture, enseignement supérieur ou bien l'économie numérique, difficile de ne pas mentionner la finale chaotique de la Coupe d'Afrique des Nations, qui a opposé les lions de la Teranga aux lions de l'Atlas.
[00:13:53] Speaker 9: Cette visite intervient dans un contexte chargé d'émotions sportives, de débordements regrettés et d'images parfois douloureuses. Pour deux peuples profondément liés, ils visent à affirmer, à réaffirmer que le sport n'a pas divisé deux poids.
[00:14:14] Speaker 8: Plusieurs incidents ont entaché la finale de la Cannes le 18 janvier. Juste après un but refusé au Sénégal, un pénalty a été sifflé en faveur du pays au hôte à la fin du temps réglementaire, après consultation de l'arbitrage vidéo. Cette décision a entraîné le départ du terrain d'une partie des joueurs sénégalais avant que Sadio Mane ne leur demande de revenir. Des ramasseurs de balles marocains ont également été filmés tentant de voler les serviettes du gardien Edouard Mendy, suscitant l'indignation de son remplaçant. La tension a gagné les tribunes où des supporters des lions de la Teranga ont tenté d'envahir le terrain pendant près de 15 minutes. Une finale qui a peu de temps peut-être ébranlé le foot africain, mais pas les liens diplomatiques entre les deux pays. Le Premier ministre marocain a également affirmé que les relations entre le Maroc et le Sénégal étaient solides. Un forum économique entre les deux pays est aussi prévu durant la visite.
[00:15:06] Speaker 1: Voilà la fin du journal de l'Afrique. Restez avec nous, l'info continue sur France 24.
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